Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/02/2007

Joris-Karl Huysmans (1848-1907)

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

Quelques extraits tirés de Là-Bas


" Le peuple, fit des Hermies, en versant de l'eau dans la cafetière, au lieu de l'améliorer, les siècles l'avarient, le prostrent, l'abêtissent ! Rappelez-vous le siège, la commune, les engouements irraisonnés, les haines tumultuaires et sans cause, toute la démence d'une populace mal nourrie, trop désaltérée et en armes! - Elle ne vaut tout de même pas la naïve et miséricordieuse plèbe du moyen age !

(...)

- Mon Dieu! quelles trombes d'ordures soufflent à l'horizon ! murmura tristement Durtal.
- Non, s'exclama Carhaix, non, ne dites point cela ! Ici-bas, tout est décomposé, tout est mort, mais là-haut ! Ah ! je l'avoue, l'effusion de l'Esprit Saint, la venue du Divin Paraclet se fait attendre ! Mais les textes qui l'annoncent sont inspirés ; l'avenir est donc crédité, l'aube sera claire !
Et les yeux baissés, les mains jointes, ardemment il pria.
Des Hermies se leva et fit quelques pas dans la pièce.
- Tout cela est fort bien, grogna-t-il ; mais ce siècle se fiche absolument du Christ en gloire ; il contamine le surnaturel et vomit l'au delà. Alors, comment espérer en l'avenir, comment s'imaginer qu'ils seront propres, les gosses issus des fétides bourgeois de ce sale temps ? élevés de la sorte, je me demande ce qu'ils feront dans la vie, ceux-là ?
- Ils feront, comme leurs pères, comme leurs mères, répondit Durtal ; ils s'empliront les tripes et ils se vidangeront l'âme par le bas-ventre !"


___________________________________________________________

"Il se leva pour aller ouvrir la porte, car la sonnette tintait; il revint avec une lettre apportée par le concierge.
Il l'ouvrit. Qu'est-ce que c'est que cela ? Fit-il étonné, lisant :
"Monsieur,
"Je ne suis ni une aventurière, ni une femme d'esprit se grisant de causeries comme d'autres de liqueurs et de parfums, ni une chercheuse d'aventures. Je suis encore moins une vulgaire curieuse tenant à constater si un auteur a le physique de son oeuvre, ni rien enfin de ce que vous fournirait le champ des suppositions possibles. La vérité c'est que je viens de lire votre dernier roman..."
- Elle y a mis le temps, car voilà plus d'une année qu'il a paru, murmura Durtal.
"... douloureux comme les battements d'une âme qu'on emprisonne... "
- Ah zut ! - passons les compliments ; ils portent à faux du reste, comme toujours !
"... Et maintenant, monsieur, bien que je pense qu'il y ait infailliblement folie et bêtise à vouloir réaliser un désir, voulez-vous qu'une de vos soeurs en lassitude vous rencontre, un soir, à l'endroit que vous désignerez, après quoi, nous retournerons, chacun, dans notre intérieur, dans l'intérieur des gens destinés à tomber parce qu'ils ne sont pas placés dans l'alignement. Adieu, monsieur, soyez assuré que je vous tiens pour quelqu'un dans ce siècle de sous effacés.
"Ignorant si ce billet aura une réponse, je m'abstiens de me faire connaître. Ce soir, une bonne passera chez votre concierge, et demandera s'il y a une réponse au nom de Mme Maubel."
- Hum! fit Durtal, en repliant la lettre. Je la connais, celle-là; ce doit être une de ces très anciennes dames qui placent des lots oubliés de caresses, des warrants d'âme! Quarante-cinq ans, pour le moins; sa clientèle se compose ou de petits jeunes gens toujours satisfaits, s'ils ne payent point, ou de gens de lettres, peu difficiles à contenter, car la laideur des maîtresses, dans ce monde-là, est proverbiale! - A moins que ce ne soit une simple mystification; - mais de qui? Et dans quel but? Puisque je ne connais plus maintenant personne!
Dans tous les cas, il n'y a qu'à ne pas répondre.
Mais, malgré lui, il rouvrit cette lettre. Voyons, qu'est-ce que je risque? Se dit-il; si cette dame veut me vendre un trop vieux coeur, rien ne m'oblige à l'acquérir; j'en serai quitte pour aller à un rendez-vous.
Oui, mais où le lui fixer ce rendez-vous? Ici, non; une fois chez moi, l'affaire se complique, car il est plus difficile de mettre une femme à la porte que de la lâcher dans un coin de rue. [...]nous résoudrons cette question-là, plus tard, après sa réponse. Et il écrivit une lettre dans laquelle il parlait, lui aussi, de sa lassitude d'âme, déclarait cette entrevue inutile, car il n'attendait plus rien, ici-bas, d'heureux.
Je vais ajouter que je suis souffrant, cela fait toujours bien et puis ça peut excuser, au besoin, des défaillances, se dit-il, en roulant une cigarette.
Là, ça y est; - ce n'est pas bien encourageant pour elle... oh! Et puis... Voyons, quoi encore? - Eh! Pour éviter le futur crampon, je ne ferai pas mal de lui laisser entendre aussi qu'une liaison sérieuse et soutenue avec moi n'est pas, pour des raisons de famille, possible, et en voilà assez pour une fois...
Il plia sa lettre et griffonna l'adresse.
Puis il la tint entre ses doigts et réfléchit. Décidément c'est une bêtise de répondre; est-ce qu'on sait? Est-ce qu'on peut prévoir dans quels guêpiers mènent ces entreprises? Il savait pourtant bien que, quelle qu'elle soit, la femme est un haras de chagrins et d'ennuis. Si elle est bonne, elle est souvent par trop bête, ou alors elle n'a pas de santé ou bien encore elle est désolamment féconde, dès qu'on la touche. Si elle est mauvaise, l'on peut s'attendre, en plus, à tous les déboires, à tous les soucis, à toutes les hontes. Ah! quoi qu'on fasse, on écope!
Il se régurgita les souvenirs féminins de sa jeunesse, se rappela les attentes et les mensonges, les carottes et les cocuages, l'impitoyable saleté d'âme des femmes encore jeunes! Non, décidément, ce n'est plus de mon âge, ces choses-là. - Oh! et puis, pour ce que j'ai besoin maintenant des femmes!
Mais, malgré tout, cette inconnue l'intéressait. Qui sait? Elle est peut-être jolie? Elle est peut-être aussi, par extraordinaire, pas trop rosse; rien ne coûte de vérifier. Et il relut la lettre. Il n'y a pas de fautes d'orthographe; - l'écriture n'est point commerciale; les idées sur mon livre sont médiocres, mais, dame, on ne peut pas lui demander de s'y connaître! - ça sent discrètement l'héliotrope, reprit-il, en flairant l'enveloppe.
Eh! Au petit bonheur! Et en descendant pour déjeuner, il déposa sa réponse chez le concierge."


___________________________________________________________

Y'a pas à dire... psychologie au scalpel et bonheur du très Saint Verbe.



