07/03/2016
On n'innove rien que dans le fil de la tradition
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« Que prétendaient en 1914, à la veille de la guerre, les journaux républicains ?
— Que la démocratie, c'est la paix. Pourquoi cela ? Parce que les peuples des autres pays (et notamment le peuple allemand), naissant à la vie consciente, se tournent naturellement vers le pays de la Grande Révolution et des Droits de l'Homme et refuseraient, le cas échéant, de le combattre.
— Que le monde va à la démocratie, que la monarchie est un régime aboli et dont les peuples se détournent avec horreur. Quand les peuples seront les maîtres de leurs destinées, toute hypothèse de guerre sera exclue.
— Que la démocratie, c'est le progrès indéfini, c'est la liberté totale, c'est le paradis entrevu, puis conquis.
Que prétendions-nous dans le même temps ?
— Que la démocratie, en développant dans un peuple les germes de l'antimilitarisme, expose ce peuple à la guerre plus que tout autre régime. Ses voisins en concluent, en effet, qu'il est mûr pour la défaite et l'asservissement, que la solidarité prolétarienne internationale est une blague, ou, pour parler poliment, un mythe.
— Que le monde va au nationalisme, au resserrement des nationalités et donc à la doctrine du chef héréditaire. Il y avait plus de républiques en Europe (remarque de Bainville) au XVIIe siècle que maintenant.
— Que la théorie du progrès indéfini est un trompe-l'oeil dangereux. Elle amène des hommes d'Etat à innover dans des domaines où l'expérience a fait ses preuves et sans tenir compte de la formule immortelle : "Nihil innovatur nisi quod traditum est". Traduction libre : on n'innove rien que dans le fil de la tradition.
De même que les causes politiques sont immuables, par lesquelles on diminue autant que possible les chances de guerre pour un peuple, de même, la guerre une fois déclarée et la victoire obtenue, il est des règles traditionnelles pour cueillir le fruit de cette victoire. La monarchie observe ces règles. La démocratie prétend s'y soustraire et, ce faisant, détruit le bénéfice de la victoire. Par elle, la paix devient un armistice. Nous avons vu, par le traité de Versailles, qui devait être une des grandes nouveautés de l'histoire et qui en est le pire scandale, à quoi aboutissait la collaboration de trois démocrates, Wilson, Clemenceau, Lloyd George, imbus des principes que l'Action Française a toujours combattus. Ici encore la preuve par neuf est faite de la justesse et de la solidité de nos doctrines. C'est qu'elles reposent sur la réalité et l'expérience, au lieu que les thèmes démocratiques ne sont que des lubies, transmises il est vrai d'âge en âge par des esprits d'une forme particulière, captés par les grands mots et fermés au réel. J'ai baptisé jadis ces esprits de "primaires", quel que soit le degré de leur instruction et de leur culture, parce qu'ils s'en tiennent aux raisonnements que l'on tient à l'école primaire laïque, sans vouloir admettre les leçons de l'histoire, ni la complexité des choses d'ici-bas. Quiconque croit que le monde commence à lui, ou a commencé en 1789, est un primaire. En revanche, beaucoup d'hommes de petite instruction, mais de bon sens naturel et qui ont observé la vie, tels la plupart de nos paysans français, sont tout le contraire de primaires. Leurs dictons et proverbes, d'une si haute sagesse, en sont la preuve. »
Léon Daudet, Vers le roi
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Les anticléricaux croyaient avoir "éteint les étoiles"
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« Peu de mois avant la guerre, Maxime étant à l'Ecole des Beaux-Arts, quelques élèves de cette école eurent l'idée imbécile, sacrilège (et soufflée sans doute par quelque fonctionnaire républicain) de peindre et de promener dans la rue un panneau demi- obscène, injurieux pour la mémoire de Jeanne d'Arc. Suivi de son frère Serge — depuis tué à la guerre — Maxime, avec cette spontanéité qui accompagne chez lui une réflexion très aiguë, se jeta sur le cortège, éventra la sale panneau à coups de canne. Précipité sur le sol, il eut le nez à moitié cassé à coups de talons et demeura huit jours ne respirant plus que par la bouche. Par-dessus le marché, il fut traduit en police correctionnelle, et il s'en fallut de peu qu'on ne le renvoyât de l'Ecole. Nous allâmes, à cette occasion, Vaugeois, Pujo et moi, adresser quelques courtoises mais fermes remontrances — vu son grand âge — à Léon Bonnat, directeur de l'Ecole, lequel nous reçut, avec quelque embarras, dans son grand salon du quai Malaquais. Je raconte cet épisode, pour montrer où les choses en étaient, à la veille de la formidable épreuve. Il n'y a rien, ici-bas, depuis le Sacrifice de la Passion, de plus beau, de plus pur, de plus miraculeux que l'histoire de Jeanne d'Arc, qui semble une suite des Evangiles, où le Divin palpite dans l'Humain ? Cette histoire est une éternelle incitation pour le dévouement sublime à la Race, un principe de salut, une étoile au dessus de la Patrie. Eh bien, en 1909, 1910, 1911,1912, I913, le mot d'ordre officiel était, non seulement de la mettre sous le boisseau, cette histoire incomparable, mais de la salir et de l'insulter.
Au moment où j'écris, la République, cédant à l'opinion, a dû instituer une fête de Jeanne d'Arc, récemment canonisée par l'Eglise. Mais il ne faut pas oublier que ce sont les Camelots du Roi qui ont imposé cette fête, en imposant le cortège traditionnel et en l'organisant sous une grêle de batailles et de jours de prison.
(...)
Aujourd'hui que la fête de Jeanne d'Arc est devenue une cérémonie officielle, on a du mal à se représenter l'incroyable effort que durent fournir Pujo et ses troupes royalistes, pour imposer au gouvernement de la République le culte de la Sainte de la Patrie. Il n'est pas douteux que la bonne Lorraine, à la veille de la guerre, ait continué d'agir par les Camelots du Roi, et d'animer d'un véritable enthousiasme cette génération en partie sacrifiée. Les anticléricaux n'en revenaient pas ; ils croyaient, lamentables crétins, avoir, comme ils disaient, "éteint les étoiles", ou encore "fait cesser la vieille chanson qui berçait la misère humaine" ; et voilà que toute l'élite de la jeunesse accourait aux statues de l'héroïne, les couvrait de fleurs, l'invoquait, la remerciait, la célébrait, comme elle n'avait encore jamais été célébrée. »
Léon Daudet, Vers le roi
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