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23/07/2011

Hélas, c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« L’expérience de 1914 ne vous a pas suffi ? Celle de 1940 ne vous servira d’ailleurs pas davantage. (…) Trente, soixante, cent millions de morts ne vous détourneraient pas de votre idée fixe : "Aller plus vite, par n’importe quel moyen." Aller vite ? Mais aller où ? (…) Oh ! dans la prochaine inévitable guerre, les tanks lance-flammes pourront cracher leur jet à deux mille mètres au lieu de cinquante, le visage de vos fils bouillir instantanément et leurs yeux sauter hors de l’orbite, chiens que vous êtes ! La paix venue, vous recommencerez à vous féliciter du progrès mécanique. Paris-Marseille en un quart d’heure, c’est formidable ! Car vos fils et vos filles peuvent crever, le grand problème à résoudre sera toujours de transporter vos viandes à la vitesse de l’éclair. Que fuyez-vous donc, imbéciles ? Hélas, c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes — chacun de vous se fuit soi-même, comme s’il espérait courir assez vite pour sortir enfin de sa gaine de peau... »

Georges Bernanos, La France contre les Robots

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (16) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Mouais... Je suis de moins en moins convaincu par Bernanos (l'essayiste) et encore moins par cette phrase.

Aller de Paris à Marseille en toujours moins de temps? Une façon d'aller toujours plus à l'ouest, pour l'homme occidental, de continuer à explorer, à chercher.

Quand qui chercherais toujours à se fuire... Je trouve cette rélexion puiérire, superficielle. Cette manière de se réclamer de faàon incantatoire à "l"intériorité", je trouve ça intellectuellement très faible.

Il y aurait l'homme retiré dans sa chambre, la tête dans les mains qui deviendrait de facto profond, riche intérieurement, c'est si simple que ça, c'est juste une question de pose?

L'homme de la vitesse et du mouvement serait lui par définition superficiel, Bernanos a plié ça en deux phrases et il n'y aurait plus à y penser?

Perso, j'attends en peu plus d'un penseur que ce genre de sophisme forgé à toute vitesse, justement.

Benrnanos aurait dû se contenter de faire ce pourquoi il était doué, c'est à dire des romans.

Écrit par : xp | 23/07/2011

Je suis bien d'accord avec toi, XP, seulement là n'est pas le propos.

J'ai même envie de dire que pour bien aller à l'Ouest il faut un sens de l'intériorité évident.

Tu dois le savoir, on pousse le vibrant "Eurêka" au moment où on ne s'y attend guère. Pourquoi ? Parce que l'esprit est à son affaire et non perturbé par la déconnade extérieur.

Les plus grands scientifiques, les inventeurs, même athées (ou se disant tels) avaient un sens profond de la méditation .

Je ne pense pas, sincèrement, que Bernanos, le conducteur de moto et amateur de vitesse, tienne ces propos dans le sens que tu y devines. Je suis persuadé qu'il a tout simplement compris que ce que l'on gagne d'un côté, on le perd de l'autre. Les personnes intelligentes savent compenser. Et compenser est vital. Il faut savoir se réserver des instants de silence, de calme, afin d'être avec soi-même... et avec Dieu... et apprendre, surtout, à se supporter... or, les gens, du moins la multitude, ne s'inquiète guère de ces menus détails qui ont toute leur importance. Et, comme me le disait au temps jadis mon ex-chanteur au sein de VENICE (lorsque nous faisions les arrangements de nos chansons et paraphrasant un célèbre chef d'orchestre de grand ensemble symphonique dont j'ai oublié le nom) : la Vérité est dans les détails... la Vérité est dans les nuances. Et pour y avoir accès il faut cesser de courir et prendre le soin d'explorer ses territoires intérieurs en nomade. C'est même là qu'est le vrai nomadisme et c'est, précisément celui de l'Homme Occidental, le seul qui ait su concilier ce nomadisme intérieur avec, ce que tu appelles "la route vers l'Ouest". Les autres peuples étant soit dans l'intériorité sèche, soit dans l'oralité limitée ou soit dans la soumission à la Lettre. Cela peut donner des extases poétiques, un sens dense de la mémoire ou un ordre social sans fioritures... mais force est de reconnaître que cela ne peut emmener sur MARS.

L'Homme Occidental, s'il veut demeurer ce qu'il est, se doit de d'apprendre à devenir un prêtre cosmonaute. ^^
Tu as dû lire Dantec. ;-)
Sinon il deviendra esclave de la technique... (voir Heidegger)... ^^Et ne vivra plus que dans un Gigantesque Camp qui aura l'apparence d'un parc d'attraction plein de vie et ne sera qu'un parc de répulsion plein de mort.

Écrit par : Nebo | 23/07/2011

C'est tout à fait ça . Bernanos n'a simplement pas intégré , comme nombre des ses comptemporains , que la technnique n'est pas seulement mécanique , mais quasi-biologique , qu'elle ne vise pas à remplacer l'homme , mais est son prolongement .
Pour rester dans le train et la technnique , le mot de Thoreau est bien plus sain , le retour à une forme de simplicité ou une utilisation bien comprise de ce que le monde nous offre va bien au-delà d'une simple critique de la modernité .
Bernanos est à ce titre très décevant .

Écrit par : Prolo de la Lite | 23/07/2011

Encore une fois, je ne le trouve aucunement décevant pour ma part... mais je trouve qu'il fait une bonne mise en garde. Et je ne serais pas surpris que ce genre d'intuition lui soit venue alors qu'il dévorait des routes de campagne (!!!) à toute berzingue (!!!) sur sa moto (!!!). La Technique peut être une prolongation de l'Homme... mais elle peut être, aussi, sa fin. C'est tout le propos d'un Dantec... et, avant lui, d'un Heidegger et d'un Bernanos.

http://img11.imageshack.us/img11/8184/94998789.jpg

Écrit par : Nebo | 23/07/2011

Il est indéniable que ce que nous avons gagné en avancée technologique, nous l'avons perdu en spiritualité et en méditation, chaque jour qui passe l'atteste. La technique devrait nous permettre d'avoir plus de temps à consacrer au recueillement,au lieu de ça nous le consacrons à la course, la précipitation,la fuite en avant.

Longtemps que je n'étais pas venu vous voir, heureuse que vous soyez toujours là. J'ai de la lecture à rattraper.

Écrit par : Claire | 26/07/2011

Je suis hors sujet mais le Japon un taux tres faible d immigration préfère miser sur la robotique je ne pense pas que le pays fuit quelque chose?????? Fuire la modernité c'est fuire "son"temps, et dieu dans cela ? Comme dirait nietzsche "dieu est mort" et le temps je le préfère lire dans un TGV a 300klm/h que passer 8 heures dans une micheline et le temps je l ai gagne avec le lave vaisselle, linge, etc , les femmes comprendrons et la méditation? Nous sommes a 35 heures contrairement a une certaine epoque, que faite vous le reste du temps? moi et bien je médite (désole il manque des accents c est la faute a la modernité j écrit sur un iPad)

Écrit par : Laurent | 26/07/2011

@Claire

"Il est indéniable que ce que nous avons gagné en avancée technologique, nous l'avons perdu en spiritualité et en méditation"

Pardonnez-moi, mais votre affirmation est totalement gratuite et me semble relever d'une reconstruction mythique du passé.

Gr)ace à la modernité et la technique, du temps pour la méditation et la lecture, vous en avez, beaucoup, comme moi, comme vos voisins, vos amis, votre famille? et infiniment plus que vos grands-parents...

Vous avez le pouvoir d'en faire ce que vous voulez, de ce temps... Et nous touchons au coeur du problème... Vous ne voulez pas de cette liberté, vous ne voulez pas que l'on vous laisse en face de vous-même. Vous voulez que l'on règle d'en haut cette histoire de spiritualité, que l'on assigne d'en haut une place à la méditation et la spiritualité, parce que dans le fond, vous n'aimez pas vous poser ce genre de question.

Moi, je pense que notre époque est profondément spirituelle, mais que la spiritualité n'y prend pas la forme à laquelle on était habituée, la place où elle était assignée. Et c'est bien cette incertitude qui rend notre époque passionnante et...spirituelle...

Écrit par : XP | 26/07/2011

XP, je suis entièrement d'accord avec vous, mais je parle du plus grand nombre. Les gens jadis se contentaient d'être,comment dites-vous déjà sur ilys? des "gardiens de vaches"? Oui c'est ça. Cela leur convenait. Aujourd'hui,la modernité les a transformés en "gardien de vaches diplômés" ce qui en matière de spiritualité est assez misérable. Mais cher XP,je suis en phase avec votre opinion, et notez, si vous êtes galant, que ce que vous dites est déjà compris dans mon postulat.Il appartient à chacun de prendre ses responsabilités et sûrement avons-nous beaucoup à apprendre de notre ère technologique. Nous ne savons pas en épouser le rythme.Quand je dis "nous" je parle de tout le monde, everybody, en nous y incluant aussi,même si je sais bien qu'il y aura toujours des personnes pour apprendre à distinguer et à faire le tri ce qui est un impératif de chaque époque pour tout esprit supérieur dont je ne doute pas vosu faites partie puisque vous appartenez à un blog d'élite. J'y suis silencieuse,par chez vous,mais je vous lis. :)

Je ne veux pas me mettre à contre-courant de ce que vous soutenez, ni vous ni Laurent,mais je suis assez d'accord avec nébo lorsqu'il soutient que plus qu'une condamnation Bernanos met en garde. J'ai lu sa France contre les robots il y a longtemps et je n'ai pas souvenir qu'il ait été dans du réactionnariat (ça se dit?) basique et "moisi" :)
Déjà que ses anciens amis lui ont tourné le dos en raison de ses positions anti-franquistes, je pense qu'il cherche à préserver un "acquis" plutôt que de s'en remettre à l'antienne qu'"avant c'était mieux".

Mes pensées les meilleures mais je m'en retourne à quelque chose d'autrement plus sérieux que nos sympathiques bavardages : mon époux, mes enfants et nos vacances.

Bien à voius et au plaisir de vous lire, mais bien plus tard.

Écrit par : Claire | 26/07/2011

Bonne vacance à vous et à votre petite famille!

Je vous répondrais poi aussi un peu plus tard.

Écrit par : XP | 26/07/2011

Le problème de la technique dépasse de beaucoup celui du temps que Bernanos emblématise pour les besoins de ce grand livre qu'est "La France contre les robots".Si il existe une spiritualité, une essence de l'occident, elle est chez Bernanos. Il faut lire le livre intégralement pour comprendre à quoi tend son propos. Lorsqu'il explique que le type qui se contente de larguer une bombe qui tue des dizaines, voire des centaines de milliers de gens si on prend Hiroshima et ses retombées, quand il écrit de sa plume splendide que cet individu qui rentrera chez lui l'âme en paix dormir au près de sa petit famille n'a plus rien à voir avec un Bayard ou même le pire des soudards qui égorgeait ses ennemis de face, la gueule dans la fange et l'abjection, Bernanos pointe simplement le changement de paradigme qui a placé la barre de la barbarie très au dessus de ce qu'on a connu. Ou plus exactement l'écrivain tente de fixer les traits de la nouvelle barbarie; - il faudrait dire : de cela qui a changé l'essence même de la barbarie,de l'incarnation nouvelle de cette celle-ci. Le discours de Bernanos est à replacer dans un ensemble qui prend ses racines déjà chez Baudelaire dans sa haine de l'utile prêt à sacrifier tout le reste, un utile qui se prend pour le seul sujet du monde, et qu'on retrouve chez un Bloy ou un d'Aurevilly. Il ne faut précisément pas se fuir si on veut rester digne de la famille d'esprit qui est le sel de l'occident. Si Hanna Arendt dans « Conditions de l'homme moderne»se pose des questions semblables à celle de cet analyste de nos aliénations qu'est Gunther Anders, si ces gens posent des problématiques dans lesquelles le questionnement bernanosien s'intègre parfaitement, c'est bien parce qu'ici est creusé ce qui est un risque énorme pour l'Homme (qui a toujours vécu en concubinage avec le risque, nous sommes d'accord. Raison de plus pour ne pas fuir le visage d'un risque qui est peut-être plus grave pour l'essence de l'Homme que tous ceux qu'il a rencontrés sur le chemin de sa quête sans fin)). Ici il y a un nom que Nebo a déjà inscrit dans le débat et qui s'impose car il a fouillé plus qu'aucuns la question de la technique et c'est évidemment d'Heidegger qu'il s'agit. Ce serait mal le connaître que de croire qu'Heidegger est« contre la technique ». Si l'Etre tend çà disparaître,s'il se voile de plus en plus, c'est là de toute manière un phénomène qui a commencé dès qu'on a voulu « dépasser » le message des pré-socratiques.
Cela n'empêche pas qu'il y accélération de la mise en place de ce que Balzac, appelait la « médiocratie », une mise en place corrélée au développement de la technique comme unique mode d'être au monde pour un nombre toujours grandissant de contemporains. J'ai cité ailleurs Philip Roth nous disant dans son dernier livre que « "Nous les gens qui lisons et qui écrivons nous sommes finis, nous sommes des fantômes qui assistons à la fin de l'ère littéraire.", un fait qu'il relie directement à la prolifération technologique du monde. Il est fort intéressant de lire que là où Roth parle de fin de l'ère littéraire, Heidegger parle de fin de la philosophie :
« La philosophie devient science de l’homme, science fondée sur l’expérience de tout cequi peut, pour l’homme, devenir l’objet de sa technique, par laquelle il s’installe dans le monde en l’élaborant selon les modes multiples des fabrications qui le façonnent. Tout
cela s’accomplit partout sur la base et selon les normes de la mise en exploitation scientifique de tous les secteurs de l’étant. Il n’est pas besoin d’être prophète pour
reconnaître que les sciences modernes dans leur travail d’installation ne vont pas tarder à être déterminées et pilotées par la nouvelle science de base, la cybernétique.
Cette science correspond à la détermination de l’hommecomme être dont l’essence est
l’activité en milieu social. Elle est en effet la théorie qui a pour objet la prise en main de la planification possible et de l’organisation du travail humain. La cybernétique
transforme le langage en moyen d’échanges de message,et avec lui, les arts en instruments eux-mêmes actionnés à des fins d’information. »(Question IV)


PS (ou "Sorte" de post-scriptum)
Je devrais m'arrêter là, le texte parle suffisamment. De plus je m’apprête à citer un texte claire mais dense. On peut donc lire en deux temps, si le sujet intéresse,(avant Ps, après) peut-être même le devrait-on. Mais après tout, Nebo nous a appris à lire de longs textes. S'il ne s'agissait que de ma prose, je n'aurai pas ces réticences. Mais du Heiddy! Bon...
Je ne résiste donc pas à joindre une autre analyse Heidegerienne, qui relie la technique au règne du "On", car les deux sont indissociables. Le nombre est le fidèle compagnon de la technologisation d'un monde qui l'exige pour gérer les grands nombres qui forment désormais le visage de l'humanité, l' être de l'Homme tel qu'il se représente, ce qui n'est pas sans mettre en danger la qualité. Car croire qu'on pourra garder une qualité digne du passé qui a donné Strauss, Kafka et Blok, une qualité qui puisse survivre et atteindre les hommes capables de l'apprécier dans un monde régit par le paradigme de l'utile, c'est à mon sens tomber dans l'angélisme total. Le vide en musique, sculpture, peinture, littérature (celle de la taille d'un Tosltoi ou d'un T.Mann) depuis près de 50 ans et plus me semble le prouver.

Ce que dit Bernanos, c'est que l'homme cesse d'être une âme avec sa singularité pour devenir simple reflet mimétique de l'autre -et c'est ça qu'il cherche à fuir, dans une fuite qui n'est que la signature du mensonge dont il déguise cette mutation de son être. Là encore donc, on retrouve les analyses d'Heidegger portant sur le « On »:

« On a déjà montré précédemment, comment, dans le monde ambiant prochain, le « monde ambiant » public, l’entourage est à chaque fois déjà à-portée-de-la-main et fait partie intégrante de la préoccupation. Dans l’utilisation de moyens de transports publics, dans
l’emploi de l’information (journal), tout autre ressemble à l’autre. Cet être-l’un-avec-l’autre dissout totalement le Dasein propre dans le mode d’être « des autres », de telle sorte que les autres s’évanouissent encore davantage quant à leur différenciation et leur particularité
expresse. C’est dans cette non-imposition et cette im-perceptibilité que le On déploie sa véritable dictature. Nous nous réjouissons comme on se réjouit ; nous lisons, nous voyons et nous jugeons de la littérature et de l’art comme on voit et juge ; plus encore nous nous
séparons de la « masse » comme on s’en sépare ; nous nous « indignons » de ce dont on s’indigne. Le On, qui n’est rien de déterminé, le On que tous sont — non pas cependant en tant que somme — prescrit le mode d’être de la quotidienneté. Le On a lui-même des guises d’être propres. La tendance de l’être-avec que nous avons
nommée le distancement se fonde sur ceci que l’être-l’un-avec-l’autre comme tel se préoccupe de la médiocrité. Celle-ci est un caractère existential du On. C’est d’elle qu’il y va essentiellement pour le On en son être, et c’est pourquoi il se tient facticement dans la
médiocrité de ce qui « va », de ce qui est reçu ou non, de ce à quoi on accorde le succès et de
ce à quoi on le refuse. Cette médiocrité dans la pré-esquisse de ce qui peut et a le droit d’être
risqué veille sur toute exception qui pourrait surgir. Toute primauté est silencieusement empêchée. Tout ce qui est original est aussitôt aplati en passant pour bien connu depuis longtemps. Tout ce qui a été conquis de haute lutte devient objet d’échange. Tout secret perd
sa force. Le souci pour la médiocrité dévoile à nouveau une tendance essentielle du Dasein, que nous appelons le nivellement de toutes les possibilités d’être."

(Être et temps, Chapitre trois,§ 26. L’être-Là-avec des autres et l’être-avec quotidien. § 126-127)

Écrit par : Restif | 28/07/2011

Voilà, merci Restif, pointu. Ce que la modernité nous a apporté sur le plan des réalisations technologiques est un confort et une capacité de sérénité indéniables qui peuvent nous dégager du temps pour nous consacrer à nous-mêmes. Je ne conteste pas que des personnes comme Restif, XP ou Nebo soient aptes à y trouver leurs voies respectives, mais force est de reconnaître que la large majorité des gens n'appliquent pas des principes de cet ordre dans leur vie quotidienne, préférant se consacrer à une ivresse consumériste et "festive" qu'a très bien su appréhender Muray par exemple. Je ne cherche pas à remettre en cause le libéralisme en tant que système capable de pousser des personnes d'entreprendre librement, de créer et d'avancer ("vers l'ouest" puisque c'est une récurence chez les ilysiens et chez Nebo), je remet en cause ce que notre sainte Bible remet en question également, à savoir : la consécration d'un être désincarné (tout le contraire de l'incarnation et je commence à comprendre, que maintenant, pourquoi ce blog se nomme ainsi) et l'adoration du veau d'or.

Écrit par : Claire | 29/07/2011

La large majorité des gens ne se consacre qu'à la festivité et l'agitation consumériste ?

Tant mieux.

Il faut bien que les moissons du Seigneur en cours se fassent. Il importe juste d'adopter une position qui aille à contre courant, de refuser de recevoir le "chiffre de la bête" et, peut-être, au passage emporterons-nous l'adhésion de quelques brebis égarées ? Qui sait ? Dieu seul. Car vaste est le chemin de la perdition et étroit et escarpé le chemin de la Rédemption. Au sein de la multitude, très peu de gens seront sauvés, très peu... si bien que Dieu, qui ne le sait que trop bien, retarde toujours l'heure de son intervention ici-bas afin que le plus grand nombre possible soit sauvé devant sa Sainte Face. Mais même lui (car il est un Dieu de Justice) ne pourra retarder son heure éternellement... il sait qu'il a des comptes à rendre du point de vue juridique à l'Assemblée des Anges qui le louent nuits et jours... il doit donner l'exemple, montrer l'équilibre, être dur autant que doux, faire preuve de rectitude, afin que le Diable (qui passe son temps à le tancer de face) ne puisse pas semer le doute au sein de la noble Assemblée (songez à l'introduction de Job) et entraîner (qui sait ?) encore quelques anges à sa suite !

Satan est Prince de ce monde et cette planète est le monde de ce Prince, ça n'est pas moi qui le dit, c'est la Bible... donc c'est bien lui qui mène les affaires ici-bas... même au sein du Libéralisme. Le Libéralisme n'est qu'un Logiciel, pour moi, comme la République, la Monarchie... ou ce que vous voulez... un logiciel ça se remet à jour quand c'est nécessaire... ;-) ... En tant que tel, ce logiciel n'est ni à jeter ni à louer, juste à être utilisé selon une éthique.

La seule et unique chose que l'homme de bonne volonté puisse se targuer de faire c'est de traverser ce monde-ci sans en épouser aucunement l'Esprit.

Enfin... je dis ça... je dis rien. ^^

Écrit par : Nebo | 29/07/2011

@Claire

"force est de reconnaître que la large majorité des gens n'appliquent pas des principes de cet ordre dans leur vie quotidienne, préférant se consacrer à une ivresse consumériste et "festive"

L'homme masse s'adonne aux plaisirs d'homme masse, et c'est très bien comme ça.... Enfin hélàs, il ne le fait plus assez, justement. Maintenant, il se met en tête de lire Proust et Montaigne et d'aller dans les musées, alors qu'il est fait pour le consumèrisme.... C'est ça un GVD.

Moi je trouve que du consumèrime et de la consommation, il n'y en a pas asser. On ne vide pas assez le cerveau des masses pour leur vendre du coca-cola, alors que c'est le meilleur antidote au bourrage de crane.

Moi, je trouve très sain que la populace soit devant le football et la télé-réalité. C'est la seule manière pour qu'elle ne soit pas devant Edwy Plenel et qu"'elle traine dans les musées. C'est une des grandes vertus du libéralisme, ça.

Écrit par : XP | 29/07/2011

@Restif

Le problème, c'est qu'on ne peut pas vouloir une chose et son contraire.
En l'occurence, la fin de la phiolosophie et de la littérature n'est pas dû au fait que l'on s'y intéresse de moins en moins, mais au contraire que l'lon s'y intéresse de plus en plus, que l'homo faber a colonisé ces domaines pour en faire une chose à son image.
On ne peut pas en même temps déplorer la disparition de la philosophie et de la littérature et déplorer que le peuple préfère s'adonner au consumèrisme. C'est parfaitement stupide (je ne parle pas de toi, j'évoque un discours général).
De nos jours, beaucoup trop de gens lisent des livres qui ne sont pas pour eux, font des études qui se sont pas pour eux.

Écrit par : XP | 29/07/2011

D'un mot: le GVD, c'est l'homme de masse qui ne se cantonne pas au consumèrisme. Qui pense que la "culture" est faite pour tous. Et pour lui.

Écrit par : XP | 29/07/2011

Je n'ai guère de temps là cher XP pour écrire un com fouillé en réponse à ce que tu dis avec une telle promptitude, mais qu'importe: il me semble que tu ne réponds pas à ce que j'ai dit, aux textes cités, et que tu fais entrer en corrélation des choses qui sont en proportion ce qu'est une goutte d'eau au Niagara.

Le texte d'Heidegger date de 1929, ce n'est certes pas l'époque du règne de ce que tu nommes le GVD. Pas plus lorsque Baudelaire -en 1860 hein! - maudit l'utile et la notion même - « satanique »  écrit-il-, de progrès, ou bien que Bloy déclare haut et fort sa haine de la technique au point de refuser de prendre l'ascenseur. Léautaud partagera ce rejet. Pour en revenir à un auteur d'aujourd'hui , Philip Roth pense, lui, au contraire de toi, que les gens lisent de moins en moins,( les chiffres de vente tendent à lui donner pleinement raison) tu vois qu'il n'est donc effectivement nullement comme toi un adepte du concept de la royauté du GVD et je le rejoins fortement sur ce point. Pour Roth, il '"n'y a pas 2000 vrais lecteurs" aux USA. On est loin des masses envahissantes que tu nous décrit. D'ailleurs,il y avait déjà des centaines de milliers de lecteurs à l'époque de Zola tu sais, et Baudelaire moquait les poètes ouvriers, les faux créateurs dont l'archétype est Hégésipe Moreau. Le GVD ne date pas d'aujourd'hui. Le problème n'est de toutes façons pas là. Aucun GVD ne lit de réelle littérature, jamais tu ne les vois citer le T.Mann du Docteur Faustus, des Histoires de Jacob (son immense tétralogie) ou Boulgakov, Byelli, le Joyce d'Ulysse ou Léopardi, et il y en aurait bien d'autres à nommer. Tiens, tu as jamais vu un GVD citer le Journal de Stendhal ou celui de Kafka, si splendide, sans doute sa plus grande œuvre? Ou Le Livre de l'intranquilité de Bernardo Soares- Pessoa? Ces livres-là, jamais il ne les commentent, les citent, jamais il ne les lisent. Ils se contentent de Houellebecq ou de Dantec, de Soral ou Zemmour, de trucs faciles à lire (ce n'est pas un défaut; il faut du talent pour se faire lire aisément. Mais Houellebecq ou Dantec ce n'est pas le Dostoïevski des Karamazov ou Faulkner. J'ajoute que le vrai GVD a recours à des articles simplificateurs qui lui permettent de faire semblant d'avoir lu Gadamer ou Ricoeur ou d'autres auteurs de grand calibre - mon œil! Suffit de commencer à leur en parler un peu en détail, ils fuient derrière une excuse.).

Bref, ce que j'entends exprimer c'est que tu ne peux pas réduire le paradigme identifié par Heidegger à la présence de ce que tu appelles les GVD. C'est du jivarotisme intellectuel, de la reductio ad GVD. En aucune manière ça n'explique ce qu'analyse Heidegger, Anders, Arendt et d'autres. C'est comme si tu essayais d'expliquer le mysticisme d'un Tauler ou d'un Maître Eckhart à partir de la bigote ou du catholique-seulement-le-dimanche, ce n'est tout simplement pas à la hauteur des enjeux de la réflexion. Tout ce que tu dis là n'est en aucuns cas une réponse aux analyses d'Etre et temps. Pas plus qu'aux citations que j'en ai fais. Là tu te replies sur certains des petits monstres favoris de ta ménagerie, monstres nains qui n'expliquent en rien que la question de la technique habite Heidegger dès 1920 (faut le temps de rédiger la thèse !).
Tu ne semble pas du tout comprendre (ou plutôt vouloir comprendre) qu'il ne s'agit ici aucunement de TFI & allia qui n'est que l'amphithéâtre romain de notre époque, les habits modernes de l'antique compulsion humaine à la distraction. Le médium télé n'est pas le diable, et on dirait dans ta réponse que tu réduis toute l'analyse heidegerienne de la gestalt contemporaine à 1) la TV 2) les GVD. C'est un peu court jeune homme ! (et là c'est la litote de l'année!). Tu ne réponds en rien à ce qui est dit sur l'élimination de la qualités -chose pensée avant même l'apparition de la télé voire celle des GVD chères à ton cœur telle que tu les place toujours dans la contemporaneité en tous cas. Je pourrai ajouter que Flaubert (il n'est que de lire sa Correspondance) s'inscrit dans une même pensée et analyse que celles de Baudelaire puis Bloy et j'en passe, là où par contre un Hugo , lui , (s'inscrivant par là dans le paradigme pro-teknos avec Michelet G.Sand, le socialiste Pierre Leroux et bien d'autres) chante l'arrivée du moteur à vapeur sur les bateaux -Cf le moteur de La Deruchette in « Les travailleurs de la mer », --, roman où il insiste énormément sur ce moteur qui est le signe de l'avancée de l'Histoire, c'est pour lui le symbole même du progrès, (il l'écrit) de 93 etc. Cela va directement dans son idéologie du progrès bon en soi, de sa défense de 93 « coup de foudre de Dieu », de son idéologie : « une école de construite c'est une prison en moins ».De facto, si tu t'inscris contre la parole bernanosienne qui n'est qu'une reprise d'un questionnement inquiet ayant surgi au 19ème et même, on peut le dire,dès Rousseau, tu te retrouves dans le camp de Hugo (ce qui est un comble pour toi^^) -lequel n'aimait pas du tout Rousseau – un Hugo qui n'aurai pas répondu autre chose au texte cité par Nebo que « Bernanos, tous ces gens, n'ont pas confiance dans l'Homme,dans le progrès". Ce n'est pas pour rien qu'on a vu dans Rousseau, l'anti progressiste, le premier soldat du combat contre le progrès conçu par ses sectateurs comme pierre philosophale propre à changer en bon or laïque, démocratique, progressiste -dans tous les sens de ce mot- le vil plomb de ce qui n'est aux yeux d'Hugo qu'arriération. Arriération de gens comme Balzac ,Flaubert et Baudelaire qui eux voyaient (avec le Tocqueville de la « Deuxième démocratie ») se profiler un monde où triompherait l'utile aux dépends de toutes valeurs s'il le fallait (car l'utile dans ses incarnations multiples dont technologiques ne désire pas araser les valeurs, mais si quoi que ce soit entrave sa route, il l'élimine , comme dit Hegel « Si la petite fleur bleue gène le passage du char de l'Histoire, tant pis pour la petite fleur bleue »). Je n'insisterai jamais assez sur la nécessité de relire la « Deuxième Démocratie », dans l'excellente édition de Françoise Mélonio en Bouquins. Et Tocqueville n'est pas qu'un penseur du politique et de son inscription dans l'histoire, c'est également un écrivain de tout premier plan. Si on ne m'en croit pas sur paroles ou qu'on désire approfondir cet aspect de ce penseur fondamental et à ce jour inégalé, il n'est que de lire Laurence le Guellec, Tocqueville et les langages de la démocratie, H.Champion, coll « romantisme et modernité ».

Je ne puis croire un seul instant que toi, XP, tu puisses être si peu que ce soit de cette famille d'esprit qui n'arrivent pas à concevoir qu'on produise un discours objectif (qui cherche à l'être dans les limites humaines disons; mais Dieu sait que je me surveille!), que tu ais un globule de ce sang appauvri qui coule dans les veines de ces gens pour qui toute parole est forcément défense d'une idéologie personnelle. Ce que j'écris, les citations que je donne pour éclaircir ma pensée, l'étoffer et prouver que les questions induites par celle-ci ont un lignage qui la dépasse de beaucoup, tout cela n'est pas l'expression d'un engagement quelconque mais le produit d'une analyse personnelle qu'on a le droit de trouver fausse, mais dans ce cas il faut réfuter ce sur quoi je m'appuie. En tous cas, je questionne le réel et je ne cherche nullement -tu le sais bien, on se connait assez quand même ! – à remporter je ne sais quelle victoire. Pris moi-même dans les paradoxes de la modernité -je bénis Skype tout en me défiant de l'omniprésence et bientôt omnipotence de la technique – je trifouille les idées et les textes, je sonde mes propres interrogations et pratiques et ce que j'écris est le produit -toujours susceptible d'évoluer- du lieu où m'a mené mon chemin. J'ai voulu finir ce com trop court pour ce qu'il a à dire (si,si!) par cette citation d'Ortega y Gasset (dont la parole tout à fait s'inscrit dans ce qu'énonce Bernanos), citation qui me semble bien placer le débat dans l'atmosphère sereine qui doit être la sienne -et que nous n'avons pas quitté^^. Il m'apparait que ce texte, s'il ne saurait répondre à toute la problématique de la technique pas plus qu'à celle du « On » qui lui est liée et qui est capitale, à pour lui ce grand atout de replacer notre réflexion dans le long temps de l'humanité. Il permet de prendre un certain recul. Il montre combien sont inhérents à la nature de l'Homme, à son histoire, les défis que son Génie l'a amené et l'amènera encore et toujours à rencontrer -reste qu'on ne peut présumer de la gravité, ni de la victoire.

"La confusion est inhérente à toute époque de crise. Car, en définitive, ce qu'on appelle "crise" n'est que le fait pour l'homme de passer d'une existence attachée à certaines choses et appuyée sur elles à une existence attachée à d'autres choses sur lesquelles elle s'appuie. Le passage consiste donc en deux rudes opérations : d'une part, se détacher de la source où s'alimentait la vie -n'oublions pas notre vie vit toujours grâce a une interprétation de l'Univers d'autre part ' se mettre en mesure de s'attacher à une nouvelle source de vie, c'est-à-dire s'accoutumer progressivement à une autre perspective vitale, s'habituer à considérer d'autres choses et à s'en remettre à elles. ( .. ) Et ce n'est pas parce que le fait s'est répété plus d'une fois dans l'histoire que notre surprise s'atténuera en voyant l'homme contraint périodiquement de secouer sa propre culture et de s'en dépouiller." (cité par Charles Cascalès, ‘L’humanisme d’Ortega y Gasset’, PUF,1957 )
cite

Écrit par : Restif | 29/07/2011

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