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03/12/2006

Aurore - III

=--=Publié dans la Catégorie "Ecriture en Acte"=--=

"Le bonheur, quel qu'il soit, apporte air, lumière et liberté de mouvement." Friedrich Nietzsche (Aurore)

"Ce qu’ils sont ? Des civilisés cultivés qui passent leur vie à tirer des conclusions de leurs actes au lieu d’accorder leurs actes à leurs pensées." Antonin Artaud




Comment assumer le paradoxe d’attaquer la sphère culturelle elle-même, alors que précisément, de par mes centres d’intérêts j’évolue en son sein ? C’est que je rejette sa réalité présente. C’est que je considère qu’elle s’enfonce dans la boue des petits drames personnels qui n’ont pas grand intérêts. C’est que le Réalité qu’elle est nous masque le Réel de l’Être.

C’est que j’opposerai toujours, et je prends date, la maussade Réalité merdique à la Joie de l’Être réel.

J’assume ce paradoxe parce qu’il demeure quelque chose qui clame que la Culture demeure un centre de significations multiples dans une société sans la moindre signification. La Culture est vide. L’Être est devenu vide car porté par une existence vide. Mais il nous faut bien partir de quelque part pour oser, de nos jours, prétendre à la réinvention du monde et de la Vie.

Pour que ce monde en vienne à étendre un souffle neuf dans le ciel, vers le ciel, vers les étoiles, il faut faire émerger un projet collectif qui s’arrime avec détermination à toutes les apparences de la réalité, du vécu et les transcende en allant au point sensible du Réel. Le peuple réapprendra la colère si nous lui faisons apparaître l’écart horrible qu’il y a entre ce que pourrait être la Vie et sa pauvreté sanglante et misérable actuelle.

L’Art « muséifié » doit disparaître. L’Art doit baiser avec la Vie. Ici et Maintenant. Tous les jours. À chaque instant.

Le progrès rationaliste dont on nous rabat les oreilles depuis plus de deux siècles, à droite pour glorifier la libre entreprise garante de ce progrès, à gauche pour nous promettre des lendemains qui chantent, un temps des cerises à venir, ce progrès rationaliste est une fausse monnaie. La seule chose qui importe est de parvenir à aménager et arranger le milieu qui nous influence et nous détermine. Ce principe ne peut être que « religieux » et ouvert. L’accueil. L’Affirmation de soi sans menace morale asphyxiante. J’ai bien écris le mot « religieux » entre guillemets afin que l’esprit perspicace puisse exercer son entendement.

Le monde ne peut être dominé que Collectivement. Nullement par une Collectivisation Stalinienne. Que l’esprit perspicace exerce son entendement. Ce n’est que ce principe Collectif qui fait apparaître l’INDIVIDU. Dans une sphère néo-libérale, les individus ne sont que de sinistres vampires en quête de la dose quotidienne de sang d’autrui par l’intermédiaire de ce que le pouvoir économique et le pouvoir politique (désormais assujetti à l’économique) leurs dispensent avec parcimonie pour qu’ils se tiennent tranquilles. Ainsi, les individus vont et viennent au petit bonheur la chance, dans ce bordel immense et organisé, leurs émois, leurs troubles, leurs désarrois s’annihilent mutuellement et consolident le milieu qui érige leur dégoût, leur lassitude, leur morosité, leur angoissant tracas. Nous ne parviendrons à ruiner et détruire les clauses et modalités de cette société angoissante désormais dépourvue d’angoisse (Heidegger) qu’en mettant en scène des Jeux, des Joies et des Jouissances supérieures. La présence Humaine ne pourrait, alors, qu’être authentiquement et pleinement présente.

L’implication Collective de la domination de ce monde doit être Hiérarchisée selon un schéma naturel et humaniste. N’en déplaise aux coupeurs de têtes. Robespierre et Saint-Just ne sont pas mes héros.

L’égalité en termes de droits et de devoirs se doit d’être parfaitement appliquée puisque, selon ce que signifia un Montaigne souriant, chaque homme est un miroir pour son prochain. Même le cannibale. Il est évident que dans le déploiement de l’application de ce postulat certains et certaines se distingueront. Les prétendants ne sont pas légion.

Lorsque le Peuple se veut Souverain, en dépit de l’Individu, c’est signe de décadence.
Lorsque l’Individu se veut Souverain, en dépit du Peuple, c’est signe de décadence également.
Le 20ème Siècle nous l’aura magistralement montré. Le terme « Magistralement » n’est pas utilisé ici à la légère, mais pleinement mesuré.

Encore une fois : l’à-venir et donc… l’Avenir est à la synthèse et donc… au dépassement de ce qui a été, est et pourrait advenir.

Consciemment, à 40 ans passés, je me considère en pleine possession de ma jeunesse. Je suis le fervent défenseur de la Force de la Jeunesse. Mais je me refuse, du plus profond de mon être, à être assimilé et comparé à ce qu’on a coutume d’appeler « la jeunesse ». C’est une façon bien mise, soignée, politiquement correcte, faussement tirée à quatre épingles pour juguler le fond du problème, en s’efforçant même de l’enterrer, en lui conférant ce déséquilibre imputé à la faculté d’une saison appelée à passer ou aux caprices des transformations socio-biologiques. Ponce Pilate sut si bien se laver les mains. Car la jeunesse d’aujourd’hui, comme définitivement abrutie par le manège de la consommation et de l’angoisse de la production, suffoque, selon l’effigie de ses aînés, dans la quête balbutiante, le flottement existentiel, l’incertitude, la méfiance et le soupçon… et l’égoïsme cynique.

Depuis la chute originelle, l’exil, nous sommes entrés dans le piège de la reproduction, pieds et poings liés. Nœuds de toutes parts.

Ainsi on patauge à chercher là où Picasso et Cocteau trouvaient.

Voilà pourquoi, bien qu’à portée de la main, nous avons ce sentiment inéluctable de ne rien trouver de ce que nous cherchons. Et, de fait, nous acceptons cette lamentable servitude volontaire, cette nausée quotidienne, sans rien trouver à y redire. Pire ! Si jamais quelqu’un se distingue en possession du cri salvateur, nous savons le lapider. Amen.

La complicité du mensonge présent est générale.

Entrevoyant la Vérité les adversaires se présentent toujours à l’heure, en temps et en lieu.

Il y a quelque chose d’atrocement comique d’entendre parler de « Révolution » par les temps qui courent. Le terme prend un poids ridicule, infime, négligeable. C’est, bien entendu, dû aux mauvaises expériences passées qui ont eu le culot de se réclamer d’un esprit Révolutionnaire, mais c’est tout autant dû aux tentatives qui étaient à deux doigts de réussir de fonder une élancée autre de la Vie, un possible aux multiples possibles, et aux erreurs commises par les acteurs des mouvements en question.

L’Ordre ne veut pas être dérangé. L’Ordre est profond. Il vient de loin.

1789, 1848, 1871, 1917, 1936, 1968 n’ont pas eu lieu. Ce ne sont plus que des dates dans les livres d’Histoire qui veulent nous persuader que quelque chose ce serait passé et nous élabore des schémas représentatifs qui finissent par nous maintenir en laisse. De fait, le mouvement Révolutionnaire en tant que tel a été démantelé dés la prise de pouvoir des pseudo-révolutionnaires que tout le monde connaît afin qu’aucune nouvelle Situation ne puisse voir le jour. Geler la situation dans ce qu’elle est, une sorte d’Artefact condensé des humeurs et des ressentiments profonds, voilà ce qui fait le lot de l’Humanité en tous lieux et à toutes époques.

C’est bien l’Armée Rouge Communiste de Trotsky qui extermina les Cosaques Anarchistes d’Ukraine de Makhno le Rebelle.

Nous voici ainsi, largués de droite, ou largués de gauche, apolitiques, croyants ou athés, agnostiques cyniques ou saints par compassion, étalés dans la fange putride de la résignation qui ne fait plus de nous des hommes, mais de pauvres hères qui subsistons métaphysiquement et physiquement du mieux que nous pouvons, cherchant sans cesse un juste moyen pour nous laver notre conscience de toute la merde que nous y étalons nous-mêmes de nos mains soumises avec la précision requise. Big Brother and Big Mother are watching us.

Il faut supprimer toutes velléités de chamboulement, de désordres, de fantaisies créatrices dans une société quelle qu’elle soit. Que la Société se nomme démocratique, théocratique, fasciste, ou ce que vous voulez. Mais, dés que les conditions nécessaires sont réunies pour affirmer pleinement les arguments du pouvoir régnant, dés que les outils sont en place et en synergie adéquate pour que la ruine s’élabore de l’avant se consolidant jusque dans nos veines et nos réseaux nerveux tellement l’hypnose en place est drastique, aussitôt sont réunies les conditions et les possibilités d’une transformation totale du monde au sein duquel nous vivons. Le pouvoir ne le sait que trop. Être absolument Moderne ne lui suffit pas. Par des moyens modernes il se doit de préserver la morgue de sa vieille domination éternelle, poussiéreuse et antique, même s’il change d’appellations au cours des temps. Suprématie du même empire infernal depuis toujours.

