04/05/2013
Love
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Décadence
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« A notre époque, tout repose sur la prémisse qu’il vaut mieux vivre aussi longtemps que possible. Jamais dans l’histoire, l’espérance de vie n’a été aussi longue et devant nous se déroule la monotonie des perspectives que l’on offre à l’humanité. L’idéologie du foyer individuel n’enthousiasme le jeune qu’aussi longtemps qu’il se démène pour se trouver un petit nid à soi. Sitôt trouvé, l’avenir ne lui propose plus rien – sinon de faire cliqueter son boulier à mesure qu’il amasse l’argent de sa retraite, puis la paix, l’ennui et la décrépitude de la vieillesse. Telle est l’image qui accompagne dans l’ombre l’Etat-providence et qui menace le cœur de l’espère humaine. Dans les pays scandinaves, le besoin de travailler a dès à présent disparu et assurer la subsistance de ses vieux jours n’est plus un sujet d’inquiétude ; accablés d’ennui et d’amertume à ne s’entendre demander par la société rien d’autre que de « se reposer », un nombre extraordinaire de vieillards se suicident. Et en Angleterre, devenue après la guerre le modèle idéal en matière d’assistance, le désir de travailler s’est perdu et s’en sont suivis le déclin et la décrépitude de l’industrie. »
Yukio Mishima, Le Japon moderne et l'éthique samouraï (Arcades Gallimard, p.32)

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Une rage contre cette existence en demi-teinte, plate, uniforme et stérile
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« Je sens brûler en moi un désir sauvage d'éprouver des sentiments intenses, des sensations ; une rage contre cette existence en demi-teinte, plate, uniforme et stérile ; une envie furieuse de détruire quelque chose, un grand magasin, par exemple, une cathédrale, ou moi-même ; une envie de commettre des actes absurdes et téméraires, d'arracher leur perruque à quelques idoles vénérées, de munir deux ou trois écoliers rebelles du billet tellement désiré qui leur permettrait de partir pour Hambourg, de séduire une petite jeune fille ou de tordre le cou à quelques représentants de l'ordre bourgeois. Car rien ne m'inspire un sentiment plus vif de haine, d'horreur et d'exécration que ce contentement, cette bonne santé, ce bien-être, cet optimisme irréprochable du bourgeois, cette volonté de faire prospérer généreusement le médiocre, le normal, le passable. »
Hermann Hesse, Le Loup des steppes
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Au vrai, le monde avait commencé par ma souffrance
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« Et un autre jour, tout à coup, le mot, le nom : “souffrance”. C’était là, deux syllabes qui contenaient tout, ramassaient tout, expliquaient tout. Je souffrais. Ce que je vivais, depuis toujours, cela s’appelait “la souffrance”. L’unique axe tendu de tous mes jours, cette lame à blanc d’un bout à l’autre, cette atrocité coite de toute mon histoire et de toute ma surface, c’était cela : la souffrance.
Au vrai, le monde avait commencé par ma souffrance. C’est parce que j’avais mal que j’avais eu la sensation d’être. La douleur m’avait mis au monde, la douleur m’avait certifié le monde. La souffrance m’avait éveillé : ma conscience en sortait toute. »
Joël Bienfait, L'être et l'autre

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Scarlett
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

« je suis content quand elles arrivent
je suis content quand elles s'en vont
je suis content quand j'entends leurs talons
crisser devant ma porte
et je suis content quand ces mêmes talons
s'éloignent
je suis content de baiser
je suis content de plaire
je suis content quand c'est fini
et
c'est comme ça depuis toujours
que ce soit au début ou à la fin
je suis content
la plupart du temps
et les chats vont et viennent
et la terre tourne autour du soleil
et le téléphone sonne :
"c'est Scarlett"
"qui?"
"Scarlett"
"ok. ramène-toi."
et je raccroche en pensant
que cette fois c'est peut-être la bonne
debout
caca rapidosse
rasage
lavage
habillage
mise à la poubelle des sacs
et des cartons de
bouteilles vides
et je m'assieds à l'affût du bruit
des talons
tel un soldat qui guette
la victoire
voilà Scarlett
et dans ma cuisine le robinet
coule
il faut changer le joint
je m'occuperai de lui plus tard. »
Charles Bukowski, L'amour est un chien de l'enfer
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