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31/12/2019

La sommation vitale d’un petit peuple

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« Alors, jaillit du sillon, sortie des entrailles de la terre, la sommation vitale d’un petit peuple. On a quitté le pignon de la ferme parce que les nouvelles autorités ont touché la maison en son cœur, là où repose en paix, sous la poutre maîtresse, cette petite demeure invisible, immémoriale, inviolable, qui noue la coutume, la parole et les visages oubliés. Là où se loge un trésor plus sacré encore que la vie. Cette demeure invisible abrite les croyances ancestrales, aujourd’hui bousculées, culbutées, souillées.”Plutôt la mort que la souillure” comme disent les bretons. Alors jeune ou vieux, on a tout quitté. »

Philippe de Villiers, Le roman de Charette

 

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Avant...

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« La vallée avait bien changé depuis sa jeunesse ; il avait vu les petits commerces et les cafés fermer, les artisans cesser leur activités, les distilleries faire faillite, les paysans se mettre au maïs, les fermiers transformer leur ferme en restaurant, les musées ouvrir et les touristes débarquer. Il avait connu des fromageries au chapellerie même ! et des tanneurs, des cordonniers, des bourreliers, un tonnelier, un ferblantier, un forgeron et un cordier... Il avait connu l'époque où il y avait cinq bierstubs au bourg ! Toutes remplies comme des œufs ! Aujourd'hui, il restait deux boulangeries, une épiceries et une pizzeria, et un horrible hypermarché à l'entrée de la vallée, moloch de tôle qui avait sucé toute la vie du pays. Mais le pire de tout c'est que, quand il expliquait que c'était mieux avant, il y avait toujours un jeune con de sociologue pour lui expliquer que c'était une illusion de vieux. Or le vieux Marcel n'en démordait pas : putain de merde, oui, c'était mieux avant ! Et sacrément mieux encore ! La vie était rude et laborieuse mais elle avait une convivialité, une saveur et un sens qui avait disparu. »

Olivier Maulin, La fête est finie

 

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30/12/2019

Car nous avions été élevés par des gens qui croyaient à la réalité du sang

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« La campagne s‘était trouvée de nouveaux chefs, des types qui la réorganisaient dans leurs bureaux. De Londres, de Bristol, ils sont venus nous convaincre que l’avenir était dans la production en batterie. Ils disaient qu’aujourd’hui un éleveur doit nourrir des centaines, des milliers de gens entassés dans les villes. La planète n’a plus la place pour le bétail, les hommes n’ont plus le temps de les mener au pré. Sur la même surface, désormais, la technique permettait d’augmenter le rendement ! Il suffisait de ne plus exiger de la terre qu’elle fournisse sa force aux bêtes, mais de leur apporter l’énergie nous-mêmes, sur un plateau !
C’était une révolution. Car nous avions été élevés par des gens qui croyaient à la réalité du sang. Jusqu’ici, les bêtes que nous mangions se nourrissaient d’une herbe engraissée dans le terreau du Dorset, chauffée au soleil du Dorset, battue par les vents du Dorset. L’énergie puisée dans le sol, pulsée dans les fibres de l’herbe, diffusée dans les tissus musculaires des bêtes irriguaient nos propres corps. L’énergie se transférait verticalement, des profondeurs vers l’homme, via l’herbe puis la bête. C’était cela être de quelque part : porter dans ses veines les principes chimiques d’un sol. Et voilà qu’on nous annonçait que le sol était devenu inutile. »

Sylvain Tesson, Une vie à coucher dehors

 

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Responsabilités

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« Le système de santé français a ceci de merveilleux qu'il ne vous place jamais devant vos responsabilités. »

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs

 

 

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29/12/2019

L'universel

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« Mon vieux, la ruralité que tu rabâches est un principe de vie fondé sur l'immobilité. On est rural parce que l'on reste fixé dans une unité de lieu d'où l'on accueille le monde. On ne bouge pas de son domaine. Le cadre de sa vie se parcourt à pied, s'embrasse de l'oeil. On se nourrit de ce qui pousse dans son rayon d'action. On ne sait rien du cinéma coréen, on se contrefout des primaires américaines mais on comprend pourquoi les champignons poussent au pied de cette souche. D'une connaissance parcellaire on accède à l'universel. »

Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs

 

 

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Le pays pour lequel il souffrait

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« Tout autour de lui, dans l'immensité et le désordre, s'étendait le pays pour lequel il souffrait. Il allait lui donner sa vie. Mais ce grand pays, qu'il était prêt à contester au point de se détruire lui-même, ferait-il seulement attention à sa mort ? Il n'en savait rien ; et tant pis. Il mourrait sur un champ de bataille sans gloire, un champ de bataille où on ne pouvait s'accompagner d'aucun fait d'armes : le lieu d'un combat spirituel. »

Yukio Mishima, Patriotisme

 

 

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23/12/2019

Tout le monde est à plat ventre

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« Avec l’artiste contemporain, c’est-à-dire le post-homme (ou femme) dans toute sa splendeur, on a enfin, face-à-face, l’effroyable monstre de l’avenir : l’homme n’est plus un loup pour l’homme, c’est bien pire, c’est un artiste pour l’artiste. Equipé comme il se doit de cornes de brume, de sifflets, d’échasses et de tambours du Bronx. On ne pourrait l’arrêter dans son expansion qu’en remettant violemment en cause, avec tout le mépris qu’elle mérite, la "culture" sacro-sainte dont il se réclame, et l’ "art" dont il confisque si abusivement la définition. Mais cela ne se fera pas. Personne n’osera. Personne, même n’y pense. Tout le monde est à plat ventre. C’est pourtant abaisser un art que de vouloir le continuer quand il est mort. C’est humilier horriblement l’histoire terminée des arts en général que de se prétendre "artiste vivant" et annoncer, comme je ne sais plus quel supposé directeur de lieu : "Selon moi, est artiste toute personne qui décide qu’elle est artiste et qui prend le risque de s’affirmer en tant que tel." Qui prend le risque ? Quel risque ? Contre quoi et qui ? »

Philippe Muray, Festivus Festivus

 

 

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03/12/2019

Correspondances

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« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens. »

Charles Baudelaire, "Correspondances" in Les Fleurs du Mal

 

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19/11/2019

SOS Racisme ? Fabriquer des racistes pour pouvoir mieux les dénoncer...

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« C’est l’histoire d’une formidable imposture intellectuelle.

Sans doute l’une des plus accomplies de toute notre histoire politique. Une gigantesque manipulation des consciences qui dure encore aujourd’hui et a pris tout un peuple en otage. On a voulu faire croire aux Français qu’ils avaient hérité, de la dernière guerre, au fond d’eux-mêmes, d’un relent de racisme intolérable : hier, ils ont persécuté les Juifs, aujourd’hui, ils traquent les immigrés. C’est en 1984 que la gauche invente ce nouveau paradigme.

Mitterrand et son communicant, Jacques Pilhan, sont à la manoeuvre, avec Julien Dray. L’inquisition commence. Le nouveau Torquemada est un ancien trotskiste.

L’Élysée donne son feu vert ; l’opération va coûter cher. Qu’importe! Le secrétaire général de la Présidence, JeanLouis Bianco, apporte le plus haut des concours pour "trouver le financement dans les ministères". Il ouvrira les portes et les caisses. On va faire épingler des petites mains jaunes à la boutonnière de toutes les étoiles médiatiques : Yves Montand, Simone Signoret, Marek Halter. Puis à toute la jeunesse.

L’historien Max Gallo, porte-parole de François Mitterrand, a mis à nu les ressorts de l’opération : "Il y a eu Vichy et l’étoile jaune ? On créa de toutes pièces, d’en haut, parmi les idéologues qui savaient ce qu’ils faisaient, la petite main jaune de SOS Racisme, pour faire comprendre que les citoyens de souche récente étaient en somme les Juifs d’aujourd’hui … De l’étoile jaune à la petite main jaune de SOS Racisme, on générait la première de ces confusions historiques qui allaient empoisonner les débats français."

Avec cette nouvelle association, SOS Racisme, on franchit, en ce 15 octobre 1984, une nouvelle étape dans la haine de soi et le dénigrement de la France.

Ce moment correspond, historiquement, à la captation de la Shoah par les lobbies immigrés, sous l’égide de la gauche mitterrandienne. Le migrant remplace le prolétaire, que les socialistes vont abandonner à la mondialisation sauvage.

Le peuple migrant va devenir le nouveau "peuple élu". Ce discours victimaire vitrifie les esprits critiques pétrifiés par la peur. Il prône le "droit à la différence". C’est un multiculturalisme militant qui veut en finir avec la tradition similatrice de la France.

