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26/04/2020

La source vive et spontanée qu'on rêve dans son adolescence

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« Je n'avais pas trente ans que ces jours de fête me paraissaient horribles. C'est le moment de l'année où l'homme sent le plus sa solitude.
Solitude que j'ai voulue, de toute la force de mon égoïsme et de par toute la puissance de ma fatalité ! Impossible de m'attacher à une femme, impossible de m'abandonner à elle. Je n'en trouvais aucune assez belle. Assez belle intérieurement ou extérieurement. J'ai tout sacrifié à une idée folle de la beauté.
Je savais bien d'ailleurs qu'il y a de beauté que celle que nous donnons aux êtres, je savais bien que je pouvais mettre de la beauté dans une femme, mais je boudais, j'en voulais à la nature de ne pas me donner ce qu'il me fallait moi-même créer.
J'ai repoussé comme une illusion qui ne pourrait jamais me satisfaire jusqu'au fond du cœur cette nécessité pour l'homme de créer la femme. Je me disais avec lassitude : “Oui, j'arriverai à me faire une femme qui sera ma femme, indubitablement marquée de mon sceau. Mais que sera-ce ? Seulement une petite guenon qui répétera mes gestes, mes idées, mes sentiments. Jamais ce ne sera la source vive et spontanée qu'on rêve dans son adolescence.”
Ainsi, j'ai voulu rester seul pour que soit pleinement et âprement reconnue la solitude de l'homme qui ne peut peupler la terre que de ses invocations : dieux et femmes.
Je n'ai pas compris que l'homme donne forme à la femme, mais qu'elle lui apporte sa substance, sa vie, cette magnifique matière brute de sa spiritualité qui appelle le ciseau. »

Pierre Drieu la Rochelle, Journal, 1939-1945

 

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Quand la gauche collaborait - 1939 - 1945

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Parce qu'il faut le rappeler sans cesse...

 

 

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Le gouvernement a bien compris Sun Tzu...

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Logique Macroniste

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En haut, plages interdites... en bas, quais encombrés autorisés...

 


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25/04/2020

Déconfinement...

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S'emparer de nos villes...

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War on Women

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Pierre Manent : "Il y a longtemps que nous sommes sortis à bas bruit du régime démocratique et libéral"

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GRAND ENTRETIEN - Le philosophe analyse la crise inédite que nous vivons et le rapport à la politique qu’elle révèle. Pour lui, nous subissons un retour des « traits les moins aimables de notre État », notamment avec le confinement, mesure « primitive » et « brutale ».

Par Eugénie Bastié

LE FIGARO -- LA CRISE QUE NOUS VIVONS SEMBLE ACTER UN RETOUR DE L’ÉTAT, APRES DES DECENNIES DE THEORISATION DE SON DESENGAGEMENT. « NOUS DEVONS REBATIR NOTRE SOUVERAINETE NATIONALE ET EUROPEENNE », A MEME ADMIS LE PRESIDENT EMMANUEL MACRON. L’IDEE DE NATION EST-ELLE EN TRAIN DE FAIRE SON GRAND RETOUR ?

Pierre MANENT -- En attendant le « jour d’après », nous observons le retour des traits les moins aimables de notre État. Au nom de l’urgence sanitaire, un état d’exception a été de fait institué. En vertu de cet état, on a pris la mesure la plus primitive et la plus brutale: le confinement général sous surveillance policière. La rapidité, la complétude, l’allégresse même avec lesquelles l’appareil répressif s’est mis en branle font un pénible contraste avec la lenteur, l’impréparation, l’indécision de la politique sanitaire, qu’il s’agisse des masques, des tests ou des traitements éventuels. Des amendes exorbitantes frappent des écarts innocents ou bénins. Il est interdit de sortir de chez soi sans passeport, mais le rétablissement des frontières nationales est toujours jugé un péché mortel. Je ne pense pas que la crise réhabilite cet État-là.

Quant à la nation, elle a été abandonnée, discréditée, délégitimée depuis deux générations, comme a été abandonnée, discréditée, délégitimée toute idée de politique industrielle. Nous avons renoncé à l’idée même d’indépendance nationale. Ah, n’être plus qu’un nœud mol et souple de compétences « pointues » dans les échanges mondiaux ! Oh, surtout ne jamais ralentir les flux ! Nous découvrons que nous sommes dépendants de la Chine pour presque tout ce dont nous avons besoin ? Mais nous nous sommes organisés pour être ainsi dépendants! Nous l’avons voulu ! Croyez-vous que, lorsque nous sortirons exsangues de la destruction économique occasionnée par la crise sanitaire, il y aura beaucoup de volontaires pour remonter la pente que nous descendons depuis quarante ans ?

LE FIGARO -- LE RAPPORT ENTRE « LE SAVANT ET LE POLITIQUE », FONDATEUR DE LA MODERNITE POLITIQUE, SE TROUVE PROFONDEMENT BOULEVERSE DANS CETTE CRISE. IL SEMBLE QUE LE DECIDEUR POLITIQUE SOIT TENTE DE S’ABRITER DERRIERE L’ARBITRAGE SCIENTIFIQUE, ET, EN MEME TEMPS, DES QU’IL S’EN AFFRANCHIT, IL SE TROUVE CRITIQUE PAR L’OPINION PUBLIQUE. COMMENT ANALYSER CETTE SITUATION? EST-CE LE TRIOMPHE DE L’EXPERTISE SUR LA DECISION POLITIQUE, OU BIEN LE RETOUR DE LA POLITIQUE PURE DANS UN CONTEXTE D’INCERTITUDE ?

Pierre MANENT -- Quant aux savants, il faut distinguer. Nous avons appris à connaître, à estimer et souvent à admirer nos médecins, soignants et chercheurs. C’est le réconfort de ce printemps sinistre. Nous avons découvert aussi la politique de la science, qui n’est pas plus innocente que l’autre. La compétence n’immunise pas contre le désir de puissance. En tout cas, ce sont les politiques qui décident, parce qu’ils ont en charge le tout, c’est à eux de prendre en compte tous les paramètres et d’envisager toutes les conséquences de leurs actions. C’est la politique qui est la science reine !

LE FIGARO -- COMMENT ANALYSEZ-VOUS LA REACTION DE L’UNION EUROPEENNE A CETTE CRISE ? PLUS GENERALEMENT, CELLE-CI EST-ELLE REVELATRICE DE LA FAIBLESSE DE L’OCCIDENT ?

Pierre MANENT -- L’Union européenne comme les nations qui la composent sont également faibles. L’Union a pris sa dernière forme. Ou elle persévérera cahin-caha sous cette forme, ou elle se délitera. L’ordre européen repose sur l’hégémonie allemande, une hégémonie acceptée, voire appréciée par le reste de l’Europe. L’Allemagne se trouve dans la situation la plus stable et la plus favorable dans laquelle elle se soit jamais trouvée. Elle domine par son seul poids, elle n’a nul besoin de bouger, ou plutôt elle a besoin de ne pas bouger. C’est ce que n’a pas compris le président Macron, qui fatigue les Allemands de ses demandes incessantes d’initiatives communes.

Les diverses nations sont rentrées chez elles. C’est la fin du bovarysme européen. Aucune merveilleuse aventure ne nous attend du côté européen de la rue. Chaque nation a découvert le caractère irréformable de son être collectif. Délivrés du rêve frustrant de «plus d’Europe», nous pouvons retrouver une certaine affection pour ce que nous sommes, essayer de nous renforcer à partir de notre être national, nourrir patiemment nos ressources propres, qu’elles soient économiques, militaires, morales ou spirituelles. Ce désir de se retrouver et de se renforcer ne sera salutaire que s’il est accompagné d’une prise de conscience lucide de notre faiblesse réelle, de la faiblesse dans laquelle nous nous sommes laissés glisser.