Si le « Révolutionnaire » de nos jours est ridicule, le citoyen moyen (c’est-à-dire à peu près tout le monde) l’est tout autant lorsqu’on passe sous microscope et qu’on étudie au scalpel les divers aspects de son accord soumis, de son consentement, de son agrément au pouvoir en place qui lui accommode son cadre de vie selon des desiderata totalement inhumains.

La Révolution est enrayée lorsque les tee-shirts prolifèrent avec les portraits de Bob Marley ou du « Che ». Beaux biens de consommations. Mais de même, la seule perspective révolutionnaire (ou tout du moins nommée ainsi) qui se propage comme une rumeur constante et un sacerdoce nouveau est le publicitaire porté à son paroxysme constant. Si la chair des philosophes du 18ème Siècle est devenue bien triste, le paroxysme publicitaire nous entraîne dans le vertige de sa jouissance mortuaire toujours recommencée. Et pendant que cette « révolution » là est en avancée constante, les tentatives Révolutionnaires avortées sont désignées comme responsables de biens des massacres (authentiques, bien sûr), les pages se sont écrites dans le sang, bien-sûr, les échecs sont encadrés en gros, pour sûr, pour sûr, le chien que je suis peut aboyer autant qu’il veut, la caravane des marchands de serpents et de potions magiques passe. La Révolution (qui pourtant n’a pas eu lieu) est responsable d’aliénations nouvelles.

« La lucidité, elle se tient dans mon froc ! » gueulait Léo Ferré.

Les marchandises et la marchandisation progressive de la Vie dans son ensemble s’étalent comme de multiples fêtes invariables. Et, comme à un concert joyeux, nous levons les bras vers le Veau d’Or croyant les lever vers le Ciel. Nous approuvons. Les moindres nuances et les moindres détails de la marchandise constamment changeante sont portés au pinacle de l’idolâtrie par l’hystérisation de notre désir.

De véritable projet Révolutionnaire qui exprimerait les éventualités, cas et hypothèses, les occasions et opportunités, les moyens et les potentialités d’un changement du monde et de la Vie, il n’y en a point. Tout du moins, il n’y a pas de projet nodal. Quelques particules libres, ça et là, sillonnent les antres, les recoins et les sphères de la Réalité et de ses Ravages. Quelques consciences sursautent à l’occasion. Une nouvelle toile se doit d’être tissée. Comprenne qui pourra.

Les seuls critères sur lesquels une contestation totale et authentique, susceptible d’être libératrice pour l’Être en nous, se doit d’être fondée, se doit de naître sur le rejet de la Société et de ce qu’elle implique dans son ensemble. Une transmutation de nos valeurs, une transvaluation de nos notions de bien, de mal, de juste doit apparaître. Bien qu’aux liaisons floues, aux contours imprécis, des tentatives de la transmutation en question apparaissent ça et là, je le disais.

Tout amendement « progressiste », toute « amélioration », tout « perfectionnement » de certaines situations néfastes, accueilli avec la joie désormais commune des masses soumises, dans le soulagement démocratique mutuel, même s’il contribue en certaines circonstances à atténuer des douleurs et des difficultés sociales, sera, au final, voué à parfaire une seule chose : le conditionnement que le système propage à notre encontre pour nous contenir. C’est précisément cela qu’il nous faut investir, bousculer, retourner, invertir, désarçonner, détruire, jeter à bas, mettre sans dessus dessous, culbuter, chambarder, RÉVOLUTIONNER.

Les villes contiennent à la fois leurs larbins et leurs futurs dynamiteurs.

En même temps que la Rébellion se trouvait intégrée aux jeux néfastes du Pouvoir Marchand Dominant, cette haute conscience s’emparait de moi comme une très Sainte nécessité. J’avais 17,18 ans et je déclarais la guerre au monde entier. Je n’ai toujours pas quitté ces sentiers étroits malgré les paradoxes de mon existence de travailleur huilé pour les rouages de la grande machine qui me dévore comme tout le monde.

« It's a big machine, it's a big machine
We're all slaves to a big machine
It's a big machine, it's a big machine
We're all slaves to a big machine
All tied up to a big machine
I got houses
Got cars
I got a wife
I got kids
Got money in the bank

Get away without borders
I'm a slave, New World Order
I guess I chose to be
I guess I chose to be
I guess I chose to be
I guess I chose to be

Hope I teach my son how to be a man
Now before he hits 35
Comic book lives don't really have any real life do they now »
chante Scott Weiland avec Velvet Revolver.

Je suis un Moderne. Oui. Je refuse de croire que je puisse faire partie de cette engeance dite « post-moderne » qui s’illusionne à vouloir précipiter le temps dans un gouffre inexistant, en proclamant que désormais l’Homme est sur la juste voie, que la fin de l’Histoire est là ou très proche. Sont mes ennemis ceux qui veulent me faire prendre des vessies pour des lanternes avec de douceureuses voix me dictant que tout va pour le mieux et de mieux en mieux (Bien-sûr, Voyons !), que des réformes apporteront la Joie et la Jouissance. Ce n’est qu’un contrôle de plus, une maîtrise supplémentaire, un renforcement des conditions d’exploitation de l’homme par l’homme. L’exploitation de l’Humanité par quelques hommes. Quelques vampires suprêmes nous transformant en vampires mineurs.

Je suis loin d’avoir le seul apanage, le seul privilège, l’exclusivité de l’intellect, de la pensée, de l’entendement, de la clairvoyance. Mais je veux me targuer de m’efforcer d’utiliser mon intelligence selon une noble destination. Je peux donner le sentiment, une fois de plus, d’étaler mes mots selon mes humeurs pathologiques, et pourtant… chaque phrase est soupesée et orientée du mieux que je peux le faire, conformément à mes modestes moyens.

La première des critiques Révolutionnaire que je puisse faire à l’égard de la Révolution est de proclamer que le problème de l’Homme n’est guère Social. Le Social n’est qu’un symptôme, une conséquence, de l’Absence de Spiritualité, du manque d’esprit en ce Néant où nous pataugeons. Et les églises en sont largement responsables, de par leurs bigoteries, leurs aveuglements. Certes, on peut voir encore quelques yeux briller d’une flamme singulière dans l’enclos de la Foi que suggèrent les diverses prêtrises. Mais il manque l’Amour et son Intellect. Il y a beaucoup de Foi et d’Espérance. Mais cela ne suffit pas. Car comme le précisait l’apôtre Paul, même si j’ai la Foi et l’Espérance, si je n’ai l’Amour, je ne suis Rien.

Sans une utilisation de notre intellect correcte et adaptée aux situations et, plus particulièrement, à la situation générale dans laquelle nous nous trouvons, nous ne pouvons avoir accès aux idées et pensées audacieuses, d’avant-garde, futuristes que par bouts épars grotesques, ridicules, primaires, simplistes et sommaires. Ce sont précisément ces idées et ces pensées qui peuvent nous permettre de comprendre et saisir notre temps pour d’autant mieux le contester et le transformer radicalement.

"Dans un monde totalitaire, les artistes meurent et leur disparition signe et avalise l’avènement des publicistes, des propagandistes et autres metteurs en scène de vérités nécessaires au grégarisme du moment." Michel Onfray

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Bande son du moment : "Collideoscope" par Living Colour

Lecture du moment : ...pas de lecture particulière... butinages divers...

Citation du jour : « L'esclave est un serviteur qui ne discute point et se soumet à tout sans murmure. Quelquefois il assassine son maître mais il ne lui résiste jamais. » Alexis de Tocqueville (De la démocratie en Amérique)

Humeur du moment : Concentré face à la fatigue

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02/12/2006

Aurore - II

=--=Publié dans la Catégorie "Ecriture en Acte"=--=

Beaucoup de surface et de superficialité en notre époque malade. Le paraître plutôt que l’Être.
Les Machines finiront par nous soumettre à leurs puces, conducteurs et micro-processeurs ! La profondeur ? Au diable ! Ou plutôt laissons-la au bon dieu. Le Diable a des atouts que la divinité n’a pas : la platitude et le nombrilisme ! Justement.

