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11/10/2013

Ceci n'est plus une femme...

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Et en effet le peuple est amnésique

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« J’en sais un peu trop long pour croire au socialisme, et même à la démocratie. J’étais tout jeune quand la Grande guerre a commencé, mais je me souviens fort bien qu’à cette époque la République était parfaitement discréditée, voire déshonorée, et que personne ne croyait plus au Pouvoir du Peuple... La guerre seule a permis au régime de survivre, et c’est sans doute pour ça qu’elle a été provoquée : au lendemain d’un tel massacre, il est bien évident qu’on hésite à dire la vérité sur une forme de gouvernement pour laquelle tant de pauvres bougres sont morts.

Je sais aussi une chose que savent comme moi, même s’ils ne l’avouent pas, tous les gens de mon âge : c’est que les "traîtres" n’étaient pas des traîtres, mais simplement des gens qui voyaient clair. L’Allemagne et l’Autriche étaient le noyau de l’Europe, le meilleur de sa force. Nous n’avons rien gagné, mais tout perdu, au contraire, à leur défaite, et il eût mille fois mieux valu que l’Alsace reste allemande, puisqu’elle l’est, de toute manière, par sa langue et par sa culture.

Et puis j’ai vu tous nos journaux prêcher tour à tour la revanche, l’union sacrée, la guerre, puis la lutte des classes, le pacifisme, l’antimilitarisme, puis de nouveau la guerre ; appeler successivement honneur et trahison les mêmes attitudes. Je les ai vus, avec une servilité jamais en défaut, hurler à la mort contre des vaincus qu’ils auraient, plus heureux, portés au pinacle ; dire, se dédire, se contredire et se redire comme si vraiment ils s’adressaient à des amnésiques - et en effet le peuple est amnésique ! De tout cela j’ai retiré ce trésor inestimable : un scepticisme total en matière politique, et un tranquille, un entier mépris pour l’homme politique. »

Pierre Gripari, Les vies parallèles de Roman Branchu

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Les sociétés humaines ne peuvent jamais vivre sans chercher à assumer leur tragédie

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« Tout est remis en cause, même dans la conservation de la plupart des référents anciens, dont la signification subit des avatars inattendus. Et pourtant cet inhabituel est aux yeux de l'histoire une habitude. Au regard du temps et de l'espace humains, en tout cas, c'est le monothéisme, la croyance en une vérité transcendante, qui apparaît comme une exception.
On peut penser que la culture occidentale, entée sur la foi en un Dieu transcendant, représente une construction à la fois plus complexe et plus fragile que toutes les autres. Cette construction si sophistiquée côtoie forcément son propre vide : elle est si lourde à porter. Elle reste à la merci du doute, puisque reposant sur l'adhésion volontaire à des mystères, et avec cet appareil léger et chancelant, elle se hausse dans des régions très élevées... Tandis que les sagesses reposent sur une évidence, elle, bien présente et irréfutable : la souffrance de l'homme devant la vie et la mort. Un monde structuré autour de l'Être demeure toujours à la merci de la fatigue, ce harassement devant la tâche infinie qui consiste à tenir debout la Vérité. Celle-ci est sans cesse remise en cause par l'indifférence et par le doute consubstantiels à la méditation qui nous attache à elle : la foi. Mais la perte de la foi ne laisse pas forcément les humains désemparés et contraints de dire comme l'auteur des Démons : "Si Dieu n'existe pas, alors tout est permis." Ceci est plutôt la conclusion du désespéré constatant tout à coup l'effondrement de la vérité et persuadé qu'après elle vient le déluge, parce qu'il demeure prisonnier de sa propre culture, et par conséquent incapable de vivre sans elle. Une pensée constituée autour du Néant -comme le courant japonais de l'école de Kyoto- n'est pas pour autant "nihiliste" au sens que nous donnons communément à ce mot. Elle sous-tend une forte orientation morale, autrement dit, elle ne laisse pas l'homme livré à des tentations exclusivement cyniques ou esthétiques, mais peut proposer une guidance spirituelle.
Il est évident que les générations des fils perdus, venus juste après la perte de la foi en la vérité, tombent facilement dans le nihilisme au sens décrit par Nietzsche ; ou au sens du positivisme juridique dont l'acmé se situe dans les deux totalitarismes ; ou encore au sens de la philosophie déconstructionniste qui jette la dérision sur toute valeur morale et navigue entre un esthétisme bouffon et un sadisme cruel du style Gert Hekma. Mais ce nihilisme ne représente rien d'autre qu'un collapsus, une pathologie du vide soudain, et ne saurait en aucun cas devenir une culture nouvelle, signant un avenir défiguré. Les sociétés humaines ne peuvent jamais vivre sans chercher à assumer leur tragédie, même si elles se sentent impuissantes à y répondre -assumer et répondre ne sont la même chose. La démonstration en est qu'elles l'ont toujours fait. Et la question n'est pas seulement : "qu'y aura-t-il après le monothéisme ? ", mais d'abord : "Qu'y avait-il dans le temps historique avant le monothéisme ?" et "Qu'y a-t-il dans l'espace hors le monothéisme ?" La réponse aux deux dernières questions permet de répondre à la première. L'épuisement du monothéisme ne laisse pas derrière lui un vide fasciné et vertigineux. Derrière lui le monde se repeuple des anciennes sagesses qui avant lui l'avaient toujours habité, et qui l'habitent spontanément dès que s'éclipse la religion. Descartes qui, au sein du vertige de l'incertitude, se donne une "morale par provision", ne confère-t-il pas à celle-ci une forme stoïcienne (suivre les coutumes de son pays, changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde, demeurer résolu même dans le doute -en raison de l'incertitude de la connaissance du bien) ? »

Chantal Delsol, L'âge du renoncement

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Quand Léon mettait ses couilles sur la table !

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« Une lettre solennelle, en patois franco-germain, adressé à Dresde à l’administration de Gil Blas, m’apprend que MM. les officiers prussiens ou saxons, patriotiquement indignés de mes récits militaires, en veulent à ma peau.

- Lorsque nous croirons l’instant venu, disent-ils, on verra ce que pèse votre homme de plume en présence d’un sabre prussien.

Il y aurait, peut être - même en Allemagne - une certaine pudeur à ne pas rappeler ce sabre prussien que j’ai vu, dans la Sarthe et dans le Loiret, beaucoup plus héroïque en présence des femmes et des blessés qu’à l’apparition des marins et francs-tireurs.
Néanmoins, voici ma réponse, très simple :

J’habite Antony (Seine), 53, route d’Orléans. Ma maison a une porte et plusieurs fenêtres qui s’ouvrent très facilement…Je verrai venir ces guerriers avec une satisfaction que je me sens incapable d’exprimer. Je vais d’ailleurs, dès aujourd’hui, faire une commande considérable de désinfectants. Cependant, comme je veux les supposer plus bêtes que méchants, je leur conseille charitablement - avant de m’apporter la pointure de leurs museaux - de s’informer, avec soin, d’un certain Marchenoir qui se cache dans la peau de Léon Bloy et qui, en 1870, eut la douceur de crever plusieurs Prussiens, parmi lesquels se trouvèrent, je crois, quelques Saxons. »

Léon Bloy, in Gil Blas, Mars 1893

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La certitude que lui donne un homme de sa virilité morale

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« La plus grande joie d'une femme, dont elle peut tirer les conséquences sensuelles les plus profondes, c'est la certitude que lui donne un homme de sa virilité morale. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

08:25 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook