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15/01/2018

L'homme se résume au cœur qu'il porte en lui

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« Dans les situations extrêmes, comme le disait Jünger, l'homme se résume au cœur qu'il porte en lui. Parce qu'il s'établit au-dessus des jeux de l'intelligence, l'impératif du cœur prime alors celui de la raison. »

Dominique Venner, Le Coeur rebelle

 

 

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Un idéal de steppe pouvait seul me contenter

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« Les hommes sont faits pour danser, chanter, se battre de la main à la main. Et les chevaux, et les chiens, et les femmes. Amitié naïve de jeunes guerriers. Un idéal de steppe pouvait seul me contenter. La seule joie qui soit offerte aux hommes sur cette terre, c'est une fureur de santé quand un jeune homme saute sur son cheval et pousse un cri vers Dieu. Il faut que nos âmes fouettent nos corps, les relancent en pleine course. Mon âme a soif de mon sang. Ô vents, ô soleil, battez mon sang, faites-le rebondir ! »

Pierre Drieu la Rochelle, Le jeune européen

 

 

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Des fauves maigres aux yeux phosphorescents

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« Ex-bêtes de proie carnivores, les nations sont devenues herbivores et ruminent dans la prospérité. Aux orées du pré, dans buissons et halliers, des fauves maigres aux yeux phosphorescents veillent et s'approchent. »

Jean Cau, Les écuries de l'Occident

 

 

 

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14/01/2018

Ce qu'il faisait il y a cinq mille ans, ce peuple le fait encore...

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=--=Publié dans la Catégorie "Le Salut par les Juifs"=--=

 

 

« Tandis que la nouvelle Jérusalem sort ainsi du désert, brillante de clarté, jetez les yeux entre la montagne de Sion et le Temple; voyez cet autre petit peuple qui vit séparé du reste des habitants de la cité. Objet particulier de tous les mépris, il baisse la tête sans se plaindre ; il souffre toutes les avanies sans demander justice ; il se laisse accabler de coups sans soupirer; on lui demande sa tête: il la présente au cimeterre. Si quelque membre de cette société proscrite vient à mourir, son compagnon ira, pendant la nuit, l'enterrer furtivement dans la vallée de Josaphat, à l'ombre du temple de Salomon. Pénétrez dans la demeure de ce peuple, vous le trouverez dans une affreuse misère, faisant lire un livre mystérieux à des enfants qui, à leur tour, le feront lire à leurs enfants. Ce qu'il faisait il y a cinq mille ans, ce peuple le fait encore. Il a assisté dix-sept fois à la ruine de Jérusalem, et rien ne peut le décourager; rien ne peut l'empêcher de tourner ses regards vers Sion.

Quand on voit les Juifs dispersés sur la terre, selon la parole de Dieu, on est surpris sans doute : mais pour être frappé d'un étonnement surnaturel, il faut les retrouver à Jérusalem ; il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays ; il faut les voir attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. Ecrasés par la Croix qui les condamne, et qui est plantée sur leurs têtes, cachés près du Temple dont il ne reste pas pierre sur pierre, ils demeurent dans leur déplorable aveuglement. Les Perses, les Grecs, les Romains ont disparu de la terre ; et un petit peuple, dont l'origine précéda celle de ces grands peuples, existe encore sans mélange dans les décombres de sa patrie. Si quelque chose, parmi les nations, porte le caractère du miracle, nous pensons que ce caractère est ici. Et qu'y a-t-il de plus merveilleux, même aux yeux du philosophe, que cette rencontre de l'antique et de la nouvelle Jérusalem au pied du Calvaire : la première s'affligeant à l'aspect du sépulcre de Jésus-Christ ressuscité ; la seconde se consolant auprès du seul tombeau qui n'aura rien à rendre à la fin des siècles ! »

François-René de Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem

 

 

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Il ne se faisait pas d'illusions sur les humains

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« Après l'armistice de juin 1940, j'appris que Céline était resté à Paris, comme d'ailleurs la plupart des intellectuels et des artistes. Je ne sais plus ce qui a motivé le premier contact avec lui, mais j'ai très vite appris qu'il fréquentait l'ambassade d'Allemagne de la rue de Varenne. Je me souviens qu'un jour le planton m'annonça qu'un homme d'aspect douteux souhaitait me parler. Il me demandait s'il pouvait le laisser passer. Quand j'ai entendu le nom de cet homme, j'ai mandé que, sans plus le faire attendre, on le conduise jusqu'à moi. Lorsque enfin, toujours flanqué du planton, il pénétra dans mon bureau, je ne compris que trop la méfiance de la sentinelle : Céline ressemblait vraiment à l'image que l'on pouvait se faire d'un résistant ou de quelqu'un qui se disposait à commettre un attentat. Cet homme de haute taille, large d'épaules, portait une pelisse de peau de mouton en laine retournée. Ses cheveux noirs, sur un visage plutôt pâle, étaient en désordre. Toute sa personne d'ailleurs était vêtue sans aucun soin ni élégance. Il avait coutume de se rendre à moto depuis son logement montmartrois à ses consultations dans une banlieue de Paris où il travaillait comme médecin des pauvres. Cependant, après une brève conversation, nous nous entendîmes au mieux […].

Après notre première rencontre, Céline avait demandé l'obtention d'un permis de port d'armes parce qu'il se sentait menacé par les gaullistes, permis qui lui fut délivré sans autre forme de procès. A mon avis d'ailleurs, Céline n'a jamais été menacé pendant cette période. Même les communistes, qui commençaient à se montrer récalcitrants à cette époque, n'auraient jamais fait de mal à un médecin des pauvres. J'en veux pour preuve une anecdote typique, que mon ami Céline me narra lui-même : après une consultation, l'un de ces titis parisiens lui rapporta le pistolet que, par distraction, il avait laissé traîner dans son cabinet pendant un examen. Le garçon remit la pétoire au médecin en lui disant, avec son inimitable accent des rues : “Ferdinand, t'as oublié ton rigolo…”

Souvent, quand Céline passait dans les parages en pétaradant avec sa moto, il nous rendait une petite visite. Désormais, quand il s'arrêtait, le planton n'avait plus aucune appréhension. Par la suite, l'écrivain m'invita chez lui, sur la Butte. Plusieurs de ces soirées sont restées gravées dans ma mémoire. Son domicile se trouvait au cœur de Montmartre, et répondait en tout point à sa propre apparence. Une fois que l'on avait gravi plusieurs escaliers sombres dans cette maison ancienne, on arrivait dans un logement qui se composait de trois pièces. Une pièce servait de salle à manger et de chambre à coucher, dans l'autre pièce trônait une grande table ronde qui était entièrement recouverte, comme le sol d'ailleurs, de feuillets manuscrits. La troisième servait d'office et de pièce de rangement, la réserve de bois y était entreposée à côté de la moto. Dans le séjour proprement dit, la lourde peau de mouton était disposée en travers du lit, qui avait été simplement un peu repoussé de côté afin de ménager une banquette aux invités. Le repas se composait d'une unique potée roborative et savoureuse, et dans tout le logement, où à l'évidence le luxe et plus encore l'élégance n'avaient pas la moindre valeur, on se sentait extrêmement bien. C'était toujours intéressant. On se trouvait là en pleine bohème, comme elle a toujours existé à Montmartre. Il n'était pas rare qu'un peintre ou un écrivain, qui avait établi ses quartiers dans le même immeuble ou dans le voisinage, se joignît à notre cercle […].

On ressentait des impressions uniques lorsque Céline se mettait à rêver. Il parlait toujours d'une voix très ténue, mais dans ces moments-là, comme absent, il baissait la voix encore plus, comme si réellement il se parlait à lui-même. On réalisait dans ces instants que Céline était de la lignée des grands somnambules. Il était, au fond, un réaliste triste. Qu'importe si cela venait des origines celtes de ce natif de Bretagne, ou bien de ses années de familiarité avec le côté sombre de l'existence humaine. Il apparaissait parfois dans ces moments-là, à l'image de ses livres, comme un cynique cruel. En réalité, il était chaleureux et pouvait en tant qu'ami être d'une cordialité incomparable. Mais il ne se faisait pas d'illusions sur les humains. Il avait voyagé en Amérique et en Afrique pour le compte de la Société des Nations et avait même visité l'Union soviétique. Il avait raconté de façon terrifiante l'effondrement de la France en 1940, et ses livres sur le chaos allemand de 1945 eux aussi ne se lisent guère différemment. Il portait un jugement pessimiste sur la guerre et sur la position des Allemands dans celle-ci. J'irais même jusqu'à supposer que beaucoup d'Allemands, a fortiori les gens qu'il avait rencontrés autour de l'ambassade d'Allemagne pendant l'Occupation, ne lui étaient pas particulièrement sympathiques. Il leur reprochait de s'être fait mener en bateau en permanence par le gouvernement de Vichy. Il rejetait Laval comme typiquement “youpin”, et d'ailleurs, dans ces moments-là, il était encore moins porté que jamais à modérer sa ligne de conduite farouchement antisémite, qui était déjà la sienne avant-guerre. Il eut d'ailleurs également un conflit à ce propos avec Ernst Jünger, qui était au Commandement militaire à Paris et devait exprimer clairement son rejet absolu de Céline dans son Journal de guerre. Céline ne le lui pardonna jamais et, comme je l'ai appris de la bouche de ses derniers visiteurs, il lui décernait l'appellation, typique pour lui, mais injuste, de petit flic. Ein kleiner Bulle, comme nous disons chez nous.

Nos rencontres se muèrent très vite en une amitié sincère qui se prolongea au-delà de la guerre, quand bien même je ne devais plus le revoir. Mais il m'écrivit encore de France, après son retour d'exil au Danemark, quelques lettres émouvantes et typiques de lui. Hélas, je n'ai pas eu, à l'époque, la possibilité de lui rendre visite. Il était déjà très malade et véritablement au bout du rouleau. »

Hermann Bickler, Un pays particulier : Souvenirs et considérations d’un Lorrain

 

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13/01/2018

On ne peut pas mélanger les cultures comme on mélange des liquides. C’est un signe d’irrespect envers ces cultures.

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« Je suis très respectueux des cultures et des nations. Je considère que la culture est quelque chose de très profond, les nations également. Je pense que les frontières ne sont pas seulement des frontières matérielles. Ce sont des frontières spirituelles et des frontières historiques, avec tout ce que l’histoire a de poids. Je pense que l’humanité est riche de toutes ces différences-là. Respectueux de ces différences, je considère aussi qu’il peut y avoir des influences réciproques, mais que ces influences ne sont jamais l’objet d'une décision bureaucratique, ni d’un défilé d’État organisé par Jean-Paul Goude. Ces influences se font à travers l’histoire, à travers les événements et il n’y a pas de greffes tout à fait gratuites. On ne peut pas mélanger les cultures comme on mélange des liquides. C’est un signe d’irrespect envers ces cultures. Elles peuvent s’influencer mais par leur propre mouvement, par le lent mouvement de l’histoire, non par les décisions d’une bande de Pieds-Nickelés comme ceux qui gouvernent la France aujourd’hui. Je suis un métis, cela m’a posé des problèmes, mais je sais aussi que toute société humaine est endogamique. Toute société tend à se défendre, à éviter le mélange. Je suis très heureux que mon père et ma mère aient passés outre cette attitude. Donc je ne suis pas contre le métissage. Je suis contre le métissage sur ordre. Je n'aime pas être commandé. »

Jacques Vergès, Le salaud lumineux

 

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Sur la terre en plein soleil...

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« En ce temps-là, j'étais jeune et j'avais soif : il m'a donné à boire. J'étais jeune et j'étais laide : il m'a fait croire que j'étais belle. J'étais sage et j'avais froid, j'avais peur et je tremblais, je craignais Dieu, je craignais les gens, je craignais mon père et ma mère, je me cachais en moi, je me cachais dans l'ombre, je me cachais en Dieu pour n'être pas trouvée: il m'a prise et ramenée sur la terre en plein soleil. J'avais dans le cœur une grâce, une fleur serrée, qui n'osait pas s'ouvrir: il l'a fait épanouir sur le pas de sa porte. J'avais dans le cœur un poème: il lui a donné la volée, il lui a ouvert le monde. Il m'a apprivoisée comme un petit oiseau sauvage et je suis venue manger dans sa main. Il m'a fait goûter la graine des champs, le miel de tous les poètes et de tous les pays, le lait de la tendresse humaine, la beauté des humbles choses, des humbles êtres. Était-ce moi, cette fille couronnée, sur les sentes des bois, sur la route et dans les rues de la ville ? »

Marie Noël, Notes intimes

 

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12/01/2018

Ces souvenirs presque insensés de chevalerie

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« Revenant le long des haies à peine tracées, la pluie m’a surpris ; je me suis réfugié sous un hêtre : ses dernières feuilles tombaient comme mes années ; sa cime se dépouillait comme ma tête ; il était marqué au tronc d’un cercle rouge, pour être abattu comme moi. Rentré à mon auberge, avec une moisson de plantes d’automne et dans des dispositions peu propres à la joie, je vous raconterai la mort de M. le duc d’Enghien, à la vue des ruines de Chantilly.

Cette mort, dans le premier moment, glaça d’effroi tous les cœurs ; on appréhenda le revenir du règne de Robespierre. Paris crut revoir un de ces jours qu’on ne voit qu’une fois, le jour de l’exécution de Louis XVI. Les serviteurs, les amis, les parents de Bonaparte étaient consternés. À l’étranger, si le langage diplomatique étouffa subitement la sensation populaire, elle n’en remua pas moins les entrailles de la foule. Dans la famille exilée des Bourbons, le coup pénétra d’outre en outre : Louis XVIII renvoya au roi d’Espagne l’ordre de la Toison-d’Or, dont Bonaparte venait d’être décoré ; le renvoi était accompagné de cette lettre, qui fait honneur à l’âme royale :

"Monsieur et cher cousin, il ne peut y avoir rien de commun entre moi et le grand criminel que l’audace et la fortune ont placé sur un trône qu’il a eu la barbarie de souiller du sang pur d’un Bourbon, le duc d’Enghien. La religion peut m’engager à pardonner à un assassin ; mais le tyran de mon peuple doit toujours être mon ennemi. La Providence, par des motifs inexplicables, peut me condamner à finir mes jours en exil ; mais jamais ni mes contemporains ni la postérité ne pourront dire que, dans le temps de l’adversité, je me sois montré indigne d’occuper, jusqu’au dernier soupir, le trône de mes ancêtres."

Il ne faut point oublier un autre nom, qui s’associe au nom du duc d’Enghien : Gustave-Adolphe, le détrôné et le banni, fut le seul des rois alors régnants qui osa élever la voix pour sauver le jeune prince français. Il fit partir de Carlsruhe un aide de camp porteur d’une lettre à Bonaparte ; la lettre arriva trop tard : le dernier des Condé n’existait plus. Gustave-Adolphe renvoya au roi de Prusse le cordon de l’Aigle-Noir, comme Louis XVIII avait renvoyé la Toison-d’Or au roi d’Espagne. Gustave déclarait à l’héritier du grand Frédéric que, "d’après les lois de la chevalerie, il ne pouvait pas consentir à être le frère d’armes de l’assassin du duc d’Enghien." (Bonaparte avait l’Aigle-Noir.) Il y a je ne sais quelle dérision amère dans ces souvenirs presque insensés de chevalerie, éteints partout, excepté au cœur d’un roi malheureux pour un ami assassiné ; nobles sympathies de l’infortune, qui vivent à l’écart sans être comprises, dans un monde ignoré des hommes !

Hélas ! nous avions passé à travers trop de despotismes différents, nos caractères, domptés par une suite de maux et d’oppressions, n’avaient plus assez d’énergie pour qu’à propos de la mort du jeune Condé notre douleur portât longtemps le crêpe : peu à peu les larmes se tarirent ; la peur déborda en félicitations sur les dangers auxquels le premier consul venait d’échapper ; elle pleurait de reconnaissance d’avoir été sauvée par une si sainte immolation. Néron, sous la dictée de Sénèque, écrivit au sénat une lettre apologétique du meurtre d’Agrippine ; les sénateurs, transportés, comblèrent de bénédictions le fils magnanime qui n’avait pas craint de s’arracher le cœur par un parricide tant salutaire ! La société retourna vite à ses plaisirs ; elle avait frayeur de son deuil : après la Terreur, les victimes épargnées dansaient, s’efforçaient de paraître heureuses, et, craignant d’être soupçonnées coupables de mémoire, elles avaient la même gaieté qu’en allant à l’échafaud. »

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe

 

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Une imagination prodigieuse animait ce politique si froid

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« Après l’adoption du Concordat par le Corps législatif en 1802, Lucien, ministre de l’intérieur, donna une fête à son frère ; j’y fus invité, comme ayant rallié les forces chrétiennes et les ayant ramenées à la charge. J’étais dans la galerie, lorsque Napoléon entra : il me frappa agréablement ; je ne l’avais jamais aperçu que de loin. Son sourire était caressant et beau ; son œil admirable, surtout par la manière dont il était placé sous son front et encadré dans ses sourcils. Il n’avait encore aucune charlatanerie dans le regard, rien de théâtral et d’affecté. Le Génie du Christianisme, qui faisait en ce moment beaucoup de bruit, avait agi sur Napoléon. Une imagination prodigieuse animait ce politique si froid : il n’eût pas été ce qu’il était si la Muse n’eût été là ; la raison accomplissait les idées du poète. Tous ces hommes à grande vie sont toujours un composé de deux natures, car il les faut capables d’inspiration et d’action : l’une enfante le projet, l’autre l’accomplit.

Bonaparte m’aperçut et me reconnut, j’ignore à quoi. Quand il se dirigea vers ma personne, on ne savait qui il cherchait ; les rangs s’ouvraient successivement ; chacun espérait que le consul s’arrêterait à lui ; il avait l’air d’éprouver une certaine impatience de ces méprises. Je m’enfonçais derrière mes voisins ; Bonaparte éleva tout à coup la voix et me dit : "Monsieur de Chateaubriand !" Je restai seul alors en avant, car la foule se retira et bientôt se reforma en cercle autour des interlocuteurs. Bonaparte m’aborda avec simplicité : sans me faire de compliments, sans questions oiseuses, sans préambule, il me parla sur-le-champ de l’Égypte et des Arabes, comme si j’eusse été de son intimité et comme s’il n’eût fait que continuer une conversation déjà commencée entre nous. "J’étais toujours frappé, me dit-il, quand je voyais les cheiks tomber à genoux au milieu du désert, se tourner vers l’Orient et toucher le sable de leur front. Qu’était-ce que cette chose inconnue qu’ils adoraient vers l’Orient ?"

Bonaparte s’interrompit, et passant sans transition à une autre idée : "Le christianisme ! Les idéologues n’ont-ils pas voulu en faire un système d’astronomie ? Quand cela serait, croient-ils me persuader que le christianisme est petit ? Si le christianisme est l’allégorie du mouvement des sphères, la géométrie des astres, les esprits forts ont beau faire, malgré eux ils ont encore laissé assez de grandeur à ' l’infâme '."

Bonaparte incontinent s’éloigna. Comme à Job, dans ma nuit, "un esprit est passé devant moi ; les poils de ma chair se sont hérissés ; il s’est tenu là : je ne connais point son visage et j’ai entendu sa voix comme un petit souffle."

Mes jours n’ont été qu’une suite de visions ; l’enfer et le ciel se sont continuellement ouverts sous mes pas ou sur ma tête, sans que j’aie eu le temps de sonder leurs ténèbres ou leurs lumières. J’ai rencontré une seule fois sur le rivage des deux mondes l’homme du dernier siècle et l’homme du nouveau, Washington et Napoléon. Je m’entretins un moment avec l’un et l’autre ; tous deux me renvoyèrent à la solitude, le premier par un souhait bienveillant, le second par un crime.

Je remarquai qu’en circulant dans la foule, Bonaparte me jetait des regards plus profonds que ceux qu’il avait arrêtés sur moi en me parlant. Je le suivais aussi des yeux :

Chi è quel grande che non par che curi

L’ incendio ?

"Quel est ce grand qui n’a cure de l’incendie ?" (Dante)

À la suite de cette entrevue, Bonaparte pensa à moi pour Rome : il avait jugé d’un coup d’œil où et comment je lui pouvais être utile. Peu lui importait que je n’eusse pas été dans les affaires, que j’ignorasse jusqu’au premier mot de la diplomatie pratique ; il croyait que tel esprit sait toujours, et qu’il n’a pas besoin d’apprentissage. C’était un grand découvreur d’hommes ; mais il voulait qu’ils n’eussent de talent que pour lui, à condition encore qu’on parlât peu de ce talent ; jaloux de toute renommée, il la regardait comme une usurpation sur la sienne : il ne devait y avoir que Napoléon dans l’univers.

Fontanes et madame Bacciochi me parlèrent de la satisfaction que le Consul avait eue de ma conversation : je n’avais pas ouvert la bouche ; cela voulait dire que Bonaparte était content de lui. »

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe

 

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11/01/2018

Le christianisme agit avec lenteur parce qu’il agit partout

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« En supposant que l’opinion religieuse existât telle qu’elle est à l’heure où j’écris maintenant, le "Génie du Christianisme" étant encore à faire, je le composerais tout différemment : au lieu de rappeler les bienfaits et les institutions de notre religion au passé, je ferais voir que le christianisme est la pensée de l’avenir et de la liberté humaine ; que cette pensée rédemptrice et messie est le seul fondement de l’égalité sociale ; qu’elle seule la peut établir, parce qu’elle place auprès de cette égalité la nécessité du devoir, correctif et régulateur de l’instinct démocratique. La légalité ne suffit pas pour contenir, parce qu’elle n’est pas permanente ; elle tire sa force de la loi ; or, la loi est l’ouvrage des hommes qui passent et varient. Une loi n’est pas toujours obligatoire ; elle peut toujours être changée par une autre loi : contrairement à cela, la morale est permanente ; elle a sa force en elle-même, parce qu’elle vient de l’ordre immuable ; elle seule peut donc donner la durée.

Je ferais voir que partout où le christianisme a dominé, il a changé l’idée, il a rectifié les notions du juste et de l’injuste, substitué l’affirmation au doute, embrassé l’humanité entière dans ses doctrines et ses préceptes. Je tâcherais de deviner la distance où nous sommes encore de l’accomplissement total de l’Évangile, en supputant le nombre des maux détruits et des améliorations opérées dans les dix-huit siècles écoulés de ce côté-ci de la croix. Le christianisme agit avec lenteur parce qu’il agit partout ; il ne s’attache pas à la réforme d’une société particulière, il travaille sur la société générale ; sa philanthropie s’étend à tous les fils d’Adam : c’est ce qu’il exprime avec une merveilleuse simplicité dans ses oraisons les plus communes, dans ses vœux quotidiens, lorsqu’il dit à la foule dans le temple : "Prions pour tout ce qui souffre sur la terre." Quelle religion a jamais parlé de la sorte ? Le Verbe ne s’est point fait chair dans l’homme de plaisir, il s’est incarné à l’homme de douleur, dans le but de l’affranchissement de tous, d’une fraternité universelle et d’une salvation immense.

Quand le "Génie du Christianisme" n’aurait donné naissance qu’à de telles investigations, je me féliciterais de l’avoir publié : reste à savoir si, à l’époque de l’apparition de ce livre, un autre Génie du Christianisme, élevé sur le nouveau plan dont j’indique à peine le tracé, aurait obtenu le même succès. En 1803, lorsqu’on n’accordait rien à l’ancienne religion, qu’elle était l’objet du dédain, que l’on ne savait pas le premier mot de la question, aurait-on été bien venu à parler de la liberté future descendant du Calvaire, quand on était encore meurtri des excès de la liberté des passions ? Bonaparte eût-il souffert un pareil ouvrage ? Il était peut-être utile d’exciter les regrets, d’intéresser l’imagination à une cause si méconnue, d’attirer les regards sur l’objet méprisé, de le rendre aimable, avant de montrer comment il était sérieux, puissant et salutaire. »

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe

 

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Auprès du monde croulant du paganisme, s'éleva autrefois, comme en dehors de la société, un autre monde

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« Le heurt que le "Génie du Christianisme" donna aux esprits fit sortir le XVIIIe siècle de l’ornière, et le jeta pour jamais hors de sa voie : on recommença, ou plutôt on commença à étudier les sources du christianisme : en relisant les Pères (en supposant qu’on les eût jamais lus), on fut frappé de rencontrer tant de faits curieux, tant de science philosophique, tant de beautés de style de tous les genres, tant d’idées, qui, par une gradation plus ou moins sensible, faisaient le passage de la société antique à la société moderne : ère unique et mémorable de l’humanité, où le ciel communique avec la terre au travers d’âmes placées dans des hommes de génie.

Auprès du monde croulant du paganisme, s'éleva autrefois, comme en dehors de la société, un autre monde, spectateur de ces grands spectacles, pauvre, à l'écart, solitaire, ne se mêlant des affaires de la vie que quand on avait besoin de ses leçons ou de ses secours.

C'était une chose merveilleuse de voir ces premiers évêques, presque tous honorés du nom de saints et de martyrs, ces simples prêtres veillant aux reliques et aux cimetières, ces religieux et ces ermites dans leurs couvents ou dans leurs grottes, faisant des règlements de paix, de morale, de charité, quand tout était guerre, corruption, barbarie; allant des tyrans de Rome aux chefs des Tartares et des Goths, afin de prévenir l'injustice des uns et la cruauté des autres, arrêtant des armées avec une croix de bois et une parole pacifique; les plus faibles des hommes et protégeant le monde contre Attila; placés entre 2 univers pour en être le lien, pour consoler les derniers moments d'une société expirante et soutenir les premiers pas d'une société au berceau. »

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe

 

 

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09/01/2018

Ernst Jünger, Entretien avec Philippe Barlelet - 1993

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Passionnant... à écouter de bout en bout...

 

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08/01/2018

Il faut s'en aller très loin à la recherche du danger

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« Le bourgeois est presque parvenu à persuader le coeur aventureux que le dangereux n’existait pas vraiment et qu’une loi économique régissait le monde et son histoire. Aux jeunes gens qui, dans la nuit et le brouillard, quittent la maison familiale, leur sentiment dit bien qu’il faut s’en aller très loin à la recherche du danger, par-delà les mers, en Amérique, à la Légion étrangère, dans les contrées où poussent les poivriers. Ainsi peuvent apparaître des personnages qui osent à peine parler leur propre langue, si supérieure pourtant : que ce soit celle du poète qui se compare lui-même à l’albatros dont les ailes puissantes, bâties pour la tempête, ne suscitent qu’importune curiosité dans un milieu étranger où le vent est tombé ; ou celle du guerrier-né qui passe pour un bon à rien parce que la vie des boutiquiers l’emplit de dégoût. »

Ernst Jünger, Le Travailleur

 

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Les plus impénitents soudoyers devenaient chastes en la regardant...

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« Jeanne d’Arc est incompréhensible sans le Surnaturel. Elle n'était pas seulement une vierge très pure. Sa pureté était communicative, agressive, éclairante comme une flamme vive. Les plus impénitents soudoyers devenaient chastes en la regardant. Elle pouvait dormir tranquillement au milieu d'eux, telle que l'éblouissante ‘’colombe aux ailes argentées’’ dont il est parlé dans le psaume. Les témoignages à cet égard sont formels et surprenants.

Lorsque les persécuteurs de sainte Lucie, exaspérés de son vœu de virginité qui faisait de son corps, disait-elle, le temple du Saint-Esprit, la voulurent traîner par force en un lieu de prostitution, le Saint-Esprit, raconte la Légende dorée, la rendit si pesante que mille hommes et cinquante paires de bœufs ne la purent mouvoir.

Pour contraindre Jeanne, les forces de l'univers n'auraient pas suffi. L'Angleterre s'y épuisa, s'y écrasa, s'y déshonora, et c'est à peine, aujourd'hui, si la longueur de cinq siècles et le surpassant prodige de l'iniquité allemande peuvent atténuer le souvenir du crime épouvantable de la place du Vieux-Marché. Ce qui faisait, alors, Jeanne si pesante pour les Anglais, c'était, en sa personne, le poids de la conscience de toute une nation élue de Dieu pour les plus hautes manifestations de Sa Gloire, le poids d'un royaume qui paraissait plus grand que la terre et qu'éclairait le soleil du Paradis !

La figure historique de la Pucelle ressemble à un vitrail d'Annonciation infiniment doux et pur, que le temps et les barbares auraient respecté. C'est l'azur de France et la couleur de feu de son supplice tamisés suavement autour de cette figure de martyre. Par l'effet d'une confusion sublime, elle parait être à la fois l'ange annonciateur et la vierge très obéissante recevant humblement le glaive redoutable qui doit remplacer à l'avenir sa jolie quenouille de filandière. Elle ne comprend pas d'abord ce qui lui est demandé. Elle ne sait pas l'histoire de la France, elle ne sait pas la guerre ni les politiques affreuses. Elle ne sait rien, sinon que Dieu souffre dans son peuple et qu'il y a une grande pitié au Royaume qu'il s'est choisi autrefois, dès le temps de sa Passion douloureuse, dans la nuit pascale, quand le Coq se mit à chanter. Alors elle se lève tranquillement, résolument, comme une bonne fille de Dieu et, guidée par ses Voix, devient aussitôt stratège invincible, conductrice des plus hauts princes et leur conseillère sans erreur. Quand elle a délivré la France, il ne lui manque plus que d'être délivrée elle-même de sa mission et, parce qu'elle est du Saint-Esprit, cette autre délivrance plus glorieuse ne peut s'accomplir que par le feu, après les préliminaires horreurs du procès le plus infâme qui ait épouvanté les hommes depuis le procès ineffable de Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Le train du monde va toujours. Cheminement séculaire, immémorial, des forts et des opprimés, des iniques et des innocents qu'ils écrasent, vers la fosse commune de l'Eternité. L'Histoire n'est qu'un cri de douleur dans tous les siècles. C'est comme s'il n'y avait pas eu de Rédemption. On serait tenté de le croire si, de loin en loin n'apparaissaient pas des créatures merveilleuses qui semblent dire que la Toute-Puissance est captive pour un temps indéterminé, que la Suprême Justice est provisoirement enchaînée et que les hommes de bonne volonté doivent faire crédit à leur Dieu. Créatures de consolation et d'espérance, préfiguratrices, par leurs actions, d'une magnificence inimaginable que les Ecritures ont annoncée. »

Léon Bloy, Jeanne d’Arc et l’Allemagne

 

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07/01/2018

Un homme, c’est-à-dire un être imprégné des valeurs chevaleresques qui ont fondé la civilisation occidentale

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« Ces lignes, messieurs, vous sont donc dédiées. Elles sont un hommage à tout ce que peut être un homme. Elles sont un hommage à la virilité, cette qualité tant décriée, et qui n’est rien d’autre que la confiance qu’un homme peut avoir dans son appartenance à son sexe. Une sorte de certitude rassurante car sereine. Et si rien n’est plus difficile à définir que cette appartenance, que chacun développe à son gré, elle est le miroir dans lequel les femmes se contemplent avec volupté. La virilité est une forme de confiance, de force tranquille ; ce qui signifie que l’époque actuelle, dans sa volonté de criminaliser toute résurgence du patriarcat honni, a rompu le charme et fait des hommes des êtres en doute perpétuel.