Il y a un manque d’idées dans chaque sphère de notre vie. Les actes Culturels, Politiques, Spirituels sonnent creux ! Il suffit de jeter une oreille à la production musicale, d’échanger quelques propos avec ses collègues de travail, de suivre le journal de 20h00 pendant un petit quart d’heure, de regarder une vitrine de librairie, de considérer une cité HLM et sa conception concentrationnaire.
Ou alors, on peut prendre ce postulat à revers ! Les idées fusent de toutes parts, mais elles fusent précisément dans le but de nous soumettre, de nous concentrer pour une surveillance plus accrue, de nous empêcher d’avoir des idées en contrepoids. De partout les acronymes et novlangues de spécialistes explosent ! Curieuse contre-initiation mise en place pour contre carrer toute initiation à la Vie ! Il nous faut être sollicités. Encerclés de sollicitations. S’il est une idée, c’est celle-là ! Et la rétention d’information se doit d’être agréablement ciblée et présentée comme festive, branchée, câblée, « in ». Soyez festifs, branchés, câblés et « in »… et peut-être aurez-vous accès à la compréhension du Vide organisé et construit pour vous néantiser la matière grise et vous rassurer pendant que le système se rassure ! Car les techniciens ont cette intelligence protectrice qui consiste à jouer le jeu des techniciens qui les comprennent. Les spécialistes pour les spécialistes. Du coup, le commun des mortels détourne la tête de l’essentiel, s’enivre de valses stupides pour se distraire et en oublier qu’il est mortel, car… c’est trop compliqué ! Ça ne le concerne pas ! C’est une affaire pour ceux qui adoptent une posture. De là découle tout ce conformisme puant et craintif, ce manque d’imagination qui fait croire que ce qui est bon et utile est pris en main par les instances qui conviennent. Pour en venir à comprendre la Crise Mondiale en cours, il conviendrait de faire preuve d’inventivité, de fantaisie et d’inspiration pour pouvoir concevoir, enfin, la carence et la privation, le déficit et la pénurie de l’ESSENTIEL. Penser, imaginer, peser, former tout ce qui est manquant, occulté, prohibé et néanmoins concevable au 21ème Siècle. Ô Champs du Possible. Champs des Possibles.

Dans de telles conditions, je ne peux que comprendre les rapports que j’entretiens avec mes contemporains encadrés et nourris par une génération d’intellectuels « intellectualistes », prout-prout, frileux et tout juste attachés à quelques valeurs sorties de 1789 (qui n’a pas eu lieu) et mythifiées en idéal idéel, n’ayant aucun rapport concret et direct avec l’Incarnation Vitale de la Vie. Impuissants et bandeurs mous ! Pas de concession avec ces enfoirés qui ne souhaitent secrètement que défendre leur bout de gras !

Il y aurait de la purge à faire dans la presque totalité des intellectuels qui se permettent de se satisfaire de leur propre pensée creuse de penseurs emplis d’eux-mêmes. S’il y a des nombrilistes à trouver… ils sont plutôt à chercher par là. Moi j’écris sereinement à la lueur de mon écran, la nuit quand tous les chats sont gris. Je sais des solutions au monde basées sur l’Amour et le regard en l’Autre. Mais ces solutions ne peuvent passer que par le phénomène de la jurisprudence (Deleuze) non l’idéel noumène Kantien des « droits de l’homme ». Il faut de l’Action et du mouvement, des décisions… même pour ériger l’oisiveté de Cossery au niveau du grand Art. Nos intellectuels et nos « Zartistes » s’agréent eux-même de ce qui leur semble être leur génie (tout droit sorti de leur petit drame psycho-socio-familial personnel) et ils se doigtent le nombril les uns et les autres dans une délectation d’Impuissants. Ensuite ils pensent briller en parlant de l’Impuissance de la pensée à laquelle ils se soumettent. Et ils brillent en effet : entre eux.

Car, l’aliénation consiste bien, pour être pleinement appliquée et efficiente, à parvenir constamment à séparer notre pensée de notre conscience. La pensée ne doit pas parvenir à être consciente d’elle-même, encore moins à inscrire sa trajectoire dans le désir d’une Cible !

Oui, il nous faut quelques mutineries dans chaque lieu de l’Être. Des séditions dans les spécialités, les matières de l’esprit, les disciplines. Et il faut unir les connaissances et les tendre vers le Savoir. Car toutes les séparations, les Catégories : feu de paille et guerres de chapelles. Mensonges.

Mensonge.