___________________________________________________________

C'était ma lecture du Jour... je m'en retourne à mes larmes d'Or...

15:35 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : 59-lectures : joris-karl huysmans | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/02/2007

La Guerre des sexes depuis Adam et Eve ?

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

« Elles cherchent un maître sur lequel régner » Lacan

« Qui oserait rappeler l’évidence démontrée il y a déjà vingt-cinq ou trente ans par Foucault que non seulement la guerre des races ne s’est pas éteinte avec l’émergence des guerres nationales, ou de la "lutte des classes", mais qu’elles ne cessent au contraire toutes ensemble de s’élaborer sans cesse dans l’infernal creuset des âmes humaines livrées à elles-mêmes, et aux mauvais picrates intellectuels du XXème siècle, contaminant peu à peu toutes les structures de la société-monde, jusqu’à nous promettre l’éclatement prochain d’une guerre des sexes comme horizon terminal, au milieu des destructions de la guerre civile planétaire ? » Maurice G. Dantec, Laboratoire de catastrophe générale (Le théâtre des opérations 2000-2001), Gallimard, 2001, p. 284-285

À lire l'excellent article, dense et bien écrit, du Grain de Sable d'où j'ai tiré ces deux citations...Cliquez là : La Guerre des sexes ou L’Histoire comme scène de ménage


C'était ma lecture du jour...

09/02/2007

Miracle ?

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=



" Voyons un peu par exemple, cette oreille si ordinaire. Nous avons tous appris à l'école qu'elle est divisée en trois parties, l'oreille externe, l'oreille moyenne et l'oreille interne. L'oreille externe commence par le pavillon, qui recueille les ondes sonores, et se termine par le tympan. Or il est commun qu'avec l'âge, le tympan et tout ce qui le suit deviennent moins sensibles.

Toute la machinerie de l'oreille a donc besoin de recueillir des portions d'ondes plus importantes pour être mise en action. C'est ce besoin qui fait à certains d'entre vous mettre la main en cornet autour du pavillon. Vous ne l'avez jamais fait ? Hélas, hélas, ça viendra... Or, un éminent médecin me disait dernièrement qu'après de multiples observations il pouvait affirmer que chez les vieillards, les oreilles grandissent.
Depuis qu'il me l'a dit, j'ai regardé les vieux. Regardez à votre tour, c'est vrai. C'est surtout visible chez les gens très âgés. Certains ont des pavillons considérables. De vraies feuilles de laitues. Passons du pavillon au tympan. Nous vivons dans un tel vacarme que nous ne pouvons plus jouir de sa sensibilité exquise. Il est sans arrêt assailli par une macédoine de bruits permanents qui le maintiennent en vibration perpétuelle. Et nos nerfs auditifs, pour nous défendre, mettent une sourdine à la réception, un coup de gomme général. Mais au départ, la sensibilité du tympan est telle (je cite ici textuellement P. Danysz dans Science et Avenir de juillet 1961) « qu'il peut pour certaines fréquences [...] réagir (selon le Dr Bekesy) à des vibrations dont l'amplitude est inférieure à un milliardième de millimètre, soit le dixième du diamètre d'un atome d'hydrogène. Ainsi, dans le silence absolu, notre oreille pourrait entendre s'entrechoquer les molécules d'air agitées par le mouvement brownien ! ».
Pas mal... C'est encore mieux plus loin. Pénétrons.

L'onde qui fait vibrer le tympan lui a été transmise par le milieu dans lequel nous vivons : l'air. Mais le corps de l'homme, apparemment solide, est en réalité liquide. Un homme de 80 kilos contient environ 50 litres d'eau. La vibration, pour être assimilée par l'organisme humain, devra donc passer du milieu gazeux au milieu liquide. Ce faisant, elle risque de subir au passage un coup de frein. L'oreille moyenne va fournir la solution à ce problème.
L'oreille externe est en plein air. L'oreille interne est une boîte close pleine d'eau. Placée entre les deux, l'oreille moyenne va transmettre la vibration de l'une à l'autre par l'entremise de trois os minuscules, le marteau, l'enclume et l'étrier.
Le marteau est solidaire du tympan et vibre avec lui.
Il communique ses mouvements à l'enclume, qui les passe à l'étrier.
L'étrier fait vibrer une membrane élastique sur laquelle il s'appuie, et qui ferme une fenêtre pratiquée dans la boîte en os de l'oreille interne.
Les trois os intercalaires sont si miraculeusement astucieux dans leur forme, leur équilibre, leur architecture, leur agencement et les rapports de leurs dimensions, que l'onde transmise par eux du tympan à l'oreille interne se trouve en même temps amplifiée dans la proportion de 1 à 22...

Ajoutons que pour éviter les surpressions et les dépressions dans cette oreille moyenne fermée par deux membranes vibrantes, un canal de dérivation a été percé à travers chair et os : c'est la trompe d'Eustache, en relation avec l'atmosphère extérieure par la bouche. Ainsi la pression reste-t-elle toujours la même à l'intérieur et à l'extérieur de l'oreille.
Pas mal...
C'est encore mieux plus loin. Enfonçons-nous dans l'oreille interne. Jusqu'ici tout était très simple. Nous pouvions admirer le génie artisanal qui avait confectionné chaque osselet selon une forme minutieusement parfaite et les avait assemblés au moyen de muscles et ligaments minuscules dans un équilibre fonctionnel exact. Mais il nous était facile de comprendre comment les trois os faisaient ce qu'ils avaient à faire. Dans l'oreille interne cela devient extrêmement ardu. Nous passons de l'atelier d'horloger au laboratoire électronique. Et c'est bien peu dire. Car toutes les sciences doivent être sollicitées pour éclairer ce qui se passe ici.
Nous ne sommes pas assez savants, ni vous ni moi, pour tout analyser. D'ailleurs, les plus savants eux-mêmes...
Nous allons jeter, dans cette étrange caverne, un simple regard de profane. Un regard candide. Le regard de quelqu'un qui ne prétend pas savoir pourquoi quand on lui a expliqué comment.
Nous négligerons les canaux semi-circulaires, qui sont situés dans l'oreille interne mais n'interviennent pas dans le fonctionnement de l'ouïe. Du moins à ce que nous savons. Il y a sans doute une raison profonde pour qu'ils se trouvent là et non ailleurs, mais nous ne la connaissons pas. Nous savons seulement qu'ils sont le siège, le centre del'équilibre. Ils sont trois, assemblés, chacun en forme de demi-cercle, chacun perpendiculaire aux deux autres, chacun placé dans une des trois dimensions.
Qu'ils viennent à être lésés, par blessure ou maladie, et l'homme vertical ne peut plus se tenir debout. Même couché de tout son long, les yeux fermés, il ne se sent plus en équilibre. Il ne sait plus ce que sont la stabilité, la sécurité, le repos. De tous côtés le sollicitent des chutes abominables, et il ne peut se cramponner à rien car son univers bascule dans les trois dimensions.
Un homme peut devenir sourd, aveugle, muet, manchot, cul-de-jatte, cardiaque, tuberculeux, châtré et rester un homme.

Il peut sombrer dans le coma et continuer à faire partie, passivement, de notre univers, comme un caillou. Mais privé de ses canaux semi-circulaires, il est rejeté hors du monde, dont la loi première, la condition de constitution, est l'équilibre. Il n'est plus qu'un fragment de conscience du chaos.
Si ces canaux se trouvent dans l'oreille interne, c'est peut-être à cause de leur extrême importance. L'oreille interne est en effet l'emplacement le mieux protégé du corps. C'est une petite boîte solide dans la grande boîte solide du crâne. Le crâne qui doit protéger les oreilles et le cerveau est de forme à peu près sphérique.

La sphère est la forme la plus apte à rejeter les coups vers la tangente et résister aux chocs.
Abandonnons ces mystérieux canaux, ces trois gyroscopes immobiles qui sont en quelque sorte le nœud de communication entre l'équilibre universel et celui de l'individu, et reprenons la vibration où nous l'avons laissée : entrant par la fenêtre de l'oreille interne. Derrière la membrane vibrante qui ferme cette fenêtre se trouve le labyrinthe où la vibration va poursuivre son chemin. Ce labyrinthe a la forme d'un coquillage enroulé, une sorte de colimaçon pointu, dont la base est tournée vers la fenêtre et la pointe enfoncée vers l'intérieur de la tête. Mais les coquillages terrestres ou marins, tels que nous les connaissons, se composent d'une seule cavité s'enroulant sur elle-même. Ici, il y en a trois, trois conduites s'enroulant ensemble de la base jusqu'à la pointe où deux d'entre elles communiquent. La troisième, qu'on a baptisée le limaçon, est hermétiquement close : mais elle est séparée de la deuxième, tout le long de ses spires, par une membrane vibrante - encore une ! Dans le limaçon, derrière la membrane vibrante enroulée le long des spires, sont disposées environ vingt-cinq mille " cellules auditives ". Chaque cellule est hérissée de cils vibratiles à une de ses extrémités. Son autre extrémité se prolonge par un filet nerveux. Ces filets nerveux réunis en faisceaux formeront le nerf auditif chargé de porter au cerveau le message de l'oreille.
Que se passe-t-il dans ce labyrinthe ? En gros, quand la fenêtre se met à vibrer, le liquide qu'il contient transmet les vibrations aux cellules nerveuses, qui les transforment en influx nerveux et dirigent celui-ci vers le cerveau par le nerf auditif. Mais pourquoi cette forme colimaçonnesque ?
Imaginons que les cellules nerveuses soient disposées directement derrière la membrane plane de la fenêtre. Imaginons aussi que vous soyez en train de marcher dans la forêt de Chambord par une nuit de printemps. Votre oreille reçoit le chant d'amour du rossignol, le frisson du vent dans les feuilles nouvelles, le bruit de vos pas sur les brindilles, le bramement du cerf, les incongruités sonores du récepteur TV dans la maison du garde, le chœur des grenouilles, un solo de Caravelle qui passe là-haut, un ruisseau qui mouille son lit, un sanglier effrayé qui troue un fourré, un vélomoteur à dix kilomètres...
Votre oreille reçoit tout cela en même temps.
Si vos cellules auditives se trouvaient disposées toutes sur le même plan derrière la membrane de la fenêtre, elles seraient toutes sollicitées à la fois et votre cerveau recevrait tous les sons mélangés, percevrait une bouillie de bruits impossibles à séparer les uns des autres et à identifier. Le monde sonore ne serait rien d'autre pour vous qu'un ronflement perpétuel dont les seules modifications seraient les variations d'intensité.
Le labyrinthe de l'oreille interne se charge de transformer cette bouillie, ce magma de vibrations en un ensemble sonore où chaque son sera individualisé. Au cerveau ensuite d'identifier et de choisir.

Il y a autant de différence entre ce qui parvient à l'oreille interne par sa fenêtre élastique et ce qui en sort par son nerf auditif qu'entre un gâchis de couleurs passées au mixer et un tableau composé avec les mêmes couleurs.
Comment le labyrinthe procède-t-il à l'analyse de cette purée vibrante ?
Il est difficile de le savoir, car pour voir ce qui se passe dans une oreille, il faut l'ouvrir et, à partir du moment où on l'ouvre, il est bien évident qu'il ne s'y passe plus rien. En tous les cas, plus rien de normal.
Les expérimentations boiteuses qu'on a pu faire ont donné quelques indications. A la logique de bâtir des hypothèses...
La vibration totale s'engage dans une conduite dont le diamètre diminue constamment, selon une courbe logarithmique qui comblerait d'aise Salvador Dali. Chacune des vibrations partielles qui la composent traversera donc, à un certain passage de son trajet, une portion de labyrinthe d'un diamètre qui correspond à sa longueur d'onde particulière et qui lui permettra de faire entrer en résonance, à ce diamètre, là seulement et par cette longueur d'onde seulement, le dispositif d'audition. A cet endroit-là seulement, les cils des cellules auditives se mettent à vibrer, pour ce son-là seulement. Il en est ainsi pour chacune des longueurs d'onde qui composent la vibration complexe entrée par la fenêtre. Tout le long de l'enroulement hélicoïdal, chaque groupe de cellules va pêcher la longueur d'onde qui le concerne. Quand il arrivera au bout du labyrinthe, le magma sonore aura été complètement analysé.

C'est une hypothèse. Les lois de la mécanique et de l'acoustique nous permettent de la trouver plausible. Les expériences faites dans des conditions non satisfaisantes semblent la confirmer - la membrane du limaçon vibre en effet d'une façon sélective - et l'infirmer : la membrane vibre dans les spires les plus étroites pour les sons graves et dans les spires les plus larges pour les sons aigus. L'acoustique nous inclinerait à nous satisfaire du phénomène contraire. Nous pouvons seulement en conclure que nous ne comprenons pas ce qui se passe exactement, mais que ce qui se passe est effectivement fonction des longueurs d'onde d'une part et de l'enroulement hélicoïdal des trois conduites d'autre part. Mais la longueur d'onde ne suffit pas à définir un son. Au concert, ou devant votre électrophone, votre oreille est parfaitement capable de discerner une même note jouée par le piano, le violon ou la flûte. Ce sont pourtant les mêmes cellules, de la même portion hélicoïdale, qui vont être émues par le même do des trois instruments. Qui fait alors la différence ?
Il est probable que ce sont les cils vibratiles. Ce qui se passe à leur niveau est un phénomène qu'on a pu constater mais non expliquer. Il en est ainsi chaque fois qu'on se trouve devant les manifestations de base de l'électricité et de la vie : quand un cil se met à vibrer, un micro-courant électrique prend naissance dans sa substance, se propage dans la cellule auditive dont il est le prolongement et, de là, par le filet nerveux et le nerf auditif, gagne le cerveau.
Or, aucun de ces cils n'est absolument pareil à un autre dans son diamètre, sa longueur et la disposition de ses molécules.

Il est donc possible que chacun d'eux ou chaque molécule de chacun d'eux soit plus ou moins sensible à telles ou telles caractéristiques de la vibration qui n'ont rien à voir avec la longueur d'onde, mais qui constituent le timbre du piano ou de la trompette.
Chaque molécule de chaque cil envoyant à la cellule un micro-courant différemment modulé, celle-ci en fait la synthèse, en tire la résultante, et l'expédie vers le cerveau, par son fil spécial. Les 25 000 fils spéciaux issus des 25 000 cellules apportent en même temps au cerveau chacun son micro-courant qui diffère des 25 000 autres par son micro-voltage, sa micro-intensité, sa micro-énergie, sa micro-modulation et sans doute par d'autres micro-particularités dont nous n'avons pas la moindre idée.

Le cerveau reçoit les 25 000 signaux électriques et les transforme, par un processus qu'il ne semble pas que nous puissions jamais élucider, en sensation auditive. La bouillie vibratoire recueillie par le pavillon, reçue par le tympan, amplifiée par les osselets, analysée par le labyrinthe, codée par le limaçon, acheminée par le câble auditif, traduite par le cortex cervical est devenue une mosaïque sonore construite, claire, profonde et colorée; le cerf et la grenouille, et le soupir du vent, sont entrés dans votre tête et vous les avez reconnus.
Voilà ce qui se passe dans l'oreille. Du moins à peu près. J'ai beaucoup simplifié ce que nous connaissons. Et nous ne connaissons pas tout.
Et ce que j'ai supposé est peut-être inexact. Mais si nous connaissions tout, avec exactitude, nous aurions sans doute encore plus de raisons de nous sentir étreints par l'émerveillement, et par l'angoisse de l'inconnu.
Qui a conçu l'oreille ?
Il faut être singulièrement facile à contenter pour accepter de voir dans la simplicité harmonieuse de son aménagement général, le raffinement de ses détails, la diversité de son fonctionnement mécanique, acoustique, électrique, chimique, séreux, sanguin, conjonctif, osseux, musculaire, nerveux, liquide, solide, gazeux, et nous en oublions, et nous en ignorons, et dans la coordination immédiate et parfaite de cette multiple subtilité, le résultat chanceux de mutations hasardeuses.
Nous admettons volontiers le système de la sélection du mieux armé et du mieux adapté. L'animé qui avait une oreille a survécu à celui qui n'en avait pas. D'accord. Mais qui a donné son oreille à celui qui l'avait ?
Ce n'est pas si simple, dit-on. Il y a eu d'abord une cellule qui était vaguement sensible aux vibrations, puis...
D'accord.
Mais comment cette cellule vaguement sensible a-t-elle transformé cette vibration en une sensation auditive ? Comment s'est-elle adjoint d'autres cellules ? Comment se sont-elles fait pousser des cils sélectifs, se sont-elles enfermées dans le limaçon, le limaçon dans le labyrinthe ? Comment se sont-elles fait précéder d'un système amplificateur ? Comment ont-elles fait émerger et fleurir le pavillon ? Comment ? comment ? comment ? Qui a voulu ces perfectionnements successifs ?
Est-ce l'individu ?
Si c'était possible, tous les hommes se seraient depuis longtemps fait pousser des ailes et des yeux derrière la tête.
Est-ce l'espèce ? La matière vivante elle-même ?
Qui ?
L'oreille ne s'est pas faite par l'invraisemblable hasard de millions de mutations favorables.
L'oreille est un ensemble conçu, architecturé, organisé. Le hasard ne conçoit pas, n'ajuste pas, n'organise pas. Le hasard ne fait que de la bouillie.
Même si on tient compte du facteur temps, on ne peut pas accepter l'explication du hasard. Je connais l'argument du singe et de la machine à écrire : si on place un singe devant une machine à écrire et qu'il tape au hasard sur le clavier pendant l'éternité, comme il tapera une infinité de combinaisons de lettres, il finira par taper le texte de la Bible.
Je n'accepte pas cet argument. Il est faux. Il confond la quantité et la qualité. Le singe ne tapera pas la Bible, pas même La Cigale et la Fourmi. Il tapera pendant l'éternité un cafouillis lettriste, jusqu'à la fin des temps.
Vous pouvez lancer un dé pendant l'éternité, vous n'obtiendrez jamais une série de 1000 six. Or il faudrait une accumulation de mutations favorables autrement extraordinaire qu'une série de 1000 six pour fabriquer une oreille, ou une marguerite ou un petit chat.
Mais d'où viennent l'oreille et la marguerite ?
IL Y A QUELQU'UN !...
Il y a quelqu'un sous le lit, dans l'armoire ! Il y a quelqu'un dans notre vie, dans notre chair. Quelqu'un qui nous a faits et qui fait de nous ce qu'il veut."

René Barjavel
La faim du Tigre



Michel-Ange : La Création d'Adam, fresque de la Chapelle Sixtine.

00:20 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : 57-lectures : miracle ? (barjavel) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/02/2007

Anarchiste... Fasciste...

=--=Publié dans la Catégorie "Franc-tireur"=--=

Les gros cons de droite me traitent d'Anarchiste...

Les gros cons de Gauche me traitent de Fasciste...

Qu'en pense Gabriel Matzneff ?

"Les anarchistes ont des idées de gauche et un tempérament de droite, au lieu que les fascistes ont des idées de droite et un tempérament de gauche.
L'anarchisme est aristocratique, et le fascisme plébéien.
L'anarchiste, qui ne croit pas en sa propre destinée, est byronien ; le fasciste, qui révère l'Etat, est hégélien.
L'anarchiste boit du vin de bourgogne et mange des truffes ; le fasciste boit de la bière et mange de la choucroute.
L'anarchiste soigne sa ligne et pèse à cinquante ans le même poids que quand il a passé le conseil de révision ; le fasciste, au-delà de trente ans, prend du bide.
Le fasciste aspire au pouvoir, et l'anarchiste au sublime.
Il y a du bourgeois dans le fasciste ; dans l'anarchiste, du dandy. Et du stoïcien."


Ma foi... à 41 ans, je suis encore svelte... et j'ai une large préférence pour un Sauternes bien frappé plutôt que pour une bière accompagnée de choucroute. J'ai pris un tout petit peu de bide, mais il paraît que ça se soigne... et j'emmerde les gros cons, fussent-ils de gauche ou de droite.

_________________________________________________________

C'était ma parenthèse du jour... je m'en retourne à mes fièvres antiques !

