Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/09/2008

Saint...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires"=--=

Le feu de la sainteté brûle. Saint est le souffle qui enfle mes poumons. Sainte est la pensée qui me torture. Saints les cauchemars qui me réveillent en sueur. Sainte la malédiction qui nous est donnée comme un défi. Sainte est la langue quand elle est entendue.
Claudel : « Le clair dialogue avec le silence inépuisable ». Le langage quotidien annihile, réduit les mots aux balbutiements informatifs. La langue puise, nomme, élève la sainteté. Sainte est l’érection matinale. Saintes les menstrues. La poésie est martyre : elle porte témoignage, elle dit l’inavouable. Mais il faut pouvoir l’entendre avant que d’oser se brûler au feu de la Sainteté. Le réel voilé attend le dévoilement. « Le citoyen d’un état moderne, non plus seulement de son village ou de son district, et qui sait lire et écrire, est mal préparé à accéder aux biens intellectuels d’ordre supérieur. Il est maintenu artificiellement à un niveau plus bas par la télévision et les magazines illustrés, et ces médias — indépendamment de leur aspect technique — sont pour l’esprit comme les chaussures qui blessaient les pieds des femmes dans la Chine antique. Dans le même temps, l’élite s’occupe de ce qu’on dénomme culture, c’est-à-dire qu’elle s’adonne en général à des rites imposés par le snobisme et supportés avec ennui. » (Czeslaw Milosz, Témoignages de la Poésie)

Sainte est la rue, poisseuse et humide, puante et sanglante. Saintes les cathédrales que caressèrent des mains d’homme. Dans le cercle, tourbillonnant, nous sommes saints sans le savoir, perdus, éteints, chancelants et fiers. Saint sera l’éveil quand les yeux injectés de sang s’ouvriront. Saints les maudits qui se complaisent dans leur malédiction. Saint l’écrivain, christ mineur, qui porte sa croix en silence et attise la forge du Verbe. « Le feu qui dévora Sodome et Jean Huss et la cigarette que je viens de jeter, le feu court sur la mer et les marais, au flanc des cimetières, dans la fumée des locomotives, aux hublots des transatlantiques. » (Robert Desnos, Deuil pour deuil). Sainte est la mort qui nous surveille. Saint le froid de l’hiver qui vivifie et qui tue, comme l’Esprit Saint et sa flamme qui éclaire les synapses. N’allez pas croire que je mets tout à niveau égal. Je décris une ronde qui nous submerge chaque jour. Je décris la subjugation qui nous surprend comme une proie. Je décris la soumission qui nous interdit. Je dis notre carne au milieu du brasier.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les moutons, les oies et les ânes...

=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=


Trouvé ce texte du philosophe moustachu sur Theatrum Mundi qui m'a rappelé mes lointaines explorations qui ne demandent qu'à être reprises.

"La lutte contre l’Eglise est sans doute entre autres aspects – car elle signifie mille choses diverses – la lutte des natures plus vulgaires, plus légères, plus confiantes, plus superficielles contre la domination des hommes plus graves, plus profonds, plus contemplatifs, c’est-à-dire plus méchants et plus méfiants, qui furent longtemps à scruter avec une suspicion profonde la valeur de l’existence comme aussi leur propre valeur : le vulgaire instinct du peuple, sa joie sensuelle, son « bon cœur » s’insurgèrent contre eux. L’Eglise romaine tout entière repose sur la suspicion méridionale à l’égard de la nature humaine, et qui dans le Nord prêta toujours au malentendu : suspicion qui constituait pour le Midi européen l’héritage du profond Orient, de l’antique et mystérieuse Asie et de son esprit de contemplation. A lui seul le protestantisme est un soulèvement populaire en faveur des braves gens, ingénus, confiants, superficiels (le Nord montre toujours plus de bienveillance et de platitude que le Midi) ; mais ce fut la Révolution française qui remit enfin solennellement et sans réserve le sceptre au « brave homme » (au mouton, à l’âne, à l’oie, en un mot à tout ce qui est d’une irrémédiable platitude, à tout ce qui braille, qui est mûr pour la maison de fous des « idées modernes »)."

Nietzsche, Le gai savoir, fragment 350, traduction de Pierre Klossowski.

"Peut-être la vérité est-elle une femme qui a de bonnes raisons de ne pas vouloir montrer ses raisons." écrivait Nietzsche dans la préface de ce livre.


Nietzsche en 1868

01:30 Publié dans Friedrich Nietzsche | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook