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18/09/2017

Elle s'engagea dans une voie et la parcourut comme la foudre...

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« Jeanne d'Arc ne resta pas coincée à un carrefour, en écartant toutes les voies, comme Tolstoï, ou en les acceptant toutes, comme Nietzsche. Elle s'engagea dans une voie et la parcourut comme la foudre. Pourtant en pensant à Jeanne, je me suis dit qu'elle possédait tout ce qui était vrai aussi bien chez Tolstoï que chez Nietzsche, tout ce qui était même tolérable chez chacun d'eux. J'ai songé à tout ce qu'il y a de noble chez Tolstoï, le plaisir de goûter aux choses simples, notamment par pure pitié, les réalités terrestres, les respect des pauvres, la dignité d'un dos courbé. Jeanne avait tout cela en elle, et ceci encore de plus grand qu'elle endurait la pauvreté autant qu'elle l'admirait, alors que Tolstoï, en typique aristocrate, n'essaie que d'en découvrir le secret. Et j'ai songé ensuite à tout ce qu'il y avait de courage, d'orgueil et de pathétique chez ce pauvre Nietzsche, et à la rébellion contre la vacuité et la pusillanimité de notre temps. J'ai songé à son exhortation à l'équilibre extatique du danger, à son besoin de ruées de grands chevaux, à son appel aux armes. Eh bien, Jeanne d'Arc possédait tout cela, avec ceci de différent encore qu'elle ne faisait pas l'éloge du combat, mais combattait. Nous savons qu'aucune armée ne l'effrayait, alors que Nietzsche, autant que nous le sachions, avait peur d'une vache. Tolstoï se contentait de faire l'éloge du paysan ; elle était une paysanne. Nietzsche se contentait de faire l'éloge du guerrier ; elle était une guerrière. Elle les a battu tous deux sur le terrain de leurs idéaux antagonistes ; elle était plus noble que l'un, plus violente que l'autre. Et cette femme parfaitement pragmatique a accompli quelque chose, tandis que ces spéculateurs extravagants ne font rien. Il est impossible que ne viennent pas à l'esprit que Jeanne, avec sa foi, gardait peut-être un secret d'unité morale et d'utilité que l'on a perdu. »

 

G. K. Chesterton, Orthodoxie

 

 

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29/08/2017

Dieu seul savait combien de vies il avait sauvées dans l’exercice de son sacerdoce

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« Parfois, Harry White se prenait à songer aux nombreux couples dont l’union était menacée en raison de rapports sexuels médiocres ou tourmentés.
Il devait bien y avoir des millions de femmes qui marchaient aux tranquillisants pour oublier leurs frustrations. Sans parler des milliers, voire des centaines de milliers, qui se trouvaient dans les hôpitaux psychiatriques après une dépression due à une vie inexistante ou peu satisfaisante. Songez donc à tous ces foyers brisés, à tous ces orphelins qui coulent une vie sans joie, tout ça faute d’orgasme.
Harry n’était pas précisément un chaud partisan du M.L.F. mais il était intimement convaincu que les femmes étaient victimes d’une injustice.
Après tout, c’est un fait reconnu et universellement accepté, la plupart des hommes donnent des coups de canif dans le contrat, comme on dit : ils aiment bien faire la noce avec les copains et s’offrir une petite partie de cul. Et pourtant, la femme est censée rester à la maison pour s’occuper des gosses, et doit supplier son noceur de mari de lui faire l’amour de temps en temps. Et si, lasse d’attendre les étreintes sporadiques, maladroites et indigentes de son époux, elle s’avise de lui trouver, disons, un substitut, elle est vilipendée, traînée dans la boue, battue et parfois même, c’est bien triste à dire, tuée. Non, Harry n’était certes pas un militant convaincu du M.L.F., mais il était conscient de l’injustice criante de cette situation.
Alors, humblement, avec les moyens dont il disposait, il faisait son possible pour la réparer, ou tout au moins pour y remédier dans une certaine mesure. Dieu seul savait combien de vies il avait sauvées dans l’exercice de son sacerdoce. Pas seulement de vies conjugales, des vies tout court peut-être. Qui sait combien de femmes sont encore en vie et heureuses parce que Harry White, poursuivant sa vocation sans relâche, leur a épargné la folie ou la mort en crevant l’abcès de leurs anxiétés, de leurs angoisses et de leurs frustrations. »

Hubert Selby Jr., Le démon

 

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28/08/2017

Un "présentisme" absolu

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« La logique du nihilisme est donc celle de ce qu'on pourrait appeler un "présentisme" absolu. Il vise à la destruction du passé et de l'avenir. »

Rémi Brague, Modérément Moderne

 

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Il faut s’en aller très loin à la recherche du danger

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« Aux jeunes gens qui, dans la nuit et le brouillard, quittent la maison familiale, leur sentiment dit bien qu’il faut s’en aller très loin à la recherche du danger. Ainsi peuvent apparaître des personnages qui osent à peine parler leur propre langue, si supérieure pourtant : que ce soit celle du poète qui se compare lui-même à l’albatros dont les ailes puissantes, bâties pour la tempête, ne suscitent qu’importune curiosité dans un milieu étranger où le vent est tombé ; ou celle du guerrier-né qui passe pour un bon à rien parce que la vie des boutiquiers l’emplit de dégoût. »

Ernst Jünger, Le Travailleur

 

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21/08/2017

En définitive, la mort est la seule vérité dont on soit sûr

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« Un soldat sort de sa poche un papier froissé, cherche les noms des délégations. Personne n’échappe à la fouille, à l’inspection minutieuse des caméras, magnétophones et appareils photo, et tant pis si elles vous font perdre un quart d’heure sur l’audience que vous accorde le général Aoun. Mon nom est sur la liste. Je peux franchir le premier portique et marcher jusqu’au palais présidentiel avec cette curieuse impression d’arriver dans un lieu de grande solitude, de froid, de délabrement. Un obus de 140 a troué le plafond du hall, de plein fouet, avec une précision remarquable. L’énorme déchirure laisse imaginer la puissance de feu des Syriens. En traversant le couloir, on aperçoit bien sûr des bureaux dévastés, qui rappellent que le palais de Baabda a subi de terribles bombardements – mais, au fond du couloir, il y a le secteur d’activités contrôlé par le général Karsouny, une grande salle, un télex, des machines à écrire, des dossiers soigneusement rangés sur les étagères. La table de réunion est encombrée de cendriers, qui traduisent l’activité fébrile. J’ai vu s’asseoir à cette table des représentants polonais de Solidarnosc, des journalistes, le général français Janou Lacaze, des officiers de l’armée libanaise, parfois très tard le soir.

Aux premières heures du matin, la lumière brûle encore dans les bureaux du général Karsouny. Je dors, enveloppé dans une couverture, au bivouac, comme dans un jeu de piste, avec un certain détachement, éprouvant surtout la suavité de l’instant, la brume irréelle de la guerre et des canons syriens. Tout était sérieux, bien sûr, et moi aussi je me considérais comme sérieux. Je n’arrivais pas en journaliste, c’est-à-dire distant de l’événement, expert en falsifications, mais en scribe, en chroniqueur passionné.

La salle des audiences est feutrée, retirée du monde, comme le poste de pilotage d’un sous-marin. La porte est en bois massif, sculpté. Le bureau du général est sobre, ascétique, avec seulement quelques dossiers et un drapeau national frappé du cèdre vert. Il nous reçoit adossé à un paravent de toile. Tout près de lui, une floraison de plantes vertes, exotiques, de fleurs rouges et blanches. Il porte le treillis militaire, symbole de son combat, de sa résistance, orné de ses étoiles de général gagnées à Souk-el-Gharb. On pare au plus pressé, le dictaphone posé sur une table basse, pendant que Didier fait les photos. Il commence par un réquisitoire contre la politique française de soutien au Liban.

- En Europe, en France, vous n’êtes pas conséquents avec vous-mêmes. Surtout dans votre rapport avec les Américains. Avec les lobbies qu’ils ont actuellement, ils utilisent les évènements pour les dénaturer complètement, les défigurer, et en faire subir les conséquences aux autres peuples. Si l’on veut analyser la situation, on se rend compte qu’à l’origine de tout mouvement extrémiste, la politique américaine est en cause. Cet extrémisme, ce radicalisme, ce terrorisme, sont une réponse aux lobbies américains. C’est pourquoi je considère que ce que nous faisons ici se fait pour le bien de tous. C’est un appel au monde, pour qu’il nous comprenne et qu’il se comprenne mieux lui-même.

On ne peut plus l’arrêter. Il garde une dent féroce contre les Américains, qui ont provoqué les accords de Taëf pour accorder une légitimité au gouvernement fantoche d’Elias Hraoui, en accord avec la Syrie.

