18/07/2008
Opinions...
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« Lors d’un "dîner en ville", ce printemps, pendant ma "tournée promotionnelle" pour la sortie de Villa Vortex : après quelques banalités d’usage, ne voilà-t-il pas que la maîtresse de maison, si je me souviens bien, se paie comme un petit tour panoramique des opinions politiques de ses invités. Nous sommes priés de répondre de façon courtoise mais explicite, c’est-à-dire compréhensible par des bourgeois, et surtout dans la plus grande concision, tout le monde sait que pour un bourgeois le temps c’est de l’argent. Le sinistre tour de table a donc lieu et j’angoisse déjà à l’idée de devoir en quelques mots de moins de trois syllabes expliquer ma "position politique".
Je ne sais pourquoi, pourtant, une sorte de sérénité m’étreint lorsque vient le tour de mon voisin. J’allume un cigare tandis que, avec l’aplomb du cuistre croyant sortir une nouveauté irrésistible, ce voisin de table, pour ne pas dire de hasard, prononce les mots, désormais signes de ralliement de toute un génération qui cherche à couvrir les crimes de masse par un peu d’humour juif mal compris : "Moi, eh bien, moi, je suis marxiste, tendance Groucho, bien sûr, ah, ah, ah !
- Ah ! Ah ! Ah !", de reprendre la tablée, bien en chœur.
J’attaque le Cohiba alors que déjà les yeux se tournent vers moi. Le regard de la maîtresse de maison se fixe sur ma pauvre existence comme si, à mes lèvres, était suspendu le sort de la moitié riche du monde.
Je recrache la fumée, l’inspiration me guide, au même moment je sais l’effet que tout cela va produire, mais tant pis :
"Oh, moi, je réponds à la question muette, moi je suis franquiste. Tendance Dali."
Un iceberg prend calmement possession de la pièce. »
Maurice G. Dantec, Le théâtre des opérations, 2002-2006 : American Black Box
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