18/03/2014
Si on ne me demande rien, et si je suis laissé à la spontanéité de mon intuition, rien n’obscurcit l’évidence
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=
« Si on ne me demande rien, et si je suis laissé à la spontanéité de mon intuition, rien n’obscurcit l’évidence de la temporalité mais si on m’interroge sur la nature du temps, je me trouble et cesse de savoir, tout devient ambigu. Le violoniste Robert Soetens m’a raconté ceci ; c’est surtout dans sa jeunesse et quand il était parfaitement inconscient de son génie, que Menuhin a été un violoniste génial son jeu est devenu plus laborieux à partir du moment où, à force d’entendre parler de son génie, il s’est demandé lui-même comment il faisait. Quand on interroge un pianiste virtuose sur la façon dont il joue les Etudes transcendantes de Liszt ou de Liapounov, sesdoigts bafouillent, dérapent et il fait une fausse note. Mais quand on ne lui demande rien, il s’assied au piano et joue les Etudes aussi naturellement que les petites filles jouent leur sonatine de Diabelli. Quand on demande à l’acrobate comment il fait pour tenir sur un pied à la pointe de la flèche de Notre- Dame, il a le vertige, perd l’équilibre et s’écrase au sol. Tout cela est vrai du temps a fortiori c’est la conscience du temps qui produit les troubles du temps. De loin, le temps retrouve son évidence. Quand le vivant cesse de se demander en quoi consiste la vie, cette acrobatie de chaque minute, cet équilibre qui est un déséquilibre sans cesse ajourné, la vie recommence à aller de soi. »
Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé
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Rembrandt : La nuit de la sainte famille
10:38 Publié dans Peinture-Sculpture | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Comment viser juste ?
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=
« L’occasion n’est pas seulement fine, mais instantanée ; ni seulement instantanée, mais irréversible. L’occasion, du moins dans sa fraicheur première, ne nous sera pas renouvelée et cette unicité explique son caractère à la fois passionnant et poignant. L’occasion aiguë ne comporte ni précédent, ni réédition, elle ne s’annonce pas par des signes précurseurs ni ne se survit dans la seconde fois ; on ne peut ni s’y préparer, ni après coup la rattraper… Laminée entre le pas-encore et le déjà-plus, elle exclut la secondarité répétitive des réitérations, comme son imprévisibilité et son irrationalité excluent l’anticipation ! L’à-propos sans lequel l’occasion nous échappera, c’est l’à-propos d’un éclair, d’un maintenant incandescent surpris sur le fait d’un instant si fugitif que la seconde même où j’en parle est déjà loin de moi ! L’étoile filante ne nous laisse pas beaucoup de temps pour former un vœu : elle ne nous prévient pas longtemps à l’avance de son passage, et l’instant d’après elle a déjà plongé dans le ciel noir de la nuit d’été. Avant il est trop tôt, après trop tard ! Comment viser juste ? Comment tomber sur l’apparition opportune ? »
Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé
10:27 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (3) |
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De tous les conformismes, le conformisme du non-conformisme est le plus hypocrite et le plus répandu aujourd’hui
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=
« L’acte d’écrire exige une parfaite innocence, et l’innocence est de plus en plus rare dans ce guignol philosophique où l’opinion des autres et la gloire de paraître sont reines, où tout commence par un manuscrit, et finit par un manuscrit. La fragile innocence, l’éphémère modestie sont à la merci de la moindre réflexion de conscience, et la conscience a tôt fait de les déniaiser ! Pour s’abstenir de ce regard sur soi qui est initiation à la vanité littéraire, pour refuser cette grande représentation théâtrale qui s’appelle la vie, une spontanéité à l’abri de toute tentation serait nécessaire, ou, si la spontanéité fait défaut, une vigilance de chaque instant. Car il ne suffit pas de renoncer au confort petit-bourgeois d’un cénacle, encore faut-il ne pas se laisser embrigader dans l’absence de cénacle. À quoi bon refuser de sculpter notre statue, de nous considérer comme l’auteur d’une œuvre, si c’est pour jouer le rôle du philosophe marginal, si c’est pour vendre du marginalisme, pour devenir le polichinelle de l’inachevé ? De tous les conformismes, le conformisme du non-conformisme est le plus hypocrite et le plus répandu aujourd’hui. C’est cela le Diable qui nous épie, nous surveille, et nous guette… La conscience que nous prenons de notre courage le défigure, elle peut en faire un courage de matamore, c’est-à-dire une caricature ; mais en ce cas nous n’en demeurons pas moins courageux, malgré nos fanfaronnades ; car un bouffon peut être héroïque par vanité. Il existe, en revanche, d’autres vertus plus secrètes, qui sont littéralement assassinées, nihilisées, et d’un seul coup, par la conscience même qu’on en prend, comme par exemple la modestie, le charme, ou l’humour. Il n’en reste rien. »
Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé
07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Led Zeppelin : Thank You
05:00 Publié dans Music... | Lien permanent | Commentaires (0) |
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