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29/04/2014

Dites un seul mot, et je saute dans le vide

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« Il est dangereux pour nous de marcher l’un à côté de l’autre ; j’ai senti plusieurs fois des envies irrépressibles de vous battre, de vous défigurer, de vous tordre le cou. Vous pensez que je n’oserai pas ? Vous finirez par me rendre malade. C’est du scandale, peut-être, que j’aurai peur ? Ou de votre colère ? Je vous aime sans espoir, et je sais qu’après ça, je vous aimerai mille fois plus. Si je vous tue un jour, il faudra bien que je me tue moi-même ; eh bien, je resterai le plus longtemps possible sans me tuer, pour ressentir cette douleur monstrueuse d’être sans vous. Vous savez le plus incroyable ? Chaque jour je vous aime de plus en plus, et c’est pourtant presque impossible…(...) Vous vous souvenez, il y a deux jours, sur le Schlangenberg, je vous ai murmuré, quand vous m’avez défié : dites un seul mot, et je saute dans le vide. Si vous l’aviez dit ce mot, j’aurai sauté tout de suite. »

Fiodor Dostoïevski, Le Joueur

 

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Un empoisonnement de notre propre fantaisie par elle-même

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« Oui, il peut arriver que l’idée la plus délirante, l’idée la plus impossible, à première vue se cristallise si fort dans notre tête qu’on finisse par la prendre pour quelque chose de réalisable… Bien plus : si cette idée se fond avec un désir très puissant, un désir passionné, il peut même arriver qu’on la prenne pour quelque chose de fatal, d’indispensable, de prédestiné, quelque chose qui, déjà, ne peut pas ne pas être, qui est forcé de survenir ! Peut-être y a-t-il là quelque chose, comme une espèce de combinaison de pressentiments, une sorte d’invraisemblable effort de volonté, comme un empoisonnement de notre propre fantaisie par elle-même ou autre chose encore, je n’en sais rien. »

Fiodor Dostoïevski, Le Joueur

 

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On ne peut pas se refuser à la destinée historique

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« Cette guerre était dans la nature des choses, comme dit Maurras, affirmait Sandy avec des gestes d’orateur. On ne peut pas se refuser à la destinée historique. Ou alors, on est rejeté, disqualifié par l’Histoire. Le sang versé n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est ce qui sortira de ce sang, l’Europe du XXème siècle, purgée de tous ses archaïsmes, revigorée par les peuples jeunes qui vont gagner leur indépendance ! Nous avons de la chance, nous vivons à un moment magnifique du monde. »

Lucien Rebatet, Les Épis Mûrs

 

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L’amour chasse la peur, mais réciproquement la peur chasse l’amour...

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« L’amour chasse la peur, mais réciproquement la peur chasse l’amour. Et non seulement l’amour. La peur chasse aussi l’intelligence , chasse la bonté, chasse toute idée de beauté et de vérité. Ce qui reste, c’est le désespoir muet ou laborieusement blagueur de quelqu’un qui a conscience de la Présence hideuse dans l’angle de la pièce et qui sait que la porte est fermée à clef, qu’il n’ y a pas de fenêtres. Et voici que la chose s’abat sur lui. il sent une main sur sa manche, subodore une haleine puante, tandis que l’assistant du bourreau se penche presque amoureusement vers lui. "C’est ton tour frère. Aie donc l’amabilité de venir par ici." Et en un instant sa terreur silencieuse est transmuée en une folie aussi violente qu’elle est futile. Il n’ y a plus là un homme parmi ses semblables, il n’ y a plus un être raisonnable, parlant d’une voix articulée à d’autres êtres raisonnables ; il n’ y a plus qu’un animal lacéré, hurlant et se débattant dans le piège. Car, en fin de compte, la peur chasse même l’humanité de l’homme. Et la peur, mes bons amis, la peur est la base et le fondement de la vie moderne. La peur de la technologie tant prônée, qui, si elle élève notre niveau de vie, accroît la probabilité de mort violente. La peur de la science, qui enlève d’une main plus encore qu’elle ne donne avec telle profusion de l’autre. La peur des institutions dont le caractère mortel est démontrable et pour lesquelles dans notre loyalisme suicidaire, nous sommes prêts à tuer et à mourir. La peur des Grands Hommes que, par acclamation populaire, nous avons élevés à un pouvoir qu’ils utilisent, inévitablement, pour nous assassiner et nous réduire en esclavage. La peur de la Guerre dont nous ne voulons pas et que nous faisons cependant tout notre possible pour déclencher. »

Aldous Huxley, Temps Futurs

 

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La foule des hommes de demain

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« Je doute du progrès, quand je vois peu à peu disparaître sur terre tout ce qui est charmant. Mais ces progrès ne me sont pas destinés : ils intéressent la foule des hommes de demain qui, sûrement, ne seront pas fait comme moi. »

Jacques Chardonne, Claire

 

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L’amour qui me cuit

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« L’amour que je sens, l’amour qui me cuit,
Ce n’est pas l’amour chaste et platonique,
Sorbet à la neige avec un biscuit ;
C’est l’amour de chair, c’est un plat tonique.

Ce n’est pas l’amour des blondins pâlots
Dont le rêve flotte au ciel des estampes.
C’est l’amour qui rit parmi des sanglots
Et frappe à coups drus l’enclume des tempes.

C’est l’amour brûlant comme un feu grégeois.
C’est l’amour féroce et l’amour solide.
Surtout ce n’est pas l’amour des bourgeois.
Amour de bourgeois, jardin d’invalide.

Ce n’est pas non plus l’amour de roman,
Faux, prétentieux, avec une glose
De si, de pourquoi, de mais, de comment.
C’est l’amour tout simple et pas autre chose.

C’est l’amour vivant. C’est l’amour humain.
Je serai sincère et tu seras folle,
Mon coeur sur ton coeur, ma main dans ta main.
Et cela vaut mieux que leur faribole !

C’est l’amour puissant. C’est l’amour vermeil.
Je serai le flot, tu seras la dune.
Tu seras la terre, et moi le soleil.
Et cela vaut mieux que leur clair de lune ! »

Jean Richepin, Déclaration in "Les Caresses"

 

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