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14/02/2020

Saint Valentin

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Saint Valentin de Terni

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13/02/2020

La stratégie de la "saturation"​...

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Par Pierre Duriot

Les coups de couteaux, viols, incendies, agressions, caillassages, attentats soigneusement camouflés, par une certaine presse... sont devenus quotidiens. Les efforts financiers entrepris par ce gouvernement pro-immigration, avec l'argent du contribuable, en direction des quartiers, de leurs structures, de leurs écoles et des populations issues d'une certaine immigration, ce sont soldés par un record de voitures brûlées et une montée sans précédent des crimes et délits de plus en plus violents, grave et barbares.

A ce point, que la presse n'en parle même plus. Ils sont entrés dans le quotidien de nos concitoyens et chacun se met à l'abri comme il peut, en sachant que tout acte de défense pourra se retourner contre lui. Le quidam est donc condamné à modifier ses habitudes, ses comportements.

A Londres, on a parlé de White-Flight, cet exode des populations blanches aisées qui ont fui les quartiers multiculturels devenus invivables.

En France, sans statistiques ethniques, le phénomène est plus difficile à appréhender mais la séparation entre les communautés s'accroît également et avec elle, l'ensemble des délits mentionnés plus haut. Se met lentement en place un phénomène répertorié dans le monde animal, quand, pour avoir le dessus sur un prédateur, les proies utilisent la stratégie du nombre. En sacrifiant, certes, quelques uns des leurs, ils noient l'assaillant sous le nombre et arrive à passer, comme un troupeau de gnous traversant en masse une rivière, malgré les crocodiles. C'est ce qui se passe depuis quelques temps, quand la multiplication des actes délictueux, fixe, tient sur le qui-vive, puis submerge les forces de l'ordre, sollicitées à outrance et attaquées désormais jusque dans leurs cantonnements et plus seulement sur le terrain, lors des interventions.

Les racailles connaissent la lenteur et la précision de nos procédures, savent également que leurs peines seront faibles, rarement totalement exécutées et que le moindre vice de forme leur sera bénéfique. Et de toute façon, elles se retrouvent entre elles, dans des prisons déjà surpeuplées où elles continuent la stratégie à l'encontre du personnel pénitencier.

Viendra rapidement un moment où forces de l'ordre, système judiciaire, administration pénale, ne pourront plus faire face, submergés par le nombre et la complexité des procédures, à tel point qu'ils deviendront inopérants, selon leur forme habituelle. La justice d'une démocratie se retrouvera ainsi, d'ici peu, au train où vont les choses, totalement inefficace face à cette stratégie, concertée ou non, de « saturation ».

Une velléité de survie commanderait de mettre en place une autre forme de gestion des délits, adaptée à des gens qui, objectivement, nous font la guerre. Procès expéditifs, procédures raccourcies, classement sans suite des violences policières nécessaires pour garantir le retour au calme... ce gouvernement en est capable, c'est un peu ce qu'il a fait avec les Gilets-Jaunes.

 

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SOURCE : Pierre Duriot sur Linkedin

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Révolution...

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12/02/2020

Les Arabes israéliens disent non à la Palestine

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La zone en teinte grise constitue le Triangle (aplati) de Galilée

 

La vision « De la paix à la prospérité » élaborée par l'administration Trump avec force détails, contient de nombreux éléments dont certains ont actuellement des répercussions en Israël et parmi les Palestiniens.

En d'autres termes, personne ne sera expulsé mais c'est la frontière d'Israël qui sera déplacée de façon à en exclure le Triangle qui serait ainsi rattaché à l'Autorité palestinienne et, demain (peut-être) à l'État de Palestine.L'un des plus surprenants traite d'une zone connue sous le nom de « Triangle de Galilée » (ou plus simplement « le Triangle »), une région d'Israël située le long de la frontière avec la Cisjordanie et peuplée d'une grande majorité d'Arabes au nombre d'environ 300.000. Le Plan Trump « envisage la possibilité, moyennant l'accord des parties, de revoir le tracé de la frontière d'Israël de façon à ce que les communautés établies dans le Triangle soient intégrées à l'État de Palestine. »

L'idée de déplacer la frontière n'est pas neuve : plusieurs chefs de gouvernement israéliens l'ont émise notamment Ariel Sharon en février 2004, Ehud Olmert en octobre 2007 et Benyamin Netanyahou en janvier 2014. Par ailleurs, le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, l'a également évoquée en septembre 2016.


Ariel Sharon (à droite), Ehud Olmert et Benyamin Netanyahou

 

Bien qu'elle présente l'attrait d'une solution gagnant-gagnant élégante et simple à une cause d'irritation pour les deux parties – les Israéliens veulent moins de Palestiniens dans leur pays, les Palestiniens veulent vivre en Palestine – cette idée est en réalité truffée de complications. Deux problèmes se posent :

Premièrement, l'écrasante majorité des personnes résidant dans le Triangle préfère rester en Israël comme le montrent quantité de preuves empiriques, de déclarations de responsables politiques et d'enquêtes d'opinion réalisées depuis 15 ans. Certains de ces résidents mettent en évidence le fait qu'ils considèrent Israël comme leur chez eux. D'autres mettent l'accent sur le fait que les conditions de vie en Israël sont supérieures à celles, plus défavorables, de l'Autorité palestinienne.

À titre d'exemple, le maire islamiste d'Oumm al-Fahm, la ville israélienne comptant la plus forte majorité musulmane, a répondu négativement à la proposition de Sharon en disant : « La démocratie et la justice en Israël sont meilleures que la démocratie et la justice dans les pays arabes et islamiques. » Autre exemple, Ahmed Tibi, un député au parlement israélien farouchement antisioniste, a qualifié l'idée d'un contrôle par l'Autorité palestinienne de « suggestion dangereuse et antidémocratique. »

En février 2004, un centre de recherche arabe a constaté que les Arabes sondés préféraient, à 10 contre 1, rester des citoyens israéliens. Deux sondages effectués en décembre 2007 arrivaient aux mêmes conclusions avec un ratio de 4,5 contre 1. Un sondage réalisé en juin 2008 a révélé que les Arabes israéliens préféraient, à 3,5 contre 1, Israël à « n'importe quel autre pays au monde ». Un sondage de juin 2012 a révélé le même ratio pour la même question. Un sondage de janvier 2015 a constaté que 2 Arabes contre un se disaient fiers d'être Israéliens.

