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13/06/2019

Corruption...

=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=

 

 

« Ce qui a été corrompu par l’abus que l’Église en a fait : 1) L’ascétisme : on a à peine encore le courage de mettre en lumière son utilité naturelle, son caractère indispensable au service de l’éducation de la volonté. Le monde absurde de nos éducateurs qui a présent à l’esprit "l’utile serviteur de l’État" comme schéma régulateur, croit s’en tirer avec l’ "instruction", le dressage du cerveau ; il ne possède même pas la notion qu’il y a quelque chose d’autre qui importe avant tout — l’éducation de la force de volonté ; on institue des examens pour tout, sauf pour ce qui est l’essentiel : savoir si on peut vouloir, si on peut promettre : le jeune homme termine son éducation sans avoir seulement un doute, une curiosité au sujet des problèmes supérieurs de l’évaluation de sa nature ; 2) Le jeûne : recommandable à tous les points de vue, — aussi comme moyen pour maintenir la subtile faculté de jouir de toutes les bonnes choses (par exemple s’abstenir de lectures, ne plus entendre de musique, ne plus être aimable ; il faut aussi avoir des jours de jeûne pour ses vertus) ; 3) Le "cloître" : l’isolement temporaire, en refusant sévèrement par exemple la correspondance : une façon de profonde méditation et de retour à soi-même, qui ne veut pas éviter les "tentations", mais les "influences" de l’extérieur ; une sortie volontaire du cercle, du milieu ; une mise à l’écart, loin de la tyrannie des excitations qui nous condamnent à ne dépenser nos forces qu’en réactions et qui ne permet plus à celles-ci de s’accumuler jusqu’à une activité spontanée (regardez donc de près nos savants : ils ne pensent plus que par réactifs, c’est-à-dire qu’il faut qu’ils lisent d’abord avant de penser) ; 4) Les fêtes. Il faut être très grossier pour ne pas ressentir comme oppression la présence des chrétiens et des valeurs chrétiennes car, grâce à eux, toute disposition solennelle s’en va au diable. Dans la fête il faut comprendre : la fierté, l’impétuosité, l’exubérance ; le mépris de toute espèce de sérieux et d’esprit bourgeois ; une divine affirmation de soi à cause de la plénitude et de la perfection animale, rien que des états en face desquels le chrétien ne peut pas dire un oui absolu. La fête c’est le paganisme par excellence. 5) Le découragement devant sa propre nature : le travestissement moral. — Le fait de ne pas avoir besoin de formule morale pour approuver une de ses propres passions donne la mesure pour savoir jusqu’à quel point quelqu’un, dans son for intérieur, peut dire oui à la nature, — jusqu’à quel point il lui faut avoir recours à la morale… 6) La mort. »

Friedrich Nietzsche, "Livre deuxième. Critique des valeurs supérieures" in La Volonté de Puissance

 

 

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