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14/12/2007

La Race d'Or.

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=



Alexandre VIALATTE - Chroniques de La Montagne - Robert Laffont - Bouquins 2000

« Il faut [...] se méfier de ces échelles du grandiose, escabeaux à pêcher la Lune ou trépied à manger le Soleil. Et, puisque nous sommes à Noël, nous en tirerons une belle morale. Car la Noël nous rappelle l'origine du message qui déclara que les hommes sont frères et égaux. Hitler découvrit au contraire que les hommes sont hiérarchisés. En bas il y a le Juif, en haut il y a l'Aryen, sur les échelons d'une échelle. L'échelle nazie fut la plus longue de toutes. Elle devait permettre en principe d'annexer Mars et de cueillir les étoiles. Au sommet se tenait Hitler. Et pour que la "race suprême" ne fût jamais perdue, il sélectionna des SS, les plus forts, les plus beaux, les plus représentatifs, et les plus belles femmes de l'Allemagne. Il les logea dans des "haras" humains comme celui de Lebesborn, baptisé La Fontaine de vie. C'était pour créer la "race d'or". Les enfants de ces héros seraient gracieux comme lui, sveltes comme Goering et bien faits comme Goebbels (c'était tout dire).
Le romancier américain W. Stanley Moss les a retrouvés petit à petit et vient de publier le résultat de son enquête : 60 % sont rachitiques et 23 % imbéciles. Toute la "race d'or" a les pieds plats !
La morale de cette aventure, c'est que plus l'échelle est longue, mieux on se casse la figure. »


<205 - 25 décembre 1956 p.470>

Alexandre VIALATTE

18:25 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : Alexandre Vialatte, SS, Nazis, Race d'Or | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Merci pour cette citation Nebo. C'est ainsi que Vialatte est grand. ;)

Écrit par : Tang | 15/12/2007

" Pourquoi ne se suicide-t-on pas ? Parce qu’il faut prendre le train, parce que qulqu’un appelle au téléphone, parce que la cloche sonne pour le diner.Rosseau avait tenté vingt fois de se jeter dans l’étang de Montmorency.
« Pourquoi ne l’avez-vous pas fait » lui demanda Diderot
« - J’ai mis la main dans l’eau… et je l’ai trouvée trop froide, » luidit Rousseau au bout d’un temps d’hésitation.
C’est ce qui prouve que l’eau tiède est bien plus agréable.
Et pourqui se suicide-t-on ? Par pudeur ; par orgueil, par modestie, par discrétion, par peur de la mort ou des gendarmes ; par lassitude, par vengeance, par plaisir, pour embêter le voisin, ou par curiosité. L’homme-torpille, par patriotisme. Le britannique par spleen. Un écossais se pendit : « trop de boutons à boutonner et déboutonner, je me tue ».
C’est une très bonne explication. Il y a trop de boutons dans la vie. Et peut être pas assez de souliers. Ou bien pas assez de métatarses. Certains journaux prétendirent en effet que la femme-tronc c’était tuée par dépit de ne pouvoir porter comme toutes les femmes, les chaussures d’art de Mr Lepicart.
Et qui se suicide ? Un peu tout le monde. On se tue pourtant d’avantage dans les pays où ily a trop de confort. »
( Dernières nouvelles de l’homme (chronique de Spectacle du monde)

Hélas,je n’ai pas le courage de taper toute la chronique . L’amusant (est-ce le mot ?) est que Vialatte fit une fort sérieuse tentative de suicide pendant la seconde guerre mondiale. Alors…quelle élégance dans ce ton, la plus belle des élégances, celle qui reste invisible, qui se perçoit à une cambrure de la phrase, à cet air faussement candide, et ces adverbes si bien domptés qu’il n’offusquent plus par le moindre relief intempestif dans la syntaxe, tout ne semble qu’aisance et légèreté…
Bon, j’espère que vous aurez (eu) quelque plaisir à lire...

Écrit par : Restif | 17/12/2007

Je comprend Vialatte: je pense très souvent au suicide, mais jamais au mien, où alors pas longtemps. Imaginer celui des autres me redonne généralement goût à la vie.

Écrit par : XP | 18/12/2007

Tu avais raison, l'approche de la quarantaine apporte de la sérénité. Bonnes fêtes de fin d'année.

Écrit par : NGK | 20/12/2007

Sérénité à 40 ans ? Quand a 39, je n’avais pas encore écrit Le voyage au bout de la nuit, pas même les Buddenbroks… L’austère vérité s’imposait, rude et roide : je n’étais ni Balzac ni Laforgue. Depuis, j’ai beau connaître nombre de « passants considérables » qui n’ont délivré l’éblouissement qui les habitait que fort tardivement, une ombre de doute plane sur la certitude de l’or subtil dont j’eusse tant voulu être le munificent dispensateur.
Dieu sait que je ne regrette pas ce profil tétrangulaire, ces quarante grimaces qui m’ont dessiné un visage à hauteur non de songe mais d’homme : mais « sérénité » n’est pas mon mot. Pas même acceptation, encore moins résignation. C’est –tout au plus ! – la marque du sourire laissé par le temps lorsqu’il m’a croisé.

Écrit par : Restif | 21/12/2007

Mais au fond, l'important, n'est-ce pas la jeunesse du coeur?

Écrit par : XP | 21/12/2007

Zyva cousin, c'est trop la win c'que tu dis!

Bon : evidemment XP, et je ne sais pas à quelle date vous remontez mais si vous êtes d'un millésime qui qui titille le 40, ( ou même le 35) vous êtes une preuve écrivante (et donc a priori vivante) que lajeunesse ne nous abandonne pas.

Et puis : "si vous ne redevenez comme un de ces petits enfants..."; donc, sans se programmer puéril et se mettre dans le système dysney qui s'installe (Maman société et Papa état vont prendre soin de vous mes enfants), sûr qu'il faut être jeune (pas "le rester"!), mais dans son rythme, en s'acceptant.
Je crois qu'il faut tenter de semer le côté pulsion bordélique sans perdre le sens du délire. Etre adulte, mûr , donc se reconnaître dans ce statut, avec ses responsabilités, mais sans jamais s'encroûter de la certitude, mental figé,sage-cynique-sceptique, faut pouvoir surfer entre tous ces pièges. Toujours laisser les explosions du songe vivres leur grande marée, et la rage et la pitié et toute les envies de hurler.

Écrit par : Restif | 21/12/2007

Oui... "Laissez venir à moi les petits enfants"...

... et puis, bien entendu, je ne puis que penser aux "3 Métamorphoses" selon Nietzsche...

"Je vais vous dire trois métamorphoses de l'esprit : comment l'esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant.

Il est maint fardeau pesant pour l'esprit, pour l'esprit patient et vigoureux en qui domine le respect : sa vigueur réclame le fardeau pesant, le plus pesant.

Qu'y a-t-il de plus pesant ! ainsi interroge l'esprit robuste. Dites-le, ô héros, afin que je le charge sur moi et que ma force se réjouisse.

N'est-ce pas cela : s'humilier pour faire souffrir son orgueil ? Faire luire sa folie pour tourner en dérision sa sagesse ?

Ou bien est-ce cela : déserter une cause, au moment où elle célèbre sa victoire ? Monter sur de hautes montagnes pour tenter le tentateur ?

Ou bien est-ce cela : se nourrir des glands et de l'herbe de la connaissance, et souffrir la faim dans son âme, pour l'amour de la vérité ?

Ou bien est-ce cela : être malade et renvoyer les consolateurs, se lier d'amitié avec des sourds qui n'entendent jamais ce que tu veux ?

Ou bien est-ce cela : descendre dans l'eau sale si c'est l'eau de la vérité et ne point repousser les grenouilles visqueuses et les purulents crapauds ?

Ou bien est-ce cela : aimer qui nous méprise et tendre la main au fantôme lorsqu'il veut nous effrayer ?

L'esprit robuste charge sur lui tous ces fardeaux pesants : tel le chameau qui sitôt chargé se hâte vers le désert, ainsi lui se hâte vers son désert.

Mais au fond du désert le plus solitaire s'accomplit la seconde métamorphose : ici l'esprit devient lion, il veut conquérir la liberté et être maître de son propre désert.

Il cherche ici son dernier maître : il veut être l'ennemi de ce maître, comme il est l'ennemi de son dernier dieu ; il veut lutter pour la victoire avec le grand dragon.

Quel est le grand dragon que l'esprit ne veut plus appeler ni dieu ni maître ? "Tu dois", s'appelle le grand dragon. Mais l'esprit du lion dit :

"Je veux."

"Tu dois" le guette au bord du chemin, étincelant d'or sous sa carapace aux mille écailles, et sur chaque écaille brille en lettres dorées : "Tu dois !"

Des valeurs de mille années brillent sur ces écailles et ainsi parle le plus puissant de tous les dragons : "Tout ce qui est valeur - brille sur moi."

Tout ce qui est valeur a déjà été créé, et c'est moi qui représente toutes les valeurs créées. En vérité il ne doit plus y avoir de "Je veux" ! Ainsi parle le dragon.

Mes frères, pourquoi est-il besoin du lion de l'esprit ? La bête robuste qui s'abstient et qui est respectueuse ne suffit-elle pas ?

Créer des valeurs nouvelles — le lion même ne le peut pas encore : mais se rendre libre pour la création nouvelle — c'est ce que peut la puissance du lion.

Se faire libre, opposer une divine négation, même au devoir : telle, mes frères, est la tâche où il est besoin du lion.

Conquérir le droit de créer des valeurs nouvelles — c'est la plus terrible conquête pour un esprit patient et respectueux. En vérité, c'est là un acte féroce, pour lui, et le fait d'une bête de proie.

Il aimait jadis le "Tu dois" comme son bien le plus sacré : maintenant il lui faut trouver l'illusion et l'arbitraire, même dans ce bien le plus sacré, pour qu'il fasse, aux dépens de son amour, la conquête de la liberté : il faut un lion pour un pareil rapt.

Mais, dites-moi, mes frères, que peut faire l'enfant que le lion ne pouvait faire ? Pourquoi faut-il que le lion ravisseur devienne enfant ?

L'enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation.

Oui, pour le jeu divin de la création, ô mes frères, il faut une sainte affirmation : l'esprit veut maintenant sa propre volonté, celui qui a perdu le monde veut gagner son propre monde.

Je vous ai nommé trois métamorphoses de l'esprit : comment l'esprit devient chameau, comment l'esprit devient lion, et comment enfin le lion devient enfant. —

Ainsi parlait Zarathoustra. Et en ce temps-là il séjournait dans la ville qu'on appelle : la Vache multicolore."

Ou alors selon cette traduction...

"C’est trois métamorphoses de l’esprit que je vous nomme : comment l’esprit devient chameau, et lion le chameau et, pour finir, enfant le lion.

*

Pesantes sont bien des choses pour l’esprit, pour le robuste esprit, dont les reins sont solides, et qu’habite le respect ; c’est du pesant et c’est du plus pesant que se languit sa robustesse.

Quelle chose est pesante ? ainsi questionne l’esprit aux reins solides ; de la sorte il s’agenouille comme fait le chameau, et veut sa bonne charge.

Quelle est la plus pesante chose, ô vous les héros, ainsi questionne l’esprit aux reins solides, afin que sur moi je la prenne et de ma robustesse m’éjouisse ?

N’est-ce ceci : soi-même s’abaisser pour faire mal à son orgueil ? Pour moquer sa sagesse faire briller sa folie ?

Ou ceci : de sa cause se séparer lorsqu’elle célèbre sa victoire ? De hautes cimes gravir pour tenter même le tentateur ?

Ou ceci : de glands et d’herbes de connaissance faire sa nourriture et, par amour de la vérité, en son âme souffrir la faim ?

Ou ceci : être malade et chez eux renvoyer les consolateurs, avec des sourds nouer amitié, lesquels jamais n’entendent ce que tu veux ?

Ou ceci : dans une eau sale descendre, si c’est l’eau de la vérité, et froides grenouilles et crapauds brûlants de soi point n’écarter ?

Ou ceci : aimer nos contempteurs et au spectre tendre la main lorsqu’il nous veut effrayer ?

Tout cela, qui est le plus pesant, sur lui le prend l’esprit aux reins solides ; de même que le chameau, sitôt chargé, vers le désert se presse, ainsi se presse l’esprit vers son désert.

*

Mais dans le désert le plus isolé advient la deuxième métamorphose : c’est lion ici que devient l’esprit. De liberté il se veut faire butin et dans son propre désert être son maître.

Son dernier maître il cherche là ; de lui se veut faire ennemi, et de son dernier dieu ; pour être le vainqueur, avec le grand dragon il veut lutter.

Quel. est le grand dragon que l’esprit ne veut plus nommer maître ni dieu ? " Tu-dois ", ainsi se nomme le grand dragon. Mais c’est " Je veux " que dit l’esprit du lion.

" Tu-dois . " lui barre le chemin, étincelant d’or, bête écailleuse, et sur chacune des écailles, en lettres d’or, brille " Tu-dois ! ".

De millénaires valeurs scintillent ces écailles, et ainsi parle le plus puissant de tous les dragons : « toute valeur des choses - étincelle sur moi ».

« Déjà fut toute valeur créée, et toute valeur créée - voilà ce que je suis. En vérité, de " Je veux " il ne doit point y avoir ! » Ainsi parle le dragon.

Mes frères, pourquoi est-il besoin du lion dans l’esprit ? Ne suffit donc la bête aux reins solides, qui se résigne et qui respecte ?

Créer des valeurs neuves - le lion lui-même encore ne le peut, mais se créer liberté pour de nouveau créer, - voilà ce que peut la force du lion.

Se créer liberté, et un saint Non même face au devoir ; pour cela, mes frères, il est besoin du lion.

A de nouvelles valeurs se donner droit - telle est la prise la plus terrible pour un esprit docile et respectueux. En vérité c’est là pour lui un rapt et l’affaire d’une bête de proie.

Comme son plus sacré jadis il aimait le " Tu-dois " ; encore même dans le plus sacré il ne peut trouver à présent que délire et arbitraire s’il doit à son amour ravir sa liberté : du lion il est besoin pour un tel rapt.

*

Mais dites, mes frères, que peut encore l’enfant que ne pourrait aussi le lion ? Pourquoi faut-il que le lion ravisseur encore se fasse enfant ?

Innocence est l’enfant, et un oubli et un recommencement, un jeu, une roue qui d’elle-même tourne, un mouvement premier, un saint dire Oui.

Oui, pour le jeu de la création, mes frères, il est besoin d’un saint dire Oui ; c’est son vouloir que veut à présent l’esprit, c’est son monde que conquiert qui au monde est perdu.

*

C’est trois métamorphoses de l’esprit que je vous ai nommées : comment l’esprit devient chameau, et lion le chameau et, pour finir, enfant le lion. - -

Ainsi parlait Zarathoustra. Et lors il séjournait dans la ville qu’on nomme « La Vache pie »"

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Ne me demandez pas de qui sont les trductions. Il me semble, de mémoire, que la première est celle d'Henri Albert. La deuxième, aucune idée. Chopé tout ça sur la Toile en 2 temps 3 mouvements. C'est juste si j'ai les yeux en face des trous. Suis mort de fatigue et demain me lève à 5h15 pour remplir mon devoir... porter ma Croix, selon Jésus... ou ma charge, selon Nietzsche. Les choses sont bien plus liées qu'il ne semble...

