31/05/2022
Le jour où ils souhaiteront une heureuse fête chrétienne aux habitants de ce pays, les poules auront des dents...
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Ils sont mignons tout plein
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Quand on nous prend pour des cons...
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Nouveau Test...
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Médoc
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30/05/2022
Un histrion
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=
« — Je suis en grande souffrance psychique, il a murmuré.
Derrière le bar, le serveur est venu saluer Ollier qui s'est subitement renfrogné. Gros soucis soudain. Gros gros soucis soudain ! Il méditait en tordant la bouche, se grattait la tête, sérieux comme un pape. Il ressemblait à Badinter le jour de l'abolition. Il était plongé dans un dilemme métaphysique, un truc dont on ne sort généralement pas indemne. Que boire ? L'heure idiote. Trop tard pour le digestif, trop tôt pour l'apéritif. Le trou noir de l"après-midi. L'enfer du 4 à 6. Beaucoup de suicides.
— Est-ce qu'on va se laisser abattre ? Il a finalement gueulé. Deux bières, nom de Dieu ! Et que ça saute !
— J'ai peur, tout le temps peur, je me sens si vide, murmurait Fanfan.
— Et quand on aura fini, on en prendra deux autres ! gueulait Ollier. Et tout ça nous mènera gentiment à l'apéro ! Hein ? Qu'est-ce que t'en penses, toi qu'es dans la santé ?
— Ouais, ouais, c'est pas con, j'ai dit.
Fanfan m'a agrippé le col. Il avait les yeux ronds, terrifiés.
— J'ai peur, tout le temps peur, je me sens si vide, il a répété.
— C'est à cause du culte de la performance, a dit Ollier en lui retirant les pattes de mon col. Le challenge, la compétition, les boîtes à rames, tout ça nous brise le moral.
— Tu crois ? a demandé Fanfan.
Le serveur a posé les deux bières devant nous. On a trinqué, bu une gorgée. Il parait qu'il était hypocondriaque, Fanfan. Il avait l'angoisse du vide, la hantise du néant, mal à la rate et à l'estomac. Il se sentait coupable, il était découragé, tout le temps découragé. Il faisait régulièrement des grimaces horribles, retroussant les lèvres, fermant les yeux, fronçant le nez ; il ressemblait à un vieux chimpanzé édenté. Ollier disait que c'était sa manière de revendiquer de l'affection. Il se plaignait de troubles de la mémoire par-dessus le marché, et de difficultés d'apprentissage. Comme journaliste, n'en parlons pas. Il avait le sens d'observation d'une huître. Bref, c'était une drôle de loque.
— Allez, quoi, monsieur Fanfan, faut pas se laisser abattre, j'ai dit.
— Je suis découragé, tellement découragé, disait Fanfan.
Un type au bar s'est approché de nous. Il était élégant, une veste croisée verte et un noeud papillon rouge.
— Si je puis me permettre, il a dit en rapprochant son verre. Ma femme est hystérique, je connais bien le sujet, je pourrais certainement vous aider. Êtes-vous narcissique ? égocentrique ? mythomane ?
Il a posé des lunettes en demi-lune sur son nez, sorti un petit carnet de la poche intérieure de sa veste et pris un crayon dont il a posé la mine sur sa langue à deux reprises.
— Un peu tout ça, a répondu Fanfan. Mais ce qui me manque surtout, c'est un truc qui ressemblerait à de la grandeur. Vous voyez ce que je veux dire ?
— mais certainement, a répondu le type élégant en notant sur son carnet.
Il a redressé la tête.
— Chez ma femme, l'hystérie se traduit par des fantasmes sexuels dégradants, une alimentation désordonnée et une absence totale de menstrues. Je ne vous demande pas si vous avez encore vos menstrues, hihihi. (...) Charcot distinguait quatre types d'hystérie, a continué le type élégant, l'épileptoïde, la clownique, la passionnelle et l'hallucinatoire. Vous me semblez être dans l'hallucinatoire. Avez-vous eu une expérience sexuelle dégoûtante ?
— Ah oui, dégoûtante, ça on peut le dire, a répondu Fanfan.
— Très intéressant, a dit le type élégant en écrivant dans son petit carnet. Ma femme se plaint également de ne jamais avoir de plaisir, ce qui est le propre des hystériques clowniques. En outre, elle vomit souvent. Tenez, hier soir, je regardais la Formule 1 à la télévision, j'adore le bourdonnement insensé de ces petits bolides, ça l'a contrarié, elle a vomi sur le tapis, hihi, on vit une drôle d'époque, n'est-ce pas ?
— Moi, je ne vomis jamais, a dit Fanfan.
Le type élégant a relevé le nez de son carnet et levé l'index.
— Permettez, c'est capital !
Il a griffonné un dernier truc, a refermé le carnet en le faisant claquer, l'a remis dans sa poche, a rangé ses lunettes et a bu une gorgée de bière.
— Et bien, il me reste à vous donner mon diagnostic, il a conclu. Vous êtes un vieux jouisseur sur le retour, une épave morale, vous dramatisez votre vide intérieur, vous ne vous intéressez qu'à vos fantasmes, le néant vous attire et vous effraie dans le même élan, vos douleurs donnent du sens à votre vie qui en est dépourvue. Au fond, vous êtes un histrion.
Fanfan est parti dans une longue grimace simiesque. On a applaudi, Ollier et moi. Quel talent ! Quelle facilité ! Quel diagnostic ! Le type a salué en courbant humblement la tête. »
Olivier Maulin, Gueule de bois
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Un grand pas
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