Aucun sondage n'a été réalisé depuis la publication du Plan Trump. Toutefois, Ayman Odeh, le chef de la Liste unifiée, a déclaré sur un ton de défi : « Personne ne nous privera de la citoyenneté du pays où nous sommes nés. » Les maires de trois villes citées nommément dans le Plan ont rejeté sans ménagement l'idée d'intégrer celles-ci à une future Palestine. Des protestations ont suivi. Les médias arabes israéliens ont réagi en s'opposant tous « sans exception » à cette idée. L'opinion arabe israélienne est sans équivoque tout autant que paradoxale.


Le 1er février 2020, les députés de la Liste unifiée ont mené à Baqa al-Gharbiya une action de protestation contre le Plan Trump. On peut observer la présence de huit drapeaux palestiniens et l'absence de drapeaux israéliens même si les participants demandent de continuer à faire partie d'Israël.

 

Deuxièmement, si la perspective d'un mouvement de frontière devient réelle, les Arabes israéliens peuvent exercer et exerceront leur droit en tant que citoyens d'Israël de quitter le Triangle pour aller vivre dans une région qui ne devrait pas être cédée à Mahmoud Abbas & Co. Cela s'est déjà produit à Jérusalem où, pour éviter de se retrouver en Palestine, les résidents arabes se sont déplacés en nombre important vers des zones à prédominance juive comme French Hill et Pisgat Ze'ev (des zones que, soit dit en passant, l'Autorité palestinienne considère comme des colonies israéliennes illégales). L'éminent journaliste Khaled Abu Toameh, qui vit dans une « colonie juive », se qualifie lui-même non sans humour de «colon arabe».

Le même mouvement se produit hors du Triangle. Ainsi Jalal Bana rapporte que « pratiquement sous le radar, nous avons observé un phénomène intéressant où de nombreux résidents du Triangle ont acheté des propriétés dans des villes juives. ... Certains y ont même emménagé. ... Cette tendance pourrait désormais s'accentuer : les jeunes couples ... préféreront acheter des appartements dans des endroits comme Harish et Netanya pour y vivre. »

Ainsi, alors que le transfert israélien du contrôle du Triangle de Galilée au profit des Palestiniens semble être une solution gagnant-gagnant élégante et simple, il est malheureusement irréalisable. Le gouvernement israélien l'aurait apparemment rejeté.

Il va sans dire que le sujet ne manque pas d'ironie. Ces Arabes israéliens qui manifestent à cor et à cri leur mépris pour l'État juif et qui font l'éloge des assassins d'enfants juifs (voyez les extrémistes qui leur servent de représentants au parlement) sont les mêmes qui espèrent y rester envers et contre tout plutôt que faire partie de la Palestine. La suggestion de Trump les rendra peut-être un rien plus réalistes, plus sobres et plus loyaux envers leur pays.

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SOURCE : Daniel Pipes

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Propagande...

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11/02/2020

La politique énergétique absurde de l’Union européenne pourrait bien donner lieu à d’autres "Brexit"

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Obsédée par ses objectifs de réduction d’émission de CO2, l’Union européenne entend contrôler les modes de vie de chacun..

 

Par Mickaël Fonton

 

Embarquée dans une transition énergétique irréaliste, l’Union européenne risque d’aggraver le désamour qu’elle suscite déjà, estime Samuel Furfari, professeur à l’Université Libre de Bruxelles, Président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels.

Comme tous les divorces, le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne après 47 ans est douloureux. La majorité des britanniques oublie l’énorme apport de l’UE depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les « brexiters » oublient que c’est grâce à elle et au soutien indéfectible des États-Unis que nous avons vaincu l’URSS et son communisme mortifère. Plus encore que la paix, l’UE a surtout réalisé la réconciliation entre les peuples, qui est une tâche plus délicate.

En 1919, à Versailles, on a négocié la paix, mais le traité n’a pas apporté la réconciliation. Comment celle-ci était-elle possible alors que ce traité, on le mentionne rarement, imposait à l’Allemagne vaincue de ne consommer que 78 millions de tonnes de charbon sur les 139 millions consommés avant la guerre ? On précise rarement aussi que le fameux économiste britannique John Maynard Keynes, que bien des États membres de l’UE s’empressent d’invoquer pour dépenser l’argent qu’ils n’ont pas, a quitté la délégation britannique parce qu’il refusait de cautionner cette mesure inique. Il fustigea cette erreur dans son livre, « Les Conséquences économiques de la paix », publié dès 1919.

Pourriez-vous vivre en 2020 en consommant la moitié de l’énergie que vous avez consommée en 2019 ? Non, bien sûr. C’est pourtant ce qui a été imposé au peuple allemand. Ce fut la première erreur majeure de l’Histoire en géopolitique de l'énergie. Robert Schuman a retenu la leçon, puisque cinq ans et un jour après la fin de la seconde guerre mondiale, il a proposé la réconciliation en utilisant cette fois comme outil l’abondance de l’énergie plutôt que sa pénurie. N’oublions pas en effet que la construction et la réconciliation européennes ont vu le jour grâce à la mise en commun des principaux éléments qui servaient à faire la guerre – l’acier et le charbon, l’énergie de l’époque –, le traité CECA étant la base de la paix et la réconciliation.

On observe aujourd’hui un désamour pour l’Union européenne, qui se manifeste entre autre par le Brexit. Il est temps de s’interroger sur les raisons d’un tel échec, car les divorces sont toujours des échecs. Très souvent, les torts sont partagés et l’UE serait bien inspirée de procéder à une analyse objective des siens. Les peuples aiment la liberté et ils perçoivent que l’UE s’ingère de plus en plus dans la vie intime des citoyens. Même si ce n’est pas le plus facile à saisir, il est crucial de comprendre que la « transition énergétique » est un de ces domaines capables d’influer profondément sur le quotidien des citoyens européens. Sans énergie, pas de vie, l’énergie est le sang qui coule dans les veines de l’économie et elle est même beaucoup plus décisive aujourd’hui qu’à l’époque du traité de Versailles.

C’est si vrai qu’en juin 1955 lors de la conférence ministérielle de Messine, qui devait jeter les bases des traités de Rome et Euratom, les pères fondateurs de l’Union ont compris qu’il n’y aurait pas d’avenir pour la Communauté européenne sans énergie bon marché et abondante. Or, la transition énergétique fait strictement l’inverse : sous prétexte de drastiquement couper les émissions de CO2, on veut à la fois utiliser moins d’énergie et faire en sorte que celle-ci soit de plus en plus chère. Pour cela on promeut les onéreuses énergies renouvelables et on taxe encore plus l’énergie fossile. Le vrai but de tout ceci étant de forcer les citoyens à consommer moins, à renoncer précisément à tout ce qui a fait la réussite sociale et humaine de l’Europe. C’est une négation de soi.