Les hauts fonctionnaires qui privilégient les résultats en ne tenant compte que des aspects techniques au détriment des aspects humain, qui prévoient compétition, lutte, rivalité et organisation totale… il nous faut des armes pour les révoquer : il nous faut dire et porter le Verbe aux quatre coins des sens et significations… la Communication doit être abrasive et totale. Si la communication est abrasive et totale, la fête qui en découlera ne sera pas chienlit. Ce sera un don mutuel que les hommes de bonne volonté se feront en riant.

Potlatch.

Et que l’on ne vienne pas me dire sur un air niais que, ça y-est, la communication totale est là. Car la communication d’aujourd’hui ne consiste en rien d’autre qu’à précipiter le temps dans les tâches, interventions, transactions financières, expéditions, besognes qui soumettent le monde. Accélérer le processus de construction du Golem qui désagrège l’ancien monde en même temps que le bon sens. Spectateurs, nous nous grattons les couilles en baillant devant les affiches de publicités et les écrans de contrôle qui nous divertissent.

Augmenter la vitesse de mise en application des actions, voilà tout ce qui compte dans la communication… Comptes bancaires, objectifs à atteindre, loisirs sous surveillance, rires de plage, viande malade maquillée en viande saine. Œil présent au monde mais absent à soi.

La communication n’a de sens que dans l’action commune, le partage et l’échange, comme jadis, autour du feu de camp dans le désert. Les plus saisissantes exubérances de l’étroitesse d’esprit, de la fermeture d’esprit, de l’intolérance sont connexes à la surabondance de Passivité générale. Un texte se présente, un texte simple sans prétention aucune : son auteur est systématiquement taxé de nombriliste… par les nombrilistes eux-mêmes.

Or, moi, j’écris la nuit quand tous les chats sont gris, à la lueur de mon écran… et je dis, qu’à nouveau il nous faut porter sur les choses et les faits un regard sévère et juge qui soit Historique. Car l’Histoire n’est pas finie et elle ne finira jamais.

Mon utilisation d’Internet contient à la fois le refus et l’acceptation de ce média. La communication de demain se devra d’être quantique : elle contiendra son refus, sa contradiction. Le saisissable et l’Insaisissable. La contradiction contiendra l’apport essentiel et le « Oui ». Ainsi le refus et la contradiction deviennent communication abrasive et Totale. Projet Positif. Un Projet Positif contient sa propre sévérité à l’encontre de sa propre voie. Seule compte la qualité de la danse. Le vrai Pouvoir c’est la qualité.

Les sarcasmes de mes contemporains ne sont qu’une négativité balbutiante. Le Drame est qu’ils mènent la danse.

«Lorsque je suis venu auprès des hommes, je les ai trouvés assis sur une vieille présomption. Depuis longtemps ils croyaient tous savoir ce qui est bien et ce qui est mal pour l'homme...

C'est là aussi que j'ai ramassé sur ma route le mot de surhumain, et cette doctrine: l'homme est quelque chose qui doit être surmonté...»
Friedrich Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra)

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Bande son du moment : "Rock Garden" par Ty Tabor

Lecture du moment : ...pas de lecture particulière... butinages divers...

Citation du jour : «Les Français veulent l'égalité, et quand ils ne la trouvent pas dans la liberté, ils la souhaitent dans l'esclavage.» Alexis de Tocqueville (L'Ancien Régime et la Révolution)

Humeur du moment : Serein... souriant

14:15 Publié dans Écriture en Acte | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : 31-Ecriture en Acte : Aurore - II | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

01/12/2006

Aurore

=--=Publié dans la Catégorie "Ecriture en Acte"=--=

«Vous avez remarqué que, devant cette détresse propagandisée, je ne marche pas une seconde. Tout le monde me demande depuis longtemps comment j'ai eu conscience de ce qui est en train de se passer comme ère crépusculaire. À quoi je réponds que je ne vois pas le sens de cette question, puisque pour moi c'est l'aurore. Aurore est un beau titre de Nietzsche, qui a placé en exergue de ce livre, vous vous en souvenez, une phrase du Rig-Veda : "Combien d'aurores n'ont pas encore lui." Et comme je suis en 118, [ ... de la nouvelle ère, selon l'auteur...] je vois devant moi une splendide aurore, qui ne peut pas ne pas annoncer midi. Mais quand je dis ça, c'est comme si je tenais un propos délirant. L'embêtant, c'est que c'est le crépusculaire qui délire.» Philippe Sollers (L'Évangile de Nietzsche, entretiens avec Vincent Roy)


Nous sommes emportés par une singulière entreprise provoquée par nous, mais qui nous dépasse de loin : L’appropriation précise et scientifique de la nature par les hommes.