LE FIGARO -- ÊTES-VOUS SURPRIS PAR LA DOCILITE AVEC LAQUELLE NOS DEMOCRATIES LIBERALES ONT ACCEPTE DE SUSPENDRE LA PLUPART DES LIBERTES? N’EST-CE PAS LE SIGNE QUE LE REGNE SANS PARTAGE DES « DROITS » RESTE FRAGILE FACE A L’URGENCE DE LA PRESERVATION BIOLOGIQUE ?

Pierre MANENT -- Personne ne conteste que la pandémie constitue une urgence et qu’avec l’urgence certaines mesures inhabituelles s’imposent. Mais la fragilité de la santé humaine constitue en quelque sorte une urgence permanente qui peut fournir à l’État une justification permanente pour un état d’exception permanent. Nous ne voyons plus dans l’État que le protecteur de nos droits ; dès lors, la vie étant le premier de nos droits, un boulevard est ouvert à l’inquisition de l’État.

Cela dit, il y a longtemps que nous nous en sommes remis à l’État, que nous lui avons accordé souveraineté sur nos vies. Cette tendance longue a pris un tour aigu dans la dernière période. La spontanéité de la parole sociale a été soumise à une sorte de censure préalable, qui a pour ainsi dire exclu du débat légitime la plupart des enjeux importants de notre vie commune, ou même personnelle. Qu’il s’agisse de la question migratoire ou de la relation entre les sexes, et en général des questions dites sociétales, une idéologie commune à la société et à l’État dicte le permis et le défendu, qui ne fait qu’un avec l’honorable et le déshonorant, le noble et le vil. Bref, nous avons parfaitement intériorisé le principe d’une discipline de parole et d’expression à laquelle il serait suspect d’opposer la moindre résistance.

Ainsi sommes-nous sortis à petit bruit du régime démocratique et libéral qui était informé et animé par des projets collectifs rivaux, qui mettait devant nos yeux de grandes choses à faire, des actions communes à accomplir, bonnes ou mauvaises, judicieuses ou ruineuses, mais qui justifiaient que l’on s’opposât, que les arguments s’échangent vigoureusement, que les grandes questions nourrissent de grands désaccords. Cet heureux temps n’est plus. Le monde s’est pour nous rempli de victimes qui, d’une voix gémissante et menaçante à la fois, se disent blessées par tout ce bruit, voient dans les règles d’accord de l’adjectif une offense à toutes les femmes et, dans une grossièreté de cour d’école, une insulte homophobe. Qu’opposerions-nous maintenant à l’État gardien des droits, alors que nous le supplions de venir au chevet de notre intimité incessamment blessée ?

LE FIGARO -- PENSEZ-VOUS QUE LES FONDAMENTAUX MEME DU LIBERALISME SOIENT ATTEINTS PAR CETTE CRISE? S’EN REMETTRA-T-IL ?

Pierre MANENT -- Ce qui est atteint, ce sont les fondamentaux de la mondialisation que l’on dit libérale, c’est la mise en concurrence de tous avec tous, c’est l’idée que l’ordre humain résulterait désormais de la régulation impersonnelle des flux. Cette idéologie a fait usage de certains thèmes libéraux, mais le libéralisme est autre chose qu’il importe de préserver. Un régime libéral organise la compétition pacifique pour définir et mettre en œuvre les règles de la vie commune, et il distingue rigoureusement entre ce qui relève du commandement politique et ce qui relève de la liberté d’entreprendre au sens le plus large du terme, qui inclut en particulier la libre communication des influences morales, sociales, intellectuelles, religieuses. Remarque décisive: le régime libéral suppose le cadre national, il n’y a jamais eu de régime libéral que dans un cadre national.

Dans la dernière période, notre régime a connu une corruption qui a affecté toutes les classes: les riches, car il a favorisé la finance et la rente, en particulier immobilière, et a incité la haute technostructure à se détourner de la nation jusqu’à perdre parfois le sens du bien commun ; les pauvres et les modestes, car il a découragé le travail par des prestations sociales indiscriminées. Les fonctions dites régaliennes - armée, sécurité, justice - ont été privées de ressources. Donc, ou bien nous procéderons à la réallocation des ressources en faveur des fonctions régaliennes et de la rémunération du travail, ou nous nous immobiliserons de plus en plus dans l’administration par l’État de ressources de plus en plus rares, tandis que se poursuivra notre étiolement politique et moral.

LE FIGARO -- TANDIS QUE TOUT EST MIS EN ŒUVRE POUR SAUVER LA VIE DES PLUS FRAGILES, LES RITES ELEMENTAIRES QUI ACCOMPAGNAIENT LES DERNIERS INSTANTS ONT ETE REDUITS, VOIRE SUPPRIMES. QUE DIT CETTE CRISE DU RAPPORT A LA MORT DE NOS SOCIETES MODERNES ?

Pierre MANENT -- Le gouvernement s’est cru autorisé par les circonstances à interdire, ou peu s’en faut, le dernier rite auquel nous soyons encore attachés, celui qui accompagne la mort. En dépit d’une tendance très générale parmi nous à rendre la mort invisible, cette mesure suscita tristesse, consternation et réprobation. Chacun comprend que les rites peuvent être à la fois aménagés et maintenus dans leurs traits essentiels, sans plus de risques pour les participants que n’en courent chaque jour les livreurs ou les caissières, sans parler des soignants.

Cet effacement brutal de la mort est inséparable de l’effacement de la religion: avez-vous remarqué que, sur la longue liste des motifs autorisant la sortie du domicile, on n’a pas oublié les «besoins des animaux de compagnie», mais qu’il n’est pas envisagé que nous souhaitions nous rendre dans un lieu de culte? Cela mérite réflexion. Ceux qui nous gouvernent sont des personnes honorables qui font de leur mieux pour surmonter une crise grave. Or ils n’ont pas perçu l’énorme, l’inadmissible abus de pouvoir qui était impliqué dans certaines de leurs décisions. Comment est-ce possible ?

Dans la dernière période, les institutions, règles et lois qui définissaient la vie commune en Europe ont été rendues malléables pour toutes les demandes que chacun de nous, tyran tyrannisé par son désir, voudra leur adresser. Nous avons bu un vin de vertige, comme dit l’Écriture. Nous avons délégitimé les institutions qui ordonnaient la transmission de la vie, voici qu’on veut nous ôter les rites qui accompagnent la mort. Il est temps de nous réveiller.

 

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SOURCE : Le Figaro

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24/04/2020

Réunionite...

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23/04/2020

Conquérir...

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22/04/2020

Immense...

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Parler d'amour et de paix...

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Les langues se croisaient comme se croisent les vols des hirondelles

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« Etais-je vieillissant, victime d’une sorte d’andropause ? Cela aurait pu se soutenir, et je décidai pour en avoir le cœur net de passer mes soirées sur Youporn, devenu au fil des ans un site porno de référence. Le résultat fut, d’entrée de jeu, extrêmement rassurant. Youporn répondait aux fantasmes des hommes normaux, répartis à la surface de la planète, et j’étais, cela se confirma dès les premières minutes, un homme d’une normalité absolue. Ce n’était après tout pas évident, j’avais consacré une grande partie de ma vie à l’étude d’un auteur souvent considéré comme une sorte de décadent, dont la sexualité n’était de ce fait pas un sujet très clair. Eh bien, je sortis tout à fait rasséréné de l’épreuve. Ces vidéos tantôt magnifiques (tournées avec une équipe de Los Angeles, il y avait une équipe, un éclairagiste, des machinistes et des cadreurs), tantôt minables mais vintage (les amateurs allemands) reposaient sur quelques scénarios identiques et agréables. Dans l’un des plus répandus, un homme (jeune ? vieux ? les deux versions existaient) laissait sottement dormir son pénis au fond d’un caleçon ou d’un short. Deux jeunes femmes de race variable s’avisaient de cette incongruité, et n’avaient dès lors de cesse de libérer l’organe de son abri temporaire. Elles lui prodiguaient pour l’enivrer les plus affolantes agaceries, le tout étant perpétré dans un esprit d’amitié et de complicité féminines. Le pénis passait d’une bouche à l’autre, les langues se croisaient comme se croisent les vols des hirondelles, légèrement inquiètes, dans le ciel sombre du Sud de la Seine-et-Marne, alors qu’elles s’apprêtent à quitter l’Europe pour leur pèlerinage d’hiver. L’homme, anéanti par cette assomption, ne prononçait que de faibles paroles ; épouvantablement faibles chez les Français ("Oh putain !", "Oh putain je jouis !", voilà à peu près ce qu’on pouvait attendre d’un peuple régicide), plus belles et plus intenses chez les Américains ("Oh my God !", "Oh Jesus Christ !"), témoins exigeants, chez qui elles semblaient une injonction à ne pas négliger les dons de Dieu (les fellations, le poulet rôti), quoi qu’il en soit je bandais, moi aussi, derrière mon écran iMac 27 pouces, tout allait donc pour le mieux. »

Michel Houellebecq, Soumission

 

 

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Taisez-vous, malheureux, et n'affirmez pas le contraire...

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21/04/2020

Coronavirus : "Des milliers d'entrepreneurs seront sacrifiés à notre affolement devant ce retour de la mort"

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Robert Redeker
Philosophe, auteur notamment de L'école fantôme (Descléee de Brouwer, 2016) et L’Eclipse de la mort (éditions Desclée de Brouwer, 2017).

 

Robert Redeker estime que nous avons choisi l'irrationalité économique par peur excessive de la mort, dont nous pensions nous être débarrassés.

 

L’aspect le plus frappant du moment historique que nous traversons tient dans le sacrifice de l’économie. Extrémisme sanitariste, la politique du confinement généralisé – outre qu’elle place 68 millions de Français dans une sorte de garde à vue à domicile, accompagnée d’une assignation à résidence, infantilisés sous une sorte de loi des suspects, et tenus pour des délinquants potentiels – est appelée à engendrer des conséquences économiques dramatiques. Tout le monde les décrit, personne n’en énonce le sens.

Le sacrifice économique

On allait le répétant, en le regrettant parfois, en s’en félicitant souvent, sur tous les tréteaux : l’économie - le profit, la concurrence, la rentabilité, la finance, les premiers de cordée, les start-ups – est l’alpha et l’oméga des sociétés contemporaines, vouées, à des degrés divers, au néolibéralisme. L’on se rendait compte que ses impératifs guidaient les décisions des dirigeants politiques. L’on voyait la politique plier le genou devant l’économie, servant les intérêts de la bourse et de la finance. L’on apercevait les politiciens cherchant l’adoubement des marchés. L’on poussait le raisonnement jusqu’à regarder les gouvernements comme des chambres d’enregistrement plus ou moins discrètes des volontés et intérêts, du désir de puissance, des entreprises multinationales, de la banque et de la finance. L’on disait la planète inféodée à une seule idéologie : l’économisme. Mammon était Dieu, Wall Street son prophète, et les chefs d’Etats ses pontifes. Et l’on n’avait pas tort ! Mieux : et l’on était dans le vrai ! L’on supposait cette constellation éternelle. Comme l’on imaginait au milieu des années 1980 encore, éternelle l’URSS.

Ce confinement planétaire est d’un point de vue économique, irrationnel. Il marque le triomphe de la déraison économique

L’imagination qui se prenait pour le savoir historique était, suivant sa nature, selon les mots mêmes de Pascal, "maîtresse d’erreur et de fausseté". Arriva un virus, une protéine enveloppée de lipide, un infiniment petit, et voici qu’aux risques d’un effondrement généralisé, des pans entiers de l’économie se lézardent à cause du confinement décrété pour nous protéger contre cet ennemi lilliputien. Et voici que la dette publique, ce péché absolu d’hier matin, explose ! Et voici que l’on voue au dépôt de bilan la plupart des cafés et des restaurants, qui sont ce que notre pays a de plus précieux. Oh oui, l’admirable André Daguin, mousquetaire au service de notre art de vivre, a bien fait de mourir quelques semaines avant cette débâcle ! Et voici que les avionneurs à leur tour sont condamnés à réduire leur voilure.