07/02/2007

Ernst Jünger (1895-1998)

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=



« Notre espoir repose sur les jeunes gens qui souffrent de fièvre, parce que la purulence verte du dégoût les consume, sur ces âmes grandes dont nous voyons les possesseurs errer comme des malades à travers l'ordre des auges à porc. Il repose sur la révolte qui se dresse contre le règne du bon-garçonnisme, et qui exige les armes d'une destruction lancée contre le monde des formes, qui exige l'explosif, afin de balayer l'espace de la vie, au profit d'une hiérarchie nouvelle. »
Ernst Jünger

...dessin...Marie-Pierre CIRIC

« La résistance du Rebelle est absolue : elle ne connaît pas de neutralité, ni de grâce, ni de détention en forteresse. Il ne s'attend pas à ce que l'ennemi se montre sensible aux arguments, encore moins à ce qu'il s'astreigne à des règles chevaleresques, il sait aussi en ce qui le concerne que la peine de mort n'est pas abolie. »
Ernst Jünger


« Les actes de banditisme que la Campagna connaissait déjà se renouvelaient alors, et les habitants étaient enlevés à la faveur de la nuit et du brouillard. Nul n'en revenait. Ce que nous entendions chuchoter de leur destin parmi le peuple faisait songer aux cadavres des lézards que nous trouvions écorchés sous les falaises, et nous remplissait le cœur d'affliction. »
Ernst Jünger
Sur les falaises de marbre



« Paris, 30 juillet 1944 Une ondée me fait passer quelques instants au musée Rodin, que d'habitude je n'aime guère. (...) Les archéologues d'âges futurs retrouveront peut-être ces statues juste sous la couche des tanks et des torpilles aériennes. On se demandera comment de tels objets peuvent être si rapprochés, et on échafaudera des hypothèses subtiles. »
Ernst Jünger
Journal de Guerre



« Je suis alors pris de dégoût à la vue des uniformes, des épaulettes, des décorations, des armes, choses dont j'ai tant aimé l'éclat. »
Ernst Jünger
Journal de Guerre


« Prenons garde au plus grand danger qui soit : celui de laisser la vie nous devenir quotidienne. Quelle que soit la matière à dominer et les moyens dont on dispose - cette chaleur de sang qui permet le contact immédiat ne doit pas se perdre. L'ennemi qui la possède a plus de prix à nos yeux que l'ami qui l'ignore. La foi, la piété, l'audace, la capacité à s'enthousiasmer, à s'attacher avec amour, quel qu'en soit l'objet, tout ce que notre époque dénonce comme sottise radicale - partout où nous le rencontrons, nous respirons plus librement, fût-ce dans le cercle le plus restreint. Tout cela est lié à cette très simple expérience que j'appelle étonnement, cette ardeur à s'ouvrir au monde et cette immense envie de s'emparer de lui, comme un enfant qui aperçoit une boule de verre. »
Ernst Jünger
Le Coeur aventureux



03:25 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : 55-lectures : ernst jünger (1895-1998) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

06/02/2007

Lever la tête...

=--=Publié dans la Catégorie "Parenthèse"=--=

Vous arrive-t-il de lever la tête ?

Kepler, photographié par la Nasa


Cassiopeia, photographié par la Nasa


"Insensés par nature tous les hommes qui ont ignoré Dieu, et qui n'ont pas su, par les biens visibles, voir Celui qui est, ni, par la considération de ses œuvres, reconnaître l'Ouvrier.
Mais ils ont regardé le feu, le vent, l'air mobile, le cercle des étoiles, l'eau impétueuse, les flambeaux du ciel, comme des dieux gouvernant l'univers.
Si, charmés de leur beauté, ils ont pris ces créatures pour des dieux, qu'ils sachent combien le Maître l'emporte sur elles ; car c'est l'Auteur même de la beauté qui les a faites.
Et s'ils en admiraient la puissance et les effets, qu'ils en concluent combien est plus puissant celui qui les a faites.
Car la grandeur et la beauté des créatures font connaître par analogie Celui qui en est le créateur.
Ceux-ci pourtant encourent un moindre reproche ; car ils s'égarent peut-être en cherchant Dieu et en voulant le trouver.
Occupés de ses œuvres, ils en font l'objet de leurs recherches, et s'en rapportent à l'apparence, tant ce qu'ils voient est beau !
D'autre part, ils ne sont pas non plus excusables ; car, s'ils ont acquis assez de science pour arriver à connaître le monde, comment n'en ont-ils pas connu plus facilement le Maître ?"


Bible - Ancien Testament
Sagesse 13, 1-9



"La contemplation de la vérité divine constitue l'élément principal de la vie contemplative. Cette sorte de contemplation est en effet la fin même de la vie humaine. "La contemplation de Dieu, écrit St Augustin, nous est promise commela fin de toutes nos actions et l'éternelle perfection de nos joies." Cette contemplation sera parfaite dans la vie future, quand nous verrons Dieu "face à face" ; elle nous rendra alors parfaitement heureux. Dans ce temps-ci, la contemplation de la vérité divine ne nous est possible que de façon imparfaite, dans un miroir, sous forme d'énigmes (1 Co 13, 12). Nous lui devons une béatitude imparfaite, qui commence ici-bas pour parvenir plus tard à sa consommation.C'est pourquoi Aristote a fait consister la félicité dernière de l'homme dans la contemplation du suprême intelligible.

Mais les œuvres divines nous mènent à la contemplation de Dieu, selon qu'il est écrit (Rm 1, 20) : "Les perfections invisibles de Dieu nous sont rendues accessibles et mises sous les yeux par le moyen des créatures." Il s'ensuit que la contemplation des œuvres de Dieu appartient aussi, en second lieu, à la vie contemplative, en tant que par elle l'homme se trouve acheminé à la connaissance de Dieu. D'où cette parole de St Augustin : "Dans la considération des créatures il ne s'agit pas de porter une vaine et périssable curiosité, mais de nous élever aux réalités immortelles et qui ne passent pas."


St Thomas d'Aquin
Somme de Théologie, II-II, q.180, a.4, c


"La nature n'enfreint jamais sa propre loi
Oh Necessité inexorable
Tu forces tous les effets à être le résultat direct de leurs causes
Et par une loi suprême et irrévocable
Chaque action naturelle t'obeit par le processus le plus court"


Léonard de Vinci (Cahiers)



"Comment ont-ils pu scinder le savoir et la beauté, la vérité de son jaillissement, de sa physique ? Ne se rendaient-ils pas compte de ce qu'ils faisaient, de ce qu'ils léguaient aux hommes du futur ?"

Maurice G. Dantec
Grande Jonction


C'était ma parenthèse du jour...

Je m'en retourne à mes contemplations crépusculaires...

16:15 Publié dans Parenthèse | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : 54-parenthèse : lever la tête | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

05/02/2007

Yves Adrien III : MAGMA

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=



Rock & Folk n° 54 - Juillet 1971


"La nouvelle œuvre de Magma… Comment exprimer le choc que j'ai ressenti, à l'écoute du second enregistrement de ce groupe qui est déjà l'un des meilleurs au monde et sera peut-être un jour le seul, l'ultime ?
Comment dire à quel point est magistrale la gifle que porte Magma à la médiocre musique française, celle qui adapte ou qui plagie ?

