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23/02/2011

Robespierre, Hitler, Lénine

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

I. La révolution. 

Marquant la naissance officielle de la modernité, c’est précisément la Révolution française qui a la première fait du massacre la conséquence rationnelle de l’énoncé d’un principe politique. La première tentative de génocide de l’histoire moderne eut la Vendée pour théâtre : 180 000 hommes, femmes, et enfants tués au seul motif d’être nés. Parlant des Vendéens, Couthon déclarait le 10 juin 1794 : « Il s’agit moins de punir que de les anéantir ». Vis-à-vis de leurs ennemis respectifs, réels ou supposés, les totalitarismes du XXè siècle ont réagi comme les révolutionnaire français : par la volonté d’extermination, avec toujours cette même idée que l’anéantissement de l’ennemi conditionne le salut du monde. Mais la Révolution française fut aussi la première à mobiliser les masses et à imposer à ses partisans politiques la rupture de tous leurs autres liens. La première également à parfaire le processus de destruction des corps intermédiaires, dans l’intention d’éliminer tout ce qui pouvait faire obstacle entre le pouvoir central et des individus atomisés. 

II. Le totalitarisme. 

Le fanatisme totalitaire, en même temps qu’il prolonge une intolérance de type proprement religieux, apparaît aussi comme profondément modelé par la modernité. Ce caractère moderne est visible d’emblée dans le communisme soviétique. Porté par l’optimisme radical de la théorie du progrès et par l’idée qu’il est possible de créer un homme nouveau qui règnera sur un monde transformé tel qu’il doit l’être, celui-ci adhère en effet pleinement au rationalisme et au scientisme des Lumières. On y retrouve l’affirmation prométhéenne qu’il n’y a pas de nature humaine, que le monde n’est qu’un objet de l’homme et que la terre entière peut être soumise au règne de la raison. La collectivisation, avec son corollaire obligé d’industrialisation, est elle-même éminemment moderne : la dékoulakisation vise avant tout à contraindre une classe paysanne « archaïque »à accepter les principes de la modernité. 

Mais cette modernité est également présente dans le nazisme […]. Derrière un archaïsme de façade et une idéologie officielle qui n’a d’ailleurs jamais été véritablement unifiée, le régime hitlérien s’est largement employé à parfaire la modernisation de l’Allemagne. Il a, comme le communisme, importé massivement les méthodes du taylorisme et du fordisme – la différence étant que l’URSS n’est jamais sortie de la pénurie, tandis que la société allemande a déjà connu sous le IIIè Reich un début de consommation de masse –, rationalisé la production, donné à la technique une place de premier rang, favorisé le développement des grandes villes. Il se réclamait d’une mystique de «  la terre et du sang », mais il a largement contribué à liquider la paysannerie allemande. Il chantait les vertus de la femme au foyer, mais il l’a mise massivement au travail. 

L’Ecole de Francfort n’avait pas tort, de ce point de vue, de considérer que le nazisme n’aurait pas été possible sans le rationalisme des Lumières, qu’il prétendait pourtant combattre. La prééminence de la technique, la domination toujours plus grande du monde par l’homme et le règne de la subjectivité bourgeoise constituent selon T. Adorno et M. Horkheimer, un ensemble indissociable de la compréhension du système concentrationnaire. Le totalitarisme ne peut en effet apparaître que lorsque la connaissance a été identifiée à la « calculabilité du monde » et qu’on été supprimées toutes les structures « opaques » qui faisaient auparavant obstacle à la marche irrésistible vers la maîtrise totale. Dès 1939, Horkheimer écrivait que « l’ordre né en 1789 comme une route vers le progrès portait avec lui la tendance au nazisme ». Il ajoutait que le nazisme « est la vérité de la société moderne » et que le combattre « en référence à la pensée libérale revient à s’appuyer sur ce qui lui a permis de l’emporter ». 

III. Aujourd'hui. 

        Le marché, la technique et la communication affirment aujourd’hui, avec d’autres méthodes, ce que les Etats, les idéologies et les armées affirmaient hier : la légitimité de la domination complète du monde. La fantasme de transparence et la maîtrise totale à l’œuvre dans les systèmes totalitaires est lui aussi toujours là. La société libérale continue à réduire l’homme à l’état d’objet en réifiant les rapports sociaux, en transformant les citoyens-consommateurs en esclaves de la marchandise, en ramenant toute valeur aux critères de l’utilité marchande. L’économique a repris aujourd’hui la prétention du politique à détenir la vérité ultime sur les affaires humaines. 

On constate aussi que, dans les sociétés libérales, la normalisation n’a pas disparu, mais changé de forme. La censure par le marché a remplacé la censure politique. Les dissidents ne sont plus déportés ni fusillés, mais marginalisés, maintenus à l’écart ou réduits au silence. La publicité a relayé la propagande, et le conformisme prend la forme de la pensée unique. « L’égalisation des conditions » dont Tocqueville craignait qu’elle ne fasse surgir un nouveau despotisme, engendre mécaniquement la standardisation des goûts, des sentiments, des mœurs. Les habitudes de consommation façonnent de manière de plus en plus uniforme les comportements sociaux. Les modes de vies singuliers disparaissent peu à peu. 

A. de Benoist, Communisme et nazisme. 25 réflexions sur le totalitarisme, Paris, Le Labyrinthe, 1998, pp. 117-122 et 139.

00:23 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Bien vu.

Écrit par : thomasson | 23/02/2011

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