Pas question pour autant de regretter le temps où "être un homme" semblait avoir un sens immédiat qu’il n’était même pas nécessaire d’interroger. Car la notion n’était pas moins problématique. Elle relevait, non de la confiance, mais de l’injonction. Considérons l’actuelle remise en cause comme une occasion de dissiper le vieux malentendu : vous n’êtes pas, messieurs, d’affreuses brutes épaisses qu’il faut réprimer ou contrôler. La violence n’est pas une fatalité masculine. Et en vous construisant face aux femmes, vous apprendrez peut-être que votre grandeur est d’investir votre force et votre audace dans la défense et le respect de l’autre, de la femme ; et non dans la peur et le rejet, ou bien au contraire dans l’indifférenciation.

J’ai moi-même choisi, je le confesse, de vivre avec un spécimen en voie de disparition, un de ces authentiques machos que la modernité féministe voue aux gémonies et condamne aux oubliettes de l’histoire. Un être qui ne repasse pas ses chemises, qui paie l’addition au restaurant et propose de m’accompagner dès que je fais un pas dehors, de peur qu’il ne m’arrive quelque chose. Un être qui pique des colères noires et veut toujours avoir raison, et qui fait tout à ma place parce qu’il estime que, par principe, il le fait mieux que moi. Un homme, dans toute son horreur. Un homme, sensuel et râleur, si différent de ce que je peux être et si proche de ce en quoi je crois. Un homme dans le regard duquel je lis que je suis une femme.

Je l’avoue, j’aime l’altérité. J’aime cette différence essentielle qui fait que lui et moi sommes humains sans être semblables. J’aime ces jeux de domination qui nous font nous provoquer et nous affronter, chacun cédant tour à tour devant l’autre, chacun confrontant ce qu’il est à l’inconnu de l’autre. J’aime enfin découvrir à travers notre altérité ce qui nous unit et nous rend l’un à l’autre indispensables. Rien n’est plus destructeur du désir que l’abolition des frontières, le lissage minutieux des aspérités au nom de notre incapacité millénaire à penser la dualité.

Messieurs, ne soyez pas dupes des injonctions contradictoires des femmes. Elles vous parlent d’égalité, de partage des tâches, elles se veulent libres et indépendantes. Et c’est en effet ce dont elles ont besoin. Comme elles ont besoin de cette figure rassurante de l’homme protecteur, autoritaire, assumant ses devoirs et symbolisant la loi ; l’homme qu’on vous a sommés de ne plus être. Ne soyez pas dupes des discours ambiants qui vous intiment l’ordre de vous renier au nom du métissage du féminin et du masculin dont on veut vous faire croire qu’il constitue le stade ultime de l’humanité, comme la seule chance d’abolition des souffrances de tant de femmes. Il n’est sans doute pas de pire ennui pour une femme que de se trouver face à cet homme insipide et morne qui a si bien appris sa leçon de féminisme et demande respectueusement l’autorisation pour tenter quelque trace de séduction, cet homme un peu ridicule qui use de crèmes antirides et d’autobronzant, cet homme pathétique qui n’éprouve pas le besoin de se lever pour une femme enceinte ou d’offrir sa veste à une belle en robe légère. Car quel geste plus beau que cet enveloppement tendre et puissant de celui qui dépose sur des épaules un peu de chaleur et de protection ?

Et j’adresse ces lignes à mon fils, aujourd’hui si petit, à peine sorti du statut de l’ange, comme un message d’amour et d’espoir. Puisse-t-il à son tour être fier d’être un homme. Un homme, c’est-à-dire un être imprégné des valeurs chevaleresques qui ont fondé la civilisation occidentale. Un homme, c’est-à-dire un être jouant à être le plus fort pour mieux servir, pour mieux protéger, car telle est la vraie grandeur (que les femmes devraient également cultiver), celle qui consiste à ne jamais abuser de son pouvoir. Un homme, sûr de ce qu’il veut être et se promenant dans les modèles anciens et les grandes figures. Même s’il garde à l’esprit que tout cela n’est qu’une fiction, et qu’il ne doit pas être prisonnier des codes mais se les approprier, pour mieux parfois les renverser.

Puisse-t-il apprendre à regarder les femmes dans leur complexité, leurs contradictions et leurs incertitudes. Puisse-t-il les aimer fières et fragiles, pudiques et passionnées, telles qu’elles seraient si notre triste époque ne leur enseignait l’infantile niaiserie qui les empoisonne, et que les bons génies du marketing tentent à tout prix d’inoculer aux hommes. »

Natacha Polony, L’homme est l’avenir de la femme

 

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