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09/06/2018

L’élan du cœur et la poésie

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Au tournant du siècle, l’Allemagne voit se lever en elle un vaste mouvement de la jeunesse qui témoigne de sa vigueur, la Jugendbewegung, dont les Wandervogel (oiseaux migrateurs) ne sont qu’un des aspects particuliers. L’idéal de la Jugendbewegung, avant 1914, peut se résumer dans le mot d’unité. Unité d’une commune appartenance (Volk), qui fait éprouver à chacun qu’il n’est libre qu’en obéissant à la loi qu’il s’est prescrite. La loi n’asservit pas l’individu, mais le lie à la communauté en instituant l’égalité, comprise au sens où la définit Aristote, comme « égalité dans le commandement et dans l’obéissance ». Une idée typiquement prussienne que développeront peu après sur des registres différents Spengler et Heidegger.

Réagissant contre l’expansion des grandes villes, la tristesse du monde industriel, le formalisme bourgeois et le culte de l’argent, les adolescents des lycées et des écoles s’élancent au tournant du siècle sur les routes et les chemins à la reconquête d’eux-mêmes, de l’unité et de la nature. Un mythe explosif en sortira que reprendront les générations suivantes. Au credo rationaliste, il oppose l’élan du cœur et la poésie. Dès que revient le printemps, quand la nature s’éveille, les Wandervogel vagabondent par petites bandes, sac au dos, garçons et filles, jambes nues dans les culottes de cuir, cheveux blonds et peau hâlée. Ils reprennent à plusieurs voix des chansons de marins et de soldats. Ils déclament des aphorismes de Nietzsche ou des poèmes de Stefan George qui exaltent la vie héroïque et dangereuse, la beauté des corps libérés. Pour eux, la guerre semblera l’occasion d’une explication décisive entre ce qu’ils refusent et leur volonté de purification. Elle deviendra le symbole même de la jeunesse par son activisme, son optimisme et son héroïsme. La bataille de Langemark (novembre 1914), où furent fauchés par milliers les membres de la Jugendbewegung, représentera pour les Allemands de ce temps le mythe héroïque par excellence, celui de la fleur de la nation marchant à la mort en chantant. »

Dominique Venner, Le siècle de 1914

 

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