Par leur jeunesse, les dirigeants médiatiques de SOS Racisme bénéficient aussi d’une présomption d ‘innocence : ils sont censés incarner une "génération morale", rafraîchissant ainsi le débat politique en y infusant la générosité. François Mitterrand les utilise pour élever une digue morale autour du Front national dans le seul but de tétaniser la droite classique qui travaille bientôt à sa propre décontamination. Les régimes totalitaires ont toujours jeté les jeunes contre leurs aînés.

Bientôt, le magazine Globe, créé en 1983, va résumer la philosophie de SOS Racisme dans l’éditorial de son premier numéro, cosigné par Georges-Marc Benamou, Bernard-Henri Lévy et Pierre Bergé : "Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux."

Pierre Desproges s’amusera de ce serment asymétrique :

"J’adhérerai à SOS-Racisme quand ils mettront un S à Racisme ! Il y a des racistes noirs arabes, juifs, chinois et même des ocre-crème et des anthracite-argenté. Mais à SOS-Machin, ils ne fustigent que le Berrichon de base ou le Parisien-baguette. C’est sectaire."

Je ferai d’ailleurs les frais de ce sectarisme tranquille des gardiens de la Vertu. Avec une hauteur insultante, Bernard-Henri Lévy me reprochera un jour… d’exister. Il considère que quiconque aime sa patrie constitue un danger et que tout devient alors permis quand il s’agit de pratiquer la salubrité publique. La France doit se taire, elle a mauvaise haleine, la tripe vilaine, le regard infesté, la bouche empuantie. Elle est le Mal absolu, le ventre fécond qui a enfanté la Bête immonde.

[…]

La doctrine de B.H.L., si on l’examine bien, nous fait franchir un cran : puisque la France, à travers ses expressions les plus intimes, charrie des vomissures barbares, comme les diables brûlants crachent des laves rougeoyantes, il faut la condamner, la mettre au ban de la civilisation. Il faut qu’elle batte sa coulpe, qu’elle s’excuse d’exister. Un homme politique qui resterait juché sur son Aventin, soucieux d’une France en altitude, et que les Autorités morales surprendraient à cheminer sur la colline inspirée de Lorraine ou à chercher, dans l’horizon des blés d’or, les flèches de Chartres, ne serait pas digne d’accéder aux fonctions les plus élevées de la République. B.H.L. ne le tolérerait pas.

Depuis que SOS Racisme a vu le jour, la haine raciale ne s’est jamais aussi bien portée et n’a jamais été aussi violente. Certains linguistes qui ont étudié l’intitulé du mouvement y ont détecté un lapsus révélateur : ces gens-là s’agitent pour secourir l’objet même de leur détestation. Quand on lance un SOS, c’est pour sauver les espèces qu’on juge menacées, les dauphins, le thon rouge, les libellules… SOS Animaux vise à sauver les bêtes abandonnées, SOS Grand Bleu à défendre la faune et la flore en Méditerranée.

En fait, la confusion n’est que d’apparence. C’est presque un acte manqué. Sous couvert d’antiracisme, SOS Racisme sauve le racisme. Fabriquer des racistes pour pouvoir mieux les dénoncer. Provoquer et nourrir la haine pour s’en repaître. Dénoncer le Front national et le faire prospérer.

[…]

Si on dessine des caricatures du Prophète et qu’on parle depuis Charlie, on a droit à la liberté d’expression ; mais si on pose une question sur l’islam, on est poursuivi pour islamophobie.

Désormais, à tour de rôle, les mandarins de la repentance et les bien-pensants de la médiacaste, qui, ensemble, ont contracté la fièvre cafteuse, veillent nuit et jour. Ils font les cent pas, autour du carré interdit : "homophobe, islamophobe, xénophobe, europhobe". Ces épithètes ne sont plus seulement infamantes, elles désignent des fautes pénales, selon la formule : "L’islamophobie n ‘est pas une opinion, c’est un délit." Un mot de trop, et c’est le tribunal.

Plus personne n’ose s’approcher de la "cage aux phobes". Si nous avons aujourd’hui une classe politique aseptisée, essorée, dévitalisée, sous vide, c’est que la parole n’est plus libre ; il faut tourner sept fois la langue dans le micro-onde. Les circonlocutions qui tiennent à l’abri des poursuites ne sont pas à la portée du député de base. Alors il s’enterre. Il se tait. C’est à partir de 1986 que l’alternance n’est plus qu’un théâtre d’ombres et que la parole politique se vide de tout contenu normatif. »

Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu

 

 

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10/11/2019

À chaque vague, une promesse, toujours la même

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« "À la mer ! À la mer !" criaient les garçons merveilleux d'un livre de mon enfance. J'ai tout oublié de ce livre, sauf ce cri. "À la mer !" et par l'Océan indien jusqu'au boulevard de la Mer Rouge d'où l'on entend éclater une à une, dans les nuits silencieuses, les pierres du désert qui gèlent après avoir brûlé, nous revenons à la mer ancienne où se taisent les cris.
Un matin enfin, nous relâchons dans une baie pleine d'un étrange silence, balisée de voiles fixes. Seuls, quelques oiseaux de mer se disputent dans le ciel des morceaux de roseaux. À la nage, nous regagnons une plage déserte ; toute la journée, nous entrons dans l'eau puis nous séchons sur le sable. Le soir venu, sous le ciel qui verdit et recule, la mer, si calme pourtant, s'apaise encore. De courtes vagues soufflent une buée d'écume sur la grève tiède. Les oiseaux de mer ont disparu. Il ne reste qu'un espace, offert au voyage immobile. Certaines nuits dont la douceur se prolonge, oui, cela aide à mourir de savoir qu'elles reviendront après nous sur la terre et la mer. Grande mer, toujours labourée, toujours vierge, ma religion avec la nuit ! Elle nous lave et nous rassasie dans ses sillons stériles, elle nous libère et nous tient debout. À chaque vague, une promesse, toujours la même. Que dit la vague ? Si je devais mourir, entouré de montagnes froides, ignoré du monde, renié par les miens, à bout de forces enfin, la mer, au dernier moment, emplirait ma cellule, viendrait me soutenir au-dessus de moi-même et m'aider à mourir sans haine.
À minuit, seul sur le rivage. Attendre encore, et je partirai. Le ciel lui-même est en panne, avec toutes ses étoiles, comme ces paquebots couverts de feux qui, à cette heure même, dans le monde entier, illuminent les eaux sombres des ports. L'espace et le silence pèsent d'un seul poids sur le coeur. Un brusque amour, une grande oeuvre, un acte décisif, une pensée qui transfigure, à certains moments donnent la même intolérable anxiété, doublée d'un attrait irrésistible. Délicieuse angoisse d'être, proximité exquise d'un danger dont nous ne connais-sons pas le nom, vivre, alors, est-ce courir à sa perte ? À nouveau, sans répit, courons à notre perte. J'ai toujours eu l'impression de vivre en haute mer, menacé, au coeur d'un bonheur royal. »

Albert Camus, L'été

 

 

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09/11/2019

Ce qu'on appelle gloire

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« Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l'odeur des absinthes, la mer cuirassée d'argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L'odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. A peine au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s'ébranle d'un rythme sûr et pesant pour aller s'accroupir dans la mer.
Nous arrivons par le village qui s'ouvre déjà sur la baie. Nous entrons dans un monde jaune et bleu où nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d'été en Algérie. Partout, des bougainvillées rosat dépassent les murs des villas; dans les jardins, des hibiscus au rouge encore pâle, une profusion de roses thé épaisses comme de la crème et de délicates bordures de longs iris bleus. Toutes les pierres sont chaudes.

(...)

Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. Il n’y a qu’un seul amour dans ce monde. Etreindre un corps de femme, c’est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer. Tout à l’heure, quand je me jetterai dans les absinthes pour me faire entrer leur parfum dans le corps, j’aurai conscience, contre tous les préjugés, d’accomplir une vérité qui est celle du soleil et sera aussi celle de ma mort. »

Albert Camus, Noces à Tipasa

 

 

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Nous avions été élevés par des gens qui croyaient à la réalité du sang

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« La campagne s‘était trouvée de nouveaux chefs, des types qui la réorganisaient dans leurs bureaux. De Londres, de Bristol, ils sont venus nous convaincre que l’avenir était dans la production en batterie. Ils disaient qu’aujourd’hui un éleveur doit nourrir des centaines, des milliers de gens entassés dans les villes. La planète n’a plus la place pour le bétail, les hommes n’ont plus le temps de les mener au pré. Sur la même surface, désormais, la technique permettait d’augmenter le rendement ! Il suffisait de ne plus exiger de la terre qu’elle fournisse sa force aux bêtes, mais de leur apporter l’énergie nous-mêmes, sur un plateau !
C’était une révolution. Car nous avions été élevés par des gens qui croyaient à la réalité du sang. Jusqu’ici, les bêtes que nous mangions se nourrissaient d’une herbe engraissée dans le terreau du Dorset, chauffée au soleil du Dorset, battue par les vents du Dorset. L’énergie puisée dans le sol, pulsée dans les fibres de l’herbe, diffusée dans les tissus musculaires des bêtes irriguaient nos propres corps. L’énergie se transférait verticalement, des profondeurs vers l’homme, via l’herbe puis la bête. C’était cela être de quelque part : porter dans ses veines les principes chimiques d’un sol. Et voilà qu’on nous annonçait que le sol était devenu inutile. »

Sylvain Tesson, Une vie à coucher dehors

 

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08/11/2019

La partie finale

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« En même temps, il ne faut en aucun cas oublier que, mystérieusement, c'est en France et à partir de la France que la partie finale va devoir se jouer, parce que c'est ainsi qu'il en a été décidé "depuis les ultimes hauteurs des cieux". Ce sera donc dans les soubassements inconscients d'une certaine France profonde, dissimulée, que réside la décision salvatrice, et peu importe alors l'état d'abominable dégénérescence spirituelle et politico-historique de la France, parce que des puissances d'un autre ordre vont avoir à y mener la "bataille finale". Il est donc urgent que les nôtres – quel que soit leur nombre – se rassemblent déjà, et se tiennent prêts à se saisir de la grande vague montante. »

Jean Parvulesco,, La troisième guerre mondiale est commencée in Revue "Rébellion, n° 26, septembre-octobre 2007"

 

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De toutes les religions horribles, la plus horrible est le culte du dieu intérieur

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« De toutes les formes concevables d'Illumination, la pire est que ce que les hommes de cette espèce nomment la Lumière Intérieure. De toutes les religions horribles, la plus horrible est le culte du dieu intérieur. (...) Si Jones adore le dieu qui est en lui, cela signifie en fin de compte que Jones adore Jones. Que Jones adore le soleil ou la lune ou n'importe quoi pourvu que ce ne soit pas la Lumière Intérieure ; que Jones adore les chats ou les crocodiles, s'il réussit à en trouver un sur sa route, mais pas le dieu intérieur. Le christianisme est venu en ce monde d'abord pour affirmer avec violence qu'un homme ne doit pas regarder à l'intérieur de soi-même, mais à l'extérieur pour y reconnaître avec stupeur et enthousiasme une compagnie divine et un capitaine divin. Le seul plaisir à être chrétien venait de n'être plus laissé seul avec la Lumière intérieure, de reconnaître enfin l'existence d'une Lumière extérieure, belle comme le soleil, claire comme la lune, terrible comme une armée, bannières déployées. »

G.K Chesterton, Orthodoxie

 

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07/11/2019

Une démarche hypothetico-déductive

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« Décrire l'impact émotionnel d'une œuvre ou inversement les traits qui lui enlèvent tout pouvoir à cet égard, constater que les spectateurs ont été bouleversés par tel film de Kurosawa ou se sont endormis au" Camion" de Marguerite Duras, que les auditeurs ont été transportés par la musique funèbre pour la reine Marie de Purcell ou ont eu mal aux oreilles à la création mondiale du concert pour casseroles et synthétiseur de Tartempion par l'ensemble Intertartempionain, c'est prononcer des phrases qui sont à la fois au régime descriptif et au régime évaluatif. Un groupie de Tartempion aurait prononcé des phrases (non moins véridiques) mettant l'accent sur la profondeur abyssale des intentions philosophiques du compositeur et sur les applaudissements (polis) du public (habituel). Le choix des phrases descriptives dépend des options esthétiques de chacun. Nous affirmons seulement que ces options se discutent et ne sont pas l'enjeu d'un "combat des dieux" ou l'objet d'un "différend".

Quant à la question de savoir si l'on peut déduire le bien ou le beau du vrai, j'avancerai, sans m'étendre, que c'est possible moyennant un nombre minimal de postulats affirmant des valeurs humaines universelles. "Ces valeurs essentielles, disait Leo Strauss, sont aussi intemporelles que les principes de la logique" sans lesquels on ne peut rien démontrer ni même rien dire. Les sciences exactes aussi ont une démarche hypothetico-déductive. On ne voit pas pourquoi il serait interdit, à la science de l'art par exemple, de poser à son point de départ une ou deux propositions non démontrables mais susceptibles d'être largement acceptées comme allant de soi de par leur lien à des invariants anthropologiques. »

Kostas Mavrakis, Pour l'art. Éclipse et renouveau

 

 

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