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26/08/2026

Ce que l’affaire Emmodem dit de l’intox de l’islamophobie

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 


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CHRONIQUE. Cette influenceuse se faisait passer sur les réseaux sociaux pour une jeune musulmane persécutée. Ce faisant, elle a seulement poussé à son paroxysme un travers très répandu chez les militants Insoumis, surjouer l’anti-impérialisme.

Elle avait comme pseudonyme « Fromantine ». Pendant près d’un an, elle a raconté à travers 5 000 messages publiés sur Twitch son quotidien de jeune femme musulmane d’origine algérienne, victime d’islamophobie en France : mère voilée, père sous obligation de quitter le territoire français (OQTF). « Ma daronne s’fait insulter pr son voile », « Les Blancs qui trahissent », « J’voulais trop faire comme ma mère et mettre un voile pour être jolie quoi ». Elle se plaignait régulièrement « des Blancs » ou encore des « bourgeois ». Elle avait même annoncé vouloir quitter la France : « J’veux vraiment quitter ce pays, on sera jamais accepté vu le taux d’islamophobie du pays. »

Le 17 août, la vérité éclate : cette musulmane n’existe pas. Derrière l’identité fictive de Fromantine se cache Emma, streameuse ayant grandi en Corse et connue sous le pseudonyme d’Emmodem, réputée proche de La France insoumise. La supercherie a été dévoilée par TwitchGauchiste, qui se définit sur X comme « média et lanceur d’alerte, analyses et extraits de discours d’extrême gauche sur Twitch ».

Emmodem a avoué immédiatement. Elle s’est excusée platement : « Ce que j’ai fait est clairement problématique. » C’est le moins que l’on puisse dire. Car au-delà du scandale, cette affaire soulève deux questions de fond : pourquoi inventer un faux personnage, si l’islamophobie est réellement aussi prégnante en France ? Et surtout, qu’est-ce qui a pu pousser une jeune femme sans lien avec la culture musulmane à se livrer à une telle mise en scène ?

Une tactique, derrière la supercherie

La victimisation, adossée à l’idée d’un complot international contre l’islam, fait partie intégrante du discours des Frères musulmans. Son fondateur, Hassan al-Banna, avait bâti une pensée de résistance contre la civilisation occidentale, qui, pour lui, s’était imposée aux Orientaux et aux musulmans comme modèle de vie et de civilisation.C’est le socle originel de ce narratif : l’Occident comme puissance dépossédant et humiliant le monde musulman, contre laquelle il faudrait se « régénérer ». Ce discours est devenu le pilier du mouvement jusqu’à aujourd’hui. Mais en France, depuis plusieurs années, une voix s’est davantage fait entendre sur ce sujet que celle des islamistes eux-mêmes : celle de LFI. Le parti instrumentalise la victimisation pour discréditer notre pays dans son ensemble, en s’emparant de chaque événement lié à l’islam. Cela remonte à 2019, lorsque Mélenchon avait participé à une manifestation contre l’islamophobie.

Au fil du temps, LFI est allée crescendo. « L’islamophobie déshumanise ceux qu’elle vise», a déclaré le fondateur de La France insoumise en 2025, dans une vidéo massivement relayée sur TikTok (Jean-Luc Mélenchon est suivi par trois millions d’abonnés sur ce réseau). « L’islamophobie franchit un seuil », lance-t-il un peu plus tard, en réaction à la tenue d’un Conseil de défense consacré aux Frères musulmans. Comme si l’islam se résumait à ces derniers, alors que leur mouvement est interdit dans plusieurs pays musulmans. Mathilde Panot, cheffe de file du groupe LFI à l’Assemblée, suivie par 1,3 million d’abonnés sur TikTok, relance en mai 2025 : « L’islamophobie tue, l’islamophobie est dangereuse. » De son côté, Rima Hassan, suivie par 454 200 abonnés sur TikTok, avait dénoncé, en mars 2025, lors d’une manifestation contre le racisme, une « islamophobie institutionnalisée ».

Prouver son anti-impérialisme

Il suffit d’écrire « islamophobie » dans la fenêtre de recherche de ce réseau ou d’Instagram pour tomber sur des dizaines d’autres déclarations de LFI à ce propos, sans qu’aucun argument ne les étaye. Cela a créé un mode de mobilisation propre aux jeunes militants de l’ultragauche : afficher la condamnation la plus ferme de l’islamophobie pour prouver son adhésion à la lutte contre le racisme et nier son implication dans l’impérialisme occidental.Ainsi, l’islamophobie est devenue une évidence indiscutable dans ce milieu, un mode d’emploi qui fonctionne pour gagner des abonnés et de la sympathie. Une bonne partie d’entre eux la dénoncent en ignorant le contexte historique du terme, mais aussi la réalité de la situation des musulmans en France : un pays qui compte environ 2 700 mosquées et lieux de culte, où plusieurs millions de fidèles pratiquent leur religion en toute liberté et en sécurité, et qui abrite la plus importante communauté musulmane d’Europe occidentale.Certains se réjouissaient d’avoir trouvé, en discutant avec Fromantine, une « sœur » musulmane. Sous son autre pseudonyme, Emmodem, l’influenceuse qui dénonçait la persécution et l’interdiction faite aux musulmans de s’exprimer, avait elle-même interviewé, le 23 juillet 2026, Allan Brunon, conseiller municipal d’opposition LFI à Grenoble.

Deux mois plus tôt, le 12 mai, il avait appelé au « boycott culturel » du concert de la DJ juive Barbara Butch, lui reprochant son soutien à la proposition de loi Yadan, ainsi qu’un concert donné en Israël. Une centaine de manifestants avaient perturbé le spectacle, forçant l’artiste à quitter la scène. Lors de cette interview, Emmodem a affiché son plein accord avec l’élu grenoblois sur le sujet.

Reste une question, glaçante par sa simplicité : combien de Fromantine existent encore sur les réseaux sociaux, inventant une victimisation pour mieux couvrir ou légitimer une vraie radicalisation ?

 

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SOURCE : Le Point

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