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30/03/2022

Mary Campbell Gallagher : « Dans le monde entier, les amoureux de Paris s’alarment de son enlaidissement ! »

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 

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Un article qui date d'il y a un an... mais qui est, malheureusement, toujours d'actualité...

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TRIBUNE - Le saccage de Paris par Anne Hidalgo n’inquiète pas que les Parisiens ou les Français, mais les amoureux de la beauté sur tous les continents, explique la fondatrice et présidente de l’International Coalition for the Preservation of Paris (ICPP), de nationalité américaine.

L’International Coalition for the Preservation of Paris (ICPP) regroupe de nombreuses personnalités américaines - comme Leonard Pitt, écrivain et homme de théâtre, et Michael Mehaffy, urbaniste -, mais aussi italiennes, comme Ettore Maria Mazzola, professeur d’architecture à Rome. Un ouvrage de l’ICPP, «Paris sans gratte-ciel», avec des contributions de 49 experts, paraîtra en mai. La tribune de Mary Campbell Gallagher a été traduite par Nadia Naty Everard et Elizabeth Dutertre.

Par Mary Campbell Gallagher
Publié dans le Figaro le 08/04/2021 à 19:59, mis à jour le 10/04/2021 à 13:31

Anne Hidalgo a évoqué tardivement la question de la beauté de la ville qu’elle dirige. Ce n’est qu’au début d’octobre 2020 que la mairie a effectivement appelé à un débat sur «l’esthétique de Paris». On aurait pu attendre qu’elle avance un argument économique pour défendre les tours, arguant qu’elles représenteraient un investissement valable pour sa ville, lourdement endettée. Mais afin d’avancer vers son objectif – changer et «ré-imaginer» le caractère même de Paris – la maire a plutôt soutenu que ses choix étaient «modernes.»

On doit demander si Anne Hidalgo, qui a gagné l’an dernier avec seulement 224.000 voix au deuxième tour, soit 17% des 1.330.000 électeurs inscrits, signe d’une abstention de plus de 63%, a un droit moral de changer le caractère de l’ancienne ville de Paris. La « modernisation » effrénée de Paris voulue par la mairie à travers des gratte-ciel et des bancs de ciment inclus, n’apporte rien à la beauté de la ville

L’être humain aime la beauté et l’histoire. Rappelez-vous les visages des spectateurs de l’incendie qui ravagea la cathédrale Notre-Dame. Le 15 avril 2019, Paris priait et chantait des invocations pour que «sa» cathédrale soit sauvée. Ce n’était pourtant pas la première fois que la cathédrale était endommagée ; ce fut le cas aussi au lendemain de la Révolution. En 1831, Victor Hugo publia Notre-Dame de Paris, qui connut un succès inouï. Le roman cristallisa l’opinion et finit par sauver le bâtiment religieux de la ruine.

Notre-Dame a 850 ans aujourd’hui. L’angoisse de la foule réunie autour de l’incendie témoigne de la soif de beauté du peuple ainsi que de son respect pour l’histoire du lieu et de la bâtisse, sauvée après une bataille de neuf heures par de vaillants pompiers.

Victor Hugo considérait Paris comme un chef-d’œuvre collectif. Longtemps, les bâtisseurs de Paris s’efforcèrent d’ajouter à la beauté de la cité, comme le firent Henri IV avec la création de la place des Vosges, Richelieu avec le Palais-Royal, Napoléon I avec la rue de Rivoli ou la municipalité elle-même avec la création des quais le long de la Seine et la plantation d’arbres de chaque côté des boulevards.

 

La «modernisation» effrénée de Paris voulue par la mairie à travers des gratte-ciel et des bancs de ciment inclus, n’apporte rien à la beauté de la ville. Au contraire, elle l’enlaidit vers le point de non-retour. Sans aucune discussion publique, la municipalité a autorisé la mise en pratique de doctrines insensées. Comme chasser des rues les éléments qui en font le charme et le confort, en mettant au rebut, entre autres, ces chers kiosques à journaux et bancs publics de l’architecte Gabriel Davioud du XIXe siècle qui permettent d’identifier Paris au premier coup d’œil. À la place, sont installés d’incommodes blocs de ciment où s’asseoir place du Panthéon. Et que penser de l’autorisation faite à LVMH, le plus grand capital boursier de France, d’ériger une façade de verre ondulé, opaque, en plein centre historique de Paris, rue de Rivoli, près du Louvre? Paris ne deviendra pas une ville plus concurrentielle sur le plan financier. Elle sera juste enlaidie, et son enlaidissement irrémédiable

L’écologie est un des grands thèmes de la mairie: Paris a attiré l’attention du monde entier par ses mesures prises pour limiter la circulation automobile. Pourtant, les affirmations du caractère durable des tours, avancées par la mairie, ne prennent pas en compte la masse impressionnante d’énergie incorporée dans les matériaux des tours – comme le ciment, l’acier et le verre. Des raisons économiques font donc que les gratte-ciel ne sont pas durables. Signalons que deux des gratte-ciel construits à la Défense depuis les années 1950 ont déjà été démolis.

L’enjeu est de taille! La beauté de Paris est un joyau pour le monde entier. Les rives de la Seine ont une telle valeur esthétique et historique qu’elles ont été reconnues patrimoine mondial par l’Unesco en 1991. Elle n’est pas «une ressource renouvelable», pour reprendre l’expression inoubliable d’Olivier de Monicault. Or la municipalité est sur le point de ruiner cette beauté pour tenter une expérience sans retour possible.

La mairie va sacrifier la beauté de sa ville pour un saut dans l’inconnu avec la complicité intéressée de grandes entreprises mondiales. La silhouette de Paris ne proclamera plus la gloire de Dieu et de la France, se contentant de signaler sa misérable capitulation face aux promoteurs et à leurs architectes dits renommés. Tous les signes laissent présager l’échec d’une telle capitulation. Paris ne deviendra pas une ville plus concurrentielle sur le plan financier. Elle sera juste enlaidie, et son enlaidissement irrémédiable.

Si nous voulons transmettre à nos enfants et à leur postérité un Paris aussi beau que celui dont nous avons hérité, il nous faut agir maintenant! Car Paris est la plus belle d’entre les grandes villes qui ont réussi à sauvegarder leur silhouette basse traditionnelle. Et si nous laissons Paris s’enlaidir sans intervenir comment pourrons-nous défendre la beauté où qu’elle soit? Le peuple de Saint-Pétersbourg défia une entreprise colossale, Gazprom, qui voulait construire une tour de 100 étages dans son centre historique. La bataille dura cinq ans. Les habitants de Saint-Pétersbourg, soutenus dans le monde entier, ont fini par gagner! Les Parisiens peuvent aussi faire confiance à un soutien international. Les amoureux de Paris ne se comptent plus!

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SOURCE : Le Figaro

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