09/09/2007
Culture
=--=Publié dans la Catégorie "Citadelle : Saint-Exupéry"=--=
"Me vint encore l'image du temps gagné car je demande : au nom de quoi ? Et voici que l'autre me répond : au nom de sa culture. Comme si elle pouvait être exercice vide. Et voici que celle-là qui allaite ses enfants, nettoie sa maison et coud son linge, on la délivre de ces servitudes et désormais sans qu'elle s'en mêle, ses enfants sont allaités, sa maison lustrée, son linge cousu. Voilà maintenant que ce temps gagné il faut le remplir de quelque chose. Et je lui fais entendre la chanson de l'allaitement et l'allaitement devient cantique, et le poème de la maison qui fait peser la maison sur le cœur. Mais voici qu'elle bâille à l'entendre car elle n'y a point collaboré. Et de même que la montagne pour toi c'est ton expérience des ronces, des pierres qui boulent et du vent sur les crêtes, et que je ne transporte rien en toi en prononçant le mot montagne, si tu n'as jamais quitté ta litière, je ne dis rien pour elle en lui parlant maison car la maison n'est point faite de son temps ni de sa ferveur. Elle n'en a point goûté le jeu de la poussière, quand on ouvre la porte au soleil pour en balayer au jour levant la poudre de l'usure des choses, elle n'a point régné sur le désordre qu'a fait la vie, quand vient le soir, la trace des tendres passages et les écuelles sur le plateau et la braise éteinte dans l'âtre, jusqu'aux langes souillés de l'enfant endormi, car la vie est humble et merveilleuse. Elle ne s'est point levée avec le soleil pour elle-même chaque jour se rebâtir une maison neuve, comme les oiseaux que tu as observés dans l'arbre, et qui se refont d'un bec agile des plumes lustrées, elle n'a point de nouveau disposé les objets dans leur perfection fragile afin que de nouveau la vie de la journée et les repas et les allaitements et les jeux des enfants et le retour de l'homme y laissent une empreinte dans la cire. Elle ne sait point qu'une maison est pâte dans l'aube pour devenir le soir livre de souvenirs. Elle n'a jamais préparé la page blanche. Et que lui diras-tu quand tu lui parleras maison qui ait un sens pour elle ?
Si tu veux la créer vivante, tu l'emploieras à lustrer une aiguière de cuivre terni afin que quelque chose d'elle luise le long du jour dans la pénombre, et, pour faire de la femme un cantique, tu inventeras peu à peu pour elle une maison à rebâtir dans l'aube...
Sinon, le temps que tu gagneras n'aura point de sens.
Fou celui-là qui prétend distinguer la culture d'avec le travail. Car l'homme d'abord se dégoûtera d'un travail qui sera part morte de sa vie, puis d'une culture qui ne sera plus que jeu sans caution, comme la niaiserie des dés que tu jettes s'ils ne signifient plus ta fortune et ne roulent plus tes espérances. Car il n'est point de jeu de dés mais jeu de tes troupeaux, de tes pâturages, ou de ton or. Ainsi de l'enfant qui bâtit son pâté de sable il n'est point ici poignée de terre, mais citadelle. montagne ou navire.
Certes, j'ai vu l'homme prendre avec plaisir du délassement. J'ai vu le poète dormir sous les palmes. J'ai vu un guerrier boire son thé chez les courtisanes. J'ai vu le charpentier goûter sur son porche la tendresse du soir. Et certes, ils semblaient pleins de joie. Mais je te l'ai dit : précisément parce qu'ils étaient las des hommes. C'est un guerrier qui écoutait les chants et regardait les danses. Un poète qui rêvait sur l'herbe. Un charpentier qui respirait l'odeur du soir. C'est ailleurs qu'ils étaient devenus. La part importante de la vie de chacun d'entre eux restait la part de travail. Car ce qui est vrai de l'architecte qui est un homme et qui s'exalte et prend sa pleine signification quand il gouverne l'ascension de son temple et non quand il se délasse à jouer aux dés, est vrai de tous. Le temps gagné sur le travail s'il n'est point simple loisir, détente des muscles après l'effort ou sommeil de l'esprit après l'invention, n'est que temps mort. Et tu fais de la vie deux parts inacceptables : un travail qui n'est qu'une corvée à quoi l'on refuse le don de soi-même, un loisir qui n'est qu'une absence.
Bien fous ceux qui prétendent arracher les ciseleurs à la religion de la ciselure et les parquant dans un métier qui n'est plus nourriture pour leurs cœurs prétendent à les faire accéder à l'état d'homme en leur fournissant ciselures fabriquées ailleurs comme si l'on s'habillait d'une culture comme d'un manteau. Comme s'il était des ciseleurs et des fabricants de cuivre.
Moi je dis que pour les ciseleurs il n'est qu'une forme de culture et c'est la culture des ciseleurs. Et qu'elle ne peut être que l'accomplissement de leur travail, l'expression des peines, des joies, des souffrances, des craintes, des grandeurs et des misères de leur travail.
Car seule est importante et peut nourrir des poèmes véritables, la part de ta vie qui t'engage, qui engage ta faim et ta soif, le pain de tes enfants et la justice qui te sera ou non rendue. Sinon il n'est que jeu et caricature de la vie et caricature de la culture.
Car tu ne deviens que contre ce qui te résiste. Et puisque rien de toi n'est exigé par le loisir et que tu pourras aussi bien l'user à dormir sous un arbre ou dans les bras d'amours faciles, puisqu'il n'y est point d'injustice qui te fasse souffrir, de menace qui te tourmente, que vas-tu faire pour exister sinon réinventer toi-même le travail ?"
Antoine de Saint-Éxupéry "Citadelle"

23:20 Publié dans Citadelle : Saint-Exupéry | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : Citadelle, Culture, Saint-Éxupéry |
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Être - V
=--=Publié dans la Catégorie "Brèves"=--=
Ce que j’écris le matin n’est déjà plus qu’un vague souvenir le soir. Empreinte de mon passage que tenteront, peut-être, de déchiffrer un jour mes enfants si, au lieu d'alimenter la cheminée d'un feu purificateur, ils se plongent, curieux et adultes, dans mes feuillets épars. Vie extérieure plate et banale. Vie intérieure bouillonnante. Je m’efforce de donner du relief à mon incarnation. Aptitude à joindre les deux bouts : impossible.
Jeune je voulais changer la Vie. Plus âgé c’est elle qui m’a changé.
Pour ce qui est de « joindre les deux bouts », dans un autre domaine : le désintérêt pour l’argent peut aussi coûter une fortune.
07:05 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Être |
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08/09/2007
Être - III
=--=Publié dans la Catégorie "Brèves"=--=
Je ne veux rien posséder et n’être possédé par rien ni personne.
Ma volonté de maîtrise doit, en vérité, procéder d’un lâcher-prise total, d’un détachement altier et mesuré, joyeux, dénué de méchanceté et de violence. Michel Onfray parlerait d’ « eumétrie ». Le contrôle de soi ne doit surtout pas anéantir la spontanéité et brider l’épanouissement, l’ouverture, la croissance.
07:00 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Eumétrie, Onfray, Être |
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07/09/2007
Être - IV
=--=Publié dans la Catégorie "Brèves"=--=
Il ne faut rien rejeter de ce que l’avenir nous offre, nous prépare déjà, ne rien refuser de ce que le passé a construit contribuant, ainsi, à nous construire aussi. Ce serait une cinglante abdication. En vérité tout se poursuit. L’apprentissage. L’enfant de Nietzsche, une fois retrouvé, reprend sa croissance. C’est ça la seule Vérité. Il n’y en a pas d’autres. Vivant pleinement le présent, nous changeons aussi le cours de l’avenir, y prenant part avec verve nous en jouissons même dans la douleur. Ce n’est pas un ascétisme mais une ascèse. « Le Royaume est en vous » disait le Christ. Et « laissez venir à moi les enfants » aussi.
07:00 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Être, Enfant |
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05/09/2007
Le Salut par les Juifs - V : Stefan Zweig
"On suppose généralement que, dans la vie, le but propre et typique d’un Juif est la richesse. Rien n’est plus faux. La richesse n’est pour lui qu’un degré intermédiaire, un moyen d’atteindre son but véritable, et nullement une fin en soi. La volonté réelle du Juif, son idéal immanent, est de s’élever spirituellement, d’atteindre un niveau culturel supérieur. Déjà, dans le judaïsme orthodoxe de l’Est, où les faiblesses, comme aussi les avantages de toute la race, sont marquées avec plus d’intensité, cette suprématie de l’aspiration au spirituel sur le pur matériel trouve son illustration : le pieux, le savant versé dans la connaissance des Écritures, est mille fois plus estimé que le riche au sein de la communauté ; même le plus fortuné donnera sa fille à un homme vivant pour l’esprit, fut-il pauvre comme Job, plutôt qu’à un marchand. Cette prééminence du spirituel est commune aux Juifs de toutes les conditions ; même le plus misérable colporteur qui traîne sa charge par toutes les intempéries s’efforcera, au prix des plus lourds sacrifices, de faire étudier au moins un de ses fils, et l’on considère comme un titre de gloire pour toute la famille d’avoir en son sein un membre qui se distingue manifestement dans le domaine de l’esprit, un professeur, un savant, un musicien, comme si lui seul, par sa réussite, les anoblissait tous. Dans le Juif, quelque chose cherche inconsciemment à échapper à ce qui adhère de moralement douteux, de répugnant, de mesquin, de purement matériel, à tout commerce, à tout ce qui n’est que du monde des affaires, et à s’élever dans la sphère plus pure du spirituel, où l’argent ne compte plus, comme s’il voulait se racheter — pour parler en style wagnérien —, lui et toute sa race, de la malédiction de l’argent. C’est pourquoi, dans le monde juif, l’aspiration à la richesse s’épuise presque toujours après deux, tout au plus trois générations d’une même famille ; et les plus puissantes dynasties trouvent justement les fils peu enclins à reprendre les banques, les fabriques, les affaires prospères et douillettes de leurs pères. Si un Lord Rothschild est devenu ornithologiste, un Warburg historien de l’art, un Cassirer philosophe, un Sassoon poète, ce n’est pas un hasard ; ils ont tous obéi à la même tendance inconsciente à se libérer de ce qui a rétréci le judaïsme, de la froide quête de l’argent, et peut-être même que par là s’exprime la secrète aspiration à échapper, par la fuite dans le spirituel, à ce qui n’est que juif, pour se fondre dans la commune humanité. Une « bonne famille », en se désignant elle-même ainsi, prétend donc bien plus qu’à une simple position sociale ; elle se situe dans un judaïsme qui s’est affranchi ou commence de s’affranchir de tous les défauts, de toutes les étroitesses et petitesses que le ghetto lui a imposées, par son adaptation à une autre culture et, si possible, à une culture universelle. Que cette fuite dans le spirituel, en produisant un encombrement disproportionné des professions intellectuelles, soit ensuite devenue aussi fatale au judaïsme que, naguère, sa limitation aux choses matérielles, c’est là sans doute un de ces éternels paradoxes inhérents à la destinée des Juifs.
(…)
Or, l’adaptation au milieu — au pays — dans lequel ils vivent n’est pas seulement pour les Juifs une mesure de protection extérieure, mais un besoin intérieur. Leur aspiration à une patrie, à un repos, à une trêve, à une sécurité, à un lieu où ils ne soient pas étrangers les pousse à se rattacher avec passion à la culture du monde qui les entoure. Et — si l’on excepte l’Espagne du XVe siècle — jamais cette symbiose ne s’opéra de façon plus heureuse et plus féconde qu’en Autriche. Établis depuis plus de deux cents ans dans la ville impériale, les Juifs y rencontrèrent un peuple de mœurs faciles et d’humeur conciliante qu’habitait sous cette apparente légèreté le même instinct profond des valeurs esthétiques et spirituelles, si importantes pour eux-mêmes. Ils rencontrèrent même plus à Vienne : ils y trouvèrent une tâche personnelle à remplir. Au cours du siècle passé, le culte des arts avait perdu en Autriche ses gardiens et protecteurs traditionnels : la maison impériale et l’aristocratie. Tandis qu’au XVIIIe siècle Marie-Thérèse chargeait Gluck d’enseigner la musique à ses filles, que Joseph II discutait en connaisseur avec Mozart des opéras de celui-ci, que Léopold III composait lui-même, les empereurs qui vinrent ensuite, François II et Ferdinand, ne s’intéressaient plus du tout aux beaux-arts, et notre empereur François-Joseph qui, à quatre-vingts ans, n’avait jamais lu ni même pris entre ses mains aucun autre livre que son annuaire militaire, allait jusqu’à déclarer à l’égard de la musique une antipathie déclarée. Pareillement, la haute aristocratie avait renoncé à exercer son protectorat ; c’en était fini des temps glorieux où les Esterházy hébergeaient chez eux un Haydn, où les Lobkovitz, les Kinsky et les Waldstein rivalisaient à qui donnerait dans son palais la première exécution des œuvres de Beethoven, où une comtesse Thun se jetait à genoux devant le grand démon pour qu’il veuille bien ne pas retirer de l’Opéra son Fidelio. Déjà Wagner, Brahms et Johann Strauss ou Hugo Wolf ne trouvèrent plus auprès d’eux le moindre appui ; afin de maintenir les concerts philharmoniques à leur ancien niveau, de rendre l’existence possible aux peintres et aux sculpteurs, il fallut que la bourgeoisie sautât sur la brèche, et ce fut justement l’orgueil et l’ambition de la bourgeoisie juive de paraître là au premier rang afin de maintenir dans son ancien éclat la renommée de la culture viennoise. Les Juifs avaient toujours aimé cette ville et s’y étaient acclimatés de toute leur âme, mais seul leur amour de l’art viennois leur permit de sentir qu’ils avaient pleinement acquis droit de cité, qu’ils étaient véritablement devenus des Viennois. Ils exerçaient par ailleurs dans la vie publique une influence assez limitée ; l’éclat de la maison impériale reléguait dans l’ombre toutes les fortunes des particuliers, les hautes positions dans la conduite de l’État se transmettaient de père en fils, la diplomatie était réservée à l’aristocratie, l’armée et les fonctions civiles les plus élevées aux vieilles familles, et le Juifs ne cherchaient d’ailleurs pas du tout à se pousser ambitieusement dans ces cercles privilégies. Avec tact, ils respectaient comme allant de soi ces privilèges traditionnels ; je me souviens, par exemple, que mon père évita toute sa vie de dîner chez Sacher, non par économie, car la différence par rapport aux autres grands hôtels était ridicule, mais par ce sentiment naturel des distances à respecter ; il lui eût paru pénible ou inconvenant de s’asseoir à la table voisine de celle d’un prince Schwarzenberg ou Lobkovitz. Ce n’est que vis-à-vis de l’art que tout le monde à Vienne se sentait un droit égal, parce que l’amour de l’art passait pour une devoir de toute la communauté, et par la façon dont elle a aidé et favorisé la culture viennoise, c’est une part immense que la bourgeoisie juive a prise à son développement. Les Juifs constituaient le véritable public, ils remplissaient les théâtres, les salles de concert, ils achetaient les livres, les tableaux, ils visitaient les expositions, ils étaient partout, avec leur compréhension plus mobile et moins liée par la tradition, promoteurs et champions de toutes les nouveautés. Presque toutes les grandes collections d’œuvres d’art du XIXe siècle avaient été constituées par eux, presque toutes les recherches artistiques avaient été rendues possibles par eux ; sans l’intérêt stimulant que la bourgeoisie ne cessait d’accorder à ces choses, et compte tenu de l’indolence de la cour, de l’aristocratie et des millionnaires chrétiens — qui préféraient consacrer leur argent à leurs écuries de chevaux de course et à leurs chasses plutôt qu’à l’art — Vienne serait restée aussi en retard sur Berlin dans le domaine artistique que l’Autriche demeurait en retard sur l’Allemagne dans le domaine politique. Quiconque, à Vienne, voulait imposer une nouveauté, comme l’hôte étranger qui cherchait à être compris et à se gagner un public, en était réduit à s’adresser à cette bourgeoisie juive ; la seule fois où l’on essaya, au temps de l’antisémitisme, de fonder un théâtre « national », il ne se trouva ni auteurs, ni acteurs, ni public ; au bout de quelques mois ce « théâtre national » s’effondra lamentablement ; et cette tentative avortée illustra cette vérité : les neuf dixièmes de ce que le monde célébrait comme la culture viennoise du XIXe siècle avaient été favorisés, soutenus, voire parfois créés par la société juive de Vienne.
Car dans ces dernières années, justement — comme en Espagne avant un naufrage aussi tragique —, les Juifs de Vienne étaient devenus productifs dans le domaine des arts, non pas d’une manière spécifiquement juive, mais par un prodige d’harmonisation avec leur milieu, en donnant au génie autrichien, au génie viennois, son expression la plus intense. Goldmark, Gustav Mahler et Schoenberg s’acquirent une réputation internationale dans la création musicale, Oscar Strauss, Léo Fall, Kálmánn firent refleurir la tradition de la valse et de l’opéra, Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Beer-Hofmann, Peter Altenberg élevèrent les lettres viennoises à un rang dans la littérature européenne qu’elles n’avaient pas occupé même au temps de Grillparzer et de Stifter ; Sonnenthal, Max Reinhardt, restaurèrent dans le monde entier la gloire de la ville du théâtre, Freud et les grandes autorités scientifiques attirèrent tous les regards vers l’université de vieille renommée ; partout, savants, virtuoses, peintres, régisseurs, architectes et journalistes juifs s’affirmèrent en occupant de hautes positions, les positions les plus élevées, sans qu’on songeât à les leur contester dans la vie spirituelle de Vienne. Par leur amour passionné de cette ville, par leur volonté d’assimilation, ils y étaient parfaitement adaptés, et ils étaient heureux de servir la gloire de l’Autriche ; ils voyaient là une mission à remplir dans le monde, et — il faut le répéter dans l’intérêt de la vérité — une bonne part sinon la plus grande de ce que l’Europe, de ce que l’Amérique admirent aujourd’hui en musique, en littérature, au théâtre, dans les arts appliqués, comme étant l’expression d’une renaissance de la culture viennoise, a été créée par les Juifs de Vienne ; en se défaisant de leurs caractères spécifiques, ils atteignaient à un très haut accomplissement de l’élan millénaire qui les portait vers le spirituel. Une énergie intellectuelle qui, pendant des siècles, n’avait pas trouvé sa voie se liait à une tradition déjà un peu lasse, elle la nourrissait, la ranimait, l’exaltait, la rafraîchissait par l’apport d’une force neuve et grâce à une activité infatigable ; seules les prochaines décennies montreront le crime qu’on a commis contre Vienne en s’appliquant à nationaliser et à provincialiser par la violence une ville dont l’esprit et la culture consistaient justement dans la rencontre des éléments les plus hétérogènes, dans son caractère supranational. Car le génie de Vienne — génie proprement musical — a toujours été d’harmoniser en soi tous les contrastes ethniques et linguistiques, sa culture est une synthèse de toutes les cultures occidentales ; celui qui vivait et travaillait là se sentait libre de toute étroitesse et de tout préjugé. Nulle part il n’était plus facile d’être un Européen, et je sais que je dois principalement à cette ville, qui déjà au temps de Marc Aurèle avait défendu l’esprit romain d’universalisme, d’avoir de bonne heure appris à aimer l’idée de la communauté comme la plus noble que mon cœur eût en lui."
Stefan Zweig (Souvenirs d'un Européen)

22:05 Publié dans Le Salut par les Juifs | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Stefan Zweig, Vienne, Autriche, Judaïsme, Le Salut par les Juifs |
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Légèreté
=--=Publié dans la Catégorie "Brèves"=--=
Mon seul luxe est la légèreté qui m’habite. Je le paye de mes agnostiques angoisses.
07:00 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Légèreté, angoisses, agnostique |
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04/09/2007
Macabre spectacle
=--=Publié dans la Catégorie "Brèves"=--=
Parfois je me sens être un spectateur des affaires de ce monde en retrait, détaché. A une époque désemparé par la condition humaine, à présent me voici de plus en plus amusé par le désordre criminel ambiant. Amusé jusqu’au dégoût.
07:50 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Spectateur, Spectacle |
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03/09/2007
Avènement de l'homme moyen...
=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

Site Consacré à Henri-Frédéric Amiel (1821/1881)
"Toute fiction s’expie, et la démocratie repose sur cette fiction légale que la majorité a non seulement la force mais la raison, qu’elle possède la sagesse en même temps que le droit. Fiction dangereuse parce qu’elle est flatteuse. Les masses seront toujours au-dessous de la moyenne. D’ailleurs l’âge de la majorité baissera, la barrière du sexe tombera, et la démocratie arrivera à l’absurde en remettant la décision des plus grandes choses aux plus incapables." Fragments d’un journal intime
"Respecter dans chaque homme l’homme, sinon celui qu’il est, au moins celui qu’il pourrait être, qu’il devrait être." Fragments d’un journal intime
"Si nationalité, c’est contentement ; État, c’est contrainte." Fragments d’un journal intime

18:40 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : L'Homme, Démocratie, Démocrassouillardise |
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Jadis... Hier...
=--=Publié dans la Catégorie "Brèves"=--=
Fastes d’un temps révolu, restes d’un âge d’or, décadence de fin de Race. Je n'ai que faire de vos relents de nostalgie aux odeurs de naphtaline.
07:00 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : Jadis, Hier |
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