Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/02/2007

Yves Adrien II

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

Et puis... lire :


Yves Adrien "2001, une apocalypse rock"
Editions Flammarion


"En essaims, Capricornides, Cygnides, Aquarides ou Perséides, les étoiles filantes étaient au rendez-vous d'août et les pollueurs de la FM, en meute sourde, à celui de la rentrée : engluement dans des play-lists calamiteuses, pouffements de concubines godillant trois annonces ânonnées, tutoiement pleutre de rigueur et fast-food d'oldies amollis, c'était, pesant, bruyant, borné, l'ordinaire radioteur 88 ; de ce morne assommoir pré-pubère et sénile, de ce vaste panorama de demeures Merlin sonorisées A-ha montait le chant des d-jay's version française, usuels cuistres prétendument félins dont les efforts viraient aux râles d'égoutiers gazés par leurs propres renvois méphitiques : à ces drôles sinistres, à ces bas exploiteurs privilégiant l'anesthésie et le plombage d'âme, pardonnerait-on ?
--L'on pardonnerait, en espérant pourtant, sans don-quichottisme ni douceur, la venue d'un Fabrice Emaer des fréquences, d'un joueur opposant l'argent à l'argent et la volupté à la veulerie : d'un maître es-fêtes viscontien jetant deux ou trois milliards au néant et inventant, pour autant de saisons, un Palace hertzien pareil à quelque radiant soleil d'ondes. "


"--Révérence aux mini-skirts mauves et splendeur des choses mûres, chaque été déclinant marquait le retour d'Abbey road : il fallait être là en 1969 dans le fracas des bus et l'habituel railway du ciel, être là, muet et seul à Hyde Park, à s'enivrer pour jamais des harmonies de Because et de Sun King, des vocaux impériaux laminés de Golden Slumbers, des rutilances de Couronnement éteint de cet ultime attelage conduit par le très anglais George Martin ; être là, oui, pour le serment d'allégeance à la plénitude : maçon failli, joueur de sitar incertain, jeune époux ayant balafré maint coeur de belette et fils-de-personne rêvant d'oblation domestique, les simples et souverains Beatles, en l'été dernier de la décennie, passaient sur l'autre rive.
--Mains dans les poches, silhouette léonine, le prophète Mersey en complet blanc ouvrait la marche, réinventant l'art de traverser dans les clous et ébauchant quelque chemin de croix vers la nuit rompue de Dakota Building : " Boy, you're gonna carry that weight, for a long time "
--Au seuil assourdi de septembre, les Beatles devenus classiques scellaient leur adieu d'un Lohengrin pour esthètes pop et racketteurs de restaurants pakistanais ; lassé, le proverbial cygne s'éloignait : sur ce gouffre gracieux, le temps ne se refermerait pas. "


"--" Vu de 2001, tout est égal
--" Du digital au mental, un autre transfert s'est opéré : bande-son de la révolution métanoïaque, le silence règne.
--" Baissons les yeux
--" 1968-88, morne sabbat d'agioteurs : c'est du Marcel L'Herbier, L'Argent, ramené aux dimensions d'un spot acrylique Mutuelle du Mans ; de la peur dans le rétroviseur, Alain Delon adulte et, sur la banquette arrière, autant de jetés battus médiatiques pour dire que rien ne change ; de fait, Dim diffère l'épilogue : " Pour voir des saints comme ça ", refrain.
--" Mais surtout il y a, s'autorisant du carrousel des raiders, cet aimable Dow Jones dont l'indice chaque soir répercuté met Wall Street aux portes de Villers-Cotterêts.
--" Le monde est-il captif ou captivant ?
--" Il fut un temps où le rock était indéfendable : une Justine à l'égard des fugueurs, virées en costume Régence juke-box, les cheveux teints au mercurochrome, dans la trouée diurne des ciels de banlieue : Ann Arbor, Montreuil, Saint Jean d'Acre, qui se souvient de l'arrogance et des baronnies wild ?
--" Now I'm looking for/The dum dum boys/The walls close in and/I need some noise "
--"A son apogée, le bruit a valeur de morale : mais certains demandent davantage : coloristes pyromanes et casseurs de légendes, les Stooges allèrent plus haut que le bruit : trouèrent la fournaise par trois fois et, 1-2-3, dépassant le voltage frénétique du surmonde, jetèrent trois LPs pareils à une promesse spatiale "
--Dans le plus pur style " Allez voir higher ci-gît suis ", Yves s'était arrêté là." "



--



" " Brian Wilson est de retour ", entendait-on.
--Un amateur d'errances, mentales ou autres, convoquerait ici Hölderlin écrivant au seuil de son Hypérion : " il est une éclipse (...), un silence de notre être où il nous semble avoir tout trouvé ", aveu dont l'auteur, trente-sept années durant, allait renvoyer l'écho : " Voyez-vous, gracieux seigneur, une virgule ! "
--Brian Wilson étant de retour, Orphan avait acheté son album bleu asile et marbre blond et, le confiant à un fauteuil d'ottoman, s'était promis de l'écouter au matin du 25 décembre, à l'heure où la lumière s'incarne ; puis, en avance chez le dentiste un vendredi d'automne, il revisitait Enzo Ferrari dans Match quand, tombé de l'industrieuse FM, Good Vibrations avait épandu son manteau d'ondes...
--Le dimanche suivant, entreprenant une fouille archéologique dans les possessions d'Yves, il exhumerait le single Capitol CLF 5676 Luxe, l'aérien Good Vibrations en face B duquel, joyau de Pet Sounds, l'attendait cette somme de 2'17, ce miracle orchestral digne d'un Gordon Jenkins arrangeant La Chanson De Sinatra Qui Ne Commence Jamais : Let's Go Away For A While.
--Orphan n'avait bientôt plus écouté que cela, ce Let's Go Away For A While d'où se débrumait toute l'enfance d'Yves : la blancheur intouchable de l'été 1957 à Biarritz, la distance des femmes goûtant Jalousie ou Confessions à 5 h au casino et la cigarette meurtrière sur laquelle, pieds nus, l'on se brûle ; il écoutait, réécoutait ce Let's Go Away For A While indicible, voyait passer les heures, les jours, savait qu'il n'y aurait pas de 2001 ce mois-ci et, piège ancien, s'arrêter une fois, n'est-ce pas s'arrêter toujours ?
--Puis, effaçant jusqu'à l'idée d'écrire, il rejouait les 2'17 addictives, ralliait l'Eden lumineux des hauts rouleaux et croisait Patrick, châtelain à l'âge où l'on apprend à lire ; tout ce qu'une première amitié entre fils uniques a de farouche était dans la photo (" A Biarritz, 1957 ") tombée l'hiver suivant : les chevilles cerclées d'écume et le futur aux lèvres, Patrick se tenait sous le ciel immense avec, surgi derrière l'épaule, dans un fracas laiteux d'océan, ce continent sombré qu'on nomme l'Atlantide.
--Let's Go Away... aidant, Orphan s'immergeait en l'enfance d'Yves et, revenant trois décennies plus tard à Brian Wilson, méditait l'"envoi " noyé de 1988 : " Cet album est dédié à ceux qui ne l'entendront pas : Dennis & Frieda." "


______________________________________________________

"-- Yves Adrien : Je crois très fort à l’arrogance. Je hais l’idée de soumission, d’humilité. C’est l’une des idées majeures de ce mouvement "Ultra" : ne pas être soumis. Saint-Just était aussi aristocrate que ceux qu’il a guillotinés. Quant à moi, s’il faut subir une forme de contrainte ou de dictature, je préférerais toujours qu’elle soit exercée par l’élite plutôt que par la masse. On peut discuter avec l’élite. Avec la masse, c’est impossible, elle parle trop fort..."

(Entretien avec Alain Pacadis, Libération, 16/17 mai 1981, Pour un rock thermidor)

______________________________________________________

C'était ma lecture du jour... je retourne à mes errances lumineuses...

01:05 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : 52-lectures : yves adrien ii | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook