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13/01/2020

L'air du temps...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

 

« Pourquoi tous ces intellectuels de gauche ont-ils défendu avec tant d’ardeur des positions qui semblent aujourd’hui si choquantes ? Notamment l’assouplissement du code pénal concernant les relations sexuelles entre adultes et mineurs, ainsi que l’abolition de la majorité sexuelle ?
C’est que, dans les années soixante-dix, au nom de la libération des mœurs et de la révolution sexuelle, on se doit de défendre la libre jouissance de tous les corps. Empêcher la sexualité juvénile relève donc de l’oppression sociale et cloisonner la sexualité entre individus de même classe d’âge constituerait une forme de ségrégation. Lutter contre l’emprisonnement des désirs, contre toutes les répressions, tels sont les mots d’ordre de cette période, sans que personne y voie à redire, sinon les culs-bénits et quelques tribunaux réactionnaires. Une dérive, et un aveuglement dont presque tous les signataires de ces pétitions s’excuseront plus tard.

Dans le courant des années quatre-vingt, le milieu dans lequel je grandis est encore empreint de cette vision du monde. Lorsqu’elle était adolescente, m’a confié ma mère, le corps et ses désirs étaient encore tabous et jamais ses parents ne lui ont parlé de sexualité. Elle avait tout juste dix-huit ans en 68, a dû se libérer une première fois d’une éducation trop corsetée, puis de l’emprise d’un mari invivable épousé trop jeune. Comme les héroïnes des films de Godard ou de Sautet, elle aspire maintenant plus que tout à vivre sa vie . "Il est interdit d’interdire" est sans doute resté pour elle un mantra. On n’échappe pas si facilement à l’air du temps.

Dans ce contexte, ma mère a donc fini par s’accommoder de la présence de G. dans nos vies. Nous donner son absolution est une folie. Je crois qu’elle le sait au fond d’elle-même. Sait-elle aussi que cela risque de lui être durement reproché un jour, en premier lieu par sa propre fille ? Mon obstination est-elle si forte qu’elle ne puisse s’y opposer ? Quoi qu’il en soit, son intervention se borne à passer un pacte avec G. Il doit prêter serment de ne jamais me faire souffrir. C’est lui qui me le raconte un jour. J’imagine la scène, les yeux dans les yeux, solennelle. Dites : "je le jure !" »

Vanessa Springora, Le consentement

 

 

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