Bien entendu, les mesures visant la réduction de la pollution atmosphérique ou des eaux sont indispensables, de même que la quête de l’efficacité énergétique dont on rappellera cependant que, contrairement à ce que croient beaucoup de gens, elle est intrinsèquement liée à l’économie de marché. Dans un monde compétitif et transparent, l’inefficacité énergétique conduit à la perte de compétitivité et in fine à la faillite des « paresseux de l’efficacité énergétique ». Passons…

Ce qui se prépare, de manière évidente parfois, comme la promotion du véganisme, ou de manière plus sournoise à travers les directives de l’UE, c’est le contrôle de tous les aspects de notre vie quotidienne. Nul besoin d’attendre les méfaits d’une future intelligence artificielle, le contrôle se fera via votre consommation d’énergie. Richard Lindzen, grand climatologue, professeur au MIT, membre du GIEC, avait écrit il y a quelques années : « si vous contrôlez les émissions de CO2 vous contrôlez la vie ». Le moindre de nos gestes quotidiens dépend de la consommation d’énergie. Sans énergie il n’y a plus aucune activité humaine. C’est pourquoi le reste du monde, pragmatique, va continuer de tourner en utilisant des énergies fossiles.

Le rêve d’arriver à 100% d’énergie renouvelable va se fracasser inévitablement contre le double mur de la réalité physique (l’intermittence du renouvelable exige un appoint non renouvelable) et des chiffres : dans l’UE on ne produit que 2,5% de notre consommation d’énergie primaire à partir d’énergie éolienne et solaire malgré des dépenses de plus de mille milliards d’euros depuis 20 ans ! Redisons-le : limiter les émissions de CO2, c’est limiter notre consommation d’énergie, et donc le bien-être élémentaire mais aussi les systèmes éducatifs et de santé, dont tous les pays en développement rêvent pour leurs citoyens, et que ceux-ci recherchent jusqu’à risquer leur vie. Le drame, c’est que le sacrifice énorme des citoyens de l’UE (pour éliminer les 8% du total mondial qu’ils représentent depuis le départ du Royaume-Uni) sera complètement inutile.

Donald Trump a bien compris ces enjeux et en a fait un argument de pré-campagne électorale. Dans un discours prononcé ce 30 janvier dans l’Iowa, il a fustigé ses adversaires en disant à son auditoire, dans un résumé saisissant, « ils veulent tuer vos vaches ce qui signifie que vous allez suivre ». La frénésie pour nous imposer la réduction de notre consommation d’énergie touche en effet tous les aspects de notre vie, depuis l’alimentation jusqu’au transport, en passant par la culpabilisation de ceux qui prennent l’avion ou qui vont en vacances. L’affaire du climatologue Jean Jouzel, conspué par les Verts pour avoir donné des conférences sur la transition écologique à bord d’un navire de croisière, montre non seulement un exemple d’arroseur arrosé mais aussi le caractère obsessionnel de l’inquisition écologiste. A Berlin, les ONG environnementales vont même jusqu’à conseiller de ne plus tirer la chasse des toilettes que de temps en temps pour sauver la planète, comme si l’eau, (par ailleurs renouvelable et recyclable) économisée à Berlin pouvait être apportée dans les pays plus secs.

Concluons avec les Britanniques : il y a quelques années Tony Blair et Gordon Brown avaient envisagé un projet de « carte de crédit carbone » accordant un crédit limité de consommation de CO2 aux citoyens britanniques. L’idée n’a pas été poursuivie, mais elle est toujours bien présente dans la tête de certains. Si la majorité des députés européens continue à vouloir contrôler notre façon de vivre avec la complicité des « capitalistes verts» qui aiment vivre des crédits européens, les citoyens finiront par rejeter encore un peu l’Union. Si celle-ci mute définitivement en un lieu de contrainte et de contrôle, au lieu de demeurer un espace de liberté et de bien-être, d’autres Brexits auront lieu. Acclamons Robert Schuman et la conférence de Messine et rejetons le nouveau Versailles qu’on nous prépare.

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SOURCE : Valeurs Actuelles

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Dictateur...

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10/02/2020

Hélium ?

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Elisabeth Roudinesco : "Dolto, Foucault, Matzneff : on ne fait plus la différence entre pédophiles et penseurs"

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Propos recueillis par Eric Favereau

 

Avec l’affaire Matzneff ont ressurgi des propos de Françoise Dolto sur la pédophile et la violence conjugale. Des propos qui, hors de leur contexte, et même s’ils méritent la critique, alimentent, selon l’historienne, une «légende noire» autour de la psychanalyste et de la psychanalyse. Elle pointe aussi la responsabilité des représentants de la discipline, isolés dans leur forteresse, se posant en victimes d’un complot.

En 1979, la revue féministe Choisir la cause des femmes publie, dans le cadre d’un ensemble sur «les enfants en morceaux», un long entretien avec la psychanalyste Françoise Dolto. A l’occasion de l’affaire Vanessa Springora-Gabriel Matzneff, le Canard enchaîné a reproduit le 8 janvier de larges extraits de cet article. La psy pour enfants y tient des propos déroutants, pour ne pas dire révoltants. On l’interroge sur les femmes battues, elle répond : «C’est le mari qui doit être aidé et non la femme battue.» Sur l’inceste, elle lâche : «Dans l’inceste père-fille, la fille adore son père et est très contente de pouvoir narguer sa mère !» Propos ahurissants, qui le sont d’autant plus aujourd’hui. L’affaire Matzneff a aussi déclenché une mise en cause d’intellectuels de renom, dont Françoise Dolto, accusés de complaisance vis-à-vis de la pédophilie à l’époque, ce qui est inexact dans le cas de la célèbre psychanalyste. Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, revient sur cette violente polémique. Et tente de comprendre pourquoi le monde de la psychanalyse va si mal aujourd’hui.

-- Comment réagissez-vous à la polémique autour de certains textes de Françoise Dolto publiés dans le Canard enchaîné en janvier ?