Une violente récession résulte de ce confinement : les faillites d’entreprises, le chômage de masse, la paupérisation, menacent de se développer, sans que l’on puisse en cerner à l’avance les conséquences politiques. Il n’est pas impossible qu’en réponse à cette dépression économique, causée par le gel volontaire des activités économiques, des émeutes de désespoir, répliques de celles que connut la France au moment de la révolte des gilets jaunes, enflamment l’Europe l’hiver prochain. Le confinement est la mise de toute l’économie planétaire sur la touche "stand-by". Comme réponse au Covid-19, cette épidémie mondiale, ce confinement planétaire est d’un point de vue économique, irrationnel. Il marque le triomphe de la déraison économique.

Retour de la mort

Cette déraison plonge sa justification dans notre désaccoutumance à la mort. Eclipsée de nos sociétés, qui sont celles, comme l’a vu Paul Yonnet, du "recul de la mort", reléguée dans ses marges, refoulée, son retour sur la scène publique constitue le plus violent des chocs. Hier encore, nous vivions dans l’euphorie de l’éternité procurée par la consommation, dans le présentisme qu’elle génère, la vue des morts n’étant réservée qu’à quelques professions. La combinaison de l’effacement des grands récits, métaphysiques, religieux, ou politiques, et l’expansion de l’euphorie consumériste renforcée par l’optimisme digital, dans laquelle nous trouvions un semblant de bonheur, "les jours heureux" évoqués par Emmanuel Macron, fonctionnait en réalité à la façon de la censure dans la théorie freudienne de l’inconscient. Elle était censure collective.

Censure de la souffrance, de la maladie, et de la mort – nos fidèles compagnes depuis les origines. Le résultat de ce refoulement claque : nous sommes incapables de donner un sens à la mort, nous voici égarés à la folie par notre désarroi devant son retour. Le covid-19 oblige à un retour du refoulé. Nous répondons par une pathologie psycho-économico-sociale à la pathologie biologique du virus. La mise entre parenthèses de la liberté et les destructions imposées à l’économie signent la pathologie de ce retour du refoulé.

Politique de la terre brûlée, rien n’assure que cet holocauste soit propre à faciliter le retour des "jours heureux"

On ne peut en rendre compte qu’en recourant à la théorie religieuse du sacrifice. La prospérité économique est sacrifiée pour conjurer la mort. Des milliers de petits et moyens entrepreneurs seront sacrifiés à notre affolement devant ce retour de la mort. Les petits cafés et restaurants mourront, Starbucks prendra leur place. Le confinement mortel pour l’économie est comparable à un autel offert au sacrifice. Ici comparaison est raison. Nous répliquons par la mort économique à ce déroutant retour de la mort, échangeant la mort socio-économique contre la mort biologique, espérant échapper à la seconde en réussissant la première.

La plupart des sociétés ont sacrifié des animaux, qui étaient souvent d’une grande valeur pour elles, parfois même des hommes, à leurs dieux improbables, tantôt pour attirer la pluie, tantôt pour éloigner (déjà) une épidémie, ou pour obtenir la fécondité des récoltes et des femmes, si ce n’est la victoire à la guerre, quand la nôtre, dans un geste analogue, sacrifie une partie importante de son économie. Nous offrons notre prospérité économique en sacrifice à des divinités siégeant dans notre inconscient collectif, pour qu’elles nous épargnent la mort. Pour qu’elles éloignent la mort de nos yeux.

Il faut comprendre ce coma artificiel de l’économie causé par le confinement comme une destruction sacrificielle. Ce n’est pas pour attirer la pluie que nous acceptons ce sacrifice, mais pour ne pas voir la mort et conjurer toutes les questions qu’elle nous pose. Quand le tragique nous rappelle à son souvenir, nous place sous les yeux la réalité de la condition humaine, le sacrifice archaïque, de type religieux, revient avec lui.

Réponse-réflexe, réponse de panique collective, politique de la terre brûlée, rien n’assure que cet holocauste soit propre à faciliter le retour des "jours heureux".

 

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SOURCE : Marianne

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