12/03/2009
Acte
=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=
Ecrire c’est attendre tout de cet acte.
J’ai mis du temps à comprendre que ma douleur ne pouvait en aucun cas me servir de masque. Je suis comme je suis. Avec ma face, avec mes mains, avec mon corps entier, et mes regards où transparaissent mes hantises intimes. Du coup, j’aime être seul le plus souvent possible car j’ai une sainte horreur d’avoir à justifier ma ride sur le front née de mes inquiétudes, juste sous la cicatrice dont j’ai hérité d’une chute à quatre ans en ex-Yougoslavie. Marque de Caïn. C’est vrai. Ma douleur est bien moi. De bout en bout mais je tiens debout. Un cri jamais véritablement sorti de ma gueule qui a passé des années à errer dans les entrelas de ma chair et de mon réseaux nerveux avant que de se dissoudre avec le temps dans une sorte d’acceptation pleine de félicité. Je suis quelqu’un sans importance, voyez-vous, je vis et je meurs en silence dans mon désert aux murailles de vents et de silice. Je l’écris juste comme je peux. Peut-être pour porter témoignage de la banalité d’un parcours. Porter témoignage, c’est-à-dire, en grec, être martyre.

19:21 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Inattendu
=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=
Il y avait ici, un possible que la régression générale interdit de concevoir. Les utopies sont des farces qui ne laissent entrevoir en partie visible que de sordides mythifications kitchs et moisies de ce possible alors qu’elles cachent sous le calme apparent de la nappe aquatique les meurtres génocidaires muets, sourds et aveugles. Une graine en demeure en attente. Elle ressurgira au cœur même du fumier selon des voies inattendues.

UTOPIA, Bernard Lavilliers
17:30 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (3) |
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Lecture Nocturne
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=
« Le Pen et ses séides auront fait plus de mal à la Civilisation européenne que les socialistes et les communistes tous ensemble réunis !
Ils ont condamné toute défense des valeurs occidentales à être immédiatement comparée aux bravades de ce Mussolini de Saint-Cloud, ils ont rabaissé la Geste des Croisés francs au niveau des gesticulations hystériques de quelques skinheads supporters du PSG, ils ont condamné la France à ne plus avoir aucune alternative.
Ils savaient probablement ce qu’ils faisaient. Ce qui les rend deux fois plus coupables.
Une des portées les plus décisives de l’élection présidentielle de 2002 et de ses résultats de république bananière, c’est de démontrer une fois pour toutes que le libéralisme et le socialisme, avec tous leurs avatars, ne représentent qu’une seule voie, que Le Pen et ses éructations antisionistes et antiaméricaines représentent la seconde, soit une variante "extrémiste" de la première, et que la Troisième Voie, par conséquent, et comme toujours en ce pays, reste parfaitement introuvable. »
American Black Box, Maurice G. Dantec
Rien à rajouter à ces lignes. Je tire sur ma cigarette. Avale mon thé vert à 2h41 du matin en écoutant le live de Robin Trower du 18 octobre 1977 enregistré à New Haven, dans le Connecticut, USA, pour une émission de radio, King Biscuit Flower Hour. Juste à côté du livre de Dantec le livre d’une jeune poétesse, Arielle Monney qui a signé quelques poèmes lumineux sous le nom d’Aldebaran, avant de mourir à 16 ans tout juste passés : « La mort est ce jardin où je m’éveille » 1957-1975. Une courte vie qui lui a permis tout de même d’écrire des choses comme celle-ci :
"Soleil
Je repose sans la voir
sur une métamorphose
perpétuelle.
au fond de mon âme se renouvellent
des phrases impossibles malgré moi
et le soir me semble
un soleil."
Ou celle-là :
"Recherche
les châteaux sont en démolition
je cherche un ligne réelle
verticale
puissante et agressive
une ligne qui m’aide à vivre
et à combattre
les châteaux les mers et les étoiles
sont en démolition
je veux une ligne
seule immense et noire.
27 mai 1974."
Ou bien ça encore :
" tu sais le feu
qui est le vent
tu sais le jour
qui est la nuit
tu sais la nuit
qui est le vent
tu sais le feu
qui est la mer
tu sais la mer
qui est la nuit
tu sais la nuit
qui est le jour
tu sais le jour
qui est le vent
tu sais le silence qui est l’écume
tu sais l’écume qui est la mer
tu sais la mer
qui est le jour
tu sais le jour
qui est le vent
et le jour qui fut d’écume
fut la nuit
qui est silence.
1er novembre 1974.
(si je ne parle de mort
je l’écoute. elle tremble
en moi et elle viendra.)"
Paru aux éditions Collection Sud avec une préface de Jean Joubert. Je ne sais rien d’elle. Mais cette adolescente qui écrit comme une nécessité première m’émeut au plus profond et me soigne. Le vide du monde, elle le remplit avec son énergie qui traverse sa propre mort. Elle est plus vivante que tous les lepénistes ou anti-lepenistes qui marchent, sans le savoir, main dans la main. Face à toute la farce consensuelle ambiante, mondialiste, altermondialiste, européiste, nationaliste, politico-jeanfoutiste, reste le verbe, les mots qui ne sont nullement pour moi (comme ils le furent pour Sartre) l’enfer de l’absurde, mais une possibilité de sortie hors la nasse de la médiocrité socio-politique. Née le 6 décembre 1957 et morte le 25 février 1975 elle écrivait le 23 février 1975 son dernier poème :
la terre grise.
le jour pâle.
l’enfant aux yeux tristes
lentement regarde
le grand renoncement du jour
qui s’achève
parmi le si grand calme du paysage.
— monotone.
la terre n’est qu’un espace
le jour si pâle n’a plus d’ombre.
l’enfant aux yeux si graves
lentement regarde
la mort de l’arbre
la mort d’un rêve
ou d’un songe
parmi le si grand calme du paysage.
— monotone.
l’enfant triste et grave
lentement regarde
la fin des herbes folles
et du grand voyage
lentement regarde
l’ombre de l’arbre qui s’achève
parmi le grand renoncement
du jour
et la fin
d’un espace.
23 février 1975.
dernier poème.
Cette sublime pureté. Cette ligne simple. Ce souffle limpide. Cette eau calme et cristalline. Cette acceptation. Cette haute conscience de sa carne, de son espace et de ses phrases qui disent ce temps précis déjà hors le temps lui-même. Ce sentiment que j’ai qu’elle est sauvée par-delà sa mort. Elle me purifie de mes déchets, de mes doutes, de mes turpitudes. Cette enfant condamnée avec son écriture. Elle me rappelle que moi, comme nous tous, suis condamné aussi.
02:55 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (5) |
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