- Les Américains seraient-ils plus dangereux que les Syriens, pour le Liban ?

Il ébauche un sourire, qui n’entame pas du tout sa conviction.

- Ils sont amoraux. Ils s’arrangent au jour le jour, comme le négociant cupide. Ce qui ne les empêche pas de faire des actes de contrition, comme pour le Vietnam. En Europe, le modèle américain est resté intact, dans la musique, les mœurs, les loisirs. J’ai par contre un grand espoir, quand je vois le mouvement de libération des pays de l’Est. Dans ces pays, on se débarrasse de la contrainte des régimes totalitaires. Ils sont décidés à accorder beaucoup plus d’importance aux valeurs humaines, beaucoup plus que les autres Européens qui en profitent, sans connaître cette grâce de la libération, je dirais cette grâce divine.

- Chez nous, mon général, on a peur de la mort, et on ne donne pas sa vie. Le moins possible.

L’idée de la mort visite le général Aoun tous les jours, mais il ne la conçoit pas comme un refus, un drame, une obsession. Il se contente de la regarder. De ne pas l’oublier. Je regarde ébloui ce petit homme en treillis militaire, qui porte des pantoufles aux pieds dans son "bunker". Il parle comme un prophète, un bourlingueur dimensionnel qui a déjà pris de l’acide, comme s’il avait déjà séjourné sur les hauteurs de l’Himalaya. Paroles de samouraï.

- En définitive, la mort est la seule vérité dont on soit sûr. On peut douter même de l’existence de Dieu, si l’on n’est pas croyant, si l’on n’a pas la foi, mais personne ne peut douter de la mort, comme d’une fin normale à la vie. Je crois qu’il faut refaire l’éducation des gens par rapport à leur peur de la mort. L’accepter. Je ne veux pas dire que la mort est bonne, mais l’accepter comme une vérité, être habitué à l’idée de la mort, comme à un objet qu’on peut voir. »

Jean-Paul Bourre, Guerrier du rêve

 

 

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20/08/2017

Echapper à ce dilemme

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« Le seul choix qui s'offre apparemment à nous, c'est de réduire en poussière les maisons, faire éclater les entrailles des hommes et déchiqueter des corps d'enfants avec des explosifs, ou bien de nous laisser réduire en esclavage par des gens à qui ce genre d'activité répugne moins qu'à nous. Jusqu'ici, personne n'a proposé de solution pratique pour échapper à ce dilemme. »

George Orwell, Essais, articles, lettres, volume I

 

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19/08/2017

Je ne crois pas aux bavardages actuels sur la coexistence de n’importe quelles cultures dans la diversité

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« Pierre Ysmel - L’immigration ne va-t-elle pas devenir le problème explosif de la France et de l’Europe ?

Cornelius Castoriadis - Cela peut le devenir. Le problème n’est évidemment pas économique : l’immigration ne saurait créer des problèmes dans des pays à démographie déclinante, comme les pays européens, tout au contraire. Le problème est profondément politique et culturel. Je ne crois pas aux bavardages actuels sur la coexistence de n’importe quelles cultures dans la diversité. Cela a pu être – assez peu, du reste – possible dans le passé dans un contexte politique tout à fait différent, essentiellement celui de la limitation des droits de ceux qui n’appartenaient pas à la culture dominante : juifs et chrétiens en terre d’Islam. Mais nous proclamons l’égalité des droits pour tous (autre chose, ce qu’il en est dans la réalité). Cela implique que le corps politique partage un sol commun de convictions fondamentales : que fidèles et infidèles sont sur le même pied, qu’aucune Révélation et aucun Livre sacré ne déterminent la norme pour la société, que l’intégrité du corps humain est inviolable, etc. Comment cela pourrait-il être "concilié" avec une foi théocratique, avec les dispositions pénales de la loi coranique, etc. ? Il faut sortir de l’hypocrisie qui caractérise les discours contemporains. Les musulmans ne peuvent vivre en France que dans la mesure où, dans les faits, ils acceptent de ne pas être des musulmans sur une série de points (droit familial, droit pénal). Sur ce plan, une assimilation minimale est indispensable et inévitable – et, du reste, elle a lieu dans les faits. »

Entretien de Cornelius Castoriadis avec Pierre Ysmel, paru dans Humanisme. Revue des francs-maçons du Grand Orient de France, n°199/200, Septembre 1991, sous le titre : "Péripéties et illumination…". Puis repris dans Une Société à la dérive, Entretiens et débat, 1974-1997, Seuil, col. point essais, Paris, 2005.