Comment ? … Christian Vander crée une musique chaque jour plus dure, plus belle, plus intelligente et nous, critiques, n'avons que nos pauvres mots pour tenter de rendre plus accessible, plus palpable la dimension de ce travail exceptionnel ; Vander a inventé un langage nouveau (c'est de la musique dont je parle, non du kobaïen) et nous, critiques, n'avons rien inventé, pas même la critique…

"Terre… Mange ton cœur, bois ton sang, brûle ton âme
Arbre flétri que déchirent les lames du soleil
…Tu fus ce brasier imaginaire dépourvu de passion
Qui se forgea son crématoire
Bruit silence, bruit silence
Le temps a passé
Bruit silence, bruit, silence
Son flot de vagues se déverse inlassablement
Il inonde l'univers, imperturbable,
Tandis que la sève de ta pauvre vie
Perle péniblement sur ton écorce avive
Bruit silence, bruit silence
Ta vie s'étire et le temps passe
Les dernières gouttes de ta sueur,
Fruit de ton angoisse constante, s'échappent de tes racines
Ta mort te salue
Bruit silence, bruit repos
Que tu n'attendais pas
…Flots du temps, flots du temps
Ne pardonnez pas
Vengez ces âmes pures aux veines translucides
Qui ne demandaient qu'à respirer
Tes parfums trompeurs de haine et d'hypocrisie
Terre, purge ce premier néant !
L'air du temps comme ton sort
Est prisonnier du cycle infini de la vie…"

(Fragments d'un poème rêvé par Christian Vander dans la nuit du 8 au 9 juillet 1970).

Elle est toujours là, la haine de Vander ; un jour, peut-être, elle se changera en une grande force tranquille, mais aujourd'hui il (Vander) continue, tel un Sun Râ en colère, à hurler des menaces à sa vieille ennemie, la Terre… Sa musique c'est le combat d'un homme contre une planète. II a été à maintes reprises traité de fasciste, le leader de Magma, parce qu'il y avait des croix gammées sur la pochette de son disque et que le ton de ses discours rappelait à certains un autre leader célèbre en son temps ; les gens se sont trompés : les croix gammées étaient détruites, tout comme les buildings, églises, avions et autres pourritures que nous offre la Terre ; quant aux discours, on pouvait très bien y trouver des origines dans le théâtre Nô ou ailleurs.

Au début de cette année, plusieurs membres de Magma, coup sur coup, partirent : Richard Rault, Claude Engel, Paco Charlery ; le groupe sembla un moment devoir éclater (sa séparation officielle fut même annoncée); pendant ce temps, Christian Vander sélectionnait de nouveaux musiciens qu'il emmena au début du mois d'avril aux studios de Michel Magne (Hérouville) pour y graver les morceaux du second album. Aujourd'hui, Magma est de retour, plus fort que jamais… Le groupe se compose désormais d'une "force rythmique" et d'un "peloton de cuivres" ; la force rythmique comprend Klaus Blasquiz (chant, percussions), François Cahen (piano et piano électrique Fender), Francis Moze (basse électrique) et Christian Vander (batterie de combat, percussions, voix); quant au peloton de cuivres, il regroupe Teddy Lasry (clarinette, saxe, flûte, voix), Jeff Seffer (saxe, clarinette basse), Louis Toesca (trompette) et Louis Sarkissian (régisseur stratégique). Tous ces gens, ainsi que Roland Hilda (réalisateur plénipotentiaire) et Dominique Blanc-Francard (ingénieur des sons) sont les artisans de cette splendide réussite qu'est Magma 2. Ce disque marque, chose incroyable, un immense progrès par rapport au précédent qui était pourtant lui-même un très grand moment musical…

Vander a maintenant réussi à dépasser ses deux plus fortes influences, Stravinsky et Coltrane ; il a su également éviter de refaire l'erreur du premier album (résumé du déroulement de l'action dans les notes de pochette) : cette fois-ci, pas de fil conducteur pour le lecteur, mais seulement un poème, au verso : la musique de Magma ne se raconte pas… Le sommet de Magma 2, c'est sans aucun doute "Rïah Sahïltaahk" qui occupe la totalité de la première face, 21'51" ; composé par Vander, "Rïah Sahïltaahk" est un morceau d'une richesse phénoménale: il est difficile d'imaginer qu'il soit possible de dire tant de choses en si peu de temps… Mais Christian Vander se joue du Temps, joue avec les temps, avec tout ce qui est musique et peut lui permettre d'exprimer la violence de ses sentiments : écoutez donc ces tempos hachés, ces rafales des cuivres ponctués de cris aigus et tranchants comme la lame du couteau dans la chair ; écoutez la voix chaude et majestueuse de Klaus qui sait si bien imiter le cri des grands oiseaux de nuit ; écoutez aussi la finesse des interventions de François Cahen (au piano électrique, il fait souvent penser à Don Preston dans "King Kong", les cuivres étant eux-mêmes parfois assez proches des Mothers) et la solidité du travail de Francis Moze qui, tel un roc, soutient de sa basse puissante l'édifice Magma. François Cahen et Teddy Lasry se sont partagés la face B ; le pianiste a composé "Ki Iahl O Lïahk", le saxophoniste "Iss" Lanseï Doïa ; ces deux morceaux (le premier surtout) sont certainement, du strict point de vue de l'écriture musicale, plus soignés que "Rïah Sahïltaahk" mais il leur manque cependant une qualité essentielle sans laquelle la démarche de Magma pourrait se trouver un jour gravement entravée : la violence…

Violence que détient Vander ; je ne dis pas que les autres membres n'ont pas les motivations ; je pense seulement qu'ils ne ressentent pas au même degré d'intensité ce besoin radical de hurler et de cracher dans lequel Vander est tellement à son aise. Magma est, je pense que ses membres le savent très bien, engagé dans les mécanismes de haine et de violence, SANS POSSIBILITÉS DE RETOUR : pour vivre, il doit cogner (j'espère aussi que ses membres savent où et contre qui), vite, très vite et fort, très fort… Si le groupe devait arriver à la plénitude sans avoir mené à bien le travail qu'il s'est fixé, ce serait une tragédie : Vander, s'il veut continuer à créer une musique aussi exceptionnelle, sera obligé de rester un individualiste forcené ; à lui de savoir s'il s'en sent le courage… "La nouvelle innocence, c'est le rêve maléfique devenant réalité. La subjectivité ne se construit pas sans anéantir ses obstacles ; elle puise dans l'intermonde la violence nécessaire à cette fin. La nouvelle innocence est la construction lucide d'un anéantissement" (Raoul Vaneigem. Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations). La plénitude tue plus vite et plus sûrement que le combat, et l'on souhaite très fort que Christian Vander reste vivant pour faire (entre autres choses) de superbes albums comme celui-ci ; on ne le dira jamais assez, la musique de Magma est PRIMORDIALE ; on ne le dira jamais assez… "


----------------------------------------------------------------
TEXTE RÊVÉ PAR ADRIEN DANS LA NUIT DU 12 AU 13 JUILLET 1971… et plus particulièrement destiné à ceux qui n'ont pas encore compris que Magma était le meilleur groupe de ce système solaire.

" 1) A tous les rêveurs passés, présents… et à venir.