Ô Jeunesse...

Écrit par : Nebo | 21/12/2007

C’est vrai que moi aussi, bien moins nietzschéen que toi (au sens connaissance de l’auteur), le rapprochement m’a souvent frappé. C’est tellement visible, cette rencontre entre troisième stade de la métamorphose et les paroles du Christ. Et quelle insistance capitale sur les enfantsdans l'Evangile :
« Laissez-venir à moi.../ Devenez comme eux/ Mieux vaudrait se jeter dans un puits une meule au cou que de scandaliser un de ces petits ».
Bien sûr, on pourrait penser qu’il y a ici, chez Nietzche, une référence à Héraclite ( « "Le temps est un enfant qui joue, en déplaçant des pions ; la royauté d'un enfant".) Vu les références chrétiennes qu’on trouve par la suite,je pense quand même que Nietzsche n’a pu que penser au N.T. Cependant, le temps fait partie du processus des métamorphoses (ça a du être étudié ça non ? Parce que ça va assez loin si on déroule le questionnement. Temps, cela entraîne Devenir. Quel peut être le rapport de ce devenir à l’Eternel Retour ? ce sont des questions persos peut être sans intérêt, ou déjà traitées, en tous cas elles me sautent à la gueule. Certes, Héraclite ne s’intègre pas au schéma de l’Eternel Retour. Normalement le Christ non plus évidemment. Sauf à rentrer dans la théorie des cycles. Bien que selon Jean Phaure, un cycle ne soit jamais la répétition d’un autre. Mais pour Nietzsche, le retour est-il un retour au Même, au Même exactement ? Et dans les métamorphoses, y –a-t-il encore une temporalité à la troisième ? Je crois que le stade de l'Enfant est comme une sortie hors du Devenir. Et s'il Nietzsche à alors pensé à Héraclite (car il peut y avoir plusieurs intertextes, plusieurs hybridations) cela pourraitêtreen cesens : devant Enfant, on deviant le Temps : cet Enfant-Roi

Le Zarathoustra date d’avant l’Eternel Retour je crois. Mais je me demande si je ne suis pas plus captivé par cette hypothèse d’une ultime métamorphose qui fait cesser le Devenir

Ps sans grand intérêt ( à supposer que ce qui précède ait qqlq intérêt. En tous cas lefait de le penser m’a «divertit »).
Il n’est bien sûr pas question de christianiser Nietzsche –c’est de plus sans aucune nécessité – mais il est intéressant –et révélateur - de voir combien d’âmes de croyants ou d’agnostiques passionnés par la religion (la mystique, l’histoire des religions, la/les symboliques, la gnose etc) se penchent vers lui. Je connais un spécialiste officiel de Nietzsche qui est captivé par la symbolique et l’hermétisme, un autre est maçon, Dantec est chrétien… enfin il y a toi Nebo et moi (Xp vous en êtes ?). Et sûrement des centaines d’autres (si ce n’est infiniment plus)
Sollers (Dans Femmes) raconte que Nietzsche déclara un jour devant Lou Andréa Salomé qu’il serait logique que le cycle de l’enquête et quête philosophique s’acheva –le cercle se bouclant –sur … le catholicisme. Comme le dit alors Sollers : « pas innocent ça… évidemment pas une boutade, pas LUI parlant à Elle… Nietzsche à cette femme là. » (de mémoire)
D’ailleurs, l’intertexte chrétien est patent chez Nietzsche : « avec le grand dragon il veut lutter » -on connaît ce Dragon apocalyptique qui apparaît déjà dans l’A.T-… ce qui me frappe également, c’est que Bloy et Nietzche se rejoignent : le Grand Dragon prétend que tout est dit :
« Déjà fut toute valeur créée, et toute valeur créée - voilà ce que je suis. En vérité, de " Je veux " il ne doit point y avoir ! »
Hors Bloy ne cesse de reprocher aux prêtres d’agir comme si « Dieu n’avait plus rien à dire », alors qu’il est évident pour lui qu’au contraire : le principal reste à dire. Pour Bloy, Lucifer est un « instant » du Christ (qui en s’incarnant à incarné la totalité, le mal compris. C’est ainsi que Lucifer peut être un moment dialectique du Christ, sauf que Bloy n’aurait jamais employé le mot de dialectique). Si le Mal est une "métamorphose" du Christ (ce n'est pas ça chez lui, mais on peut jouer sur les analogies sans le trahir) on peut aussi se demander si le Dragon "Tu dois" est vraiment extérieur au processus de la deuxième métamorphose. On peut le voir comme une métaphore du surmoi, de la loi ect. Mais on peut aller bcp plus loin...

Merci de nous avoir donné ce texte, et, bien sûr, bon courage. Mon Dieu, 5 heures… Mais tu devrais déjà être couché fou que tu es ! Citer l’Evangile, le comparer en copiant du Nietzche, fonctionner du neurone à 10 :20 quand c’est demain 5h heures…tu es un merveilleux fou philosophique Nebo.
Quand tu auras (DEMAIN !!!) le temps de lire ce com, j’espère que ce bouillon de culture d’idées ci-émanées t’amusera. Il y aurait des choses à faire en poussant les comparaisons et en analysant les idées qu’elles génèrent.
( et tout contributeur est invité à ajouter ses bacilles dans ce bouillon. C’est un jeu – mais le jeu tout modeste qu’il soit n’est pas le chaos
Courage Neb’

Écrit par : Restif | 22/12/2007

oh que oui, Restif!

Écrit par : XP | 22/12/2007

Hourra!

(Ca ne m'étonne pas. Mais un tel enthousiasme fait chaud au coeur!)

Écrit par : Restif | 22/12/2007

Au fait, Mr Restif, avez-vous intervenu une fois sur le blog de notre sympathique mais dégénéré de Lapinos?

Écrit par : Spendius | 23/12/2007

Ah ! Restif,

Bien entendu, Nietzsche fait sûrement référence à Héraclite. Mais, si je puis dire, d'une pierre il fait deux coups... ou d'une corde tendue il créé deux liens. Ses études au collège de Pforta le préparaient à la carrière de Pasteur, il a donc une bonne connaissance de la Bible en particulier des évangiles qu'il a sûrement lu dans le texte puisqu'il pratiquait le Grec ancien.

Selon les illusionnistes de la religion, affirme Nietzsche, être libre c’est être totalement cause de soi et de ses actes, être en mesure de répondre devant la communauté des hommes d’un acte que l’on a commis fut-il cruel et violent, s’affirmer comme l’auteur et non uniquement comme l'acteur du choix que l’on a fait de commettre le mal en le sachant.
En venir à mettre en cause le destin, la fatalité, les dieux des anciens grecs, en ce cas l’homme n’a pas à répondre de ses actes de la même manière : il est dans une certaine innocence, en deçà du bien et du mal pour le citoyen lambda, par-delà Bien et Mal pour l'Esprit Fort.
Socrate affirmait que nul n’était méchant de sa propre volonté, le méchant ne faisait que commettre une erreur en se trompant de bien. Le mot qui est d'ailleurs utilisé pour indiquer l'action du péché est un mot qui veut dire "manquer sa cible". Belle résonance. On a plus l'impression d'être à côté de Socrate que des théologiens officiels ayant une lecture particulière des écrits Saints.
Nietzsche a lu aussi Spinoza, avec admiration, et il n'ignore pas que ce qui nous fonde tous individuellement pèse son poids dans le cours que notre Devenir individuel (et par extension collectif) peut prendre. Mais par sa Volonté qui se doit d'être sélectrice, Nietzsche désire ouvrir une brèche dans le "Conatus" spinoziste... ou plutôt l'amplifier selon une modalité perspectiviste afin que renaisse, justement, un devenir innocent apte au champs des possibles. Il y a quelque chose de Rimbaldien dans sa démarche. Mais également de Dantesque, dans le noble sens du terme, quelque chose qui nous ferait sortir de l'Enfer ou du Purgatoire pour nous rapprocher de l'Infini éternellement mobile et changeant dans sa transcendance, mais en passant par l'immanence de la Terre. Je ne sais pas ce que tu en penses Restif, ça m'intéresserait de le savoir, mais on se croirait, ici, Ontologiquement revenus à l'Aube de l'Humanité selon la Volonté de Dieu, à l'Instant où tous les Possibles jaillissent sur la scène du Devenir en même temps qu'Adam le Glébeux (pour faire un clin d'oeil au regretté Chouraqui).

