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12/06/2006

Salves du départ (10 Larmes sur Svetlana – II)

=--=Publié dans la Catégorie "Svetlana"=--=

1-

Une fois partie, Svetlana me hanta comme une revenante de par delà mon au-delà.

Déjà, au sortir de nos Noces consommées, consumées et éteintes, j’avais senti une fatigue dans mes jambes, une fatigue dans mes hémisphères cérébraux, une fatigue dans ma queue, bien que je ne l’eusse que très peu baisée. Par moments je lui donnais l’Impression que j’allais me dissoudre dans les airs. Ses jambes à elle tremblaient. Elle fumait cigarette sur cigarette et me faisait trinquer avec des flûtes à Champagne qu’elle remplissait à ras bord de sang. Puis, repus, tout contre moi, elle me contait son expérience incestueuse sans vraiment me dire grand-chose. Je cherchais à lui arracher les derniers mots suspendus aux commissures de ses lèvres : mission impossible. Penchée sur moi elle souriait d’un sourire de démone perdue. J’inventais des fleuves qui m’emporteraient à la dérive loin d’elle. Mais dés qu’elle fila au loin, elle me hanta…


2-

Curieux comme elle chercha à me tromper dans sa tromperie initiale. Un jeune con de passage servit de bouc émissaire, mais tombé amoureux, lui aussi, il morfla à son tour. Son mec officiel sentait des cornes lui pousser, mais il ne voulait pas la perdre. Il faisait l’autruche en serrant les dents. Svetlana s’amusait comme un succube. Légion, en elle, avait allumé un feu de camp. Il me fallait, cependant, être là selon sa convenance. Par petites bribes discrètes, elle avait monté un mur de cailloux, de graviers, grès, quartz, sable, fer, bois, tout autour de moi. Elle m’en avait même enfoncé dans la gorge. Mon estomac s’habitue à tout. Mon cœur aussi, faut croire. Elle mettait sa joue contre l’épiderme de mon ventre et observait mes veines imploser une à une en autant de meurtrissures sous-cutanées qu’il semblait y avoir d’étoiles. Elle en était satisfaite.


3-

Mais un jour, après m’avoir gavé par ce régime féroce, elle dut me sentir prêt et armée d’un pic et d’un marteau, elle pris la décision de faire émerger enfin de mon cadavre vivant l’œuvre dont elle seule possédait le secret dans le cachot intérieur de ses simulacres. J’attendais, offert, bouche entrouverte, la décision du bel amour. Elle tentait des approches, puis reculait, laissant les choses en suspend… comme pour les prolonger un peu. Son burin n’eut jamais raison de moi.

4-

Elle prolongea, finalement, notre calvaire à tous les deux. C’était bien plus rassurant que de tenter toute forme d’apothéose. Mais elle me pressait tout de même les couilles bien fort pour en tirer un vin qu’elle seule s’autorisait à, non pas boire, mais à savourer.

Mon épouse me voyait dépérir mais ne prenait aucune disposition. Je lui avais demandé de me laisser couler. Je voulais « aller au bout de cette histoire de fous ». Sobrement, avec classe, elle laissa faire. Elle prit quelques distances tout en me surveillant du coin de l’œil. Des chasseurs lui tournaient autour, elle n’allait pas se priver.


5-

C’est alors que Svetlana, puis mon épouse, s’amusèrent à me dévorer à tour de rôle. Elles se faisaient toujours belles. Une femme est une femme. Ne cherchez pas à comprendre. Leurs Rituels sont, finalement, très raffinés. Elles ne se concertaient jamais, bien qu’elles fussent (avec le temps) devenues les meilleures amies du monde. Mais invariablement, quand cela leur convenait, elles se lovaient autour de moi comme des bracelets païens et, déployant leurs mâchoires, mordaient en moi comme dans un rôti saignant et juteux, l’écume aux lèvres. Le jour Svetlana. La nuit ma femme. Je portais mes membres avec moi tant bien que mal.


6-

L’idéal bonheur eut été de me transformer en doudou, en nounours, afin de me garder avec elles dans leur sac, ou dans un tiroir, ou dans le bac à linge sale pour pouvoir me refiler l’une à l’autre et faire de moi ce qui leur aurait convenu. Se repaître de ma fibre, me sucer et me mâchouiller. Me passer à la machine à laver. Me repasser. Me suspendre sur la corde à linge.

C’est dire quel Chaos était notre vie à tous.




7-

Svetlana, absente, je pensais à elle. Je me faisais des mises en scènes sans déchirures, sans accrocs, avec que des douceurs et des délicatesses. De la courtoisie et des caresses. Des mots fondants. Des regards appuyés. Je guettais des appels téléphoniques fantasmés, je ne recevais (occasionnellement) que des SMS débiles sans le moindre intérêt si ce n’était celui de constater toujours un peu d’avantage à quel point elle était dérangée d’être au monde. Et je continuais d’aimer la rencontre brutale de jadis, vomissant de plus en plus la maladresse de ses calculs. C’est que j’en avais plus qu’assez d’être un morceau d’acier chauffé à blanc et translucide, malléable comme de la guimauve entre ses doigts de sorcière. Après tout je n’étais pas un psychiatre.


8-

Je sais que je suis enroulé en elle comme un souvenir éteint qui se remémore à son Corps quand les conditions sont réunies. Vestige refaisant surface du fond de son lac noir. Je suis son fantôme, malgré moi. Elle est mon démon que j’exorcise peu à peu. Elle n’a pas eu raison de moi. Elle n’a eu raison que d’elle-même. Puisqu’elle s’est empressée à jouir de me dévorer ainsi, mille bribes de mon Incarnation, répandues en elle, phalanges et muscles, nerfs et ongles, cheveux et sperme, l’habitent et l’oppressent. Je n’y puis rien. Je tente juste de poursuivre ma route par mes chemins de traverses.

9-

Svetlana, la mal-nommée, qui a enterré sa luminosité derrière sa merde sombre. Sa lumière calfeutrée par ses immondices et ses excréments tenaces. Svetlana qui m’aurait volontiers plié en quatre avant de me mettre en boîte, dans un crissement de papier-cadeau, pour me déposer au pied de son sapin et s’extasier toute seule de se faire ce cadeau. Svetlana, mon amour mort, ma plaie.

10-

Si je pouvais te purifier, d’un peu d’argile te faire renaître, même pas pour moi, pauvre égoïste, mais pour la beauté de ton envol. Purifier ton sang, ta salive. Délier les nœuds qui affirment ton mal-être. Te façonner non à mon image mais à ton image. Délester vers le large tout ce qui te ronge de l’intérieur à grands coups de griffes et de crocs acérés. Te faire tendre tes muscles pour des danses d’extases qui te rempliraient le trou vide du centre de ton Être.

Ne plus sombrer dans le sommeil.

Te reposer, enfin, sur un talus vif de verdure.

Pascal Quignard, dans « Le sexe et l’effroi » écrit : « Quand Auguste réorganisa le monde romain sous la forme de l’empire, l’érotisme joyeux, anthropomorphe et précis des Grecs se transforma en mélancolie effrayée.
Des visages de femmes remplis de peur, le regard latéral, fixent un angle mort.
Le mot phallus n’existe pas. Les Romains appelaient fascinus ce que les Grecs appelaient phallos. Dans le monde humain, comme dans le règne animal, fasciner contraint celui qui voit à ne plus détacher son regard. Il est immobilisé sur place, sans volonté, dans l’effroi. »



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Bande son du moment : « Pearl Jam (2006)» par Pearl Jam

Lecture du moment : « Paideia, la formation de l’homme grec » de Werner Jaeger

Citation du jour :
« il cherche le paradis perdu
dans les nouvelles jungles de l’ordre

il prie pour une mort violente
et elle lui sera accordée »
Zbigniew HERBERT (Monsieur Cogito et autres poèmes)


Humeur du moment : Laborieux

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06/06/2006

Dévoré... (10 Larmes sur Svetlana)

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1-

Dés ma première approche de sa personne, elle eut ce mot, joignant le geste à la parole : « Je te pompe, j’emmagasine. » Joueuse, elle faisait allusion aux références littéraires et philosophiques que je lui jetais sur la table. « Je te pompe ! » Elle ne croyait pas si bien dire. « Je te pompe et je te dévore tout cru ! » aurait mieux convenu à tout ce qui allait suivre.

Très vite je l’aimais, de cette force que connaissent uniquement les dernières passions. Mais assez rapidement mes mains, mes jambes, mon cou, ma tête, à tour de rôles ou simultanément, se mettaient à trembler pour une raison inconnue qui ne m’apparaîtrait que plus tard. Palpitations de l’estomac et des entrailles. Comme dans les cartoons de Tex Avery, je me brisais en mille petits morceaux : craquement des os et déchirure de la chair. Je tressaillais. Mes vaisseaux sanguins apparaissaient sous ma peau blanche comme sous la viande d’un être gothique Hollywoodien. Au sol gisaient mes ongles, mes cheveux, ma lymphe. Elle s’y roulait très vite et se délectait de mes sucs charnels. C’était sa Joie. Puis elle tenta de me coudre des fils un peu partout afin de me transformer en marionnette. Orgasme assuré pour elle. Je me laissais faire avec l’Ivresse adéquate, pauvre fou…

2-

Elle élaborait des rituels sensés m’ensorceler. Mots répétitifs. Mouvement de la main. Signe de la tête. Mais le cercle qu’elle traçait autour de moi ne m’empêchait pas, parfois, de m’enfuir… pas pour longtemps. Je revenais bien vite dés qu’elle agitait le collier de circonstance qu’elle avait placé autour de mon cou et qu'elle manipulait à distance.

Elle aimait bander ses muscles, faire valoir sa force et me décrocher une pierre pour une lapidation selon sa convenance. Elle visait généralement le bas du ventre, les dents aussi… la pomme d’Adam et les couilles. Je tombais, recroquevillé sur moi-même, sans me plaindre. Alors elle venait, me caressait d’une main, tandis que de l’autre elle tenait la paille par laquelle elle aspirait toute ma sève pour s’en repaître. Ça sifflait entre ses dents comme les spasmes jouissifs des lèvres d'un Vampire.

3-

Si je fondais vers elle avec un sourire amoureux, des bras velues d’araignées, que je prenais pour des bras sensuels, lianes charnelles, lui sortaient de ses manches et pénétraient ma bouche, écorchant mes lèvres au passage, caressant mes vêtements, fouillant dans ma graisse et y pondant ses œufs néfastes. Puis, m’ayant injecté son venin, elle se délectait des fièvres qui m’assiégeaient.

4-

Elle m’aimait avec une force inouïe.
Elle m’aimait si fort que ses mains frêles parvenaient à faire craquer mes os contre elle. Elle m’arrachait cheveux, testicules, dents et poils de cul. Yeux exorbités. Elle savourait que je ne sois que l’ombre de moi-même. Elle savourait de me ramener au niveau de l’ombre qu’elle était elle-même depuis si longtemps. Son péché mignon, tout de même, c’était de me vider le crâne à la petite cuillère. Elle suçait, absorbait et je me laissais faire. Sa jouissance était mienne aussi. J’appelais ça de l’Amour. Elle souriait confiante. Mes sourires à moi me déformaient la bouche. Elle se régalait de mes grimaces pendant qu’elle mâchait mes tétons. Elle songeait à m’enterrer bien vite, de préférence dans une fosse commune.

5-

Elle faisait en sorte de me montrer à quel point elle en chiait pour vivre. Finalement ma rencontre qui « comptait tellement » n’avait pas changé grand-chose à son angoisse sournoise. Elle n’entendait pas mes mots, couverts qu’ils étaient par ses maux à elle. Mais je l’aimais d’amour, vous dis je… pauvre fou. Ce n’était qu’une furonculose parmi tant d’autres : le manège sanglant des couples malades qui tournoient au rythme des maladies atrabilaires.
Il est vrai, par moments elle faisait l’effort d’accoucher d’une photo ou d'une sculpture. « Je te prendrais bien en photo, tout nu » me dit-elle un jour qu’elle avait fait l’acquisition d’un appareil de haute gamme. « Pourquoi foutre ? » pensais-je, « Pour éterniser la loque que je suis devenu ? Se complaire à montrer mes lambeaux de chair à ses poufs de copines dont elle me disait le plus grand bien en privé ? C’est-à-dire : le plus grand mal. S’investir en tant qu’ârtisteuh dans la pitoyable représentation de ce que notre histoire était devenue en l’espace de six petits mois ? » Je la regardais en disant « non » mais le cœur soumis et offert. Elle détournait toujours le regard du mien, comme une esclave recouverte du litham et guettant l’instant propice pour regarder sans être vue. Mais l’esclave c’était moi. Je gisais à ses pieds sans que cela ne l’inquiète. Elle me consolait pourtant : « Je suis là. Je serai toujours là pour toi. Tu m’as ouvert les yeux. Tu m’as accueillie. » Et plein d’autres balivernes. Oubliant de joindre les actes salvateurs au poids sidéral de ses mots malades.