Françoise Dolto tenait souvent des propos insensés, notamment quand elle a commencé à être célèbre et qu’elle répondait n’importe quoi à n’importe qui. Dans toutes les citations bien connues, recueillies depuis des lustres sur Internet, c’est toujours la même litanie : elle prend les enfants pour des adultes parce qu’elle leur reconnaît, à juste tire, un statut de sujet, confond l’inconscient avec le conscient et accumule des cas particuliers tirés de sa clinique, comme si elle s’adressait à un cercle d’initiés : les femmes battues désirent «inconsciemment» être battues, les enfants aiment séduire «inconsciemment» les adultes, notamment leurs pères, etc.

-- Cela s’appelle un dérapage, non ?

C’est plus grave qu’un dérapage, car le défaut majeur de ces propos, c’est de laisser croire à la puissance absolue de toute forme d’interprétation, fût-elle un délire du psychanalyste lui-même. Rien ne prouve en effet que toutes les femmes battues désirent «inconsciemment» être battues et que tous les enfants aiment «inconsciemment» séduire sexuellement des adultes. Et même si, au cours d’une cure, un tel constat peut être fait, en aucun cas on ne doit tirer d’un cas particulier une théorie générale, et en aucun cas on ne doit laisser un sujet en souffrance se complaire dans une telle situation. Surtout s’il s’agit d’un enfant qui n’est jamais consentant, quelle que soit la séduction qu’il puisse exercer sur un adulte.

Le problème, c’est que ces citations ne dépassent pas cinquante pages au regard d’une œuvre d’une trentaine de volumes. Et les attaques sont récurrentes. Cela permet d’occulter l’apport de Dolto dans le domaine de l’enfance. Le réductionnisme est toujours l’idéologie des imbéciles, que ceux-ci soient les adeptes d’une légende rose (Dolto a toujours raison, elle est géniale), ou les fanatiques d’une légende noire (elle est pédophile et vichyste).

-- Mais peut-on se contenter de cet argument ?

Evidemment non. Et c’est là qu’il faut critiquer la publication des œuvres posthumes de Dolto.

-- C’est-à-dire la censurer ?

Catherine Dolto, détentrice du droit moral sur les œuvres de sa mère, a écrit que celle-ci ne voulait pas que ses propos de 1979 soient reproduits car on lui faisait dire n’importe quoi : c’est exact. Mais pourquoi avoir laissé traîner, depuis trente-deux ans, toutes ces citations ? Pourquoi n’avoir jamais publié, avec des notes en bas de page, et de façon chronologique, la totalité des textes de Françoise Dolto ? Si cela avait été le cas, les citations auraient été replacées dans leur contexte, quitte à en faire une critique sévère. Depuis 1988, de nombreux livres, avec des passages insensés, ont été publiés dans le désordre et ils se sont vendus comme des best-sellers. Les adorateurs de Dolto vivent dans le culte évangélique de leur «sainte mamie», et face à l’adversité qui est rude, ils réagissent par l’indignation et le rejet de toute rationalité.

-- Ces propos de Dolto surgissent dans un contexte particulier, où la psychanalyse est profondément attaquée.

Oui, c’est un désastre. Dans une période où les ligues de vertu s’emploient à réviser les textes du passé, on ne fait plus la différence entre des pédophiles et des penseurs qui ont signé des pétitions favorables à la dépénalisation de l’homosexualité ou contre des lois abusives sur le détournement de mineurs. En bref, on met dans le même sac Dolto, Foucault, Matzneff, Deleuze, Cohn-Bendit : tous violeurs d’enfants.

-- Mais Lacan aussi pouvait avoir des propos insensés...

C’est différent. Françoise Dolto n’a pas la dimension intellectuelle de Lacan. Tous les deux formaient un couple fascinant, l’un avec la puissance conceptuelle, l’autre avec son génie clinique de l’enfance. Pour mettre fin à cette binarité - hagiographie d’un côté et démonologie de l’autre -, il faudrait une vraie biographie - comme celle que j’ai écrite sur Lacan en 1993 - et qui mette Dolto à sa vraie place de fondatrice de la psychanalyse de l’enfant en France, et en France seulement, et dont l’enseignement oral a fait merveille : fort heureusement, il y en a des traces, avec des transcriptions, des films et des émissions de radio. Mais elle n’a pas le statut de Melanie Klein ou de Donald Woods Winnicott, qui ont inventé de nouveaux concepts et dont les œuvres sont traduites et lues dans le monde entier, alors que Dolto est peu connue à l’étranger, notamment dans le monde anglophone.

La vie de Dolto est passionnante. Elle s’est arrachée, par la psychanalyse, à son milieu d’origine : l’extrême droite d’Action française. Il faut comparer son itinéraire à celui de Simone de Beauvoir et de bien d’autres femmes de sa génération qui ont su, par le travail et les études, se dégager de leur milieu.

-- Certes, mais c’est un coup porté encore sur la psychanalyse. Les propos de Dolto ne sont pas inventés par les médias…

Bien sûr qu’ils ne sont pas inventés, mais ils les ont manipulés de façon haineuse. Quant à la crise de la psychanalyse, dont l’enseignement est à l’agonie à l’université et a disparu des études de psychiatrie, les principaux responsables en sont les psychanalystes eux-mêmes, ceux de la génération née entre 1945 et 1965. Ils n’ont pas su combattre l’antifreudisme radical qui a explosé dans les années 90. Ils se sont isolés dans une forteresse sans changer ni leurs cursus ni leur conception binaire de l’histoire, se posant en victimes d’un complot de leurs ennemis, lesquels sont bien souvent stupides. Enfin, ils ont fait preuve d’une homophobie insupportable face aux changements de l’ordre familial. En 1999, réagissant au pacs, certains ont même dit que le mariage homosexuel était impossible car contraire au complexe d’Œdipe.

-- Mais pourquoi particulièrement les psychanalystes français ?

En effet, c’est un phénomène strictement français, même si le déclin existe ailleurs. Dans les autres pays, les psychanalystes vont beaucoup mieux qu’en France, ils se sont adaptés à la réalité, ont modifié leurs formations, n’ont pas méprisé les psychothérapies et ont fait preuve d’une vraie ouverture envers les historiens du domaine. Les psychanalystes français se sont pris pour supérieurs aux autres car ils pouvaient s’enorgueillir d’avoir eu Lacan, le dernier grand penseur du freudisme dont l’œuvre rayonne dans le monde entier et ne leur appartient plus du tout, comme celle de Freud d’ailleurs. A cet égard, les lacaniens idolâtres et les antilacaniens fanatiques se ressemblent : Lacan est leur objet fétiche.

-- Vous êtes bien sévère !

Non, je suis lucide. Les psychanalystes français ont fait de cette magnifique discipline une sorte de machine à tout interpréter : la politique, l’histoire, les événements, la subjectivité, etc. Et les médias adorent les convoquer pour fabriquer le profil psychologique de tel ou tel personnage célèbre (Macron, Sarkozy ou Strauss-Kahn), ce que j’ai appelé la psychologie de bazar.

-- Au passage, les analystes se sont braqués contre toute évaluation de leurs pratiques…

Si l’on veut évaluer les cures psychanalytiques à l’aune des principes de l’Inserm, cela ne va pas. Car on est dans le domaine de la subjectivité et le modèle diagnostic-traitement-guérison ne convient pas. Les comportementalistes ont eu le tort de croire que c’était possible et je leur souhaite bonne chance, ils vont droit dans le mur en se prenant pour des savants au même titre que les neurologues ou les biologistes

-- Mais qu’aurait-il fallu faire ?

Ranger la psychanalyse dans le domaine des sciences humaines, et certainement pas du côté d’une psychologie dite «scientifique». Il faut créer, comme partout dans le monde, des instituts privés pour former des psychanalystes en trois ans, après un cursus universitaire solide, et cesser de pratiquer des cures interminables, souvent silencieuses avec des interprétations qui ne tiennent pas debout. Il faut tirer la leçon des erreurs du passé et comprendre la formidable explosion des psychothérapies ainsi que la demande des patients qui, aujourd’hui, ne vont ni vers la psychanalyse ni vers le comportementalisme, mais vers le coaching, la méditation et autres thérapies qui n’ont rien de scientifique : soyez heureux dans un corps en bonne santé (happycratie), etc.

-- Quel avenir alors pour la psychanalyse ?

Ce qui va dominer, c’est la culture psychanalytique qui traverse l’art, la littérature, la philosophie. Freud est devenu un penseur incontournable dans le monde entier. Les débats entre historiens, philosophes et littéraires sont d’une grande richesse. Les cliniciens français doivent cesser d’être à la fois arrogants et déprimés.

-- Vous oubliez le bulldozer des neurosciences qui se prennent pour l’alpha et l’oméga de la raison…

C’est trop facile d’accuser les neurosciences. Pour autant, la croyance que tout est cérébral est une folie. Et pour un peu, les adeptes des neurosciences risquent d’être pris dans le même délire interprétatif que les psychanalystes. Il faut une triple approche pour traiter les maladies de l’âme : la chimie (psychotropes), l’environnement social, le psychisme (cure). Etre totalitaire, c’est aller vers l’échec.

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Dernier ouvrage paru : Dictionnaire amoureux de la psychanalyse, éd. Plon /Seuil (2017)

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SOURCE : Libération

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Ce que vous avez donné...

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09/02/2020

Droit...

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Une collégienne

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Ce pays est de plus en plus à ramasser à la p'tite cuillère... 

 

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Même pas peur...

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Audition devant la commission d’enquête sénatoriale

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Le mercredi 29 janvier 2020, Mohamed Louizi était auditionné par la "Commission d’enquête du Sénat sur les réponses apportées par les autorités publiques au développement de la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre". Voici le compte-rendu de son audition [1]...

 

Mme Nathalie Delattre, présidente -- Nous recevons maintenant M. Mohamed Louizi, que je remercie d’avoir accepté notre invitation. Monsieur, vous avez publié plusieurs ouvrages et chroniques dans lesquels vous témoignez notamment de votre passage chez les Frères musulmans.

Ce groupe représenterait aujourd’hui en France plusieurs milliers de personnes et aurait pour objectif la prise du pouvoir. Certains des experts que nous avons auditionnés ont insisté sur le fait que ce projet n’avait aucune chance de se réaliser. D’autres ont pointé le risque qu’ils font peser sur les Français de confession musulmane en s’immisçant dans l’organisation de la religion, en particulier de ce que l’on appelle l’islam de France.

Votre témoignage sur ce que sont les Frères musulmans, sur leur mode de recrutement et sur leur influence, nous intéresse donc particulièrement.

Je rappelle qu’un faux témoignage devant notre commission d’enquête serait passible des peines prévues aux articles 434-13, 434-14 et 434-15 du code pénal. Je vous invite à prêter serment de dire toute la vérité, rien que la vérité.

Conformément à la procédure applicable aux commissions d’enquête, M. Mohamed Louizi prête serment.

 

M. Mohamed Louizi, essayiste -- Je vous remercie pour ce travail d’utilité publique que vous menez dans un moment crucial pour la République française. Le monde traverse une période très compliquée, tant sur le plan sécuritaire que climatique. J’estime que les questions démocratique et climatique sont à placer au même niveau.

Je suis arrivé en France en novembre 1999. J’avais alors 21 ans et je venais poursuivre mes études. J’ai été approché par les Frères musulmans au Maroc dès l’âge de 13 ans, un âge où l’on est facilement entraîné par les activités proposées à une jeunesse laissée pour compte. À l’époque, il n’y avait que la famille, l’école, la mosquée et la rue. Le week-end, nous étions dans la rue. Je ne suis pas issu d’une famille riche. Mon père était imprimeur, puis, après un accident de la vie, un licenciement abusif, il est devenu chauffeur de taxi à Casablanca.

Dans ce contexte, des gens ont cru intéressant de proposer à cette jeunesse des activités supposées les aider à ne pas tomber dans le décrochage scolaire ou la drogue. Il s’agissait de sport, de camps de vacances. Tout était gratuit. Cela commençait par un contact convivial dans un match, puis on nous proposait de boire ou de manger quelque chose, pour enfin nous inviter dans une mosquée du quartier.

Les moyens d’approcher les cibles de l’islamisme sont divers : donner un peu d’argent, acheter des médicaments, un pantalon… Pour quelqu’un qui n’a jamais reçu de cadeau de sa vie, cela représente beaucoup.

Plus tard, on me dira que tous les jeunes qui sont en train de dealer de la drogue sont loin du droit chemin, de la voie du prophète, de l’exemple des compagnons. Les personnes qui me prennent en charge semblent avoir réussi socialement, ce sont des instituteurs, des commerçants.

Une fois cet attachement sentimental établi, on invite l’enfant à apprendre quelques versets du Coran. Chaque semaine, l’interprétation des textes prend plus de temps que la lecture des versets. Dans chaque quartier, des cellules se forment ainsi autour d’un instructeur et de quelques enfants. Puis nous partons en vacances au bord de la mer, gratuitement. Imaginez la joie d’un enfant qui n’a jamais quitté Casablanca !

La deuxième année, on nous apprend que le prophète a dit que celui qui guide quelqu’un vers le droit chemin aura une rétribution. On nous demande alors d’inviter un ami, de préférence un élève brillant.

La troisième année, on cible certains enfants de manière beaucoup plus assidue. On leur propose la lecture de certains livres, notamment de Qaradawi et d’Hassan al-Banna.

En 1996, la confrérie décide de proposer à quelques-uns - trois ou quatre sur une cinquantaine de personnes - de lui prêter allégeance. On flatte mon ego, on me propose de canaliser mon énergie dans un cadre un peu plus organisé. Tel fut le processus d’endoctrinement, en tout cas pour moi.

On prête allégeance comme dans une société secrète. Ce sont les Frères musulmans qui vous choisissent au terme d’un processus de cooptation. On est alors relié à une transcendance, à Dieu lui-même. Tous les droits et devoirs découlent de ce lien à Dieu. Parmi les piliers de l’allégeance, on compte l’obéissance, le djihad, l’effort. On exécute les ordres, sans chercher d’excuse ou de prétexte.

En outre, cette allégeance a pour conséquence de ne plus se sentir lié à sa patrie, pour moi à la nation marocaine. On appartient à quelque chose qui la transcende : l’Oumma islamique. Tant que je ne reçois pas d’ordre de ma direction, je n’ai aucune opinion sur les actions entreprises, ou les propos tenus par le roi du Maroc. Mais, lorsque le guide-suprême des Frères musulmans donne un ordre, même si celui-ci se trouve dans un autre pays comme l’Égypte, le Qatar ou encore en Turquie, sa parole est sacrée.

Je me souviens qu’en 1997/1998, Laurent Gerra devait se produire à Casablanca. Je ne le connaissais pas. Toutefois nous avons reçu l’ordre de boycotter son spectacle car les responsables des Frères musulmans au Maroc nous disaient qu’il est « juif et sioniste qui défend Israël ». Nous avons empêché l’organisation de ce spectacle. Nous avons exécuté cet ordre, sans réfléchir.

J’ai prêté ma première allégeance aux Frères musulmans marocains en 1996. Je suis arrivé en France en 1999, et moins d’une semaine après mon arrivée, j’ai été approché par les Frères musulmans, à savoir l’UOIF. De manière très concrète, du Maroc je suis arrivé en bus qui m’a posé à côté de la Gare Lille-Flandres le samedi soir. Le vendredi suivant j’ai fait la connaissance des Frères musulmans locaux dans une salle de prière qu’ils tenaient à la Cité scientifique à Villeneuve d’Ascq, au cœur de l’Université de Lille 1. L’imam était frère musulman. La connexion était faite. Je n’étais plus dépaysé.

Mme Jacqueline Eustache-Brinio, rapporteur -- Quand avez-vous quitté les Frères musulmans ?

M. Mohamed Louizi -- Le premier contact que j’ai eu avec les Frères musulmans en France date de novembre 1999. On m’a proposé dans l’année de rejoindre l’UOIF. Toutefois, je n’avais pas l’autorisation de mon responsable à Casablanca. J’ai dû attendre l’été, mon retour à Casablanca et l’obtention de son autorisation pour rejoindre cette organisation. J’ai prêté allégeance à l’UOIF l’année d’après, et y suis resté jusqu’en octobre 2006. J’étais président de l’association des étudiants musulmans de France-Lille ainsi que secrétaire administratif de l’association cultuelle de la mosquée de Villeneuve d’Ascq (AAEC) et vice-président chargé de la culture de son association culturelle (ACEV).

Mme Jacqueline Eustache-Brinio, rapporteur -- Qu’est-ce qui vous a fait quitter les Frères Musulmans ? À quelles difficultés avez-vous été confronté ?

M. Mohamed Louizi -- J’ai quitté les Frères musulmans principalement en raison d’une rupture idéologique et du concept de non-violence. Ce cheminement s’est fait entre 2004 et 2006. Le 4ème pilier de l’allégeance aux Frères musulmans est le djihad armé. On le retrouve dans « l’épitre des enseignements » écrite par Hassan Al-Banna et traduite en français par Médiacom, société frériste. Hassan Al-Banna consacre au djihad armé un chapitre entier dans ses épîtres : « L’épître du djihad » que j’ai traduite intégralement dans Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans. Or, au Maroc, la question de l’usage de la force pour opérer un changement de la société ne se posait pas. En effet, les Frères musulmans marocains, à la suite de l’assassinat d’un cadre socialiste, Omar Benjelloun, en 1975 et sous la pression étatique et populaire, ont été obligés de se prononcer en faveur de la solution pacifique, et de prendre leur distance avec la violence. Certes, certains éléments contredisent les discours, mais de manière générale, la question de la violence pour changer les choses au Maroc ne se pose pas. J’ai donc été étonné de découvrir en France, lors de l’étude de ces épîtres la place qu’occupe le djihad armé dans les esprits. Par ailleurs, je suis tombé sur un livre que j’avais ramené avec moi depuis le Maroc, écrit par un auteur syrien, Jawdat Saïd, intitulé Doctrine du premier fils d’Adam : la problématique de la violence dans l’action islamiste et publié, pour la première fois, en 1966. Ce livre prône la non-violence au sein du monde arabe. D’ailleurs son auteur est parfois surnommé « le Gandhi du monde arabe ». Les Frères musulmans ont combattu ce livre. Ils l’ont marginalisé. Mais l’année 1966 a également été marquée par l’exécution en Égypte de Sayyid Qutb, théoricien du djihad armé et auteur de Jalons sur la route, une référence pour les djihadistes. Le monde arabe était donc face à un choix : le recours au djihad armé ou la non-violence et le progrès. Nous avons débattu de ce sujet au sein de l’UOIF en 2003 et 2004, en vain.

Mme Sylvie Goy-Chavent -- Qui finance les Frères musulmans en France ? Quels moyens utiliser pour lutter efficacement contre leur propagande ? M. Mohamed Louizi -- Une petite partie de leur financement vient des membres ordinaires de la confrérie. Ils doivent en effet verser 2,5 % de leur salaire mensuel à la confrérie. Cela passe à 5 % lorsque vous vous élevez au sein de l’organisation. Enfin, lorsque vous êtes un moudjahidine, il n’y a plus de « plafond » de versement. La confrérie peut prendre l’ensemble de vos revenus. À cela s’ajoutent les sources de financement étrangères. Leurs provenances varient en fonction des décennies et sont plurielles. Ainsi, alors que les Émirats arabes unis combattent aujourd’hui les Frères musulmans, avant 2014, ils participaient à leur financement. Il en est de même pour l’Arabie Saoudite qui était également un financeur. Le Qatar a toujours aidé les Frères musulmans. Le livre de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, intitulé Qatar Papers le montre. D’ailleurs, ils n’ont présenté dans leur livre qu’une petite partie de l’ensemble des documents qu’ils ont pu collecter. J’ai participé à la conception du projet de la mosquée de Villeneuve D’Ascq. Dans plusieurs articles de La Voix du Nord datant de cette période, le président de cette mosquée expliquait que celle-ci était financée à 100 % par des fidèles français : 80 % des fonds proviennent de fidèles du Nord, et 20 % de fidèles se trouvant sur le reste du territoire français. Or, le livre Qatar Papers montre que cette affirmation est fausse : quelques millions d’euros viennent de la Qatar Charity. Je pense également que le Koweït a participé de manière officieuse au financement des Frères musulmans en France.

Vous m’interrogiez sur les moyens de combattre leur propagande islamiste. J’ai publié chez Fondapol une note intitulée Libérer l’islam de l’islamisme, dans lequel je fais plusieurs propositions. Certaines sont symboliques comme la ratification par les imams d’une charte républicaine. Mais l’une des recommandations me tient particulièrement à cœur : la protection de la jeunesse. Il est anormal que les Frères musulmans soient financés par l’argent public pour payer les salaires d’un certain nombre d’établissements privés dits musulmans. Or, dans les faits on est en présence d’une école privée d’idéologie islamiste. J’ai en tête au moins trois établissements scolaires : le lycée Averroès à Lille, le lycée Ibn Khaldoun à Marseille et le lycée Al Kindi à Lyon. Xavier Bertrand vient de supprimer les subventions pour le collège-lycée Averroès (45 000 euros). C’est un premier pas. Mon avocat et moi-même avions essayé d’obtenir les résultats du rapport d’inspection de l’académie de Lille réalisée au lycée Averroès, en 2015. Personne n’y a accès.

Il me semble également important de renforcer la traçabilité et la surveillance des flux d’argent étrangers. En outre, en ce qui concerne le CFCM, il faut abolir la règle de la représentativité au mètre carré. Cela donne une prime à la construction de mosquées cathédrales - c’est-à-dire à ceux qui bénéficient de financements extérieurs - qui obtiennent ainsi plus de délégués.

Mme Nathalie Delattre, présidente -- Nous avons bien compris à votre parcours que le processus d’embrigadement était très individualisé. Vous-même avez exercé des responsabilités vis-à-vis de la jeunesse, des étudiants notamment, et fait preuve de prosélytisme. Avez-vous un ordre de grandeur du nombre de jeunes vers lesquels vous avez mené des actions prosélytes ? Depuis votre départ des Frères musulmans, avez-vous pu reprendre contact avec ces jeunes ? Comment arrivez-vous à faire prendre conscience de la dérive frériste ? Est-ce difficile ? Aviez-vous des objectifs de prosélytisme par an ?

M. Mohamed Louizi -- Nous n’avions pas d’objectifs chiffrés. Le but était de trouver la perle rare. Cela pouvait prendre deux ou trois ans. Nous pouvions approcher trois étudiants, comme dix étudiants. J’estime de 1 000 à 1 500 frères musulmans en Europe - je parle des membres de la confrérie ayant prêté allégeance, pas des sympathisants, dont presque 800 en France. Lorsque j’ai quitté la confrérie en 2006, nous étions à peu près 600.

Je vous ai indiqué le rôle qu’a joué le chapitre sur le djihad armé dans mon départ des Frères musulmans. Cette réflexion m’a animé pendant trois ans. L’élément déclencheur de mon départ a été un débat que j’ai organisé à l’université de Lille 1 sur le recours à la violence. Un intellectuel musulman syrien qui participait à ce débat a expliqué qu’en démocratie, l’État disposait d’un monopole de la violence, du recours à la force. Lorsqu’un citoyen a un problème, c’est vers l’État qu’il doit se tourner pour résoudre celui-ci. L’État doit garantir le droit. Or, les Frères musulmans n’ont pas d’attachement à l’État - mais à la Oumma islamique - et ne le reconnaît en tant qu’institution, ainsi que ses valeurs, que lorsque cela lui est favorable. Amar Lasfar et deux de ses lieutenants ont assisté à ce débat. Cette manifestation a illustré pour moi le double discours des Frères musulmans : le discours public prônant la non-violence et celui moins pacifiste tenu au sein de la confrérie.

Deux autres personnes ont quitté les Frères musulmans en même temps que moi. Je me suis alors rendu compte du fonctionnement sectaire de cette confrérie, et de la forte pression sociale et familiale qu’elle exerçait. Par exemple, on a exigé de ma femme qu’elle divorce au motif que j’étais devenu apostat. Cela signifie que les Frères musulmans considèrent leur idéologie égale à celle de l’islam. Pour eux, quitter les Frères musulmans revient à quitter l’islam. Heureusement que je vivais en France… À partir de ce moment-là, tout se referme autour de vous. Par exemple, sur les quelque trois cents numéros enregistrés dans le répertoire de mon téléphone, seuls deux étaient encore en contact avec moi.

En mars 2007, j’ai décidé d’ouvrir un blog intitulé « Ecrire sans censures ! ». Auparavant j’intervenais sur un forum un peu communautaire appelé mejliss.com. Je garde des captures d’écran témoignant d’un déversement de haine. Il était impossible de débattre avec ces personnes. Toutefois, je me suis dit qu’au nom de l’éthique - car j’avais entraîné des personnes vers les Frères musulmans -, je devais témoigner. J’ai écrit douze articles d’une série intitulée Mosquée dans la cité : réalités et espoirs. Je raconte l’intérieur de la confrérie, de la direction d’une mosquée - en prenant celle de Villeneuve d’Ascq en exemple -, les tractations idéologiques qui s’y passent et la production du discours. J’en conclus à chaque fois que cette idéologie est mortifère. De 2007 à 2015, j’ai publié 250 papiers de blog. Au soir du 7 janvier 2015, je vois Amar Lasfar indiquant sur CNews que l’islam est la religion de la paix. C’est peut-être vrai, mais ce n’est pas l’islam des Frères musulmans. J’ai décidé de changer ma manière d’expliquer. Au début, je m’attaquais à l’idéologie. Désormais, je donne des noms de personnes et d’associations, pour expliquer comment le réseau s’organise. Peut-être que ce réseau ne prendra jamais le pouvoir en France. Toutefois, cela n’est pas important pour lui : il suffit qu’il prenne le pouvoir de l’autre côté de la Méditerranée et qu’il forme un noyau dur ici en infiltrant des sociétés, des partis politiques, des entreprises, des associations, des clubs de sport… Cela suffit largement. Depuis 2015, aucun journal français n’a osé republier les caricatures de Mahomet. Demandons-nous pourquoi.

Ce matin, j’ai entendu les déclarations de Mme Belloubet disant qu’insulter une religion est une atteinte à la liberté de conscience. C’est incroyable. Les islamistes arrivent à pousser le politique, à le faire reculer sur ce qui fait la sève de la République. Cela devient problématique et dangereux. La France de 1999 et celle de 2020 n’est plus la même ; je le regrette.

Mme Jacqueline Eustache-Brinio, rapporteur -- Nous avons rappelé cet après-midi à la ministre qu’il n’y avait pas en France d’atteinte à la liberté de conscience lorsque l’on critique une religion. Votre parcours est intéressant. Vous avez écrit un livre intitulé La République chez elle, l’Islam chez lui. On peut le généraliser à toutes les religions. Le ministre de l’intérieur m’a indiqué cet après-midi, pour nuancer les propos de la ministre de la justice, que l’État devait protéger les religions. Je ne suis pas sûre que ce soit son rôle. L’État doit-il protéger les religions ? Ne doivent-elles pas se protéger seules ? Que pensez-vous de l’AMIF (Association musulmane pour l’islam de France) puisque le président de la République veut s’appuyer sur celle-ci pour bâtir un islam de France ? Cela fait plus de dix ans que l’État français a pris l’initiative d’organiser la religion musulmane. De manière provocante, le meilleur moyen ne serait-il pas de dire que l’État n’a pas à s’en occuper ? Pourquoi s’acharner à vouloir organiser un culte alors que l’on n’y arrive pas ?

M. Mohamed Louizi -- Mon premier livre est sous-titré « Retour éclairé vers un islam apolitique ». Qu’est-ce qu’un islam apolitique ? J’ai donc écrit un deuxième livre : Plaidoyer pour un islam apolitique, immersion dans l’histoire des guerres des islams. J’estime que c’est une chance que la République ne fasse rien et laisse aux croyants faire ce travail de critique, de sape des fondations de l’islam politique. L’État n’a pas à dire ce qui est la bonne ou la mauvaise foi. Cela ne le regarde pas. Si l’État veut intervenir dans la gestion, qu’il transforme le CFCM en un syndic de copropriété des murs et meubles des mosquées. Tout ce qui est foi, conception philosophique ou pratiques religieuses ne le regarde pas. Dans cet islam politique, tout le corpus politique est contraire à l’islam tel que je le comprends. Je pense aux mutilations génitales ou à la viande halal. En 2003, l’État a décliné un certain nombre de sujets comme le halal ou les carrés confessionnels dans les cimetières. Dans un islam apolitique, il n’y a pas de place pour un carré musulman. Comment des organisations islamistes peuvent-elles prôner le vivre-ensemble mais exiger, en même temps, de l’État le mourir-séparé ? Ce n’est pas qu’une question juridique. Il y a quelques jours, se tenait à l’Élysée le 30ème anniversaire de la signature par la France de la Convention internationale des droits de l’enfant. Comment peut-on accepter en 2020 que des pratiques religieuses ancestrales restent pratiquées comme l’excision et la circoncision ? Ce débat existe entre les intellectuels arabes et musulmans. Pourquoi en France n’aurait-on pas le droit d’aborder ces questions ? L’État n’a pas à s’immiscer dans les débats internes à la religion, dans la critique de la religion. Il faut que l’État rappelle la liberté de conscience. C’est son devoir, mais qu’il laisse les fidèles de la religion mener le combat d’idées nécessaires pour sortir cet islam ancestral de l’impasse. Notre foi n’a aucun problème avec la modernité, la science, avec l’autre ou avec l’universel. Elle se conjugue à tous les temps mais à condition qu’elle ne définisse pas la loi, le contenu des assiettes, ne délimite pas les carrés pour les musulmans et les non-musulmans, comme pour prolonger dans l’au-delà la division islamiste du monde entre Dãr al-Islam (domaine de l’islam), d’un côté, de Dãr al-Harb (domaine de la guerre), de l’autre.

La déclaration de Mme Belloubet s’inscrit dans un processus. Ce n’est pas une phrase sortie de son contexte. Je souhaite évoquer le document rédigé par l’institut Montaigne en juillet 2016 intitulé « L’islam français, le connaître et l’organiser ». Ce document n’a jamais été publié. Quand je l’ai rendu public, Hakim el-Karoui ne l’a pas contesté, au contraire, il a certifié son authenticité sur mon compte Twitter. Il explique en des termes clairs le projet de l’AMIF, qui vise aussi « l’aggiornamento de la loi 1905 », avant même l’élection du Président de la République. S’en suivra un premier rapport de l’institut Montaigne, en septembre 2016, intitulé « Un islam français est possible ». Puis, deux ans plus tard, en septembre 2018, un deuxième rapport « La Fabrique de l’islamisme ». Entre deux, Hakim El Karoui va publier en janvier 2018 son livre L’islam, une religion française. Tout cela participe à créer un mouvement comme s’ils bénéficiaient de l’aval de l’État pour agir. Or, ils n’ont aucune légitimité. C’est un think tank. Ce n’est pas une assemblée élue. Ils peuvent faire des propositions, mais encore faut-il qu’elles soient conformes au cadre constitutionnel, à l’histoire de la France, à l’avenir auquel nous aspirons tous. Or, ce n’est pas le cas. Dans mon livre La République chez elle, l’islam chez lui, j’explique les liens entre l’institut Montaigne et le Qatar, je reviens sur plusieurs points factuels, pour expliquer que le projet de l’AMIF est favorable à l’islam politique, et notamment aux Frères musulmans. On a demandé à un certain nombre de Frères musulmans de se détacher de la confrérie pour ne pas faire tâche d’huile. Je pense à Tareq Oubrou et Mohamed Bajrafil. On veut nous vendre ce projet comme une solution. Or, ce n’est pas une solution, mais un danger.

La réunion est close à 18 h 40.

 

[1] Ce compte rendu est accessible ici, sur le site du Sénat

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Source : Blog de Mohamed Louizi

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