Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/04/2014

Imbus des mêmes droits, les peuples courront aux mêmes buts

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« C’est la même clarté indépendante des sentiments nationaux qui nous manifeste qu’une des misères du monde tient aux ambitions indignes du patriotisme germain à qui l’égalitarisme international a tourné la tête. Ce dogme de l’égalité des nations est la cause de l’anarchie européenne. On multiplie l’égoïsme et les jalousies quand on donne des noms divins aux vulgaires passions de la nature et de l’histoire.
Ainsi divinisés et sacrés, supposés égaux, identiques pour tous les peuples, les patriotismes voudront apparaître de plus en plus irréductibles. Ils seront estimés plus purs à proportion qu’ils se montreront plus farouches. Ils le diront et le croiront, et il s’en suivra de leur part une difficulté croissante à entrer dans aucune considération ni combinaison internationale modérée ou sensée. Mais aussi qu’arrivera-t-il ? On verra s’aggraver ce qu’a vu la planète depuis la Révolution : imbus des mêmes droits, les peuples courront aux mêmes buts, afficheront les mêmes visées et se rueront aux mêmes tueries, pour les mêmes mirages. »

Charles Maurras, Le Pape, la guerre et la paix (1917)

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Il n’eût fallu que quelques circonstances favorables pour que les bretons de France fussent devenus protestants, comme leurs frères les Gallois d’Angleterre

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« La religion est la forme sous laquelle les races celtiques dissimulent leur soif d’idéal ; mais l’on se trompe tout à fait quand on croit que la religion est pour elles une chaîne, un assujettissement. Aucune race n’a le sentiment religieux plus indépendant. Ce n’est qu’à partir du XIIe siècle, et par suite de l’appui que les Normands de France donnèrent au siège de Rome, que le christianisme breton fut entraîné bien nettement dans le courant de la catholicité. Il n’eût fallu que quelques circonstances favorables pour que les bretons de France fussent devenus protestants, comme leurs frères les Gallois d’Angleterre. Au XVIIe siècle, notre Bretagne française fut tout à fait conquise par les habitudes jésuitiques et le genre de piété du reste du monde. Jusque-là, la religion y avait eu un cachet absolument à part.
C’est surtout par le culte des saints qu’elle était caractérisée. Entre tant de particularités que la Bretagne possède en propre, l’hagiographie locale est sûrement la plus singulière. Quand on visite à pied le pays, une chose frappe au premier coup d’œil. Les églises paroissiales, où se fait le culte du dimanche, ne diffèrent pas essentiellement de celles des autres pays. Que si l’on parcourt la campagne, au contraire, on rencontre souvent dans une seule paroisse jusqu’à dix et quinze chapelles, petites maisonnettes n’ayant le plus souvent qu’une porte et une fenêtre, et dédiées à un saint dont on n’a jamais entendu parler dans le reste de la chrétienté. Ces saints locaux, que l’on compte par centaines, sont tous du Ve ou du VIe siècle, c’est-à-dire de l’époque de l’émigration ; ce sont des personnages ayant pour la plupart réellement existé, mais que la légende a entourés du plus brillant réseau de fables. Ces fables, d’une naïveté sans pareille, vrai trésor de mythologie celtique et d’imaginations populaires, n’ont jamais été complètement écrites. Les recueils édifiants faits par les bénédictins et les jésuites, même le naïf et curieux écrit d’Albert Legrand, dominicain de Morlaix, n’en présentent qu’une faible partie. Loin d’encourager ces vieilles dévotions populaires, le clergé ne fait que les tolérer ; s’il le pouvait, il les supprimerait. Il sent bien que c’est là le reste d’un autre monde, d’un monde peu orthodoxe. On vient, une fois par an, dire la messe dans ces chapelles ; les saints auxquels elles sont dédiées sont trop maîtres du pays pour qu’on songe à les chasser ; mais on ne parle guère d’eux à la paroisse. Le clergé laisse le peuple visiter ces petits sanctuaires selon les rites antiques, y venir demander la guérison de telle ou telle maladie, y pratiquer ses cultes bizarres ; il feint de l’ignorer. Où donc est caché le trésor de ces vieilles histoires ? Dans la mémoire du peuple. »

Ernest Renan, Souvenirs d'enfance et de jeunesse

 

14:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Un poète ne se conquiert pas sur l'informe, mais sur les formes qu'il admire

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Rimbaud ne commence pas par écrire du Rimbaud informe mais du Banville ; de même, si nous changeons le nom de Banville pour Mallarmé, Baudelaire, Nerval, Victor Hugo. Un poète ne se conquiert pas sur l'informe, mais sur les formes qu'il admire. Un romancier aussi. […] La création n'est pas le prix d'une victoire sur la vie, mais sur le monde de l'écrit dont il est habité. »

André Malraux, L'homme précaire et la littérature

 

10:03 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les maisons sont attaquées à coups de hache, on y met le feu

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Les rues de Sétif sont encore en proie au massacre que déjà des émissaires gagnent le bled en taxi pour y annoncer le déclenchement de la révolte. A Sillègue, un musulman avertit à temps l’adjoint spécial qui va prendre son revolver. L’émeute éclate partout dans la localité et les habitants n’ont qu’une ressource : se barricader chez eux. Le pillage commence. Les maisons sont attaquées à coups de hache, on y met le feu. L’affaire dure des heures. Trois morts sont découverts, affreusement mutilés. Des femmes sont violées.

Sur la route, près d’El-Ouricia, l’abbé Navaro, aumônier militaire, circule à motocyclette. Une balle de revolver le fait tomber. Horriblement mutilé, il succombe à ses blessures. Aux Amouchas, l’administrateur Rousseau et son adjoint, ainsi qu’un gérant de ferme, sont assassinés.

A Ain-Abessa, un millier de musulmans attaquent le village. A Lafayette, les émeutiers envahissent les maisons particulières, les pillent. Les habitants se défendent comme ils peuvent, parfois aidés par leurs employés musulmans. On compte trois morts parmi les Israélites, dont un garçon de 15 ans, Roland Lévy. Seul chez ses parents, il a entendu des coups de feu et s’est réfugié chez la domestique de sa mère, une Mauresque qui l’a roulé dans un pardessus et caché sous une table. Les émeutiers se sont présentés. Ils ont fouillé minutieusement tous les endroits où pouvaient se cacher des Français. La Mauresque qui leur barrait la route a été brutalement frappée. Deux hommes ont découvert l’enfant, et, malgré ses cris, l’ont tué de deux coups de fusil...

Au centre de colonisation de Périgotville on comptera 14 morts dont deux tirailleurs français, Hartman et Poissonnet. 40 fusils, 10000 cartouches sont volés au bordj administratif !

Voici un rapport officiel : "…Un des forcenés, un tailleur de Périgotville, Ben Mihoub Raoues, mettant en joue le receveur des postes avec un fusil volé à la commune, l’abattit froidement, malgré les supplications de Mme Sambin qui, un bébé dans les bras, tentait, mais en vain, d’apitoyer le bandit. La cave était pleine d’émeutiers, la malheureuse mère ne put voir ce qui se passait un peu plus loin, mais soudain elle entendit cinq coups de feu. C’était son fils Pierre, âgé de 11 ans, qui tombait sous les balles d’un autre assassin, Guerfi Mohammed.

Bien qu’atteint de 5 projectiles à la poitrine, l’enfant eut la force de se traîner chez un voisin et de dénoncer celui qui avait tiré sur lui. Il le connaissait bien, c’était l’écrivain public du village qu’il voyait chaque jour devant la poste." (Acte d’accusation des assaillants du bureau de poste de Périgotville.)

Le village de Chevreul a été fondé en 1898. Les terres y sont de bonne qualité. Quatre gendarmes à cheval veillent sur l’ordre. Ici, on ignore les événements de Sétif et on danse pour fêter la Victoire. Aux premières heures du 9 mai, on entend des coups de feu, des jets de pierres sur les maisons. Quelques habitants organisent une patrouille mais ne découvrent rien. Au petit jour, lors d’une deuxième ronde, ils constatent, près d’une maison cantonnière, que les fils téléphoniques sont coupés.

Entendant arriver les émeutiers, M. Grousset, sa femme et sa fille tentent de se réfugier dans l’habitation d’un de leurs ouvriers musulmans. Ils n’y parviennent pas et se cachent dans un bosquet où ils sont découverts. M. Grousset, qui est sans arme, supplie qu’on épargne les siens. On lui lie les mains, on l’assomme à coups de bâton, on l’achève à coups de feu. Les deux femmes sont violées par une centaine d’hommes et ramenées chez elles avant d’être achevées à leur tour.

A 7 heures du matin, plus de 3000 musulmans se précipitent sur Chevreul et assiègent la gendarmerie. Il n’y a que 12 hommes armés à l’intérieur, y compris les gendarmes. La porte est enfoncée, le vestibule envahi. Femmes et enfants se réfugient au premier étage. C’est presque le corps à corps. Soudain, on ne sait pour quelle raison, les assiégeants se retirent. Puis ils reviennent apportant du fourrage, ils répandent de l’essence dessus et y mettent le feu. De la gendarmerie on entend les hurlements des Français qui n’ont pas pu se mettre à l’abri, les you-you des femmes musulmanes qui excitent les émeutiers. A la chapelle les statues sont décapitées, l’autel saccagé. Une femme de 83 ans est violée... »

Claude Paillat, Le guêpier

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook