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21/02/2009

Insaisissable Bernanos

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

Paul Valéry : "L’homme moderne est l’esclave de la Modernité : il n’est point de progrès qui ne tourne pas à sa plus complète servitude."

 

Bernanos. Le voici, l'obsédé de Dieu, l'angoissé de vérité. Dans "Journal d'un curé de campagne" il trouve Dieu en toute chose, en tout lieu, même dans le cancer qui ronge le curé, même dans l'absurde qui le dévore, même dans la course pour aller conquérir les cœurs fermés de rudes campagnards aveugles à leur bonne fortune qui préfèrent s'adonner à la banalité du Mal. En tant que concerné, avec sa fibre militante, il ne trouve la vérité nulle part. Là où d'autres se seraient satisfaits de la posture idéologique convenable par rapport à un maître, Maurras, ou par rapport à un engagement, la Monarchie, lui quitte les Camelots du Roy pour conspuer les franquistes et après avoir pris le parti de la résistance avec De Gaulle comme héraut il devint après la libération, tout naturellement, antigaulliste. De Gaulle fut, dans son adolescence naissante, son compagnon d'études, à Paris, chez les Jésuites, au collège de Vaugirard. Il refusa par trois fois la légion d'honneur et composa en une dizaine d'années ce qui me semble être de plus en plus une œuvre majeure du vingtième siècle qui fait encore sens de nos jours. Il eut même le toupet d'épouser Jeanne Talbert d'Arc, descendante en droite ligne d'un frère de Jeanne d'Arc. Le déterminé qu'il est s'inscrit dans cette volonté d'aller jusqu'au bout de ses questions dans ce cadre de sa Foi qui lui indique la bonne démarche. Il est plein d'Espérance et d'affectueuse Charité. "Felix qui potuit rerum cognoscere causas !" Heureux celui qui a pu pénétrer le fond des choses. Conviction ou illusion ?


Il y a une indocilité chez Bernanos, qui le place aussitôt chez les francs-tireurs, les inclassables. Sa vérité est une convulsion qui ferait passer celle des surréalistes pour un jeu du langage, une fantaisie de l'esprit. Bernanos est dans le concret des carnes. Il se veut chrétien jusqu'à la fin. Et s'il ne parvient pas à toucher les âmes avec La Parole de Dieu, au moins cherche-t-il à s'y perdre. Dans "la douce pitié de Dieu". Il y a un fort sentiment d'honneur chez Bernanos, à une époque qui annonce celle d'aujourd'hui, précisément une époque où l'honneur n'a plus lieu d'être, se présentant comme un simple orgueil stupide, une fierté mal placée chez les plus têtus, ou comme une vieille valeur poussiéreuse chez le plus grand nombre. L'écrivain disait de lui : "J'ai été élevé dans le respect, l'amour, mais aussi la plus libre compréhension possible, non seulement du passé de mon pays, mais de ma religion. Comprendre pour aimer, aimer pour comprendre, c'est bien là, probablement, notre plus profonde tradition spirituelle nationale, c'est ce qui explique notre horreur de toute espèce de pharisaïsme. Dans ma famille catholique et royaliste j'ai toujours entendu parler très librement et souvent très sévèrement des royalistes et des catholiques. Je crois toujours qu'on ne saurait réellement "servir" - au sens traditionnel de ce mot magnifique - qu'en gardant vis-à-vis de ce qu'on sert une indépendance de jugement absolue. C'est la règle des fidélités sans conformisme, c'est-à-dire des fidélités vivantes." Nous pouvons remercier ses parents d'avoir planté en lui cette confiance sereine en la Liberté lorsqu'elle est structurée par les mêmes valeurs qui ont contribué à faire émerger toute une civilisation. Car il y a un sens du passé, chez Bernanos, et non pas un sens "passéiste". La nuance, voyez-vous, est de taille. D'où des contradictions et des extravagances. Sa seule mesure, son unique modération est celle de Dieu. Tout ce qui s'inscrit en contre-sens de l'attente de la Présence n'est pas à considérer. Et pourtant, il lui faut vivre dans un temps qui préfère enivrer les esprits pour affaiblir les corps. Il lui faut traverser les morts de 14-18, puis le défaitisme de 39-45, les vociférations des traîtres de Vichy.

"J'ai fait la guerre de 1914, engagé volontaire, comme simple caporal, c'est-à-dire dans une familiarité et une fraternité quotidiennes avec mes camarades ouvriers et paysans. Ils ont achevé de me dégoûter pour toujours de l'esprit bourgeois. Ce n'est pas la misère ou l'ignorance du peuple qui m'attire, c'est sa noblesse. L'élite ouvrière française est la seule aristocratie qui nous reste, la seule que la bourgeoisie du XIX e et du XX e siècle n'ait pas encore réussi à avilir."

Voilà qui est définitivement terminé et Bernanos le pressens déjà il y a 60 ans lorsqu'il écrit "La France contre les robots".

La rébellion, chez Bernanos, est une vertu cardinale, une vertu chrétienne. Un chrétien soumis aveuglément aux fortes personnalités n'est qu'un idolâtre qui s'ignore. Ce qui a lassé bien des proches autour de lui quand il a rompu avec Maurras ou avec De Gaulle en gardant la tête haute. Si on peut trouver de fortes résonances entre Bernanos et Bloy, Clavel (me dit-on, que je n'ai pas lu) et Boutang (me dit-on de même, que je n'ai pas lu non plus), je me demande quelle est la postérité de cet écrivain ? Mes mises en parallèle entre Bernanos et Houellebecq (ici et ) ne sont pas une audace immodérée, il se trouve juste que je lis les deux livres en même temps, l'un de jour, l'autre le soir, et que je trouve saisissant que le premier prophétise et que le deuxième fasse vivre ses personnages dans l'angoisse et le vide prophétisés par le premier. En vérité, ce qui semble le grandir, c'est qu'il n'a pas d'authentiques postérité, quelques pâles imitateurs ou décortiqueurs de textes qui leurs font dire ce qui arrange. La récupération est une force évidente pour le colosse aux pieds d'argile qui nous mène au doigt et à l'oeil.

Bernanos marche contre le vent. Il tient tête à la bêtise et analyse les choses, les faits, les actes à leur racine. Polémiste, il extirpe du passé tout ce qui doit être montré au grand jour de notre temps pour nous en faire comprendre la signification. Romancier, il scrute les âmes et décharne les corps pour les rendre visibles selon des angles insoupçonnables. Dans les deux cas il est en dehors des sentiers, là où on ne l'attend pas, avec une humanité prégnante qui ne demande qu'à accoucher d'un avenir plus conforme à sa constitution. Choses oubliées sous le soleil de Satan. Les chemins ravinés sont difficiles d'emprunt, c'est une guerre que d'y avoir accès et d'en revenir pour dire ce qu'il y a à dire. Et c'en est une autre encore que de se faire entendre dans la tourmente qui est la nôtre depuis le début du XX e siècle. Gaëtan Picon a écrit un des premiers livres consacrés à l'écrivain en 1948, "Bernanos, L'impatiente Joie". Beau sous-titre. Il écrit : "A travers les redites et les négligences du texte, cependant, une voix perce, passe, magnifique, nous frappe en plein cœur. Le pathétique, l'éloquence naturelle de cette voix, nul ne les conteste. Mais quelques-uns s'étonnent de l'audience qu'elle rencontrait. Mais quelques-uns s'étonnent de l'audience qu'elle rencontrait. Car l'autorité de Bernanos excédait de beaucoup celle de la foi religieuse et politique dont il était le héraut. Que Bernanos fût écouté par ceux-là mêmes qui ne partageaient ni sa croyance en une rédemption surnaturelle ni sa nostalgie d'un passé traditionnel - qui l'ait été, parfois, par ceux-là plus que par les autres -, que sa parole, sans effort, se soit élevée à une sorte d'autorité élémentaire et universelle : voilà le mystère, voilà le scandale". Mystère et scandale, probablement pour Sartre et Beauvoir qui voyaient dans "Journal d'un curé de campagne" une oeuvre de première importance, une description au scalpel (comme l'aurait peut-être signalé Nietzsche) de notre funeste condition dont nous nous battons pour en maintenir une signification digne de ce nom. Gaëtan Picon écrivait, dans un autre livre, consacré à Nietzsche ("Nietzsche, la vérité de la vie intense") : "Définir la philosophie de Nietzsche par la liaison étroite qu'elle établit entre la connaissance et l'existence, par la corrélation qu'elle maintient d'un bout à l'autre entre la qualité de la pensée et la qualité de la vie, c'est sans doute l'atteindre dans sa tendance constitutive, rejoindre sa direction la plus personnelle. On peut définir la pensée de Nietzsche tout entière par la conception du jugement de valeur qu'elle inclut. Son originalité consiste à ne jamais dissocier le jugement de valeur du jugement de vérité. La valeur recouvre toujours un fait réel : une illusion ne peut jamais être la source d'une valeur. Et, puisque ne valent que les faits, seule la pensée exacte, respectueuse des faits, peut fonder une forme valable de l'existence. Chez Nietzsche, la vérité, que la théorie de la connaissance garantit, devient, dans la théorie de la culture et, plus largement, de l'existence, le principe des jugements de valeur." Le hasard m'a fait tomber sur ce passage et il suffit de remplacer le nom de Nietzsche par celui de Bernanos pour réaliser à quel point les deux hommes sont frères par-delà leurs différences. Mais le hasard existe-t-il ? Car Bernanos a bien compris qu'il y a des lanternes et qu'il y a des vessies, comme le philosophe allemand l'avait compris en son temps. Gaëtan Picon affirme à propos de Bernanos : "Dans chaque livre le voyageur qui toujours s'égare sur les routes nocturnes parmi les haies, les chênes tordus, les flaques ou l'on glisse (...) : et arrive ce moment où l'on tombe, où l'on croit mourir, pour se réveiller à la lueur d'une lanterne inconnue." Et Bernanos l'indique clairement dans "La France contre les robots", les clignotements faussement lumineux de la politique le dégoûtent, car une nouvelle tyrannie se prépare en laquelle se fonderont toutes les tyrannies pour, avec le masque de la douceur et de la mansuétude, venir nous câliner comme une putain. Jean-Luc Nancy dans "Le Sens du monde" (Galilée, 1993, p. 11) écrit : "Il y a, chez les femmes et chez les hommes de ce temps, une manière plutôt souveraine de perdre pied sans angoisse, et de marcher sur les eaux de la noyade du sens. Une manière de savoir, précisément, que la souveraineté n’est rien, qu’elle est ce rien dans lequel le sens, toujours, s’excède. Ce qui résiste à tout, et peut-être toujours, à toute époque, ce n’est pas un médiocre instinct d’espèce ou de survie, c’est ce sens-là." Car comment s'interdire, à la lecture de "La France contre les robots" de songer au "dernier homme" chez Nietzsche encore, qui cligne des yeux devant "la vache bariolée" sans plus se poser de question mâchant sobrement ce qu'on lui ordonne de mâcher et n'en parlons plus. A croire que l'homme a honte d'être un homme, que ce fait est un problème en soi, le premier qui soit. Gilles Deleuze et Félix Guattari écrivent dans "Qu’est-ce que la philosophie ?" : "La honte d’être un homme nous ne l’éprouvons pas seulement dans les situations extrêmes décrites par Primo Levi, mais dans des conditions insignifiantes, devant la bassesse et la vulgarité d’existence qui hante les démocraties, devant la propagation de ces modes d’existence et de pensée-pour-le-marché, devant les valeurs, les idéaux et les opinions de notre époque. L’ignominie des possibilités de vie qui nous sont offertes apparaît du dedans. Nous ne nous sentons pas hors de notre époque, au contraire nous ne cessons de passer avec elle des compromis honteux. Ce sentiment de honte est un des plus puissants motifs de la philosophie. Nous ne sommes pas responsables des victimes, mais devant les victimes. Et il n’y a pas d’autre moyen que de faire l’animal (grogner, fouir, ricaner, se convulser) pour échapper à l’ignoble : la pensée même est parfois plus proche d’un animal qui meurt que d’un homme vivant, même démocrate." Conformiste, docile et moutonnier, oisif de la pensée, voici pour Nietzsche comme pour Bernanos le terme d'un long processus de dégénérescence d'une humanité shootée aux narcotiques que sont les valeurs démocrassouillardes et chrétiennes et qui n'ont plus rien de démocratique et de chrétiennes si on y regarde de plus près. Comme l'écrit Gilbert Keith Chesterton, dans ce qui fut un Best Seller, "Orthodoxie" : "Le monde moderne est envahi de vieilles vertus chrétiennes devenues folles." Et cet homme régnant, ou plutôt qui ne règne sur rien, est l'homme le plus méprisable, celui qui s'est renié et, par là, qui a tout renié d'un revers de la main, malgré les charniers, malgré les guerres, malgré les massacres qui ne s'arrêtent jamais. Il n'aspire plus qu'à une paix de vache, dans son jolie prés carré, avec la protection de clôtures électriques et l'assurance de regarder passer les trains. Une vache et un puceron. Un bâtard de la nature qui se satisfait juste de n'être qu'un sur-singe en nettement moins amusant. Cheetah, au moins, sait nous amuser. Le "dernier homme" n'apporte que le dégoût, avec ses espoirs politiques, son troupeau unique, son esprit grégaire, soumis, domestiqué. Pauvre Bernanos. Pauvre Nietzsche. Leur appel, leur hurlement dans le désert, dessus le gouffre dont tout le monde se moque. Mais aucun des deux n'est dupe, la naïveté n'est pas leur for intérieur. Dans "Ainsi parlait Zarathoustra", Zarathoustra, justement, après avoir tenté d'enseigner le Surhomme au peuple et constatant son échec fait éclore sous les yeux de la plèbe la figure humaine la plus abjecte et la plus avilissante afin de déclencher en elle le désir d'un autre type d'être :

"Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but. Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espérance.
Maintenant son sol est encore assez riche. Mais ce sol un jour sera pauvre et stérile et aucun grand arbre ne pourra plus y croître.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne jettera plus par-dessus les hommes la flèche de son désir, où les cordes de son arc ne sauront plus vibrer !
Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. Malheur ! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même.
Voici ! Je vous montre le dernier homme."

Et ne sachant plus se mépriser lui-même il se méprise effectivement plus que jamais. La foule rit de Zarathoustra et lui quémande :

"Fais de nous ces derniers hommes ! Et garde pour toi ton surhumain !"

Habité par cette "impatiente joie", Bernanos, malgré la tristesse qui le tenaille constamment, ne désarme pas, il veut garder confiance au moment où tout condamne sa confiance. Le monde techno-scientifique et économico-industriel dans lequel nous nous soumettons ne vise qu'une seule et unique chose : accroître l’autoproduction de l’humain, faire tomber le cash, vivre vite et mourir le plus tard possible, si possible avant la fin du monde. Demain les clones. L’homme ne se découvrant plus que dépendant que de lui-même (Dieu étant mort) est saisi d'angoisses, il bascule dans le nihilisme, espère trouver des idoles de replacement. Mais Dieu est seulement dans l’absence privative. Il mute. Le crépuscule des idoles est une promesse d'aurores nouvelles, sanglantes et factices. Le faux divin bien présent est en réalité une lourde et effroyable absence, sombre, menaçante et l'homme n'étant plus que l'ombre de lui-même quel refuge peut on choisir ? "L'homme est l' "abri" dont l'Être aurait lui-même besoin pour échapper à la détresse" écrit Heidegger. Mais le "dernier homme" n'est plus l'Homme en tant que tel, il en est un terrifiant amoindrissement. Et c'est de ce lieu de désolation où l'homme s'anéantit que surgira la rédemption, le lien avec ce qui importe vraiment, aussi il faut parler et dire l'essentiel acte de foi.

Tout comme Rembrandt introduit dans ses tableaux de cette Ténèbre et de cette Clarté qui ne sont pas de ce monde, l'Ombre et la Lumière de l'incompréhensible et impénétrable ontologie qui nous inquiète. "Le don magnifique de Bernanos, c'est de rendre le surnaturel naturel" écrit François Mauriac. Et Paul Claudel, dans la même veine mais plus précis : "Ce qui est beau, c'est ce sentiment fort du surnaturel, dans le sens non pas d'extranaturel mais du naturel à un degré éminent." Même dans un essai pamphlétaire comme "La France contre les robots" on sent bien en retrait, dans les interstices du labyrinthe, entre les lignes, la présence d'un souffle qui n'est pas de ce monde et que Bernanos parvient à rendre famillier, palpable. Car nous avons tous, à un moment ou à un autre, été ému par un instant unique, lorsque les conditions étaient réunies pour nous indiquer que cette place où nous nous trouvions n'était pas la nôtre. "J'écris pour me justifier" a dit Bernanos "aux yeux de l'enfant que je fus." Et aussi : "Rien ne m'a jamais poussé à écrire, sinon le besoin de retrouver le langage ancien." Et si le découragement peut saisir le lecteur lambda face à l'oeuvre qui semble sentir les vieilles nostalgies cléricales, il lui faudrait aller chercher plus loin, dépasser ses petites crispations qui exigent une lecture facile, n'est pas Dan Brown, Marc Lévy ou Lauren Weisberger qui veut. Dans "Journal d'un curé de campagne", le romancier a tenté de mettre à jour les croisements, les situations, les points d'achoppements si je puis dire, ces instants d'absolution, de rédemption où la vérité fondamentale, la vérité originelle rejoint l'heure ultime, l'instant de la fin. Dans "La France contre les robots", l'essayiste fait la même chose, en parcourant le suc de l'Histoire de France pour dire notre désastre actuel, au moment où tout semble fini, achevé et qui ne l'est point. L'Histoire, comme le lecteur, emprunte de tortueux chemins, aux abords des gouffres, pour cheminer vers une lumière possible, un Jardin d'oliviers, pour une transfiguration souhaitée. L'essayiste-pamphlétaire veut indiquer les symptômes, leurs maladives nervures qui se déploient de part en part de ce qui fut jadis la Création de Dieu et n'est plus que le souffreteux royaume du Diable. Le romancier s'efforce de sauver des âmes. Les larmes me sont venues à la lecture du "Journal d'un curé de campagne". Purge lacrymale. Il exige de ses lecteurs une capacité à mettre en cause le Salut de leur âme. Voilà. Le reste importe peu. Du reste, il ne souhaite pas être de la compagnie des gens de lettres. "Personne ne se voit moins que moi à travers la littérature. Personne n'a d'une équivoque hideuse une horreur plus vive..." Il est d'une autre interrogation, d'une respiration parallèle, et son interrogation est d'une telle force qu'elle parvient, selon le mot de Malraux dans sa préface au Journal, à révéler à l'agnostique cette part de divin qui habite en l'Homme, qu'il le veuille ou non. C'est un Sacerdoce, pour utiliser le langage qui convient, qui consiste à mettre à jour la Lumière et l'Ombre combinées, unies de l'enfance et de la mort, c'est la parole cédée aux Démons et au Christ qui s'affrontent et s'équilibrent, s'observent comme en un miroir les uns voyant l'autre et l'autre voyant ceux-là, comme l'avait, aussi, compris Bloy, dont ma découverte ne fait que commencer.

Dieu et Satan sont des révélateurs d'Ombres, ces lieux de perdition d'où surgit également la rédemption espérée, du sein de l'ambïguité et de l'indicible tâtonnement.

 

 

13:35 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (20) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Gros Lapaque va faire la gueule.

Écrit par : Rex | 21/02/2009

COMBIEN D ARGENT PUBLIC SARKOZY A T IL DETOURNE DEPUIS LE DEBUT DE SON MANDAT POUR SERVIR SON INTERET PERSONNEL ? En ce qui me concerne, lynchage, plagiat...etc En période de crise, voilà une question politique intéressante à débattre, avec du courage et de l'indépendance ?

Écrit par : nina | 22/02/2009

Qu'est-ce que ça vient foutre ici, nina ?

Écrit par : Rex | 22/02/2009

Bel article. Heureux que Bernanos soit encore lu.

Écrit par : Sarde | 22/02/2009

Voilà, on est en plein dans le paradoxe de ce point de vue "dépressionniste" dont tu te rapproches, Nebo, et que je trouve que tu commentes avec sérieux et talent, même si je ne suis pas d'accord avec lui :

Les réactions que le texte suscite, des thuriféraires comme des contestataires, sont des réactions de peu, insignifiantes, alors qu'il y a beaucoup matière à commenter. Elles avèrent les commentaires de Bernanos sur les "idolâtres", la déploration sur le manque "d'indépendance de jugement", en donnent en voir la justesse partielle.

Et en même temps, en ayant cet effet, ce "weltanschauung" démontre son inanité : ce n'est visiblement pas un tel discours qui va permettre de commencer tant soit peu à résoudre le problème qu'il soulève !

Écrit par : Lionel | 23/02/2009

Pardonnez-moi, Lionel, mais à la lecture de vos deux derniers commentaires, j'ai cru comprendre que vous n'aviez pas lu Bernanos. Il faut au moins en pénétrer deux ou trois livres pour pouvoir en parler correctement. Ne le prenez pas mal, nous discutons.

Si Bernanos a penché vers la royauté durant toute sa jeunesse et au moins jusqu'à la quarantaine bien franchie, il a perdu ses illusions sur une SOLUTION que vous semblez appeler de vos voeux. Tout autant déçu par les royalistes de son temps, par les catholiques asséchés, par les démocrates machiniques, il ne fait qu'une seule chose face à la montée des idéologies, il indique que tant que l'homme ne reprendra pas goût à la SPIRITUALITE qu'il a bradé pour un confort bourgeois, les choses iront mal. Et ce n'est pas Sartre qui est parvenu à changer quoi que ce soit au lendemain de la deuxième guerre avec son existentialisme outrageusement pompé sur Heidegger.

Donc, les solutions, si vous en avez à nous proposer, je vous écoute et vous lirai avec attention.

Écrit par : Rex | 23/02/2009

Sur la rancoeur de certains royalistes (j'ignore totalement si Laurant est de ce bord là hein) qui ne pardonnèrent jamais les "variations sur la personne de Mauras" -parti des lauriers les plus éclatants de La grande peur... aux attaques salées des Grands cimetière , lire nootamment Les abeilles de Delphe de Boutang.

Nebo...Je préfère me taire sur Houellebecq . Ou, si l'envie me vient d'aborder cette prose plate, terne et fade comme du coca éventée, j'irai sur le fil qui convient. Mais depuis que Nicolas d'Ilys (qu'il me manque!) m'a vanté Duras je sais bien que lal ittérature est subjective au possible. (Mais est-on en présence de littérature? Oui, comme celle de Mendes ou de Camille Mauclair).
Rien de telle qu'une bonne polémique!

Écrit par : Restif | 23/02/2009

la droite gère la réalité.la gauche gère du doux délire. bernanos nous fait comprendre que le monde entier part vers le doux délire. et le doux délire ne peut donner que des charniers et des utopies sanglantes.

Écrit par : philoxène | 23/02/2009

@ Rex : Votre observation n'est certainement pas infondée et fort courtoisement formulée, je ne pourrais donc la prendre mal, d'autant qu'elle ouvre en effet sur la discussion.

Merci de cette synthèse ramassée et claire de l'intention de Bernanos. Son appel à rééquilibrer un excès de matérialisme (au sens commun du terme) par une résurgence de spirituel sonne sans doute juste. Les 50 ou 60 ans écoulés me semblent avoir marqué un tel rééquilibrage au moins partiel, avec une longue séquence critique du scientisme dans laquelle nous sommes encore, une forte demande de retour à du religieux, une recherche, difficile il est vrai, de "sens".

Au-delà des pertinences d'une telle analyse, je m'élève, vous l'avez sans doute compris, contre les discours amers, le "défaitisme", tendant à l'imprécation ; pour moi, le péché ultime, c'est de désespérer de l'humain et de mettre en avant ce propos-là. D'autant que soi et l'autre sont dans un tel rapport d'imbrication (je me découvre au travers du regard de l'autre, je projette aisément mes affects sur les autres, etc.) qu'il serait souhaitable que chacun fasse finement le tri entre ce qui relève de lui et ce qui relève de l'autre.

Lorsque je lis que Bernanos indique "J'écris pour me justifier aux yeux de l'enfant que je fus", je ne peux m'empêcher d'y voir l'aveu d'un sentiment douloureux d'inadéquation personnelle par rapport à un projet d'origine. La déception porte-t-elle d'abord sur lui-même avant de trouver un exutoire sur les futurs "robots" ?

Sartre, à qui l'on peut reprocher un certain nombre de choses, dont son engagement politique passablement infantile et son matérialisme (au sens philosophique) excessif, a le mérite de relever notre mesure de liberté à chacun et la responsabilité qu'elle emporte. Avant de perdre du temps et du souffle à se désoler des autres, occupons-nous de ce sur quoi nous avons le plus prise, à savoir notre propre comportement individuel. C'est la le début de ma solution. ;) (Au passage : je ne comprends quasiment rien au peu que j'ai lu de Heidegger, donc s'il a été pompé par Sartre, je suis reconnaissant à ce dernier d'avoir fait office de traducteur !).

Mes solutions sont en cours d'élaboration. Les discussions les plus diverses participent de ce travail. Pour être sérieux, il est recommandé d'y consacrer sa vie et de ne pas baisser les bras ni se plaindre que les autres n'y mettent pas assez du leur. Le regard de l'"enfant que je fus" est encore pleinement opérant, c'est en effet, si c'est ce que Bernanos sous-entendait, une condition sine qua non pour exprimer quelque chose d'utile et de fidèle à la parole que l'on s'est donnée.

Merci d'avoir relancé la discussion en interprétant de façon positive mon apostrophe précédente un peu outrée.

Lionel

Écrit par : Lionel | 23/02/2009

@ Philoxène: Est-ce que ça ne vous semble pas un peu simpliste, comme proposition, à la relecture, tout de même ?

Nebo lui-même rappelle régulièrement que "nous avons besoin de deux jambes pour marcher", la droite et la gauche. J'exprime à peu près la même chose en disant que "notre époque appelle le mariage des meilleures valeurs de droite (liberté, responsabilité, esprit d'entreprise) et des meilleurs valeurs de gauche (souci des moins favorisés, souci du bien collectif, organisation de la société)". Croyez-vous que nous pourrions claudiquer longtemps sur une seule jambe ?

Là où nous pourrons peut-être nous rejoindre, c'est pour critiquer la malhonnêteté intellectuelle d'une bonne partie des gauches françaises d'aujourd'hui et leurs injonctions morales souvent indignes et en tout cas outrées (cela participe peut-être de ce que vous appelez leur "doux délire"). Il y a là, en effet, un problème qui contribue au blocage relatif de notre société française.

Lionel

Écrit par : Lionel | 23/02/2009

Voir lien.

Écrit par : Stalker | 09/03/2009

Puisque la discussion sur ilys est devenue impossible grâce au petit jeu idiot de XP, je me permets de vous faire parvenir le texte directement chez vous, sur l'une de vos notes fort intéressantes au demeurant.

Je vous rappelle le passage de votre comm, qui me fit réagir :

Le gros problème des commentateurs chez Isabelle des Charbinières, c’est qu’à l’image des barbus, à l’image des communistes, à l’image des nazis, ils rêvent d’une société parfaite à leur image, une où tout serait mené sous l’égide de la Bible et, surtout, la Bible sous le prisme de leur lecture distordue à eux. Alors ils peuvent afficher références, heures de lectures méditative et tout l’toutim… il n’empêche que tout se joli monde me donne la désagréable impression de piétiner l’Esprit au nom de la lettre de manière déterminée. C’est, autrement dit, diabolique. Le loup déguisé en agneau dans la bergerie.

# 19 - Le 21/04/09 à 13:2919 Nebo

@ Nebo. Un peu de sérieux s'il vous plaît ! surtout vous qui connaissez un peu les lieux. Ecrire : "Le gros problème des commentateurs chez Isabelle des Charbinières, c’est qu’à l’image des barbus, à l’image des communistes, à l’image des nazis, ils rêvent d’une société parfaite à leur image, une où tout serait mené sous l’égide de la Bible", c’est soit ne pas lire ce qui est publié là-bas sur l’imperfection ontologique de l’homme, et donc plus généralement de toutes les institutions humaines, soit ne pas vouloir comprendre, par mauvaise foi évidente, que les critiques formulées contre la modernité sur La Question, se font précisément au nom d’une société qui fondait son organisation sur le caractère sacré de l’existence et refusait que les peuples soient asservis à des valeurs fétiches, dont l’argent, et préférait donc placer la religion au centre de la vie des hommes et de la cité.

Ce n’est ni musulman, ni bolchevique, ni nazi comme principe, ça s’appelle tout simplement la chrétienté traditionnelle, contre laquelle, les ancêtres de vos communistes et nazis, c’est-à-dire les sans-culottes révolutionnaires tueurs de prêtres, violeurs de religieuses, destructeurs d’églises, et égorgeurs des vendéens, ont combattue animés d’une rage démoniaque pour l’anéantir.

Alors chantez ici en chœur des odes à la modernité sous sa version yankee avec les disciples du libéralisme mercantile athée si ça vous fait plaisir, mais évitez tout de même de pousser le bouchon trop loin …

Écrit par : Hadrien | 21/04/2009

Ah ! Moi... je ne pousse jamais le bouchon trop loin. Je sais me tenir...

Ha ha ha ha ha !

Vous autres par contre, vous avez l'orgueil bien planqué... au fond de vos babouches.

Écrit par : Nebo | 21/04/2009

C'est surtout Zok et l'abbé Cottard, qui poussent le bouchon beaucoup trop loin, dans cette affaire....Ca doit faire mal...

Écrit par : XP | 21/04/2009

Serait-ce, XP, ce qu'on appelle avoir le cul en étoile de mer ? hu hu hu !

Écrit par : Nebo | 21/04/2009

Au lieu de dire des bétises ridicules Nebo, et alors que XP s'est conduit comme un personnage extrêment grossier à mon égard alors que je contribuais, comme toujours, avec beaucoup de courtoisie sur ilys, je vous invite à aller jeter un oeil sur les analyses d'un certain Dan chez IdC. Très instructif...

http://isabelledescharbinieres.hautetfort.com/archive/2009/04/21/l-ancien-regime-et-ses-bienfaits.html#c4927142

Écrit par : Hadrien | 21/04/2009

Analyse digne de la psychanalyse de Prisunic, rien de plus et rien de moins. Absolument pas de quoi inquiéter docteur Freud, que par ailleurs vous ne devez pas tenir en votre coeur.

Écrit par : Nebo | 21/04/2009

le cul en étoile de mer ou en forme de croissant aussi.

Écrit par : Rex | 21/04/2009

@Nébo

Notez que selon notre ami Hadrien, vous ne dites pas des bétises, mais des "bétises ridicules". Le double adjectif, c'est la marque des CAB. C'est un truc pour imiter les vociférations de leurs amis les Muz.

Écrit par : XP | 21/04/2009

En tout cas mes "bêtises ridicules", ils les censurent chez eux. Ce qui indique un grand sens moral de la tolérance et du dialogue. Enfoiré, XP, ils ont dû me confondre avec vous et vos coups de sang et de censure chez ILYS ! C'est malin ! Hu hu hu hu !

Écrit par : Nebo | 21/04/2009

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