Les religieux affirment que, grâce à Dieu, qui s’est révélé à Moïse et a enseigné aux hommes le Bien en lui dictant les tables de la loi, l’homme pécheur sait toujours qu’il est pécheur, et que de ce fait il choisit délibérément le mal contre le bien. En pleine connaissance de cause.

Mais ce n'est pas si simple.

Le mal aurait donc sa source dans le désir de vivre même, désir de vivre en égoïste et violent, surtout si ce désir de vivre est naturel, vois le désir sexuel par exemple. Tout homme ayant reçu une éducation religieuse basique se sait pécheur depuis la faute d'Adam et Eve et le premier meurtre de Caïn tuant Abel, son frère.

Le seul chemin que l’homme peut prendre afin d'avoir une vie digne de ce nom est de repousser son désir d’être heureux ici-bas pour gagner le Paradis après sa mort. C'est ce que Nietzsche considère être une corruption de la Vie par des goûts d'arrière-monde.

Ainsi rien de ce qui arrive par son action n’est innocent : tout acte est soit bon, soit mauvais. Car la Loi est écrite et nul n'est sensé l'ignorer. Point. C'est assez binaire comme considération et à la limite si cela peut fonctionner ainsi pour le bon peuple, la vie sociale de la cité, afin de préserver l'ordre selon un certain niveau de conscience général, cela ne peut aucunement satisfaire l'Être altier et Singulier expérimentant la Vie selon des schémas qui échappent à la multitude. Pour moi c'est bien plus compliqué et je ne suis pas sorti de ma quête de l'équilibre général que je cherche encore à tâtons... que Dieu me pardonne. ;-)

Devenir : Transformation des choses, des êtres ; ensemble des changements dans leur déroulement temporel. Les philosophies du devenir s’opposent aux philosophies de l’être, qui insistent sur la permanence. C'est, il me semble, pour parler un langage à la fois chrétien et Nietzschéen, ce qui oppose les uns et les autres depuis la Chute. Depuis l' "Exil de l'Eden" préfèrent dirent les juifs. Mais si il y a une Vérité, c'est bien que tout est impermanent ici-bas. Impermanent et futile. Le Nouveau Testament n'affirme-t-il pas que "de Nouveaux rouleaux seront ouverts" ? Autrement dit, selon certains théologiens, la nature authentique de la Création, selon la Volonté de Dieu, serait inachevée et appelée à être poursuivie. Nous serions dans le 7ème jour de Dieu, son jour de Repos. Au 8ème jour une nouvelle semaine très Sainte et Universelle recommencera. La Terre ne serait que "le piédestal de Dieu" au sein de sa Création. L'Homme, aux temps de la Parousie, puis du Jugement, ne serait-il pas appelé à jouer un rôle plus que terrestre... mais significativement UNIVERSEL, puisque la nature même de sa controverse devant toute la création a été UNIVERSELLE... et la portée de la Guerre Ultime qui opposera Dieu à Satan, selon la Bible, sera Universelle aussi ???? Autrement dit, la Philosophie Divine est à la fois une Philosophie de l'Être (rien que son Saint Nom l'affirme) mais la seule permanence de sa position indique la perspective et l'Infini. Sa permanence veut que tout change et roule et bouge et respire et vit. Que rien ne soit arrêté si ce n'est durant cette parenthèse initiée par Satan et la "chute" d'Adam et Eve.

Nietzsche me semble bien plus proche de Dieu qu'une lecture bâclée ne le laisserait croire. À moins que Dieu ne soit plus Nietzschéen qu'on ne le croit. Ironie. Humour. Et Dieu sait Rire et danser, j'en suis convaincu.


Pour Nietzsche le Devenir est le résultat de rapports de forces enchevêtrées entre les êtres tout comme au sein d’un seul être, dans son individuation même, êtres humains ou non. Il y a là de curieuses résonances, je trouve, mais je ne suis pas spécialiste, malheureusement, avec la scolastique et la fameuse controverse des universaux qu'a abordé Maurice G. Dantec dans son laborieux bouquin de SF, "Grande Jonction".

Tout est puissance pour Nietzsche. Puissance affirmative ou négative selon la volonté qui l'exprime. Volonté forte ou faible. Chaque être est pluralité de désirs et d’instincts plus ou moins forts et faibles : le résultat peut, parfois, être innocent, c’est à dire sans lien avec l’idée de Bien ou de Mal ; c’est bien plutôt les idées fausses du Bien et du Mal qui sont le résultat d’un rapport de force négatif, le faible juge mauvais un acte précisément à cause de sa faiblesse, s’il l’avait emporté il le jugerait bon et juste. Le fort ne se juge pas et ne juge pas les autres (là encore, c'est chrétien comme attitude) car tout ce que produit sa volonté de puissance est bon par définition, c'est un fait AFFIRMATIF qui n’a pas à se justifier, puisqu'il coule de source si je puis dire.

Les faibles passent leur temps à se juger entre eux. Et pas seulement entre eux. Ils jugent les forts aussi. Puisque, selon Nietzsche, ce sont bien eux, au final, qui l'ont emporté. Et une mise au pilori de Baudelaire ou Artaud, pour ne prendre que les exemples les plus évidents qui m'arrivent à l'esprit, en sont un bel exemple.

Juger quelqu'un, c'est essentiellement lui attribuer une qualité morale en s’attribuant une qualité morale à soi dans le seul but d’affirmer un pouvoir (bien souvent faussement supérieur) que celui qui juge cherche à justifier sur celui qui est jugé pour le soumettre à sa volonté de puissance affaiblie. Songe, Restif, à l'épisode de ces deux femmes devant le Roi Salomon, avec l'enfant qu'elles se disputent. Et la sentence du Roi... à l'intelligence tranchante. Dans cet exemple Biblique, on voit se déployer un exemple très Nietzschéen, encore une fois. La femme qui n'est pas mère de l'enfant mais l'exige devant le Roi comme étant sien est l'incarnation même de ce que Nietzsche méprise et que l'histoire biblique dénonce tout autant. L'instinct de cette femme souffreuteuse qui a perdu son enfant et voudrait se consoler avec l'enfant d'autrui est bien un instinct qui ne cherche qu'à faire souffrir l'autre femme (qui elle est la vraie mère de l'enfant) et à se délecter de sa souffrance. Heureusement, Salomon la démasque avec une Sagesse passée au Feu Divin. Une Sagesse d'Homme Supérieur.

Celui que l’on accuse à tort d’être responsable de la cause première du mal, voilà le plaisir de l'être réactif, de l'être faible qui a un besoin de se sentir supérieur moralement dans l'assurance de son pouvoir, qui a besoin de la caution divine (la femme réactive s'adresse au Roi Salomon, représentant de Dieu sur Terre) et du ressentiment contre celui qui est puni pour maintenir l’illusion de sa fausse supériorité. Mais on ne se joue pas de Dieu aussi facilement, n'est-ce pas ? Et on fini toujours par payer son addition.

La religion, selon Nietzsche, est une tentative bien élaborée pour les faibles uniquement guidés par l'instinct de conservation de maintenir, vis-à-vis d'autres faibles et dans la comparaison avec ces autres faibles, le sentiment aléatoir, douteux, hasardeux, incrtain, hypothétique et brumeux de leur valeur. En tout cas, la Religion est telle dans ce qu'elle est devenue.

Le fort, non encore affaibli par la morale, n’a pas à justifier moralement l’usage de sa force car, comme je le disais précédemment, elle est une évidence. Ainsi l’idée même de libre-arbitre peut être aussi un instrument de domination, comme j'ai tenté modestement de le montrer ici, utilisé par certains faibles sur leurs semblables pour se maintenir en position de force sous l’autorité d’un Dieu iréel.
L'apôtre Paul ne disait-il pas que celui qui a l'amour n'a plus besoin de la Loi ? Je ne me souviens plus du passage en question et suis fatigué pour aller chercher. Tu me pardonneras Restif... :-) De même que pour les passages exactes dans l'Ancien Testament, concernant l'épisode du Roi Salomon avec les deux femmes et l'enfant, dont l'hystérique bien atteinte. Je sais que tu connais tout ça.

L'idée de Retour chez Nietzsche, je ne pense pas que cela soit vraiment une conviction du retour au même, ou du même. Cela participe bien plutôt de cette Volonté de dynamiser le "Conatus" selon une perspective nouvelle et bien plus ouverte qu'elle n'y paraît. Nietzsche dit, en fait, qu'il désire vivre telle chose plutôt qu'une autre et de telle sorte, de telle façon que s'il devait la vivre, et la vivre encore et la revivre éternellement il n'ait rien à regretter. C'est vraiment la Volonté de prendre en main sa Vie le plus pleinement possible.
À mon avis, chose rare et précieuse.
Mais déjà, dans les petites parts de l'existence des décisions sont possibles, des arrêts pour respirer et se sentir présent à soi. Des portes dérobées. Des volontés de ne pas se soumettre à la multitude et aux maîtres penseurs/censeurs.

Je ne pense pas qu'au Stade de l'enfant il y ait une sortie hors du Devenir, pas plus que je ne pense qu'au Royaume de Dieu il n'y ait une sortie du Devenir, comme je te le disais aussi précédement puisque "de nouveaux rouleaux seront ouverts". Une fois Enfant... plutôt... on devient Créateur... pleinement. C'est-à-dire conjugant avec le Temps de manière radicale. "Je ne cherche pas. Je trouve !" disait Picasso. Et Cocteau l'a repris à son compte aussi, je crois.

Devenir innocent.

Ce fut un plaisir, Restif... ;-)

Bien à Vous tous...

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Écrit par : Nebo | 02/01/2008

Mazette! vous êtes en forme, en ce début d'année!

Parmi les nombreux points que vous évoquez dans ce texte, deux me tiennent particulièrement à coeur:

"la seule permanence de sa position indique la perspective et l'Infini."

Ca c'est très fort, Nébo...Je tourne depuis des mois autour d'une obsession lancinante, à savoir que ceux qui refusent l'idée d'une pérmanence de l'essence divine en dépit de ces changements de corps sont au fond en guerre contre l'essence divine.
Vouloir que l'essence divine se trouve LA, identifiable d'une façon pavlovienne, refusent que l'esprit puisse souffler dans un monde corrompu par la chute, et donc emmener à changer tout le temps.

Le message de Dieu aux hommes, c'est le suivant: Vous êtes corrompus, donc condamnés à l'errance, mais je ne vous abandonne pas, je serais présent dans toutes choses, là où vous ne m'attendiez pas...Je vous ai fait libre, à vous de me chercher et de déterminer ou je suis....

Voilà pour quoi j'accorde une immense importance à la phrase de Bush, "notre mode de vie n'et pas négociable"...
Phrase d'un VRAI Chrétien (sans doute plus inspirée que pensée, mais là n'est pas le sujet) qui sait que le royaume n'est pas de ce monde, et qu'il ne règne donc pas ICI, définitivement installé dans une pierre, une attitude pieuse, mais qu'en revanche, il perdure parmi le peuple Chrétien, au milieu de ce que le monde Chrétien à dut batir PARCE QUE le monde est changeant, et changeant parce que marqué par la chute....

Voilà pourquoi, défendre la Chrétienté en bloc, avec ces tares, ces ratés, c'est la seule attitude que puisse adopter un Chrétien...Ne serais-ce que parce qu'elles procèdent, ces tares, d'un monde changeant et par des hommes à qui il a été enseigné qu'ils leur appartient de le Batir sans un Dieu dont le royaume n'est pas de ce monde, et qu'ils le savent donc perfectibles, imparfaits, marqué par la chute, que le métier doit sans cesse être remis sur l'ouvrage...

Le monde capitaliste, avec toute ces tares, à été bati par le peuple de la Chrétienté, c'est un fait, et c'est pour ça qu'il est perfectible, et il est perfectible par ce qu'il est Chrétien....

Qu'elle est le point commun entre un monde Musulman qui stagne depuis des siècles, un monde communiste qui à peine bâti s'était figé, emmuré jusqu'à périr,et l'enfer vert écolo dont rêve ceux qui voudraient nous faire retourner à la bougie?

Il s'agit dans tous les cas d'une révolte contre ce Dieu qui est là mais qui fait savoir qu'il n'est pas là tout le temps et pas toujours au même endroit, que l'homme est condammé à batir des édifices brenlants qu'il devra sans cesse replatrer...
" Enlevevez moi tous-ca, nous voulons un monde STABLE, aux règles définitivement fixés, un monde à la bougie, réglés par les préceptes de Marx ou de Mahomet, nous voulons le bohneur éternel tout de suite....

Deuxième point que j'apprécie dans votre prose:
Celui où vous évoquez l'éthymologie du péché (se tromper de cible).
Moi, ce que je pressens (plus que je ne peux le démontrer pour l'instant), c'est que ce ne sont pas tant les pêcheurs qui se trompent de cible que ceux qui se trompent de cible qui sont des pêcheurs...Je veux dire de vrais pêcheurs,qui savent ce qu'ils font, où pour le moins beaucoup plus qu'on pourrait le croire à priori....Dieu nous a fait beaucoup plus fort et clairvoyant que nous le pensons,...J'ai rapidement tendance à penser qu'un Chrétien qui s'enferre dans l'erreur est un fourbe, où que s'ils manquent de lucidité de façon récurrente, c'est que Dieu ne veut pas leur en faire la grâce...

PS: je jette tous ça au débotté, j'en ferais un billet où deux plus élaboré dans les prochains jours...

Très bonne année à vous et à vos proche!

Écrit par : XP | 02/01/2008

Restif est très stimulant sur le plan intellectuel et vous,Nebo,vous ne manquez pas d'élan.

Très belle échange.

Vos intuitions,à l'un et à l'autre,sont très surprenantes.Elles demandent réflexion et exigent des relectures plus approfondies de la bible comme de Nietzsche.

Écrit par : Henri | 02/01/2008

Je crois avoir stupidement oublié d’avertir que je quittais les terres internetiennes du 23 décembre à aujourd’hui , ce 4 janvier d’une année qui semble bien partie (Pakistan…) Vu la période, je veux espérer qu’on s’est douté que mon silence ne tenait qu’à mon incapacité d’ouvrir le hublot numérique. Bien :

D’abord, et tant pis si c’est un lieux commun car il est ici sincère : une excellente année à tous – au créateur d’Incarnation et à sa parèdre Irina, a Henri qui m’a encouragé bien plus sans doute qu’il ne le croit, à gribouiller mes petits croquis , sachant évidemment que si j’ai pu, en creusant tomber sur un filon d’idées vivifiantes , rien hélas ne garantit que ça se reproduira. Mais lire un tel commentaire vous pousse à oser (quitte à se planter), alors merci. Sans tomber dans la confiture médiatico-conviviale type «vous êtes merveilleux» etc, on ne peut exister sans un regard, un jugement, critique ou encouragement.

Egalement heureux 2008
- à gmc notre schtroumpf poète (c’est là une Incarnation gmc, croyez bien que derrière ce petit persiflage sans aigreur, j’aime à vous voir assumer la permanence d’une image lyre au vent et albatros au coin des cieux, une Epinal un peu désuète qui est peut être indispensable au rythme et à l’harmonie d’un monde civilisé).
- a Spendius qui m’a parfaitement reconnu chez Lapinos (ultima pseudo : « Ah,Ah » -petit hommage au Dr Faustroll de Jarry - :mais à part cette dernière visite en proxy au Duracel Marxisto-chrétien anti heideggérien proTarik Ramadan chantre d’un Bloy antisémite ( !), afin de lui délivrer son certificat officiel de méchante peluche, notre commerce s’est achevé. Vous avez repris le rôle ardu du défenseur de l’évidence ( sur Marx et l’économie…) moi je m’y suis épuisé. La bête est retorse et après tout, c’est son droit.
Enfin a tous ceux qui passent par ces terres...une bonne année.

( hum,j’avais prévu « 2-3 mots et puis, les phrases se sont hameconnées et le résultat est là, long et pagailleux. J’ai grand’ peur d’être ennuyeux même si j’a pu frôler –qui sait ? – 2-3 idées pas trop assommantes. Désolé d’avoir lâché la bride –voilà ce que c’est que d’encourager un bavard ! Et pardon pour les fautes,ruptures de syntaxes et manque de liaison, de construction. Il faudrait tout reprendre, refondre, faireun article. Je n’ai pas ce courage et donne tout en vrac. J’en ai honte, vraiment ; enfin… comme le dit ma tante : « un moment de honte est bien vite passé ». Mes excuses quand même)

Nebo, deux mots très simplement –pour le plaisir et pour répondre à ta question. En effet, j’ai lu avec intérêt ton billet dont le résultat brut est de me donner envie de reprendre Nietzsche plus en profondeur, en lisant plus lentement (incise : je crois que qui veut se faire une connaissance personnelle ne doit pas avoir peur de comparer entre eux tous ceux qui l’inspirent et d’oser ses idées. C’est une manière de comprendre et de faire sien). Bien qu’ayant le plus grand mal avec Spinoza (le plus ardu des philosophes pour moi), je pense que tu entends bien par conatus « ce par quoi une chose veut persévérer dans son être », donc augmenter sa puissance (en schématisant fortement mais il s’agit de poser le concept du « conatus » spinozien). C’est pourquoi j’ai un peu de mal à te suivre, quand tu écris que Nietzche veut « percer une brèche dans le conatus » ou le réorienter. Car enfin il s’agit bien chez Nietzsche aussi d’aller vers la puissance ? Evidemment, il faudrait définir avec exactitude ce qu’il entend par « puissance » et surtout quel est le but de cette puissance. Est-elle un but en soi ? ce n’est pas ce que laisse entendre l’Enfant. La volonté de puissance dans une édition correcte n’est pas sous ma main hélas. Mettons qu’il resterait après s’êtrelibéré du « Tu dois » et de l’esprit de ressentiment a devenir tellement soi que chaque instant soit digne d’être revécu : ce serait l’Eternel retour qui n’est pas retour du même ou au même mais à ces instants élus. Hors ces instants n’ont-ils pas tous une même carnation, un même ton ? Et n’est-ce pas en cela qu’au sein du devenir ils finissent pourtant par lui échapper ? Car si l’instant est absolu, si parfait qu’il est digne d’être sans cesse revécu, alors ipso facto il ne fait plus vraiment partie du temps. S’il y a une transcendance chez Nietzsche, elle est là (pour penser franchement il faut s’affranchir (franchir le ça …) notamment de la pensée de son incapacité ; et se dire que sans être aucunement un spécialiste on peut trouver un sentier qui sera peut être utile, même comme cul de sac. On établit une carte …). Transcendance donc de l’instant élu, de ces instants que l’athée Joyce baptisera des épiphanies. Et immanence car chaque instant part d’ici et maintenant, non de l’arrière-monde. Voilà comment Nietzsche pourrait être à la fois ouranien et chtonique, céleste et terrestre.
Quoi qu’il en soit, je pense aussi que Nietzche s’inscrit dans le devenir, c’est même chez lui une volonté. Cependant Revel dit dans ses Mémoires « Nietzsche a écrit tout et son contraire ». Au-delà du classique jeu de tâtonnements de la pensée, on est en présence d’un homme a-systématique comme on est amoral. Etre dans le devenir et aboutir à l’Eternel retour c’est quand même paradoxal, et Nietzche en cela tient de Gracián, c’est l’homme du paradoxe fécond. Paradoxe au sens littéral : il s’agit de briser la doxa, de s’inscrire non tant contre qu’à côté. Ce n’est pas pour rien que Nietzsche parle de pédagogie (« à coups de marteaux ») tout en fustigeant les disciples. C’est là manière d’enseigner à n’être « que » soi. Le rusé moustachu sait bien que ce faisant il reste l’initiateur de cette libération et donc, malgré tout, une figure tutélaire, un « réformateur ». Il y a du Luther dans Nietzche, un Luther de l’âge philosophique qui ne peut plus se servir des armes de la foi pour lancer sa réforme. Alors « il faut tout détruire, même les ruines », abolir ce qui a été pour établir SA vision. En même temps, Nietzche n’a pas de vision aussi complète que ce christianisme qui lui barre la route. Celui qui s’était destiné à l’état de pasteur connaît l’ « ennemi » comme personne. Et ce lecteur des moralistes français et des Goncourts (il a goûté « Idées et sensations ») a assez de lucidité pour reconnaître dans quels nœuds de contradictions il se débat. Abolir une religion sans la remplacer par une autre, sans même viser à l’athéisme. Détruire et ne pouvoir construire tout en méprisant celui qui ne sait que détruire –car celui là ne peut être qu’un homme du ressentiment. Ces contradictions il n’arrivera jamais à les subsumer et finalement, c’est sur une expérience qui a toutes les caractéristiques d’une expérience mystique qu’il fondera sa vision de cette vieille rengaine philosophique qu’est l’Eternel retour –sorte de succédané de religion, peut être bien. Paradoxe suprême, ce contempteur des hallucinés de l’arrière-monde essaye de construire sur ce qui ressemble bien à une hallucination (peut être due à la syphilis bien connue pour ces montées euphorisantes dignes de la drogue. Qu’importe d’ailleurs. Mais quand même… voir surgir de la maladie ce qui se veut « grand oui à la vie », là encore, quel paradoxe !). Comment Nietzsche n’aurait-il pas été crucifié sur ses paradoxes ?

ce n’est pas un auteur où chercher une rationalité, une vérité de nature scientifique. Les faits au fond lui importent peu. « Une pauvre fatigue ignorante qui ne veut même plus vouloir : c’est elle qui créa tous les dieux et tous les au-delà » ( Zarathoustra, des visionnaires de l’au-delà) – hors on sait que la religion est l’une des toutes premières manifestations humaines : (la sépulture par exemple,) et qu’elle est loin d’être créée par des êtres « fatigués ». Dès l’époque de Nietzsche on savait que religion et homme sont liés dès leur apparition. Bon, j’ignore qu’elle était le statut exact des connaissances, il n’y avait pas Lascaux, c’est sûr. Mais de toute façon ça n’a pas l’air d’intéresser du tout Nietzsche. Que l’homme soit construit comme animal religieux, jusqu’à aujourd’hui, on était en droit de le penser. Car pour la première fois dans l’histoire du monde telle que nous la connaissons, s’élèvent des sociétés laïcisées. Alors il se pourrait que l’homme puisse perdre ce statut d’être fondamentalement religieux. Reste à savoir où cela le conduira… mais c’est une autre question.

