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29/08/2013

France, pays fertile

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Les tiroirs à double fond de la comédie humaine

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« J’ai compris en prison ce que pouvait être la vocation monastique, la contemplation. Certes, le moine choisit sa condition. Mais le monastère et la détention sont des expériences similaires. Dehors, la liberté se dissout parfois dans l’agitation. L’enfermement peut développer une force intérieure qui peut être plus grande que la violence qui nous est faite. C’est ce qui m’a sauvé plusieurs fois dans ma vie.

A ma sortie, en dehors de l’oasis familiale, j’ai connu une sorte de trou noir. Je ne reconnaissais plus ni les lieux, ni les gens, ni les enseignes, ni les voitures. Je me sentais étranger dans un monde étranger. Je n’avais plus de papiers d’identité, plus de carnet de chèques, plus de maison, plus de métier. Pour de longs mois encore, j’étais un citoyen de second rang. On m’invita à Paris quelques jours, et ce fut pire encore. J’avais une sensibilité exacerbée, presque obsessionnelle, vis-à-vis de la vanité, de l’hypocrisie, des tiroirs à double fond de la comédie humaine. On me posait des questions imbéciles sur ma détention. La moindre manifestation maladroite, qu’elle fût de mépris ou de flatterie, réveillait ma colère. Il s’en est fallu d’un rien pour que je bascule dans une délectation tragique et un puits d’amertume. »

Hélie de Saint Marc, Toute une vie

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28/08/2013

Comme la rouille érode le fer, la prison détruit

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« Une heure, un jour, j’ai tout perdu. Je me suis retrouvé seul dans une cellule. J’ai compris alors la vanité de bien des choses et l’hypocrisie de bien des hommes.

J’ai vécu les premiers mois de détention en référence constante aux camps de concentration. Ce souvenir me donnait de la force. Vingt ans plus tôt, j’avais tenu le coup. Pourquoi lâcher prise ? Le désarroi m’envahissait en pensant à ma femme, si jeune encore. Tout juste vingt-cinq ans et deux petites filles qui parlaient à peine. Dans la tempête, il est plus facile d’être seul. Quand on y entraîne les siens, les choses deviennent obscures.

Aujourd’hui encore, des souvenirs de coursive, de fenêtres ouvertes sur le béton, de nuits d’angoisse, d’ennui à couper au couteau, remontent parfois à la surface. Ce ne sont pas des images anodines. Le corps se met en berne, lourd et fatigué. Le ciel devient blafard. Je me suis senti soudain comme un prisonnier en cavale, dont l’esprit échafaude mille solutions pour ne pas être renvoyé en cellule.

Aucune solidarité humaine ne pourra jamais empêcher l’enfermement d’attaquer les prisonniers dans ce qu’ils ont de meilleur. Comme la rouille érode le fer, la prison détruit. C’est un pourrissoir moral. L’uniformité des jours m’écrasait. J’étais nourri, chauffé, logé. Je n’avais plus aucune initiative, aucune responsabilité. Chaque heure, chaque minute, il fallait résister à la destruction de soi. Au fil des mois, l’angoisse devint mon ennemie familière : l’impuissance, l’accablement des aubes sans oubli, l’ennui monstrueux que rien ne pouvait combler. L’angoisse montait à intervalles réguliers, comme une marée puissante, bousculant les résolutions, la volonté, le courage. C’était une lutte exténuante qui se déroulait dans un cadre morne, toujours semblable, dont la règle était la régularité oppressante des horaires. »

Hélie de Saint Marc, Toute une vie

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Democracy

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Les rêves de ses vingt ans

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« Si je rencontrais demain, au coin d’une rue, l’adolescent que j’ai été, je voudrais qu’il n’aie pas à rougir de ce que je suis devenu. Je portais en moi une fièvre d’absolu. Avec impatience, je rêvais d’un grand départ vers un avenir lointain. Mes études étaient laborieuses et mon visage n’était pas beau. Je me souviens de camarades éblouissants, à qui tout souriait. Ils semblaient en état de grâce. Que sont-ils devenus ? Leur facilité m’impressionnait. Je cherchais sans doute à compenser mes faiblesses par un intense désir de vivre et une exigence en toutes choses. Je reconnais aujourd’hui cette empreinte dans le regard de quelques-uns des jeunes hommes qui viennent à moi. Je ne voudrais pas briser leur élan. Cependant, je sais à présent combien il est difficile de vivre une existence « simplement honorable », au sens de Montaigne, sans trahir les rêves de ses vingt ans. »

Hélie de Saint Marc, Toute une vie

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27/08/2013

L’honneur d’Hélie de Saint Marc, par Jean Sévillia

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Nous le savions lentement aspiré par l’âge et la maladie, mais comme les vieux chênes, tant qu’il vivait et durait, il était là. Et puis est venu ce matin d’été où Hélie de Saint Marc est parti, et nous sommes nombreux, si nombreux, à être tristes. Et pourtant il n’aurait pas aimé notre tristesse, lui qui avait appris à surmonter les épreuves, toutes les épreuves que la vie lui avait infligées.

Quelle image retenir de lui, tant elles se bousculent dans la mémoire ? Enfance bordelaise et périgourdine, milieu de hobereaux désargentés. Sur une cheminée de la demeure familiale trône un buste de Marie-Antoinette. Le père, avocat, lit Charles Maurras mais veille, en 1942, à saluer dans les rues de Bordeaux les passants qui portent l’étoile jaune. Déjà un héritage de fidélité et d’esprit rebelle. Le jeune Hélie est membre d’un réseau de Résistance. En 1943, cherchant à rejoindre les forces combattantes d’Afrique du Nord, il est dénoncé, arrêté. Prison, Compiègne, Buchenwald, puis le camp satellite de Langenstein… Saint Marc en réchappe grâce à un communiste letton qui l’a pris sous sa protection. Quand il est libéré par les Américains, il pèse 42 kilos et ne se rappelle plus son nom.

Ayant frôlé la mort, il n’a plus peur. À 23 ans, il est élève à Saint-Cyr. Avec la Légion, ce sont ensuite deux séjours en Indochine, et cette scène qui le hantera jusqu’à la fin de ses jours : sur ordre du commandement, au cours d’une opération de repli à la frontière de Chine, il devra abandonner des villageois qui avaient fait confiance à l’armée française.

Ce sera ensuite la guerre en Algérie, sous la direction du général Massu, puis le putsch de 1961 dans lequel, commandant par intérim du 1er REP, il entraîne son régiment. Lors de son procès, le soldat perdu expliquera n’avoir pas voulu revivre ce qu’il avait subi en Indochine : trahir la parole donnée.

Condamné à dix ans de réclusion criminelle, gracié en 1966, il entame une carrière civile et mène enfin une vie de famille. Deux décennies d’activité professionnelle où il ressemble – en apparence – à un cadre tel que l’industrie française en emploie des milliers, mais où il mûrit en réalité une réflexion qui s’exprimera, à partir des années 1990, dans ses livres et ses conférences. Témoin et acteur d’événements tragiques, Hélie de Saint Marc devient alors un personnage public, qui raconte et commente ce qu’il a vu. Mais il ne le fait pas comme un ancien combattant ; soit dit avec le respect qu’on doit aux anciens combattants...

Ancien déporté, ancien officier ayant servi dans des guerres perdues, ancien prisonnier, ancien proscrit, Hélie de Saint Marc, quand il se racontait, ne ressassait pas ses malheurs. Au contraire, sans renier ses engagements, il sublimait sa propre histoire, parvenant à une sagesse lucide sur la destinée humaine. Ceux qui avaient l’honneur d’être reçus par lui, à Lyon ou à l’ombre de ses oliviers, dans la Drôme, le constataient : le présent et l’avenir le passionnaient plus encore que le passé.

La foi, la fidélité, l’honneur, le patriotisme, le courage, le don de soi, le service, telles étaient les valeurs qu’il prêchait, avec son profond regard et sa voix sûre, mais calme. « Il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine », écrivait-il dans sa Lettre à un jeune de vingt ans. Adieu donc, cher Hélie de Saint Marc, à la douce pitié de Dieu. Vous aussi, à votre manière, vous étiez un Veilleur.

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Source : Boulevard Voltaire

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Nous n’avions plus de larmes

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« Avant mon séjour dans les camps de concentration, je pensais que le pire venait d’ailleurs. J’ai trouvé le pire chez les autres, mais aussi en moi. Ce n’est pas l’abandon des siens qui est le plus dure à vivre, mais la déchéance de l’homme en soi. C’est la tristesse des déportés.

Nous n’avions plus de larmes. Les appels au secours dans la nuit restaient sans réponse. L’agonie et les cauchemars, le sifflement des poumons à bout de course, les excréments vidés dans les gamelles ou à même les châlits, tant certains étaient exténués, les corps purulents sans le moindre pansement faisaient partie de notre quotidien. Nous étions des sacs d’os prononçant à peine dix mots par jour.

La pendaison, dans l’imagerie SS, représentait l’exemplarité, l’ordre implacable. La sentence était toujours exécutée avec solennité, devant tous les pyjamas rayés. Plus les SS étaient démonstratifs et moins nous étions impressionnés. Cela ne me faisait même plus d’effet. Arrivé à un tel stade, on ne pense plus. "Je vis encore cet instant", me disais-je, et puis cet autre. Ne pas avoir peur de la mort était le premier commandement du déporté. Sinon, il trébuchait aussitôt tant elle planait autour de nous. "Un pendu, me disais-je, et puis cet autre".

Un homme nu, battu, humilié, reste un homme s’il garde sa propre dignité. Vivre, ce n’est pas exister à n’importe quel prix. Personne ne peut voler l’âme d’autrui si la victime n’y consent pas. La déportation m’a appris ce que pouvait être le sens d’une vie humaine : combattre pour sauvegarder ce filet d’esprit que nous recevons en naissant et que nous rendons en mourant. »

Hélie de Saint Marc, Toute une vie

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26/08/2013

Matzneff : ne vous trompez pas de Barrès, Monsieur Valls !

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Manuel Valls s'en est pris à "la France de Barrès"... citant le poète antillais Aimé Césaire et souhaitant redonner le goût de la sécurité à une gauche qui sombre de plus en plus dans le déni de réalité...

Pauvre Valls... il faudrait lui rappeler que Léopold Sédar Senghor a créé le concept de "Négritude" après avoir lu "Les Déracinés" de Maurice Barrès que lui avait fait découvrir son ami Georges Pompidou qui, d'ailleurs, était socialiste à l'époque...

Les politiques devraient cesser de s'occuper des écrivains, la Littérature, du moins ce qu'il en reste, ne s'en portera que mieux...

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Matzneff : ne vous trompez pas de Barrès, Monsieur Valls!

Gabriel Matzneff, membre de l'Association d'amitié franco-arabe, recadre le ministre de l'Intérieur qui, ce week-end à La Rochelle, a fait un faux procès à Barrès.

Par Gabriel Matzneff...

Les écrivains ne doivent jamais perdre une occasion de proclamer le respect qu'ils éprouvent pour le ministre de l'Intérieur. Nous avons le droit de pester contre le chef de l'État, car tel est le privilège des poètes, mais le ministre de l'Intérieur, lui, est intouchable. C'est avec une déférence sans faille, et une prudence sans cesse en éveil, qu'il convient que nous nous exprimions lorsque nous écrivons sur le successeur de Fouché, de Thiers, de Chautemps, de Pierre Laval, de Jules Moch et de quelques autres.

Ce nonobstant, je ne résiste pas à l'envie de gourmander notre actuel ministre de l'Intérieur, le pétulant Manuel Valls, en espérant qu'il ne le prendra pas en mauvaise part. Mieux, je forme le voeu qu'après être rentré en lui-même et avoir médité cette brève chronique dans le silence du cabinet, le successeur de François Mitterrand et Nicolas Sarkozy à l'hôtel de Beauvau me donne raison.

À La Rochelle, lors du colloque socialiste, M. Manuel Valls a cité élogieusement Aimé Césaire, et apprendre que les poètes sont à l'honneur sur les rayons de sa bibliothèque a réjoui le coeur de tous les honnêtes citoyens. En revanche, lorsqu'il a nommé Maurice Barrès de manière hostile, méprisante, nous sommes, je pense, nombreux, à en avoir été affligés.

Barrès n'est même pas en Pléiade!

Barrès serait un écrivain à la mode, couvert d'honneurs, fêté par les medias, le critiquer pourrait être une preuve d'insolence, de liberté d'esprit. Hélas, il n'en est rien. Barrès est peu édité, peu lu, ce maître à penser et à écrire de Louis Aragon, d'Henry de Montherlant, d'André Malraux n'est même pas dans la Pléiade, et réduire son oeuvre, comme à La Rochelle l'a fait M. Valls, à l'expression d'une droite sclérosée est suprêmement injuste ; risque, venant du ministre de l'Intérieur, de dissuader le ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, de rendre en décembre prochain, à l'occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire de sa mort, l'hommage qui est dû à l'auteur d'Amori et dolori sacrum.

Je vois bien les textes de Barrès qui déplaisent à M. Valls : le côté "la terre et les morts", l'anémique nationalisme. Ils me déplaisent à moi aussi qui suis un Français d'origine étrangère, un fils d'émigrés ; mais outre le contexte politique dans lequel de telles pages furent écrites (la défaite de 1870, la perte de l'Alsace et de la Lorraine, l'humiliation infligée à la France par l'Allemagne), elles sont peu de chose à comparaison de livres de toute beauté qui témoignent au contraire de l'ouverture d'esprit de Maurice Barrès, de sa curiosité universelle.

Écrivant cela, je ne pense pas seulement à Du sang, de la volupté et de la mort, à Greco ou le secret de Tolède, où il parle admirablement de l'Espagne, de l'Italie, mais plus encore aux ouvrages où se manifeste son amour de l'Orient arabe, tel Un jardin sur l'Oronte.

Par les temps qui courent - la tragédie qui ensanglante la Syrie, le Liban -, il serait même bon que M. Laurent Fabius, notre ministre des Affaires étrangères, emportât dans ses bagages Une enquête aux pays du Levant, écrit par Barrès en 1914, mais à cause de la guerre publié seulement en 1923, un livre où cet amour et ce respect de l'Orient arabe s'expriment de façon toute particulière. Barrès y rappelle à ses devoirs le gouvernement français, évoque l'amitié que François Ier, Louis XIV, Louis XVI, la Convention, Napoléon Ier et tous les chefs d'État français successifs manifestèrent aux habitants de cette région du monde, il transmet cette amitié à ses lecteurs, sa passion pour ce berceau des trois religions abrahamiques.

On peut aimer Éluard sans être communiste

Certes, il ne fut pas le premier : avant lui, un Volney, un Chateaubriand, un Nerval, un Flaubert, un Loti avaient célébré l'Orient arabe, ses visages multiples, ses beautés esthétiques et spirituelles ; mais l'oeuvre de Barrès demeure, dans ce domaine, indispensable, comme l'est, dans un ordre divers, l'oeuvre de ces grands arabisants que furent Émile Dermenghem et Louis Massignon. Des maîtres auxquels je ne perds jamais une occasion de rendre hommage ; sans l'exemple fécond desquels je ne serais peut-être pas, dès sa création, devenu membre de l'Association d'amitié franco-arabe ; je n'aurais peut-être jamais écrit Le carnet arabe.

On peut aimer Bossuet sans être monarchiste, Stendhal sans être bonapartiste, Rimbaud sans être anarchiste, Éluard sans être communiste. Barrès n'a jamais hésité à avouer l'estime, l'admiration qu'il ressentait pour son "adversaire" Jean Jaurès. Cher Manuel Valls, puisez en vous la générosité qui vous permettra d'aimer Barrès sans être nationaliste, de saluer ce qu'il y a dans son oeuvre de beau et de bon. Les opinions politiques ont certes de l'importance, je n'en disconviens pas, mais elles ne sont pas l'essentiel. Nous devons être capables de rendre justice à un auteur dont nous ne partageons pas les idées. Sinon, c'est la censure, l'excommunication, la mise au pilori, bref, le contraire de notre liberté chérie.

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Source : Le Point

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Fidélité et Honneur : Hélie de Saint Marc (11/02/1922-26/08/2013)

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Je suis triste d'apprendre, ce jour, la mort d'Hélie de Saint Marc. Il était vieux, fatigué et malade. Sort auquel personne d'entre nous n'échappera à moins de vivre vite, de mourir jeune et de faire un beau cadavre. Or, pour une grande partie de sa vie, Hélie de Saint Marc avait vécu vite, avec la fougue de la jeunesse, l'ardeur d'une passion : la France et l'Humanité et la volonté de l'honneur.

Lorsqu'on traverse la résistance face à l'occupant nazi, qu'on survit à la déportation (il faisait partie des 30 survivants d'un convoi de 1000 hommes) au camp de concentration Langenstein-Zwieberge (camp satellite de Buchenwald), qu'on est confronté à la débandade indochinoise et à l'abandon d'une population locale qu'il aimait et admirait et dont les fantômes n'ont cessé de le hanter toute sa vie durant (sa "blessure jaune"), lorsqu'en 1961 on fait partie des officiers putschistes en Algérie, non pas par stupide idéologie droitarde mais par sens du Devoir, qu'on fait 5 années de prison dans la foulée avant que d'être gracié, on peut dire que l'on est revenu de tout. Mais par la même occasion on a sauvé vingt fois, trente fois, allez savoir, l'Honneur Pitoyable de la France, par dévotion, par amour, par sens du tragique comme presque plus personne, de nos jours, ne le possède.

Hélie de Saint Marc était devenu un écrivain à la plume vive et brillante, avec un sens des mots intelligent il disait les maux de notre temps et en appelait à l'espérance, sans idéologie puante à l'intérieur, sauf, bien entendu, pour notre Police Politique et ses matons de panurge, sa flicaille universelle qui trouvera toujours le moyen de traiter un résistant au nazisme de fasciste... la routine.

Merci à Nicolas Sarkozy d'avoir eu le courage de lui redonner son honneur en le faisant Grand-Croix de la Légion d'Honneur le 28 Novembre 2011. Ce n'est certainement pas Flamby 1er qui en aurait fait autant. C'est une maigre consolation, certes, mais ça n'est que justice en une époque où des sportifs reçoivent la Légion d'Honneur parce qu'ils tapent dans un ballon là où, en d'autres temps, pas si éloignés de nous que ça, des hommes qui regardaient la vie à hauteur d'homme mettaient leur peau sur la table pour notre avenir à tous et pour notre édification...

Lisez-le ou relisez-le.

« Un ami m’a dit un jour : "tu as fait de mauvais choix, puisque tu as échoué". Je connais des réussites qui me font vomir. J’ai échoué, mais l’homme au fond de moi a été vivifié.

Je crains les êtres gonflés de certitudes. Ils me semblent tellement inconscients de la complexité des choses … Pour ma part, j’avance au milieu d’incertitudes. J’ai vécu trop d’épreuves pour me laisser prendre au miroir aux alouettes.

Ai-je toujours été fidèle ? Ai-je toujours agi selon l’honneur ? J’ai essayé, sans jamais y parvenir entièrement, d’être digne des autres et de la vie. Je ne connais pas de vérité tranquille. Je veux ajouter de la vie aux années qui me restent, témoigner de tout ce qui dure, retrouver la vérité de l’enfant que j’ai été. Simplement essayer d’être un homme. »

Hélie de Saint Marc, Toute une vie

 

L'honneur de vivre

 

Ces fêtes de lumières

 

Joli Moi de Mai

 

Du Vietnam, Je portais dans mon paquetage des fleurs séchées, des cicatrices amères et des rêves qui ne voulaient pas s’éteindre

 

Faire partie des vaincus a au moins un avantage

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25/08/2013

Testament de Saint-Louis

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Voici le Testament politique et Spirituel de François Hollande... pardon... Louis IX, Roi de France, à son fils, futur Philippe III Le Hardi. Louis IX qui, canonisé par l'Eglise Catholique, deviendra Saint Louis...

Aujourd'hui 25 août, est la Saint Louis...

 

« TESTAMENT DE SAINT LOUIS

A son cher fils Philippe, salut et amitié de père.

Cher fils, parce que je désire de tout mon cœur que tu sois bien enseigné en toutes choses, j’ai pensé que je te ferais quelques enseignements par cet écrit, car je t’ai entendu dire plusieurs fois que tu retiendrais davantage de moi que de tout autre.

Cher fils, je t’enseigne premièrement que tu aimes Dieu de tout ton cœur et de tout ton pouvoir, car sans cela personne ne peut rien valoir.

Tu dois te garder de toutes choses que tu penseras devoir lui déplaire et qui sont en ton pouvoir, et spécialement tu dois avoir cette volonté que tu ne fasses un péché mortel pour nulle chose qui puisse arriver, et qu’avant de faire un péché mortel avec connaissance, que tu souffrirais que l’on te coupe les jambes et les bras et que l’on t’enlève la vie par le plus cruel martyre.

Si Notre Seigneur t’envoie persécution, maladie ou autre souffrance, tu dois la supporter débonnairement, et tu dois l’en remercier et lui savoir bon gré car il faut comprendre qu’il l’a fait pour ton bien. De plus, tu dois penser que tu as mérité ceci- et encore plus s’il le voulait- parce que tu l’as peu aimé et peu servi, et parce que tu as fait beaucoup de choses contre sa volonté.

Si Notre Seigneur t’envoie prospérité, santé de corps ou autre chose, tu dois l’en remercier humblement et puis prendre garde qu’à cause de cela il ne t’arrive pas de malheur causé par orgueil ou par une autre faute, car c’est un très grand péché de guerroyer Notre Seigneur de ses dons.

Cher fils, je te conseille de prendre l’habitude de te confesser souvent et d’élire toujours des confesseurs qui soient non seulement pieux mais aussi suffisamment bien instruits, afin que tu sois enseigné par eux des choses que tu dois éviter et des choses que tu dois faire ; et sois toujours de telle disposition que des confesseurs et des amis osent t’enseigner et te corriger avec hardiesse.

Cher fils, je t’enseigne que tu entendes volontiers le service de la sainte Eglise, et quand tu seras à l’église garde-toi de perdre ton temps et de parler vaines paroles. Dis tes oraisons avec recueillement ou par bouche ou de pensée, et spécialement sois plus recueilli et plus attentif à l’oraison pendant que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ sera présent à la messe et puis aussi pendant un petit moment avant.

Cher fils, je t’enseigne que tu aies le cœur compatissant envers les pauvres et envers tous ceux que tu considèreras comme souffrant ou de cœur ou de corps, et selon ton pouvoir soulage-les volontiers ou de soutien moral ou d’aumônes.

Si tu as malaise de cœur, dis-le à ton confesseur ou à quelqu’un d’autre que tu prends pour un homme loyal capable de garder bien ton secret, parce qu’ainsi tu seras plus en paix, pourvu que ce soit, bien sûr, une chose dont tu peux parler.

Cher fils, recherche volontiers la compagnie des bonnes gens, soit des religieux, soit des laïcs, et évite la compagnie des mauvais. Parle volontiers avec les bons, et écoute volontiers parler de Notre Seigneur en sermons et en privé. Achète volontiers des indulgences.

Aime le bien en autrui et hais le mal.

Et ne souffre pas que l’on dise devant toi paroles qui puissent attirer gens à péché. N’écoute pas volontiers médire d’autrui.

Ne souffre d’aucune manière des paroles qui tournent contre Notre Seigneur, Notre-Dame ou des saints sans que tu prennes vengeance, et si le coupable est un clerc ou une grande personne que tu n’as pas le droit de punir, rapporte la chose à celui qui peut le punir.