Même si nous pouvons constater les soubresauts de la nature... ondes de chocs et scissions multiples... nous ne pouvons remettre en cause cette appropriation violente en cours ; les seuls arguments Sociaux, Philosophiques, Politiques, Spirituels qui comptent ne peuvent et ne doivent se tenir qu'à partir de cette situation unique, car le seul point d'achoppement qui détermine le comportement Humain (trop Humain), la seule question qui demeure au centre de la pensée et de l’action, à présent, post-modernes, c’est l’utilisation et l'exploitation possible de la "subdivision" de la nature.

Par sa "Servitude Volontaire" l'Homme est un animal surprenant qui s'adapte au pire... définitivement... mais... on peut toujours trouver des ressources pour survivre longtemps... très longtemps... très très longtemps... Vivre est une autre histoire.

Ces victoires, ces succès, ces triomphes emphatiques ne sont pas les nôtres... par Dionysos... notre Victoire sera la fête. Le Temps retrouvé ! Celui de Proust ! Celui des Cerises bien-sûr... celui d'un Drapeau Noir... pour Sûr... celui d'une Majestueuse Fleur de Lys... à l'évidence ! Mais méfiance... ce ne sera ni le Drapeau Anarchiste, bien que Pirate... ni le Royaume de la Monarchie, bien que Royal ! L'Invention et le souffle ! Le Sourire de Dieu si vous voulez... Le Mot Majestueux ! Le Verbe ? Que Dieu m'entende... s'il existe !!!

L'Avenir Révolutionnaire est à la Synthèse Salvatrice ! Elle est à inventer, à découvrir, à formuler. Tout le reste : chapelles et feux de paille.

Il faut des Racines Profondes, retrouvées et arrosées pour se projeter dans un avenir que personne ne soupçonne.

La Liberté des facultés intellectuelles, Psychiques et Corporelles est bien l'unique substance interne et matière première que n’a pas encore éprouvé notre époque pragmatique... sauf au travers du Consumérisme ! Balivernes et Hypnoses ! Le Libertaire, Libertin, Souverain et Unique, Seigneurial et Rebelle est... absent ! Il se cache !

Le Monde tend à l'Unisson vers l'Unité dans toutes les Sphères de son Incarnation tentaculaire.

L'Unité du monde transparaît, aussi, dans l'Unité des conditions de l'Asphyxie générale... de la suffocation, du halètement maladif, du harcèlement, de la sollicitation constante, de l'asservissement, de la domination, de l'esclavage (doux ou brutal), des soumissions et mortifications, de la Tyrannie oppressive directe ou masquée !

Sa crise, perçue de manière diffuse, est cependant unitaire aussi. Faisceaux d'énergies encore scindés mais aptes à coopérer lorsque le paroxysme l'exigera ! L'Histoire suivra son cours ! Et le Fascisme Fasciste ou déguisé en "Démocrassouillardise" ne passera pas !

L'Aliénation est bien cette contrainte qui dépossède l'Homme de lui-même, de son "Soi" essentiel, de sa Liberté Fondatrice et Souveraine, de ses aptitudes à la découverte et à l'épanouissement.

Désormais, aux quatre coins du Monde, cette Indivisibilité fondamentale de la démence organisée se transcrit et se représente en discriminations, en démembrements, en illogismes, en inspections maniaques. Demain : la pupille de l'œil ainsi que les empreintes digitales feront office de carte d'identité, de carte bancaire, de "Carte Vitale"... en attendant les implants !

Contrôler l’art et la pensée est un front précis de l'entreprise Toxique de la répression. Ce Contrôle rejoint symptomatiquement le planning plus général de l'autorité, de la mainmise, de l'influence, de l'emprise exercés sur nos vies.

Or, les idéologies s’effritent et, par doses toujours plus massives, au fur et à mesure qu'elles s'émiettent, elles se doivent de sauver la façade et d'appliquer le plan au plus près de la lettre : orchestrer chaque élément de la vie. De notre Vie.

Le Monde techno-scientifique nous a libérés de nos frontières spatio-temporelles ancestrales. Nations ? Régions ? À présent la mesure est Mondiale. Unité ?