Par une lucarne ouvrant sa petite gueule affamée de lumière vers l'immensité glacée du Ciel, l'aube grisâtre prenait lentement possession de la pièce sans âme dans laquelle se terminait un trip qui s'était avéré fort éprouvant pour ses participants. L'ombre était peu à peu délogée de chacun des recoins où elle s'était imaginée pouvoir se réfugier et une fille pleurait de ne plus voir (" Something is happening here, and you dont know what it is… ") le visage de celui qui fit fortune en giflant l'Amérique se détacher sur les milliers de kilomètres de pylônes télégraphiques baignés de rosée.

" Aux fourmis-souvenirs
Qui font parfois frémir
Les murs roses et noirs
Et nus de ma mémoire… "

Le mauvais poète baudelairien s'était soudainement arrêté, prenant conscience que la peau blanche et parfumée de la femme blonde à laquelle il dédiait sa douleur bien ordonnée n'était plus en répit que pour quelques cinquante années : dans un rire déchiré de sanglots de dégoût, il se jura tout à coup, chassant de son esprit l'image de la charogne putréfiée que serait dans cinquante années la peau blanche et parfumée de la femme blonde (et maintenant presque enterrée) à laquelle il avait dédié sa douleur bien ordonnée, de ne plus jamais aimer. Dans cette pièce où gisaient effondrés quelques grands clowns tristes de l'underground parisien, un jeune homme à cheveux plus longs que les autres se morfondait, lassé par la sarabande que dansaient autour de lui les pantins et les putains " psychédéliques "; le Smart-Ass Rock'n'roll Critic (ainsi s'appelait le jeune homme à cheveux plus longs que les autres) voyait décroître son énergie qui n'était déjà plus que le vain mot qu'utilisent parfois pour se faire remarquer les freaks sans imagination ; il évoqua certaines images susceptibles de le ramener vers la pulsion originelle… Les immenses cités de pierre qu'H. P. Lovecraft avait imaginées au-delà de l'Au-Delà polaire ; la tâche rousse de cet écureuil trempé de soleil et de pluie le fixant étrangement dans les yeux (et dans le cœur)l'après-midi d'avril où l'orage avait agressé la forêt ; la nuit pendant laquelle, lors d'un trip aquatique, le gentil visage de Christelle s'était rapidement décomposé en une abominable outre suintante. Mais rien de tout cela ne pouvait arriver à le libérer de la torpeur qui le tenait cloué à ce vieux fauteuil de cuir; il repassa longtemps dans son esprit les instantanés démoniaques ou merveilleux de ses expéditions vers ce qui avait jadis été l'Inconnu mais il dut bien se rendre à l'évidence qu'il était prisonnier de l'apathie régnant parmi les ombres censées constituer son entourage… LA TRAGÉDIE DES SOLITUDES PARALLÈLES, pensa-t-il un instant, en refusant de caresser le pied qu'avait posé sur l'accoudoir du fauteuil, EleKtric Prune, une fillette de douze ans très, très envahissante ; c'est à ce moment qu'il s'aperçut qu'un sang plus vif battait à ses tempes : loin dans sa tête, un rythme sourd avait pris naissance et s'amplifiait de seconde en seconde… C'était un roulement sauvage, comme celui d'une armée en marche, entrecoupé de rafales de cuivres cinglantes et de cris haineux éclatant dans un langage qu'il lui était impossible de traduire, bien que familier ; les coups heurtés redoublaient maintenant d'intensité et l'impression fugitive qu'avait éprouvée le jeune homme aux cheveux plus longs que les autres se changeait rapidement en certitude : cette violence sans appel, ce ne pouvait être que son ami VANDER, et ce morceau… RIAH SAIHLTAAHK, la plus belle de ses compositions. Le Smart-Ass Rock'n'Roll Critic quitta sans même s'en apercevoir le vieux fauteuil de cuir qui chuta mollement sur un grand plateau de fruits tropicaux ; les visages des gens dont il avait partagé l'intimité lui semblèrent plus dérisoires encore : la petite EleKtric Prune s'était couchée près d'un vieil opiomane suédois et elle serrait contre son ventre la pochette de " Chelsea Girls "… La violence électrique déjà déchirait l'air épais ; le Smart-Ass Rock'n'Roll Critic se planta au milieu de la pièce et, de la musique de MAGMA plein la tête, hurla : " ÉTERNITÉ ".

L'opiomane eut un spasme, deux filles déchirèrent le satin noir de leurs longues robes et, les yeux révulsés, s'en fouettèrent sauvagement ; EleKtric Prune plaça le ventilateur entre ses cuisses et, reins cambrés, tête renversée elle se mit à pleurer doucement, la gorge tendue vers le lustre de cristal qui oscillait déjà de manière menaçante au plafond. Le Smart-Ass Rock'n'Roll Critic sortit définitivement de LEUR trip qu'il avait cassé.

2) Qui n'est là que pour permettre au Smart-Ass Rock'n'Roll Critic de retrouver son identité (le banal JE)… mais peut-être également considéré comme un moyen facile d'annoncer le 3).

Lorsque l'air frais vint caresser son visage, le jeune homme aux cheveux plus longs que les autres passa deux doigts distraits sur son cou et, réalisant tout à coup qu'il lui serait exquis d'écrire quelques lignes sur MAGMA, décida de localiser au plus vite sa machine à écrire. II y parvint après plusieurs heures d'un vagabondage infructueux qui l'amena jusqu'à la lourde porte chenue de son ancestrale demeure, le Smart-Ass Rock'n'Roll Critic's Territory ; il entra dans le jardin, s'assit au soleil, mangea un pamplemousse et, après avoir chassé du docile instrument un couple de retraités CGT qui y avaient élu domicile, il écrivit :

3) (qui devrait être le 1) mais devra pourtant bien se contenter de rester le 3) puisqu'il y a eu avant le 1) et le 2).

Un après-midi du mois de juin 1970, je remontais le boulevard Saint-Germain en pensant très fort à la façon dont j'allais pouvoir me rendre à Bath assister au concert de Frank Zappa et de ses nouveaux Mothers lorsque j'aperçus Klaus Blasquiz, chanteur de MAGMA, un groupe dont le premier double album venait juste de sortir, recueillant des critiques contradictoires de la presse spécialisée (dont j'étais alors très fier de ne pas faire partie). Klaus et moi nous arrêtâmes (ayant certains traits physiques communs, nous nous arrêtons toujours afin de vérifier si c'est bien à l'autre ou à soi-même que nous avons affaire) ; nous nous assîmes et parlâmes de musique ; la conversation tourna rapidement sur MAGMA ; Klaus me demanda si je connaissais le disque du groupe et, constatant que je ne l'avais jamais écouté (je n'étais pas encore un Smart-Ass Rock'n'Roll Critic à cette époque), il me proposa de passer chez lui un soir… Lorsque je me rendis à son invitation, ce fut plus à une initiation qu'à une écoute de disque que je participai : Klaus entreprit de m'expliquer méticuleusement les différentes phases du voyage vers Kobaïa, les sentiments éprouvés par les hommes à leur arrivée sur la planète, les réactions des occupants de ce sol, les sensations de joie et de terreur ; il me parla fréquemment de VANDER, de Claude Engel aussi et je revins plusieurs fois rue Jacob pour y discuter de MAGMA…

4) La rencontre avec VANDER.