Prends garde que tu sois si bon en toutes choses qu’il soit évident que tu reconnaisses les générosités et les honneurs que Notre Seigneur t’a faits de sorte que, s’il plaisait à Notre Seigneur que tu aies l’honneur de gouverner le royaume, que tu sois digne de recevoir l’onction avec laquelle les rois de France sont sacrés.

Cher fils, s’il advient que tu deviennes roi, prends soin d’avoir les qualités qui appartiennent aux rois, c’est-à-dire que tu sois si juste que, quoi qu’il arrive, tu ne t’écartes de la justice. Et s’il advient qu’il y ait querelle entre un pauvre et un riche, soutiens de préférence le pauvre contre le riche jusqu’à ce que tu saches la vérité, et quand tu la connaîtras, fais justice.

Et s’il advient que tu aies querelle contre quelqu’un d’autre, soutiens la querelle de l’adversaire devant ton conseil, et ne donne pas l’impression de trop aimer ta querelle jusqu’à ce que tu connaisses la vérité, car les membres de ton conseil pourraient craindre de parler contre toi, ce que tu ne dois pas vouloir.

Si tu apprends que tu possèdes quelque chose à tort, soit de ton temps soit de celui de tes ancêtres, rends-la tout de suite toute grande que soit la chose, en terres, deniers ou autre chose. Si le problème est tellement épineux que tu n’en puisses savoir la vérité, arrive à une telle solution en consultant ton conseil de prud’hommes, que ton âme et celle de tes ancêtres soient en repos. Et si jamais tu entends dire que tes ancêtres aient fait restitution, prends toujours soin à savoir s’il en reste encore quelque chose à rendre, et si tu la trouves, rends-la immédiatement pour le salut de ton âme et de celles de tes ancêtres.

Sois bien diligent de protéger dans tes domaines toutes sortes de gens, surtout les gens de sainte Eglise ; défends qu’on ne leur fasse tort ni violence en leurs personnes ou en leurs biens. Et je veux te rappeler ici une parole que dit le roi Philippe, mon aïeul, comme quelqu’un de son conseil m’a dit l’avoir entendue. Le roi était un jour avec son conseil privé-comme l’était aussi celui qui m’a parlé de la chose- et quelques membres de son conseil lui disaient que les clercs lui faisaient grand tort et que l’on se demandait avec étonnement comment il le supportait. Et il répondit : « Je crois bien qu’ils me font grand tort ; mais, quand je pense aux honneurs que Notre Seigneur me fait, je préfère de beaucoup souffrir mon dommage, que faire chose par laquelle il arrive esclandre entre moi et sainte Eglise. » Je te rappelle ceci pour que tu ne sois pas trop dispos à croire autrui contre les personnes de sainte Église. Tu dois donc les honorer et les protéger afin qu’elles puissent faire le service de Notre Seigneur en paix.

Ainsi je t’enseigne que tu aimes principalement les religieux et que tu les secoures volontiers dans leurs besoins ; et ceux par qui tu crois que Notre Seigneur soit le plus honoré et servi, ceux-là aime plus que les autres.

Cher fils, je t’enseigne que tu aimes et honores ta mère, et que tu retiennes volontiers et observes ses bons enseignements, et sois enclin à croire ses bons conseils. Aime tes frères et veuille toujours leur bien et leur avancement, et leur tiens lieu de père pour les enseigner à tous biens, mais prends garde que, par amour pour qui que ce soit, tu ne déclines de bien faire, ni ne fasses chose que tu ne doives.

Cher fils, je t’enseigne que les bénéfices de saint Eglise que tu auras à donner, que tu les donnes à bonnes personnes par grand conseil de prud’hommes ; et il me semble qu’il vaut mieux les donner à ceux qui n’ont aucunes prébendes qu’à ceux qui en ont déjà ; car si tu les cherches bien, tu trouveras assez de ceux qui n’ont rien et en qui le don sera bien employé.

Cher fils, je t’enseigne que tu te défendes, autant que tu pourras, d’avoir guerre avec nul chrétien ; et si l’on te fait tort, essaie plusieurs voies pour savoir si tu ne pourras trouver moyen de recouvrer ton droit avant de faire guerre, et fasse attention que ce soit pour éviter les péchés qui se font en guerre. Et s’il advient que tu doives la faire, ou parce qu’un de tes hommes manque en ta cour de s’emparer de ses droits, ou qu’il fasse tort à quelque église ou à quelque pauvre personne ou à qui que ce soit et ne veuille pas faire amende, ou pour n’importe quel autre cas raisonnable pour lequel il te faut faire la guerre, commande diligemment que les pauvres gens qui ne sont pas coupables de forfaiture soient protégés et que dommage ne leur vienne ni par incendie ni par autre chose ; car il te vaudrait mieux contraindre le malfaiteur en prenant ses possessions, ses villes ou ses châteaux par force de siège. Et garde que tu sois bien conseillé avant de déclarer la guerre, que la cause en soit tout à fait raisonnable, que tu aies bien averti le malfaiteur et que tu aies assez attendu, comme tu le devras.

Cher fils, je t’enseigne que les guerres et les luttes qui seront en ta terre ou entre tes hommes, que tu te donnes la peine, autant que tu le pourras, de les apaiser, car c’est une chose qui plaît beaucoup à Notre Seigneur. Et Monsieur saint Martin nous en a donné un très grand exemple car, au moment où il savait par Notre Seigneur qu’il devait mourir, il est allé faire la paix entre les clercs de son archevêché, et il lui a semblé en le faisant qu’il mettait bonne fin à sa vie.

Cher fils, prends garde diligemment qu’il y ait bons baillis et bons prévôts en ta terre, et fais souvent prendre garde qu’ils fassent bien justice et qu’ils ne fassent à autrui tort ni chose qu’ils ne doivent. De même, ceux qui sont en ton hôtel, fais prendre garde qu’ils ne fassent injustice à personne car, combien que tu dois haïr le mal qui existe en autrui, tu dois haïr davantage celui qui viendrait de ceux qui auraient reçu leur pouvoir de toi, et tu dois garder et défendre davantage que cela n’advienne.

Cher fils, je t’enseigne que tu sois toujours dévoué à l’Eglise de Rome et à notre saint-père le pape, et lui portes respect et honneur comme tu le dois à ton père spirituel.
Cher fils, donne volontiers pouvoir aux gens de bonne volonté qui en sachent bien user, et mets grande peine à ce que les péchés soient supprimés en ta terre, c’est-à-dire les vilains serments et toute chose qui se fait ou se dit contre Dieu ou Notre-Dame ou les saints : péchés de corps, jeux de dés, tavernes ou autres péchés. Fais abattre tout ceci en ta terre sagement et en bonne manière. Fais chasser les hérétiques et les autres mauvais gens de ta terre autant que tu le pourras en requérant comme il le faut le sage conseil des bonnes gens afin que ta terre en soit purgée.

Avance le bien par tout ton pouvoir ; mets grande peine à ce que tu saches reconnaître les bontés que Notre Seigneur t’auras faites et que tu l’en saches remercier.

Cher fils, je t’enseigne que tu aies une solide intention que les deniers que tu dépenseras soient dépensés à bon usage et qu’ils soient levés justement. Et c’est un sens que je voudrais beaucoup que tu eusses, c’est-à-dire que tu te gardasses de dépenses frivoles et de perceptions injustes et que tes deniers fussent justement levés et bien employés-et c’est ce même sens que t’enseigne Notre Seigneur avec les autres sens qui te sont profitables et convenables.

Cher fils, je te prie que, s’il plaît à Notre Seigneur que je trépasse de cette vie avant toi, que tu me fasses aider par messes et par autres oraisons et que tu demandes prières pour mon âme auprès des ordres religieux du royaume de France, et que tu entendes dans tout ce que tu feras de bon, que Notre Seigneur m’y donne part.

Cher fils, je te donne toute la bénédiction qu’un père peut et doit donner à son fils, et je prie Notre Seigneur Dieu Jésus-Christ que, par sa grande miséricorde et par les prières et par les mérites de sa bienheureuse mère, la Vierge Marie, et des anges et des archanges, de tous les saints et de toutes les saintes, il te garde et te défende que tu ne fasses chose qui soit contre sa volonté, et qu’il te donne grâce de faire sa volonté afin qu’il soit servi et honoré par toi ; et puisse-t-il accorder à toi et à moi, par sa grande générosité, qu’après cette mortelle vie nous puissions venir à lui pour la vie éternelle, là où nous puissions le voir, aimer et louer sans fin, Amen.

A lui soit gloire, honneur et louange, qui est un Dieu avec le Père et le Saint-Esprit, sans commencement et sans fin . Amen. »

Louis IX 

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L'horreur, ce n'est pas la mort

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« L'horreur, ce n'est pas la mort, mais la vie que mènent les gens avant de rendre leur dernier soupir. Ils n'ont aucune considération pour elle et ne cessent de lui pisser, de lui chier dessus. Des copulateurs sans conscience. Ils ne s'obsèdent que sur la baise, le cinoche, le fric, la famille, tout ce qui tourne autour du sexe. Sous leur crâne, on ne trouve que du coton. Ils gobent tout, Dieu comme la patrie, sans jamais se poser la moindre question. Mieux, ils ont vite oublié ce que penser voulait dire, préférant abandonner à d'autres le soin de le faire. Du coton, vous dis-je, plein le cerveau ! Ils respirent la laideur, parlent et se déplacent de manière tout aussi hideuse. Faites leur donc entendre de la bonne musique, eh bien ils se gratteront l'oreille. La majeure partie des morts l'étaient déjà de leur vivant. Le jour venu, ils n'ont pas senti la différence. »

Charles Bukowski, Le capitaine est parti déjeuner et les marins se sont emparés du bateau"

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24/08/2013

Halluciné...

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« L’homme moderne est un halluciné. L’hallucination a remplacé la croyance. L’homme moderne est un angoissé. L’angoisse s’est substitué à la foi. Tous ces gens là se disent réalistes, pratiques, matérialistes, enragés à conquérir les biens de ce monde, et nous sommes très loin de soupçonner la nature du mal qui les ronge, car nous n’observons que leur activité délirante, sans penser qu’elle est précisément la forme dégradée, avilie, de leur angoisse métaphysique. Ils ont l’air de courir après la fortune, mais ce n’est pas après la fortune qu’ils courent, c’est eux-mêmes qu’ils fuient.
Dans ces conditions, il est de jour en jour plus ridicule d’entendre de pauvres prêtres ignorants et paresseux tonner du haut de la chaire contre l’orgueil de ce perpétuel fuyard, l’appétit de jouissance de ce malade qui ne peut plus jouir qu’au prix des plus grands efforts, qui éprouve de la fringale pour tout, parce qu’il n’a plus réellement faim de rien. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

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23/08/2013

Un lansquenet ivre et stylite au désert

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« Cendrars, c’est une légende entée sur une gueule. Une trogne, un mufle, une hure, ravagés, cabossés, couturés des cicatrices de la vie, incendiés par la flamme d’un absolu qui ne cesse de se dérober, illuminés par la chaleur de l’alcool et les éructations du Verbe. Cette trogne à la puissante laideur, on la dirait jaillie d’un autre temps, immémorial, forcené. Elle pourrait appartenir à l’un de ces gueux échappés d’une kermesse flamande de Bruegel l’Ancien, à l’un des nautoniers de la Nef des fous de Jérôme Bosch, à l’un des reîtres germaniques d’Albrecht Dürer, chevauchant entre la mort et le diable, le regard fixé au loin sur un improbable salut.



Trouant le masque creusé par les stigmates de l’existence, démentant le nez sensuel et rabelaisien, les yeux très claires sont d’un visionnaire, d’un "voyant" à la Rimbaud, d’un mystique à l’état sauvage. A rebours de l’apparence, tout d’une pièce comme un menhir, Cendrars est un Janus biffons. Le nom de plume qu’il s’est choisi, "visible comme une affiche bleue", le suggère : Cendrars égale braise et cendre, feu et consomption. "En cendres se transmue / Ce que j’aime et possède / Tout ce que j’aime et que j’étreins / Se transmue aussitôt en cendres."



Il y a en lui un lansquenet ivre et stylite au désert, un légionnaire hâbleur et un rat de bibliothèque taciturne, un aventurier cynique et un François d’Assise éperdu, un grand vivant mordant à pleins crocs dans tous les fruits délectables de la vie, et un solitaire désenchanté crachant sur les trompeuses illusions du monde et aspirant à la sérénité du cloître. Cette dualité, cette attirance tantôt pour les forces du mal, tantôt pour les élans mystiques – son côté Moravagine et son côté Dan Yack-, la légende, qui s’est tôt emparée de lui, l’a occultée. Pour braquer tous les feux sur la pittoresque silhouette de l’arpenteur des mondes, de l’ "Homère du Transsibérien", du baroudeur tous azimuts, familier des tripots et des paquebots, des bordels et des truands, des peintres maudits et des aventuriers internationaux. Une légende belle comme un chromo, irréfutable comme un éléphant, et que l’écrivain s’est plu à entretenir, nourrir et enjoliver. »

Bruno de Cessole, Blaise Cendrars, l’Homère du Transsibérien, in Le Défilé des réfractaires

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22/08/2013

Un rouage de la machine

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« On exige de l'homme qu'il renonce une fois pour toutes à lui-même et à l'idée qu'à travers lui, quelque chose de personnel et d'unique pourrait être signifié ; on lui fait sentir qu'il doit s'adapter à un type d'humanité normale ou idéale qui sera celle de l'avenir, qu'il doit se transformer en un rouage de la machine, en un moellon de l'édifice parmi des millions d'autres moellons exactement pareils. »

Hermann Hesse, Lettre à un jeune artiste

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21/08/2013

Le troupeau...

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« Debout à un coin de rue, près de deux cabarets, j'écoutais s'épancher dans la nuit la gaieté mécanique des jeunes gens. Partout, l'on se réunissait, l'on se groupait, l'on fuyait sa destinée, l'on se réfugiait dans la chaude atmosphère du troupeau. »

Hermann Hesse, Demian

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