06/07/2012

Ces écrivains qui disent écrire avec leurs tripes et dont la prose a quelque chose d'un produit intestinal

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Merci, encore, au fidèle lecteur de mon Blog, Paglop77, pour cet extrait...

 

« Thierry Cecille : Le relâchement de la langue ternirait la vision ?

Richard Millet : C'est vous qui employez le mot relâchement. Ça me fait penser à ces écrivains qui disent écrire avec leurs tripes et dont la prose a quelque chose d'un produit intestinal. J'ai parlé du tout-venant de la langue ; on pourrait même parler, parfois, de tout-à-l'égout linguistique. On peut certes envisager un travail littéraire à partir de ce relâchement, mais il faudrait invoquer Rabelais, Queneau, et tout un savoir que les plumitifs contemporains n'ont pas... On m'a quelquefois reproché une attitude réactionnaire à propos de la langue ; c'est ne pas lire ce que j'écris, et croire que je campe sur une position défensive, ou crispée, ou prescriptive, alors qu'il me semble que le redéploiement d'une syntaxe puissante et riche permet les innovations les plus singulières - le paradoxe n'est qu'apparent -, ce qui est beaucoup plus générateur de nouveauté, voyez Racine, Sade, Proust, Genet, Ponge, que le fait de s'abandonner à une sorte de flux linguistique qu'on retranscrit avec tous les euphuismes argotiques, les pitoyables jeux de mots dans le goût de Libération, et les académismes. »

Richard Millet, Harcèlement littéraire (Entretiens avec Delphine Descaves et Thierry Cecille)

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Commentaires

Un écrivain doit inquiéter. Il est un révélateur de réalité:
"Je suis en tout cas un écrivain qui inquiète, qui agace, qui suscite la haine, parfois, que ce soit sur la question de la langue, du désir des adolescentes, du monde rural, de la chrétienté, de la musique."

(extrait du même recueil d'entretiens.)

Écrit par : Paglop77 | 06/07/2012

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