Que Nietzche soit « proche de Dieu », je ne trancherais pas. Il écrit que « le bouddhisme est cent fois plus froid plus véridique plus objectif « ( L’antéchrist, 23). Je connais un Maçon (très avancé dans sa branche) pour qui Nietzsche est une lecture initiatique. Non qu’il range Nietzsche au rang des initiés, au contraire, puisqu’il est persuadé qu’il n’a pas su reconnaître ce dont il était porteur. Mais ne croyant pas au Christ, il adore le armes que lui fournit Nietzsche. La chose serait de peu d’intérêt si il n‘y avait cette idée de lecture « initiatique » (le mot est énervant mais…tant pis). Je la rapproche de ton idée de « Purgatoire ». A mon sens, Nietzsche est intéressant et surtout fécond si on le lit comme un éveilleur de complexité. Il a de la lucidité sans détenir La vérité. Quand il écrit dans le Zarathoustra..« bienheureux ces somnolents car ils s’assoupiront bientôt », son pastiche du style biblique au-delà de l’humour n’est pas sans vouloir exhiber la présence de l’intertexte biblique. Ce jeu sur la voix le met en posture de prophète tout en l’autorisant à se masquer derrière l’ironie. Mais nous sommes bien en système religieux (mais jamais « religio », je rattache –nietzsche détache mais n’attache pas), du moins au sens mythique Ainsi de ce « grand dragon. « Tu dois » des métamorphoses que Nietzsche semble assimiler à une espèce de diable qu’il faudrait savoir vaincre. Comme si on était le christ de sa propre quête, et ainsi appelé à rencontrer son propre diable sur la route de la libération. Tu me parles des « rouleaux non encore ouverts » de l’Evangile et justement ce grand dragon prétend que tout a été fait, que « toute valeur est déjà créée ». C’est amusant, car Bloy écumait lorsqu’un prêtre lui disait que l’ère des miracles était close, quand elle ne faisait à ses yeux que commencer. Ici les deux hommes se rejoignent : il faut refuser d’écouter le dragon, il faut le combattre. Et si chacun est son propre Christ ( Bloy n’en est pas loin parfois) il doit prouver au dragon que l’ère des miracles n’est pas achevée…en faisant un miracle ! Mais ce serait tomber dans le piège que le Christ à su éviter justement. Et dans les 5 années qui précèdent sa mort, surtout pendant la 1èreguerre, Bloy reviendra a plus de simplicité, de recul. Chez Nietzsche, le complexe christique ira en augmentant.
En tous cas ce qui est intéressant est que chez Nietzsche ce dragon semble donc bien incarner le rôle du diable, donc ces fameuses 3 métamorphoses nietzschéennes sont –si on se rappel le « laisses venir à moi les petits enfants » déjà évoqués l’autre jour – entièrement tissées d’intertexte biblique. Du Nouveau Testament précisément. Je n’irai pas jusqu’à fouiller en profondeur la figure du lion, mais elle nous renverrait du côté de l’ancien testament et du Lion de Juda –entre autre.

Au fait, pourrait tu me dire où se trouve le verset sur les « nouveaux rouleaux » qui seront ouverts ? J’ai oublié. Mais je me souviens que le Christ à clairement dit que « seul le Père connaît le jour et l’heure », ce qui n’est pas sans nous ramener à la question du devenir. Le Dragon dit que tout est fini, qu’il n’y aura plus de nouvelles valeurs : autant dire qu’on est dans le non devenir. Ce diable-dragon est un empailleur. Il faut lui prouver qu’il existe de possibles nouveaux miracles, qu’on peut abolir le « Tu dois » par l’enfant –par le Paraclet pour le chrétien. Plus tard, lorsque surgira L’Eternel retour, je me demande si le Dragon ne prendra pas sa grande revanche. Car si tout a déjà été et sera encore et encore, alors le dragon avait raison de prétendre qu’il n’ y avait pas de nouvelles valeurs…Je crois sincèrement que Nietzsche est tombé dans un piège redoutable –ce qui ne l’empêche pas d’avoir été passionnant et novateur jusqu’au bout. Mais je ne confierais pas l’antéchrist à tout le monde

Dans l’antéchrist ou c’est le Christ même qu’il attaquera comme pour s’emparer de la place. D’ailleurs sa psychologie du réformateur est parlante. Comme l’est son idée a-scientifique de manipulation de l’Evangile selon laquelle : « quand la 1ère communauté chrétienne eut besoin d’un théologien justificateur, tempêteur, perversement subtil, CONTRE les théologiens, elle se CREA son Dieu selon ses besoin » (…) elle lui mit aussi dans la bouche ces notions absolument étrangères aux Evangiles, dont elle ne pouvait plus se passer d’ «avènement », « jugement dernier » » - L’antéchrist, 31 -. »
Il serait intéressant de comparer les progrès fait dans l’analyse de l’écriture des Évangiles avec ce que Nietzsche avance avec un aplomb phénoménal. Pour justifier sa thèse, il n’hésite pas à affirmer que les Evangiles ont été réécrits et de préciser ce qui, dedans, a été modifié ! C’est un voyant. Là il tombe dans l’esprit de système –travers allemand, comme Mack devant Napoléon – son idée est faite et les faits, les pièces du puzzle ne peuvent que s’agréger selon sa conception. Bref, le réel doit s’incliner.

La religion chrétienne aura finalement été la grande affaire de la vie de Nietzsche. Et là, il peut nous apprendre beaucoup, mais pas forcément comme il le croyait. Ainsi dans ce passage du Zarathoustra dont j’ai cité la fin, le portrait du professeur d’endormissement est un portrait de pharisien bien plus que de chrétien (ce pourrait être aussi le portrait de l’honnête homme selon Montaigne… c’est le Philinte de Molière par bien des côtés). Jusqu’à L’antéchrist, Nietzche semble avoir surtout visé le philistin qui se cache derrière le chrétien bien trop souvent. On a voulu oublier la violence de l’expérience christique, cet homme qui voit des publicains, accepte les dons de femmes de mauvaise vie et n’hésite pas à fréquenter des types suspects. Jésus n’est pas dans la norme, dans la doxa. Et c’est bien pour ça que le christianisme prendra sur les perdants d’une société. Il semble bien qu’au début Nietzsche ait, dans le christianisme, surtout visé une société construite non sur ce qu’était le Christ et son enseignement, mais sur l’opération de compatibilité avec le pouvoir qu’on lui a fait subir– je dis le Christ tel qu’il est selon les Evangiles, car vraiment dans l’Antéchrist il me parait délirer, la vision du Christ donnée par les Évangiles suffit à montrer qu’il y- a eu distorsion du message et émasculation de la violence christique « je suis venu apporter l’épée/ la guerre non la paix. Hélas notre teuton finira par gommer ce qui le dérange dans les Evangiles en prétendant que cela é été reconstruit. Argument qu’on trouve encore aujourd’hui sous des plumes internetiennes. Mais Nietzsche est une merveilleuse occasion de reprendre contact avec la véracité du Christ. Il est aussi l’occasion de s’affronter à ses propres peurs et croyance, il nous invite à nous dépasser, ce qui ne veut nullement dire « aller de son côté »


Quand à rapprocher Nietzche de Rimbaud… peut-être te souvient-il d’un com que j’avais fait précisément sur ce sujet. Hélas, je ne sais plus sur quel fil d’Incarnations, un ancien fil que j’avais été frôler du tendre baiser du prince dilettante (un fil sur Nietzsche que je n’ai pas retrouve sur Incarnations et que j’avais improvisé là, direct sur le blog. Donc, je ne l’ai plus. Si tu le retrouves…). Il y aurait bcp àdire sur les deux hommes, y compris leur attraction fascination répulsion pour le Christ mais je suis vidé.


Juste un mot sur deux de tes phrases exquis compagnon de banquet « Les religieux affirment (…) que l’homme est volontairement pécheur » : uniquement ceux qui ont eu connaissance des Evangiles, uniquement. Ainsi les indiens d’Amérique du sud n’étaient pas –normalement – regardés comme pécheurs mais comme ignorants
« Le seul chemin que l’homme peut prendre afin d'avoir une vie digne de ce nom est de repousser son désir d’être heureux ici-bas. » Je n’ai pas non plus les références, mais l’Aquinate permet à l’homme le bonheur, comme il l’autorise à jouir sexuellement –lui qui pense qu’en Eden homme et femme jouissaient bien plus fort. D’autre part, il existe des hommes qui sont heureux dans la connaissance, qui n’est pas forcément péché. Enfin on voit qu’il existe quantité de possibilités d’être heureux hors du péché. Ce n’est qu’aux saints que Dieu demande –directement- de renoncer à tout. Ainsi Sainte Lidwyne de Schiedam (lire » Huysmans). Et qui sait si les saints, ou certains saints, ne sont pas heureux dans elur souffrance. C’est donc bcp plus complexe que ça. On confond l’Eglise entière avec la facequ’elle a montré après la Réforme et encore plus après la Révolution. Le pire : quand elle s’est alliée avec la bourgoisie. Mais elle n’a pas toujours été pudibonde, loin de là (première grande crise de pudibonderie : la Renaissance. L’amour du beau antique, des Léda nues et des vénus naissantes terrifie les curés de campagne si elle passionne certains cardinaux qui en profite parfois pour oublier Dieu. Les Borgia…)
Quand on lit les Sermons de Bossuet, nulle part on ne le voit exiger de renoncer à tout ce qui peut rendre heureux. Non, ce que tu dis là c’est la version maximaliste qu’on peut toujours poser sur la table, voire suivre –Siméon Stylite – mais on n’est pas damné pour avoir fuit le malheur. Cette vision doloriste de la religion ne correspond pas à ce qu’on sait de l’existence dans la société où les enseignements de l’Eglise étaient le plus écoutés : le Moyen âge (pas le haut M.A, mais du 11 au milieu 15 ème siècle). Tu me semble proposer une bipartition entre une religion servant à maintenir la civilisation et donc la société et une quête personnelle qui se passe de doxa obligatoire. Pourquoi pas ? De toute façon, je puis voir autour de moi qu’un esprit ayant vraiment la foi préfère, et de loin, la lecture de la bible et la méditation aux messes françaises du dimanche. Trop de gens qui ne sont là que par habitude, pour raisons de familles. Mais en tous cas ne mélangeons pas l’image qu’on peut se faire de la religion à travers le Saint Sulpice du 19 ème qui fut bien plus pudibond sur le corps que les clercs du moyen âge. On se lavait plus au 12ème siècle qu’au 19ème ! Et si. De même, dans un autre genre, lors des carnavals, fête de l’âne ou fête des fous, 40 moines (selon le monastère etc) le visage maculé de jus de mûrs entraient dans l’Eglise en braillant des chansons cochonnes. Puis on jouait au dé sur l’autel et on y mangeait du saucisson. Car TOUS les interdits étaient alors remis en cause. Rabelais est en partie issu de cette tradition (voir Bakhtine L’œuvre de F .Rabelais et tout son concept du carnavalesque qu’on a mis à toutes les sauces mais qui signe des faits précis). Mais je m’éloigne énormément et parle, parle sans cesse et bien trop. Que le silence soit !
Juste une remarque pour raccrocher péniblement sur frédo les belles bacchantes : plus je travaille sur Bloy, plus je m’aperçois (et les meilleurs bloyens l’avait déjà vu) que ledit Bloy a pensé ka mort de Dieu. Sauf qu’il en a tiré une conception de l’histoire fort singulière qui finit par rejoindre la Paraclet à travers un dédale étonnant. Il n’y a pas de temps, et c’est parce que notre vision est succesive que nous ne voyons pas demain. Les prophètes « se souviennent de demain » écrit Bloy qui pense au fond que tout se déroule au même instant et est inextricablement lié. Bref, à la même époque (Bloy meurt en 1917 et publie le Désespéré en 86, ce n’est pas son premier livre) Bloy pense l’histoire et le temps d’une façon qui fascinera Borges et Nietzsche s’en va réveiller chez les stoïcien et certains grecs cette histoire d’Eternel retour qu’il touille à sa sauce. Autant dire que la question du temps devient primordiale pour l’esprit humain. Moins de 10 ans après la mort de Bloy (+1917) un certain Marcel commence à écrire « A la recherche du temps perdu ». Encore qqlq années et Einstein arrive… Il s’est passé qqlq chose de phénoménal dans la psyché humaine, Nietzsche (comme Bloy) en fut l’une des vigies.

Écrit par : Restif | 04/01/2008

Je n'étais pas passé dans les parrages depuis un bon moment. Votre échange à propos de Nietzsche est de grand niveau. Après ce que vous venez de dire sur Nietzsche et sur Dieu j'ai bien envie de me replonger dans le penseur allemand avec un esprit plus frais. Bonne année à vous.

Écrit par : Dreille | 08/01/2008

Effectivement, c'est géant par ici.

@ Restif:

Moi, chez le vilain lapin, je ne fais que le joyeux clown, je l'imite mais j'inverse ses vues. Il me dit quelque chose, je prends le pari de dire le parfait inverse et en vérité, chaque fois que je dis l'inverse, je remarque cet inverse est beaucoup plus proche de la vérité que sa vision idiote, mécanique, anti-scientifique (un comble pour un marxiste "scientifique") du monde.

Par contre, vous, c'est du grand art: Avec quel style vous mettez en rogne notre Lapinos sur Bloy! Du pur génie finalement, et moi qui tente seulement de le piquer un tout petit peu...

***

Bonne année 2008 à tous évidemment, en espérant que pendant que la Terre accomplit une nouvelle révolution autour de notre boule de feu alimentée à l'hydrogène (nettement moins poétique ainsi?), tout le monde qui le souhaite puisse se libérer du joug de la monotonie et de l'habitude, par tout les moyens possible - pourquoi pas devenir un acteur minable aussi, car du minable peut sortir le génial, par exemple dans ce film qui m'a touché profondément et qui se nomme (je fais ma pub) "The Girl Next Door".

Peut-être qu'un jour l'humanité se ré engagera dans l'aristocratie ou l'anarchie, (bref, les terrains des âmes libres et fertiles dont d'autres disent que ce sont "des utopies" - mais moi, j'y crois.), et que les artistes seront adorés plus que les bureaucrates. Marchons vers ce chemin et gardons ce but constamment dans notre esprit.

Écrit par : Spendius | 09/01/2008

(Et encore une fois pardon pour les fautes d'orthographe : Ces foutus claviers ne m'aiment pas et je désespère de me corriger.)

Écrit par : Spendius | 09/01/2008

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