Mais la raison d'être de ce Monde techno-scientifique est de nous diviser, de nous dresser les uns contre les autres selon un sens qui nous échappe encore de façon claire et voyante, selon des bifurcations permanentes, de subtils poisons, une cohérence interne dissimulée qui s'exaltent en concepts et notions absurdes et démentes. Bonifications débiles ! La Chienlit et autres défilés de "roller-communities", gay pride et techno-parade exhalant leurs pestilences névrotiques, Martyrs et dévots croyants aux yeux gorgés de sang se fouettant avec ivresse. Thanatos ! Fétide !

En vérité je vous le dis et le signe des deux mains : 1789, 1871, 1968 n'ont jamais eu lieu ! Nous sommes en retard sur les postulats de Diderot, Voltaire, Montesquieu, Proudhon, Stirner, Debord... Ils nous précèdent. Nous nous traînons derrière eux comme de tristes pantins lobotomisés !

Nous avons préféré Robespierre, Napoléon, Thiers... Pompidou ! Et nous sommes encore et toujours au 19ème Siècle ! Mental Bourgeois délétère en notre douce Chiraquie !

L'Unité de nos affres et espoirs a de curieux contrecoups. L’étranger, à présent, précisément de par la subtile séparation mise en place sous couvert d'Unité Festive, nous entoure de partout, au moment précis où nous devenons de plus en plus étrangers à notre monde. Étrangers les uns aux autres. Étrangers à nous-même. Étrangers à ce Monde au sein duquel nous vivons pour produire et consommer et reproduire ce qui convient. L'altérité n’est plus au-delà de la frontière, derrière la limite, sur un autre continent, elle est là, derrière la porte, constituée en sanguinaire férocité justement par sa participation obligée à la même perpétration des crimes culturels et mentaux hiérarchisés.

L’humanisme, qui ose se prétendre tel, qui soutient ce Gigantesque "Barnum" est l'antithèse pathologique de l’homme, le contraire de son énergie vitale et de son désir d'être-au-monde ! Nous en sommes là : Les "droits de l'hommisme" et l’humanisme de la marchandisation de notre souffle ! La Volonté Démoniaque d'une Cordialité de la marchandise pour l’homme qu’elle parasite afin de lui apporter la Liberté de s'emparer, enfin, d'elle... douce Marchandise mystérieuse et inaccessible... enfin accessible !

Les hommes diminués en objets, rouages, courroies développent les expressions d'une conscience de bête, d'animal. Et les objets issus de la Matrice acquièrent de plus en plus des qualités presque humaines.

Les "Tamagoshis" n'étaient qu'un test.

Le maître des marionnettes sourit...

Les révoltes ne sont que de banales apparences. Des "pets de lapin", dirait Henry Miller écartelé aux Tropiques ! La Contestation Générale est bel et bien ORGANISÉE pour nous proposer des instants de purges. Soupapes sécuritaires !

Ce monde dominant s'IMPÉRIALISE et s'autoproclame comme définitif, la Mondialisation/Globalisation Carnassière s'étaye sur un Socle qui clame l'enrichissement, le progrès, le développement, la libre entreprise, l'approfondissement de sa sphère nombriliste, cannibale et sado-masochiste. La Mondialisation/Globalisation oeuvre à l'étirement, au déploiement, à l’extension infinie de son modèle Unique et irremplaçable. Dieu... Veau d'Or... Marchands dans le Temple ! Légion !

L'Intelligibilité, la Lisibilité de ce monde (Golem des temps nouveaux suspendu dans l'Espace) ne peut s'édifier que sur le Litige, la Révolte Authentique qui n'a de sens et de réalité (face au Virtuel) qu’en tant que remise en question radicale de la tentaculaire totalité.

Beaucoup sont appelés... peu sont élus... pour comprendre ce qui se trame ici.

"Au-delà du Nord, de la glace, de la mort - notre vie, notre bonheur... Nous avons trouvé l'issue de ces milliers d'années de labyrinthe." Friedrich Nietzsche
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Bande son du moment : "Live in Belgrade" par Vlatko Stefanovski et Miroslav Tadic

Lecture du moment : ...pas de lecture particulière... butinages divers...

Citation du jour : «Qui cherche dans la liberté autre chose qu'elle-même est fait pour servir.» Alexis de Tocqueville (L'Ancien Régime et la Révolution)

Humeur du moment : Détendu

20:20 Publié dans Écriture en Acte | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : 30-Ecriture en Acte : Aurore | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook