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30/11/2014

Il me faut réagir, me donner des preuves de mon existence

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« J’ai dix-huit ans, j’ai tout souhaité, tout prévu, tout imaginé, tout attendu, le divin comme l’humain, le suprême beau moral dans l’ensemble de toutes les vanités. Mon programme d’enfant était la grande sainteté cloîtrée, mais après l’abandon d’un luxe royal. Personne n’aura fait de ses ambitions fantastiques une machine d’un fonctionnement aussi régulier, aussi calme, aussi quotidien, aussi entêté. (…) Il me faut réagir, me donner des preuves de mon existence. Je m’endors dans une vie qui n’est pas la mienne. J’aurai beau faire, je ne pourrai plus être heureuse comme une autre. Les objets matériels me charment toujours - je parle du luxe de ma toilette - mais ils me dégoûtent quand ils m’ont pris une heure de ma vie intellectuelle et morale. »

Marie Lenéru, Journal 1893-1918, Je me sens devenir inexorable

 

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Palestine

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Dans les années 30, alors que la Palestine était sous mandat britannique, et bien avant la création de l'Etat d'Israël, voici le drapeau palestinien tel qu'il était montré dans le Petit Larousse Illustré, un peu avant la seconde guerre mondiale...

Chacun en tirera les conclusions qu'il veut...


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Toutes ces fausses idées suscitées par le pouvoir d’illusion

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« Ceux dont nous venons de parler sont ceux que l’on peut qualifier proprement de "traditionalistes", c’est-à-dire ceux qui ont seulement une sorte de tendance ou d’aspiration vers la tradition, sans aucune connaissance réelle de celle-ci ; on peut mesurer par là toute la distance qui sépare l’esprit "traditionaliste" du véritable esprit traditionnel, qui implique au contraire essentiellement une telle connaissance, et qui ne fait en quelque sorte qu’un avec cette connaissance même. En somme, le "traditionaliste" n’est et ne peut être qu’un simple "chercheur", et c’est bien pourquoi il est toujours en danger de s’égarer, n’étant pas en possession des principes qui seuls lui donneraient une direction infaillible ; et ce danger sera naturellement d’autant plus grand qu’il trouvera sur son chemin, comme autant d’embûches, toutes ces fausses idées suscitées par le pouvoir d’illusion qui a un intérêt capital à l’empêcher de parvenir au véritable terme de sa recherche. Il est évident, en effet, que ce pouvoir ne peut se maintenir et continuer à exercer son action qu’à la condition que toute restauration de l’idée traditionnelle soit rendue impossible, et cela plus que jamais au moment où il s’apprête à aller plus loin dans le sens de la subversion, ce qui constitue, comme nous l’avons expliqué, la seconde phase de cette action. Il est donc tout aussi important pour lui de faire dévier les recherches tendant vers la connaissance traditionnelle que, d’autre part, celles qui, portant sur les origines et les causes réelles de la déviation moderne, seraient susceptibles de dévoiler quelque chose de sa propre nature et de ses moyens d’influence ; il y a là, pour lui, deux nécessités en quelque sorte complémentaires l’une de l’autre, et qu’on pourrait même regarder, au fond, comme les deux aspects positif et négatif d’une même exigence fondamentale de sa domination.

Tous les emplois abusifs du mot "tradition" peuvent, à un degré ou à un autre, servir à cette fin, à commencer par le plus vulgaire de tous, celui qui le fait synonyme de "coutume" ou d' "usage", amenant par là une confusion de la tradition avec les choses les plus bassement humaines et les plus complètement dépourvues de tout sens profond.

[...]

Lorsque certains, s’étant aperçus du désordre moderne en constatant le degré trop visible où il en est actuellement (surtout depuis que le point correspondant au maximum de "solidification" a été dépassé), veulent "réagir" d’une façon ou d’une autre, le meilleur moyen de rendre inefficace ce besoin de "réaction" n’est-il pas de l’orienter vers quelqu’un des stades antérieurs et moins "avancés" de la même déviation, où ce désordre n’était pas encore devenu aussi apparent et se présentait, si l’on peut dire, sous des dehors plus acceptables pour qui n’a pas été complètement aveuglé par certaines suggestions ? Tout "traditionaliste" d’intention doit normalement s’affirmer "antimoderne", mais il peut n’en être pas moins affecté lui-même, sans s’en douter, par les idées modernes sous quelque forme plus ou moins atténuée, et par là même plus difficilement discernable, mais correspondant pourtant toujours en fait à l’une ou à l’autre des étapes que ces idées ont parcourues au cours de leur développement ; aucune concession, même involontaire ou inconsciente, n’est possible ici, car, de leur point de départ à leur aboutissement actuel, et même encore au delà de celui-ci, tout se tient et s’enchaîne inexorablement. »

René Guénon, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps

 

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29/11/2014

La négation de toute faculté d’ordre supra-individuel

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« Ceci nous amène à redire une fois de plus, car c’est là un point tout à fait essentiel et sur lequel il est indispensable de ne laisser subsister aucune équivoque, que l’intuition intellectuelle, par laquelle seule s’obtient la vraie connaissance métaphysique, n’a absolument rien de commun avec cette autre intuition dont parlent certains philosophes contemporains : celle-ci est de l’ordre sensible, elle est proprement infra-rationnelle, tandis que l’autre, qui est l’intelligence pure, est au contraire supra-rationnelle. Mais les modernes, qui ne connaissent rien de supérieur à la raison dans l’ordre de l’intelligence, ne conçoivent même pas ce que peut être l’intuition intellectuelle, alors que les doctrines de l’antiquité et du moyen âge, même quand elles n’avaient qu’un caractère simplement philosophique et, par conséquent, ne pouvaient pas faire effectivement appel à cette intuition, n’en reconnaissaient pas moins expressément son existence et sa suprématie sur toutes les autres facultés. C’est pourquoi il n’y eut pas de ”rationalisme” avant Descartes ; c’est là encore une chose spécifiquement moderne, et qui est d’ailleurs étroitement solidaire de l‘“individualisme”, puisqu’elle n’est rien d’autre que la négation de toute faculté d’ordre supra-individuel. Tant que les Occidentaux s’obstineront à méconnaître ou à nier l’intuition intellectuelle, ils ne pourront avoir aucune tradition au vrai sens de ce mot, et ils ne pourront non plus s’entendre avec les authentiques représentants des civilisations orientales, dans lesquelles tout est comme suspendu à cette intuition, immuable et infaillible en soi, et unique point de départ de tout développement conforme aux normes traditionnelles. »

René Guénon, La crise du Monde Moderne

 

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Il n’y a plus, dans l’état actuel, aucune stabilité

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« En tout cas, on éprouve très généralement l’impression qu’il n’y a plus, dans l’état actuel, aucune stabilité ; mais, tandis que quelques-uns sentent le danger et essaient de réagir, la plupart de nos contemporains se complaisent dans ce désordre où ils voient comme une image extériorisée de leur propre mentalité. Il y a, en effet, une exacte correspondance entre un monde où tout semble être en pur “devenir”, où il n’y a plus aucune place pour l’immuable et le permanent, et l’état d’esprit des hommes qui font consister toute réalité dans ce même “devenir”, ce qui implique la négation de la véritable connaissance, aussi bien que de l’objet même de cette connaissance, nous voulons dire des principes transcendants et universels. On peut même aller plus loin : c’est la négation de toute connaissance réelle, dans quelque ordre que ce soit, même dans le relatif, puisque, comme nous l’indiquions plus haut, le relatif est inintelligible et impossible sans l’absolu, le contingent sans le nécessaire, le changement sans l’immuable, la multiplicité sans l’unité ; le “relativisme” enferme une contradiction en lui-même, et, quand on veut tout réduire au changement, on devrait en arriver logiquement à nier l’existence même du changement ; au fond, les arguments fameux de Zénon d’Élée n’avaient pas d’autre sens. »

René Guénon, La crise du Monde Moderne

 

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Trop de rêveries inconsistantes se donnent libre cours actuellement

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« Nous pensons d’ailleurs qu’une tradition occidentale, si elle parvenait à se reconstituer, prendrait forcément une forme extérieure religieuse, au sens le plus strict de ce mot, et que cette forme ne pourrait être que chrétienne, car, d’une part, les autres formes possibles sont depuis trop longtemps étrangères à la mentalité occidentale, et, d’autre part, c’est dans le Christianisme seul, disons plus précisément encore dans le Catholicisme, que se trouvent, en Occident, les restes d’esprit traditionnel qui survivent encore. Toute tentative “traditionaliste” qui ne tient pas compte de ce fait est inévitablement vouée à l’insuccès, parce qu’elle manque de base ; il est trop évident qu’on ne peut s’appuyer que sur ce qui existe d’une façon effective, et que, là où la continuité fait défaut, il ne peut y avoir que des reconstitutions artificielles et qui ne sauraient être viables ; si l’on objecte que le Christianisme même, à notre époque, n’est plus guère compris vraiment et dans son sens profond, nous répondrons qu’il a du moins gardé, dans sa forme même, tout ce qui est nécessaire pour fournir la base dont il s’agit. La tentative la moins chimérique, la seule même qui ne se heurte pas à des impossibilités immédiates, serait donc celle qui viserait à restaurer quelque chose de comparable à ce qui exista au moyen âge, avec les différences requises par la modification des circonstances ; et, pour tout ce qui est entièrement perdu en Occident, il conviendrait de faire appel aux traditions qui se sont conservées intégralement, comme nous l’indiquions tout à l’heure, et d’accomplir ensuite un travail d’adaptation qui ne pourrait être que l’œuvre d’une élite intellectuelle fortement constituée. Tout cela, nous l’avons déjà dit ; mais il est bon d’y insister encore, parce que trop de rêveries inconsistantes se donnent libre cours actuellement, et aussi parce qu’il faut bien comprendre que, si les traditions orientales, dans leurs formes propres, peuvent assurément être assimilées par une élite qui, par définition en quelque sorte, doit être au-delà de toutes les formes, elles ne pourront sans doute jamais l’être, à moins de transformations imprévues, par la généralité des Occidentaux, pour qui elles n’ont point été faites. Si une élite occidentale arrive à se former, la connaissance vraie des doctrines orientales, pour la raison que nous venons d’indiquer, lui sera indispensable pour remplir sa fonction ; mais ceux qui n’auront qu’à recueillir le bénéfice de son travail, et qui seront le plus grand nombre pourront fort bien n’avoir aucune conscience de ces choses, et l’influence qu’ils en recevront, pour ainsi dire sans s’en douter et en tout cas par des moyens qui leur échapperont entièrement, n’en sera pas pour cela moins réelle ni moins efficace. Nous n’avons jamais dit autre chose ; mais nous avons cru devoir le répéter ici aussi nettement que possible, parce que, si nous devons nous attendre à ne pas être toujours entièrement compris par tous, nous tenons du moins à ce qu’on ne nous attribue pas des intentions qui ne sont aucunement les nôtres. »

René Guénon, La crise du Monde Moderne

 

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Le "traditionalisme"

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« Malheureusement, le "traditionalisme" n’est point la même chose que le véritable esprit traditionnel ; il peut n’être, et il n’est bien souvent en fait, qu’une simple tendance, une aspiration plus ou moins vague, qui ne suppose aucune connaissance réelle ; et, dans le désarroi mental de notre temps, cette aspiration provoque surtout, il faut bien le dire, des conceptions fantaisistes et chimériques, dépourvues de tout fondement sérieux. Ne trouvant aucune tradition authentique sur laquelle on puisse s’appuyer, on va jusqu’à imaginer des pseudo-traditions qui n’ont jamais existé, et qui manquent tout autant de principes que ce à quoi on voudrait les substituer ; tout le désordre moderne se reflète dans ces constructions, et, quelles que puissent être les intentions de leurs auteurs, le seul résultat qu’ils obtiennent est d’apporter une contribution nouvelle au déséquilibre général. Nous ne mentionnerons que pour mémoire, en ce genre, la prétendue "tradition occidentale" fabriquée par certains occultistes à l’aide des éléments les plus disparates, et surtout destinée à faire concurrence à une "tradition orientale" non moins imaginaire, celle des théosophistes ; nous avons suffisamment parlé de ces choses ailleurs, et nous préférons en venir tout de suite à l’examen de quelques autres théories qui peuvent sembler plus dignes d’attention, parce qu’on y trouve tout au moins le désir de faire appel à des traditions qui ont eu une existence effective. »

René Guénon, La crise du Monde Moderne

 

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Ils ont essayé de nous enterrer...

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C’est la pensée magique qui est de retour, avec l’ère hyperfestive

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« Quand il ne fait pas de ski à travers Paris, Homo Festivus va se promener en moyenne montagne avec ses raquettes ; et déclenche une coulée de neige qui, dans un bruit de cauchemar, dégringole pour l’engloutir. Ou bien il participe, dans un petit port de pêche quelconque, à une Fête de la mer qui se termine en naufrage. Lorsque ce n’est pas son camping qui se retrouve noyé sous un torrent de boue. 

Toutes ces horreurs n’ont rien de drôle. Mais ce qui est singulier, c’est l’air de stupéfaction infinie, c’est l’expression de douloureuse surprise d’Homo festivus chaque fois que la Nature lui joue un de ses tours. La montagne serait méchante ? L’océan dangereux ? Les rivières peuvent grossir jusqu’à devenir des fleuves mortels ? Même la recherche systématique des responsabilités, les mises en examen, la traque des coupables, ne consoleront jamais Homo festivus de ce genre de trahison. Il n’y a qu’à voir, chaque hiver, lors de l’habituelle "vague de froid", qui se débrouille en général pour coïncider avec les vacances de février, tous ces gens bloqués sur les autoroutes, naufragés, coincés dans les trains arrêtés, et stigmatisant la négligence des autorités, pour comprendre qu’en fait, derrière toutes ces accusations, c’est la pensée magique qui est de retour, avec l’ère hyperfestive, même si les termes dans lesquels elle s’exprime ont un peu changé. On ne danse plus pour faire tomber la pluie ou la convaincre de cesser, mais on cherche les responsables s’il y a du verglas ; et on les lyncherait volontiers si on les avait sous la main. 

Depuis que le concret n’existe plus, les décors naturels, devenus terrains de jeux, se sont rapprochés vertigineusement des Idées platoniciennes. On exige d’eux, en plus, la même transparence que des affaires de l’état et de la vie privée des vedettes en vue. Homo festivus croit dur comme fer que la montagne ou l’océan sont synonymes du mot bonheur ; qu’ils n’ont été inventés que pour servir d’écrin à la perfection de son divertissement. Le moindre accident, dans ces conditions, devient un scandale ; et un coup de canif dans le contrat festif. Que la montagne ou la mer rappellent, de temps en temps, leur existence indépendante de la vision hyperfestive est une sorte de crime. Comme tous les enfants, Homo festivus prend son désir pour une réalité qui n’existe plus. Il ne veut pas envisager que la Nature puisse être tortueuse, vicieuse, compliquée. Sa puérile religion est censée l’assurer contre le hasard et les accidents, ces résurgences d’Ancien Régime, ces spectres d’un temps où l’on n’avait pas encore inventé le risque zéro. »

Philippe Muray, Après l’histoire

 

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28/11/2014

Une dévotion servile

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« Selon Kreizler, nous autres Américains, n’avons jamais cessé de courir. Quand personne ne nous regarde, que nous sommes seuls face à nous-mêmes, nous courons, toujours aussi rapides et peureux que naguère, pour fuir les ténèbres que nous savons cachées derrières la porte de tant de foyers apparemment sans histoire, pour fuir les hantises greffées dans la cervelle de nos enfants par ceux-là même que la nature leur dit de croire et d’aimer, nous courons, plus pressés et plus nombreux encore, vers le mirage de ces potions, de ces médications, de ces prêtres, de ces philosophies, qui nous promettent de terrasser nos frayeurs et nos cauchemars et qui nous réclament, en échange, une dévotion servile. »

Caleb Carr, L’aliéniste

 

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Politics...

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Je ne suis personne, personne

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« Je suis les faubourgs d'une ville qui n'existe pas,
le commentaire prolixe d'un livre que nul n'a jamais écrit.
Je ne suis personne, personne.
Je suis le personnage d'un roman qui reste à écrire,
et je flotte, aérien, dispersé sans avoir été,
parmi les rêves d'un être qui n'a pas su m'achever. »

Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillité

 

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Un scepticisme de masse débilitant