A l'automne dernier, MAGMA donna un concert à l'Olympia ; il y avait peu de monde ce jour-là dans la salle ; je me trouvais en coulisses et je vis arriver VANDER, dur et solitaire dans son grand manteau de cuir noir, serrant à l'occasion une main qui lui était tendue, souriant avec la bouche mais ne cessant jamais de fixer de son regard clair et incisif les gens qui l'approchaient. Un homme sur la défensive, pensai-je en le voyant passer. Quelques semaines plus tard, un ami s'occupant d'un café-théâtre me proposa d'organiser des soirées pendant lesquelles j'inviterais une personnalité musicale de mon choix à venir se faire interviewer en public. L'image de VANDER traversant les coulisses de l'Olympia me revint aussitôt à l'esprit et j'acceptai cette offre, décidant de faire du leader de MAGMA le premier sujet de mes entretiens… Entrer en contact avec lui ne fut pas aussi difficile que je l'avais escompté ; après quelques coups de téléphone infructueux, j'arrivai à le joindre un matin et lui exposai ce que j'attendais de lui : à ma grande surprise, il accepta et un rendez-vous fut pris pour que nous puissions nous rencontrer avant la soirée proprement dite…
Chez lui, le dimanche matin, il ne fut pas très loquace : je le devinai tout d'abord tendu, puis, vers la fin de notre entrevue, je sentis qu'il abaissait un peu ses défenses ; cependant, quand je le quittai il me dévisagea du même air glacial que quand j'étais entré, une heure plus tôt… Le surlendemain, c'était l'interview au café-théâtre ; à 8 h 45, VANDER entra, vêtu du grand manteau de cuir noir et, sans regarder personne, se dirigea vers moi ; la salle s'emplissait doucement et je lui proposai de boire quelque chose : il accepta mais ne trempa pas ses lèvres dans le verre que je lui avais offert ; par contre il me demanda de l'accompagner chercher des cigarettes et, quand nous eûmes trouvé un bar ouvert, s'informa de ce que je voulais prendre, m'expliquant par la même occasion qu'il se méfiait des boissons qu'on lui offrait là où il était invité.
VANDER, ce soir-là, m'étonna beaucoup. Il se livra quasi totalement, résumant les circonstances parfois intimes dans lesquelles il en avait été amené à adopter certaines positions vis-à-vis des relations humaines ; il parla du travail qu'il avait entrepris en vue de perfectionner le kobaïen, s'installa au piano afin de mieux faire comprendre les explications strictement musicales. VANDER fut tour à tour attentif, ironique, provocateur, détaché selon que le public était sincère avec lui et que Francis Moze, le bassiste de MAGMA également présent, se chargeait de répondre ou non. Certains trouvèrent que VANDER était suffisant et prétentieux, d'autres furent touchés par celui qu'ils considéraient comme un idéaliste. Personne de toute manière ne resta indifférent… Quelques temps après, VANDER et moi eûmes nos problèmes respectifs à régler et nous nous perdîmes de vue jusqu'au début du mois de juillet.

5) L'interview de MAGMA.

Le jeudi 8 juillet à 15 h, le soleil écrasait Paris et je descendais les marches du Gibus afin de retrouver les membres de MAGMA avec lesquels j'avais rendez-vous ; le Gibus, c'était leur dernier engagement jusqu'au… 11 septembre, ce qui prouve que les propriétaires de clubs capables de reconnaître un bon groupe ne sont pas légion.

Tout d'abord, pourriez-vous nous faire un rapide résumé des raisons pour lesquelles est né MAGMA ?

Francis Moze :
C'est très simple. En 1969, nous avons fait, Christian (VANDER) et moi, une tournée en Italie ; à notre retour nous avons ressenti un besoin pressant de faire quelque chose de personnel.
VANDER : cette tournée se passait dans des boîtes à champagne où les minettes sont plus intéressées par les chaussures du bassiste que par la musique.

Comment s'est opérée la sélection des musiciens?

Teddy Lasry :
en partie grâce à des rencontres d'amis, des conversations.

Que devient Uniweria Zekt?

VANDER :
Uniweria Zekt. D'abord ce n'est pas un hasard si on l'a appelée Uniweria Zekt et non pas Internationa Zekt. C'est une organisation fondée pour aider à l'épanouissement et à la propagation de créations de qualité, que ce soit dans des domaines artistiques musicaux, cinématographiques, picturaux ou bien scientifiques, voire même philosophiques. Le handicap aujourd'hui, c'est que nous n'avons pas d'argent…

François Cahen : mais la Secte de toute manière existe déjà à notre niveau… MAGMA, c'est la Secte.

Quelles sont les raisons pour lesquelles Richard Rault, Claude Engel et Paco Charlery sont partis?

François Cahen :
peut-être vaudrait-il mieux le leur demander ?

Teddy Lasry : en ce qui concerne Richard, je crois que c'était purement esthétique. Pour Paco, c'est différent : il ne travaillait visiblement pas assez son instrument ; chez MAGMA, on ne peut pas se contenter de donner l'impression ; de plus il prenait comme des implications raciales le fait qu'on lui fasse remarquer qu'il arrivait en retard…

Francis Moze : pour Claude, je pense qu'il y avait un problème d'emploi, il sentait peut-être qu'il ne pouvait pas tellement s'exprimer au sein de MAGMA… Et puis il a eu d'autres propositions… les sessions… il fallait qu'il ait les mains libres. J'ai entendu dire qu'il préparait son premier album solo ; cela sera certainement intéressant…

Avez-vous eu des problèmes pour recruter de nouveaux musiciens?

VANDER :
Non, aucun.

Et leur arrivée n'a-t-elle pas créé une certaine perte d'identité, une sorte d'affaiblissement de l'image du groupe ?

François Cahen :
non, ils se sont très bien adaptés et on est vraiment heureux de les avoir avec nous…

Teddy Lasry : de toute façon, des musiciens, il en passera encore chez MAGMA.

Quels sont vos projets immédiats?

François Cahen :
repos forcé jusqu'en septembre car nous n'avons aucun engagement d'ici là.

VANDER : nous allons enregistrer chacun un album en solo, plus commercial, pour Barclay ; nous travaillerons avec Laurent Thibault ; nous enregistrons pendant la première semaine d'août à Hérouville.

Avez-vous quelque chose à ajouter?

VANDER :
oui. J'aime tout le monde. Et plus particulièrement le nommé Gilbert Rovère, qui joue chez Martial Solal et s'est permis un jour de juger Coltrane.

Ainsi parlait VANDER, le musicien le plus violent de sa génération.

6) Le Smart-Ass Rock'n'Roll Critic reposa sa plume dans l'encrier et, tandis que la cendre de sa cigarette volait sans hâte vers le cendrier vieux de trois siècles, la demie d'une heure qu'il ne connaissait pas sonna au beffroi…


Yves ADRIEN
Rock & Folk n° 55 - Août 1971



Yves Adrien

05:25 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : 53-lectures : yves adrien iii : magma | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook