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21/03/2021

La solitude est son lot...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

 

« A Colombey, de Gaulle menait la vie d'un modeste gentilhomme campagnard. Il assistait à la messe chaque semaine et le curé était régulièrement invité à déjeuner. Ce modeste curé de campagne, qui semblait tout droit sorti d'un roman du XIXe siècle consacré à la vie provinciale française, était traité avec la déférence que de Gaulle montrait envers tout représentant de l'Église. Toutes les visites à La Boisserie suivaient un rituel immuable. Avant le déjeuner, l'invité était emmené dans le bureau pour une "conversation" sur l'état du monde. Le déjeuner était servi à 12h30 précises et durait rarement plus de trente-cinq minutes. Il était suivi d'un café et d'une conversation décousue dans le salon, avec madame de Gaulle en train de tricoter au fond de la pièce. De Gaulle était un hôte courtois aux manières désuètes, remplissant personnellement le verre de son invité et refusant de laisser qui ce soit mettre une bûche dans le feu à sa place. Cela lui servait de prétexte à un petit numéro mélancolique : "Laissez-moi faire, disait-il, c'est à peu près la seule chose qu'il me reste à faire aujourd’hui".

Le visiteur était ensuite emmené faire une longue promenade dans le parc. De Gaulle se plaisait à lui faire remarquer, au loin, le sombre panorama de forêts s’étirant à l’infini sans aucune habitation humaine à l’horizon. Lorsqu’il était d’humeur, il se lançait dans une longue tirade, expliquant à quel point il était erroné de parler de "la douce France". Pour lui, la France était un pays de vastes paysages, à la mesure de la grandeur de son histoire. Un jour, lors d’une visite de Claude Mauriac, de Gaulle se laissa emporter par son sujet plus encore qu’à l’habitude : "Il rendit le climat encore plus rude, suréleva les montagnes, gonfla les rivières avec une sorte de férocité, comme s'il ne pouvait y avoir de grandeur dans la modération". Il compara cela à la Grande-Bretagne "avec ses petits cottages, le long de petites ruelles, dans la petite campagne, avec la petite pluie". A Louis Joxe il déclara un jour : "la vie n'est pas gaie par chez nous... on ne vient pas ici pour rigoler". Après leur promenade, le visiteur se voyait offrir une tasse de thé avant de rentrer à Paris, laissant de Gaulle à ses méditations mélancoliques et apocalyptiques.

Le récit d'une visite à Colombey devint un genre littéraire à part entière. De nombreux visiteurs étaient subjugués et entraient pleinement dans les envolées fantasmatiques de de Gaulle. L'un d'entre eux écrit qu'il s’est immédiatement senti "Sous l'influence du site, tellement en accord avec la personnalité de de Gaulle : l’endroit apparait comme une sorte d’austère 'Haut de Hurlevent', avec un horizon grandiose dans sa monotonie". Un autre remarque : "Ce lieu, élevé, isolé et venteux, était en accord avec sa personnalité. La solitude est son lot". Dans aucune description d’une visite à Colombey on ne trouve le soleil qui brille et le vent qui ne souffle pas. »

Julian Jackson, De Gaulle

 

 

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