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« Le système fonctionnait parce que les petits criminels et contrevenants plaidaient coupables la majeure partie du temps et ne déposaient pas, par simple routine, des recours en appel devenus une vraie plaie. Le système fonctionnait parce que les séjours à l’ombre d’avant la cassure étaient acceptables. C’étaient des criminels d’avant la psy. Ils acceptaient l’autorité. Ils savaient qu’ils étaient de la fange et de la raclure parce qu’ils le voyaient à la télé et le lisaient dans les journaux. Ils étaient verrouillés, prisonniers d’un jeu truqué. L’autorité gagnait habituellement. Ils prenaient plaisir à des triomphes mesquins et se délectaient des machinations de la partie qui se jouaient. Et la partie qui se jouait se résumait à être au parfum. Etre au parfum et fataliste, c’était cool. Si on parvenait à ne pas aller jusqu’à la chambre à gaz, le pire qu’on pouvait attendre était un séjour au pénitencier. Un séjour à l’ombre d’avant la cassure, c’était acceptable. On pouvait y siffler de la gnôle maison, y baiser les fiottes dans le cul. Le système fonctionnait parce que l’Amérique n’avait pas encore eu à se confronter aux émeutes raciales, assassinats, conneries écologistes, confusion des sexes, prolifération des drogues, maniaques des armes, psychoses religieuses, le tout lié à une implosion des médias et à l’émergence d’un culte de la victime – une traversée de vingt-cinq années de poisse semeuse de discorde, qui avait eu pour résultat un scepticisme de masse débilitant. »

James Ellroy, Ma part d’ombre

 

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Ce n'est qu'au cimetière que les hommes trouvent une égalité absolue

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« La foi surprenante, naïve et inhumaine de tous les socialistes dans la vertu de l'éducation a transformé nos années scolaires en supplice et couvert le pays de camps de concentration. Chez nous, on éduque tout le monde, du plus petit jusqu'au plus grand, et tous doivent s'éduquer mutuellement. D'où les réunions, les meetings, les discussions, l'information politique, la surveillance, les contrôles, les activités organisées, les “samedis communistes” et les “émulations socialistes”. Et, pour les plus difficiles à élever : les travaux physiques les plus pénibles dans les camps, ceux auxquels aspirait le cher Tolstoï. Mais comment construire autrement le socialisme ? Tout cela était très clair pour le gamin de quinze ans que j'étais. Mais, demandez maintenant encore à un socialiste de l'Occident : que faut-il faire, en régime socialiste, des gens qui sont inaptes ? Les éduquer ! répondra-t-il. »

« Ce n'est qu'au cimetière que les hommes trouvent une égalité absolue et, si vous voulez transformer votre pays en un gigantesque cimetière, alors oui, enrôlez-vous chez les socialistes ! »

Vladimir Boukovsky, ... et le vent reprend ses tours – Ma vie de dissident

 

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Tout travail comporte quelque chose qui ne peut se payer et donne une satisfaction qui se suffit à elle même

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« Ce matin en forêt, pour abattre du bois. Je m’y suis pris trop tard dans l’année : les bouleaux saignaient abondamment. Travail fatiguant. Je me suis dit : "Au fond, tu aurais pu envoyer quelqu’un d’autre, en le payant. Pendant ce temps, tu aurais pu gagner chez toi, et confortablement, plusieurs fois ce que tu perdais ainsi."

Réplique : "Oui, mais tu ne te serais pas mis en sueur."

Bien – car dans notre monde, il n’est rien de plus inadmissible que de comparer deux activités en prenant l’argent pour critère. Nous tombons alors au niveau du "times is money", cette devise qui est aux antipodes de la dignité humaine. Au contraire il y a de la vérité dans la réflexion de Théophraste : "Le temps est une dépense précieuse."

Tout travail comporte quelque chose qui ne peut se payer et donne une satisfaction qui se suffit à elle même. C’est sur ce principe que se fonde l’économie véritable du monde, l’équilibre en profondeur du gain et de la dépense, le bénéfice assuré.

S’il en était autrement, le paysan devrait se mettre sous la dépendance du cours de la Bourse, et non de la terre, du soleil et du vent.
L’auteur devrait étudier l’humeur changeante des masses et adapter son œuvre aux lieux communs reçus. Les fleurs disparaîtraient des jardins, et le superflu de la vie. Il n’y aurait plus ni haies, ni bosquets d’agrément, ni ruisseaux serpentants, ni espace vide entre deux champs.

Le travail devient sacré par ce qui, en lui, ne peut être payé. Nés de cette part divine, bonheur et santé se déversent sur les hommes. On pourrait aussi dire que la valeur du travail se mesure à la part d’amour qui s’y dissimule. En ce sens, le travail devient semblable au loisir : au plus haut niveau, l’un et l’autre se confondent. J’ai vu un laboureur derrière ses chevaux ; devant lui, la glèbe se retournait aux rayons du matin et semblait se revêtir d’or. La récolte n’est qu’un revenu tiré de cette opulence. »

Ernst Jünger, La cabane dans la vigne, Journal de guerre, 1939-1948

 

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