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16/02/2014

Seul, celui qui peut réellement aimer, lui seul est un homme

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« Or, seul, celui qui se tait arrive à ses fins. Seul, celui qui peut réellement aimer, lui seul est un homme. Seul, celui qui peut donner à son amour une expression quelle qu’elle soit, lui seul est un artiste. En un certain sens, il convenait peut-être que le jeune homme ne commençât point par là. C’est à peine, en effet, s’il avait supporté les affres de l’aventure ; déjà, dès le début, je m’étais quelque peu alarmé qu’il eût besoin d’un confident. Celui qui sait se taire découvre un alphabet avec autant de caractères que celui dont on se sert couramment. Il peut donc tout exprimer dans son parler hors-la-loi : nul soupir si profond qu’il n’y trouve un rire en réponse; nulle prière si indiscrète qu’il n’y trouve le trait d’esprit exauçant la demande. Pour lui, viendra l’instant, où il croira qu’il va perdre la raison. Ce n’est pourtant qu’un moment, quoique terrible. C’est comme la fièvre la nuit, entre onze heure et demie et minuit : à une heure, on travaille avec plus d’entrain que jamais. Si l’on endure cette folie, sans doue aura-t-on la victoire. »

Søren Kierkegaard, La Reprise

 

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“Maman, je voudrais être allemand."

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« C’est alors qu’ils étaient arrivés, précédés de leurs motocyclistes qui roulaient lentement, les bras écartés, le buste droit. C’était au moment du déjeuner ; de toutes les maisons, on jaillissait pour les voir. Ils chantaient une mélodie rauque, coupée de longues interruptions,  où l’on entendait plus que le craquement rythmé de leurs bottes, et qui n’évoquait nulle joie, nul triomphe, mais seulement cette volonté d’avancer, de poursuivre, de pousser toujours plus loin, broyant les obstacles, vers une terre inconnue et promise -cette même volonté qu’exprimaient le mouvement de leurs bottes (comme s’ils écrasaient à chaque pas quelque chose), leurs regards raidis vers l’horizon, leurs fronts de rêveurs butés. Ils passaient, ils passaient, sans s’arrêter, verts et noirs, et s’effaçaient dans le poudroiement de la route sans qu’un seul d’entre eux eut jeté un regard à la foule subjuguée qui tapissait les murs comme une haie d’honneur. “Maman, je voudrais être allemand." "Tais-toi, tu dis des bêtises !" "Je voudrais tant être allemand, maman !" »

Jean-René Huguenin, La côte sauvage

 

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Le Capitalisme baisse les prix...

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Les français avaient fait des églises et ils ne pouvaient plus les refaire ni rien de semblable : toute l’aventure de la vie était dans ce fait

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« Les français avaient fait des églises et ils ne pouvaient plus les refaire ni rien de semblable : toute l’aventure de la vie était dans ce fait, la terrible nécessité de la mort. Ce peuple avait vieilli, l’homme vieillit. Pour faire une église, dans le calcul, la raison de l’architecture, il y avait l’audace, le risque, l’affirmation créatrice de la foi. Il y avait l’arbre et à côté l’église. L’homme avait répondu par l’église au défi. Maintenant on ne faisait plus que des bâtiments administratifs ou des boîtes à loyer et des chalets de nécessité, ou de rares monuments qui répétaient faiblement les allures, les styles du temps de la jeunesse et de la création, du temps de l’amour répandu. Il y avait eu la raison française, ce jaillissement passionné, orgueilleux, furieux du XIIe siècle des épopées, des cathédrales, des philosophies chrétiennes, de la sculpture, des vitraux, des enluminures, des croisades. Les Français avaient été des soldats, des moines, des architectes, des peintres, des poètes, des maris et des pères. Ils avaient fait des enfants, ils avaient construit, ils avaient tué, ils avaient fait tuer. Ils s’étaient sacrifiés et avaient sacrifié.
Maintenant cela finissait. Ici, et en Europe. »

Pierre Drieu La Rochelle, Gilles

 

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Il pensait à Léon Bloy, à Paul Claudel, à Charles Péguy, à Bernanos, entre autres et au-dessus des autres...

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« Pour le mariage civil, cela s’était fait à Paris, avec des témoins de rencontre. Gilles n’avait pas voulu mêler ses amis à son opération. À cette occasion il ne s’était jamais senti si loin de leur incrédulité, de leur vacuité. En entrant chez le curé, il se dit : “je ne suis peut-être qu’un esthète, mais voilà une fantaisie qui me mène dans le seul lieu émouvant que j’ai connu, hors la guerre.” Il se rappelait les dernières conversations qu’il avait eues dans ce lieu avec Corentan, son enterrement. Tandis que commençait la brève cérémonie, Gilles se répéta le mot : esthète. A cette prudente accusation contre lui-même, il répondit en ces termes : “Je fais ce que je peux. Je ne puis pas mettre dans ces grands rites, que j’atteste en ce moment, plus d’éclat que ne me le permet la médiocrité des prêtres et des croyants de la stricte et morne observance. Ce n’est pas ma faute si tous les grands chrétiens de ces derniers temps, que j’aime et admire et qui m’ont enseigné, sont restés comme en marge de l’Église, suspects ou non, et n’ont pu lui communiquer leur souffle. Il pensait à Léon Bloy, à Paul Claudel, à Charles Péguy, à Bernanos, entre autres et au-dessus des autres. Ce n’est pas de ma faute si on est chrétiens, aujourd’hui, en dépit des trois quart et demi de l’Église, clercs ou laïcs. C’est déjà beau qu’à travers cet immense marasme des âmes j’aie pu arriver jusqu’ici. Qu’on ne me demande pas de dépouiller cet orgueil qui m’a soutenu sur le chemin plus qu’autre chose. Seigneur, c’est parce que j’ai beaucoup méprisé que je suis venu vers vous… Plus tard, sûrement vous saurez bien me rendre humble. Déjà, je commence à aimer un peu.”
Pauline à côté de lui était mortellement pâle. Au-dessus d’elle, la petite voûte ogivale, si pure, si délicatement forte lançait au milieu du siècle son défi perdu. »

Pierre Drieu La Rochelle, Gilles

 

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