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10/10/2013

Ceci n'est plus une femme...

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Le crime du monde moderne...

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« Le crime du monde moderne est d’avoir jeté dans la mêlée des partis, mis au service d’intérêts obscurs, inavouables, les mots les plus beaux du langage humain, liberté, honneur, droit, justice, les mots les plus innocents – comme les régimes totalitaires de droite ou de gauche rêvent de jeter dans la guerre, arment de fusils ou de mitrailleuses, les enfants de dix ans. »

Georges Bernanos, Le Chemin de la croix des âmes

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Il en concluait, ce Jésus, que l’humanité n’était qu’un faux départ, une tentative ratée, radicalement mauvaise

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« Un homme vint un jour, qui s’appelait Jésus.
Ce n’était pas un grand penseur, sans doute, mais il eut le mérite de mettre en formules ce que chacun sentait confusément, savoir : que l’homme n’est après tout qu’une vilaine bête, infiniment plus malfaisante, même pour sa propre espèce, que les fauves les plus féroces ; que tout ce qu’il fait en vue d’assurer son existence, d’organiser son avenir, le rend plus odieux encore ; qu’il ne résout un problème que pour en faire surgir dix autres, et dix fois plus ardus, plus cruels, plus angoissants que le problème résolu ; bref, que toutes les qualités qui le distinguent des animaux ne servent qu’à le rendre plus misérable qu’eux.
Il en concluait, ce Jésus, que l’humanité n’était qu’un faux départ, une tentative ratée, radicalement mauvaise ; qu’elle offensait, par sa seule présence, le regard de Dieu (car il croyait en Dieu), et que celui-ci n’allait pas tarder à la détruire.
"Le genre humain, prêchait-il, est condamné. Vivez donc les dernières années qui vous restent, en sachant que la terre va périr. Ne vous occupez plus, ni des affaires publiques, ni de vos biens, ni de votre subsistance. Ne travaillez plus, ne jugez plus, ne prenez plus les armes contre quiconque, ne résistez à rien ni à personne. Attendez le jour proche où Dieu fera justice de toute cette misère. En vérité je vous le dis, cette génération ne passera point que ces choses n’arrivent..."
Beaucoup le crurent, le suivirent, abandonnèrent leurs occupations, vécurent avec lui d’expédients, de chapardage et de mendicité, formant ainsi une population instable, parasite, exploitant sans vergogne les citoyens qui travaillaient encore, les démoralisant avec une sorte de passion...
Le pouvoir politique réagit. On crucifia Jésus, on persécuta ses disciples, on poursuivit ses sectateurs. Quelques-uns se repentirent, se remirent à vivre, sinon raisonnablement, du moins à peu près comme tout le monde. Mais la majorité resta ferme, persuadée que les temps étaient proches et que la catastrophe ne tarderait plus. »

Pierre Gripari, Les vies parallèles de Roman Branchu

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L’honneur lui même a rouillé dans le fourreau

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«  N’étant pas de ceux qui se fichent de leur première culotte, je me souviens de mes premiers pantalons comme si j’y étais. Outre les boutons de bretelles que j’ai vus disparaître sans regret, ils étaient garnis, à l’époque, d’une petite patte serrée derrière au niveau des reins par une boucle à deux ardillons. Ainsi pouvait-on régler à la demande le tour de ceinture et c’était la première raison du système. Les hommes ne tardèrent pas à lui en trouver une deuxième et on sait que les objets sont toujours plus intéressants par l’usage dérivé qu’on en fait. Cette boucle fut adoptée en effet par les duellistes pour y accrocher, en cours de combat, le pouce de la main gauche. Ce détail épique m’ayant été révélé à l’âge pubère, je pus apprécier, en pleine connaissance de cause, la cérémonie du premier pantalon.
Disons tout de suite que mon pouce de bretteur n’a jamais fatigué mes pattes de pantalon. D’ailleurs elles furent bientôt condamnées. En supprimant ces pattes en même temps que les bretelles, les tailleurs ont obéi à l’évolution des mœurs, ils ont flatté le sportif et découragé le duelliste. La virilité changeait de signe, le pantalon a suivi. Je ne vais pas jusqu’à dire que notre honneur tînt à cette patte, mais la désuétude et même le discrédit, sinon le ridicule, où le duel est tombé consacre un déclin des superstitions relatives à l’honneur. L’honneur lui même a rouillé dans le fourreau. Notre libération suit son cours.
L’offense ne conduit plus au pré. L’offense qui n’engage plus la peau devient donc inoffensive et perdra bientôt son nom. Au surplus les laboratoires de la morale émancipée nous ont révélé, par expérience sur des cobayes préalablement humiliés, que le sang n’avait aucune propriété oblitérante sur l’injure. A tort ou à raison, il est donc interdit à l’homme social de disposer de son sang pour raison de convenance personnelle. Que l’honneur se débrouille autrement. »

Jacques Perret, Salades de saison

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Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l’espace à profusion et de la solitude

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« Seul le recours aux étendues infinies et dépeuplées autorise une anarchie pacifiste dont la viabilité est fondée sur un principe très simple : contrairement à ce qui advient en ville, le danger de la vie dans les bois provient de la Nature et non de l’Homme. La loi du Centre chargée de réglementer les relations entre les êtres humains peut donc s’affranchir de pénétrer jusqu’en ces lointains parages. Rêvons un peu. On pourrait imaginer dans nos sociétés occidentales, comme a Pokoiniki ou a Zavarotnoe, des petits groupes de gens désireux de fuir la marche du siècle. Lassés de peupler des villes surpeuplées dont la gouvernance implique la promulgation toujours plus abondante de règlements, haïssant l’hydre administrative, excédés par l’impatronisation des nouvelles technologies dans tous les champs de la vie quotidienne, pressentant les chaos sociaux et ethniques à venir, ils décideraient de quitter les zones urbaines pour regagner les bois. Ils recréeraient des villages dans des clairières, ouvertes au milieu des nefs. Ils s’inventeraient une nouvelle vie. Ce mouvement s’apparenterait aux expériences hippies mais se nourrirait de motifs différents. Les hippies fuyaient un ordre qui les oppressait. Les néo-forestiers fuiront un désordre qui les démoralise. Les bois, eux, sont prêts à accueillir les hommes ; ils ont l’habitude des éternels retours.
Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l’espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maitrise du temps, le silence total, l’âpreté de la vie et le côtoiement de la splendeur géographique. »

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie

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