6-

On baisait vite et très mal. Ici, sur le canapé. Là, à même le sol. Là, contre le mur, ses deux jambes autour de ma taille. Urgence et larmes. Sans prémices. Sa chatte mouillait toujours. Sa chatte dégoulinait. Elle m’avouait : « c’est qu’avec toi que ça me fait ça. » Je me disais : « C’est toujours ça de gagner. » Ma viande remplissait sa viande. Jusqu’à l’étouffement de la culpabilité. Ni son homme ni ma femme ne savaient rien. Je m’en moquais. J’étais devenu fou d’amour et de douleur. Ou plutôt : j’étais devenu fou de ce que je croyais être de l’amour et qui n’était, en fait, que de la douleur. Je demeurais pris dans la masse de tout ce qu’elle pouvait dégager comme vibrations mauvaises. Je croyais, au tout début, avoir la force de tenir tête à sa malédiction. Je croyais. Rapidement je ne crû plus en rien. Elle pouvait, comme elle en avait vite pris l’habitude, me planter quinze aiguilles dans mes paupières et m’aspirer les yeux, se nourrir de mes orbites et de ma bite même (qu’elle n’a, cependant, jamais sucée... c'est bien dommage), je m’en foutais.


7-
Parfois, soudainement,elle me déchirait en lambeaux. Une véritable boucherie. Puis nous passions deux heures au téléphone pour qu'elle puisse rapiécer le tout. Je ressemblais au monstre de Frankenstein sauf que toutes les pièces rapiécées étaient les miennes. Mais entre temps, elle avait joui d’extraire de dessous mon épiderme sa dose de graisse sacrificielle, mon sel et mon sucre, mes bouts d’os avec lesquels elle jouait aux osselets en me narguant, avant de finir par s’en faire des colliers agrémentés de quelques unes de mes tripes remplies de merde.


8-

Nos noces adultérines, avant que d'être sanglantes, ne durèrent pas longtemps. Six petits mois qui brûlèrent d’un feu créateur avant de sombrer dans le chaos de la destruction qui acquiesce et à laquelle nous acquiesçâmes. Ses seins me donnaient les forces nécessaires à nos errances nihilistes. Mais la nuit elle venait sucer mon sang et s’en délecter comme une goule.

C’est qu’elle cherchait à me sculpter selon son bon plaisir. Et cela dura plusieurs années. Je fus patient et même… déterminé dans ma patience…pauvre fou.

9-

L’aimant, je la couvrais de cadeaux. Des livres et des disques, essentiellement. J’écrivais pour elle. L’inspiration se saisissait de moi à la moindre vue de sa silhouette. Je pensais à elle dix minutes et dix poèmes surgissaient. Elle sentait combien cela l’étouffait. J’aurai dû lui cracher à la gueule, l’assommer d’une claque d’homme et la sodomiser à sec. Mais ma main était tendre. Ma retenue persévérante. Je la laissais m’assaisonner selon son bon goût et me faire rôtir à petit feu. C’était bien l’odeur de ma chair qui emplissait la pièce et me mettait même l’eau à la bouche. Je me laissais porter par sa stature grecque vers l’autel sanglant où son couteau de marbre noir étincelait dans l’or des boucliers.


10-


Elle me plantait dans ses champs comme 100 000 graines fertiles, puis pissait sur mes jeunes pousses avant de me moissonner sous une lune noire. Un matin je me réveillais dans un ruisseau d’eau et de cendres, le Corps éreinté par une et mille guerres psychiques. Front, tempes, paumes et flanc transpercés, pieds meurtris comme le Christ, sauf que je n’étais le sauveur que de moi-même.

Elle avait disparu, avec ses amulettes et son orgueil pathologique.

Je tombais sur ce fait : l’hébreu ancien s’écrivait sans voyelles. Les maîtres se devaient de retenir les voyelles et de les transmettre aux disciples avec la plus sérieuse des déterminations. Étrange, tout de même, ces deux mots : Sainteté et Prostituée. Les deux mots s’écrivaient de la même manière : "QDShH". Mais Sainteté se prononçait « QeDouShaH » et Prostituée « QeDeShaH ».

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Bande son du moment : « Operation Mindcrime II» par Queensrÿche

Lecture du moment : « Paideia, la formation de l’homme grec » de Werner Jaeger

Citation du jour :

« Tant de livres de dictionnaires
d’encyclopédies obèses
mais personne auprès de qui prendre conseil

on a étudié le soleil
la lune les étoiles
on m’a perdu

mon âme
refuse la consolation
du savoir

aussi chemine-t-elle de nuit
sur les traces des pères »
Zbigniew HERBERT (Monsieur Cogito et autres poèmes)


Humeur du moment : Fatigué