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16/02/2014

Il pensait à Léon Bloy, à Paul Claudel, à Charles Péguy, à Bernanos, entre autres et au-dessus des autres...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Pour le mariage civil, cela s’était fait à Paris, avec des témoins de rencontre. Gilles n’avait pas voulu mêler ses amis à son opération. À cette occasion il ne s’était jamais senti si loin de leur incrédulité, de leur vacuité. En entrant chez le curé, il se dit : “je ne suis peut-être qu’un esthète, mais voilà une fantaisie qui me mène dans le seul lieu émouvant que j’ai connu, hors la guerre.” Il se rappelait les dernières conversations qu’il avait eues dans ce lieu avec Corentan, son enterrement. Tandis que commençait la brève cérémonie, Gilles se répéta le mot : esthète. A cette prudente accusation contre lui-même, il répondit en ces termes : “Je fais ce que je peux. Je ne puis pas mettre dans ces grands rites, que j’atteste en ce moment, plus d’éclat que ne me le permet la médiocrité des prêtres et des croyants de la stricte et morne observance. Ce n’est pas ma faute si tous les grands chrétiens de ces derniers temps, que j’aime et admire et qui m’ont enseigné, sont restés comme en marge de l’Église, suspects ou non, et n’ont pu lui communiquer leur souffle. Il pensait à Léon Bloy, à Paul Claudel, à Charles Péguy, à Bernanos, entre autres et au-dessus des autres. Ce n’est pas de ma faute si on est chrétiens, aujourd’hui, en dépit des trois quart et demi de l’Église, clercs ou laïcs. C’est déjà beau qu’à travers cet immense marasme des âmes j’aie pu arriver jusqu’ici. Qu’on ne me demande pas de dépouiller cet orgueil qui m’a soutenu sur le chemin plus qu’autre chose. Seigneur, c’est parce que j’ai beaucoup méprisé que je suis venu vers vous… Plus tard, sûrement vous saurez bien me rendre humble. Déjà, je commence à aimer un peu.”
Pauline à côté de lui était mortellement pâle. Au-dessus d’elle, la petite voûte ogivale, si pure, si délicatement forte lançait au milieu du siècle son défi perdu. »

Pierre Drieu La Rochelle, Gilles

 

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