 

 

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17/08/2017

Par nécessité intérieure

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« Le coeur aventureux se reconnaît à ce qui'il tire son plaisir de ce qui serait pour les autres un enfer. Plus on en bave, plus forte est l'ivresse. "Aucune bête au monde" et guère plus d'hommes raisonnables n'iraient crever de soif dans le Tanezrouft, se geler les pieds dans les Alpes ou plonger à quarante mètres sous la mer.

Mais pourquoi font-ils ça ? Pour rien. Par nécessité intérieure. Parce que personne d'autre, avant, ne l'avait fait. Parce qu'il n'est pas possible de faire autrement.

L'aventure n'est le produit ni d'un calcul ni d'une idéologie. Elle est gratuite, inutile, i-nu-ti-le ! Elle se passe de justification. Elle est sa propre justification. »

Dominique Venner, Le Choc de l'Histoire

 

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16/08/2017

Nous sommes évacués...

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« On ne décède pas, on est décédé […]. Nous sommes évacués dans des usines à décéder chromées. Nous n’y sommes pas à vrai dire tués (à l’inverse, notre décès y est même retardé par d’admirables manipulations), mais, dans ce délai, nous sommes si fermement insérés dans l’appareil que nous en devenons un élément, que notre décès devient une partie de ses fonctions. Notre mort devient un événement instantané interne à l’appareil. »

Günther Anders, L’Obsolescence de l’homme - Tome II

 

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Tel fut mon premier contact avec les études classiques

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« On me conduisit dans une salle de classe et l’on me dit de m’asseoir à un bureau. Tous les autres élèves étaient en récréation, et j’étais seul avec le professeur. Il prit un petit livre d’un brun verdâtre, couvert de mots en différents caractères d’imprimerie.

"Vous n’avez encore jamais fait de latin, n’est-ce pas ? dit-il.
- Non, Monsieur.
-Voici une grammaire latine." Il l’ouvrit à une page cornée. "Il faut que vous appreniez ceci, dit-il, en désignant un certain nombre de mots disposés dans un cadre. Je reviendrai dans une demi-heure pour voir ce que vous savez."
Je me retrouvai donc au seuil d’une triste soirée, le cœur lourd, assis devant la Première Déclinaison.

Mensa : la table
Mensa : Ô table
Mensam : la table
Mensae : de la table
Mensae : à ou pour la table
Mensa : par, avec ou de la table

Que diable cela signifiait-il ? A quoi cela servait-il ? Cela me semblait de l’absolu charabia. Il y avait cependant une chose que je pouvais toujours faire : je pouvais l’apprendre par cœur. Et j’entrepris donc, autant que me le permettaient mes chagrins intimes, de graver dans ma mémoire l’espèce d’acrostiche que l’on me proposait.

La demi-heure écoulée, le maitre revint.
"Avez-vous appris votre leçon ? demanda-t-il.
Je crois que je peux la dire, Monsieur", répondis-je, et je la lui débitai d’un trait.
Il parut si satisfait que je m’enhardis à lui poser une question.
"Qu’est-ce que cela veut dire, Monsieur ?
- C’est bien simple. Mensa, la table. Mensa est un nom de la première déclinaison. Il y a cinq déclinaisons. Vous avez appris le singulier de la première déclinaison.
- Mais, répétai-je, qu’est-ce que cela signifie ?
- Mensa signifie la table, répondit-il.
- Alors, pourquoi mensa signifie-t-il aussi ô table, demandai-je, et que veut dire ô table ?
- Mensa, ô table, est le vocatif, répondit-il.
- Mais, pourquoi ô table, insistai-je avec une sincère curiosité.
- Ô table… c’est la forme que vous emploierez pour vous adresser à une table, pour invoquer une table." Et, voyant que je ne le suivais pas : "C’est la forme que vous emploieriez pour parler à une table.
- Mais ça ne m’arrive jamais, balbutiai-je, franchement stupéfait.
- Si vous êtes impertinent, vous serez puni, et, permettez-moi de vous le dire, puni sévèrement", répliqua-t-il.

Tel fut mon premier contact avec les études classiques qui, m’a-t-on dit, ont apporté de telles joies à tant de nos plus remarquables contemporains. »

Winston Churchill, Mes jeunes années

 

 

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15/08/2017

La superstition du divers et du possible

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« Toute sagesse, et à plus forte raison toute métaphysique sont réactionnaires, ainsi qu'il sied à toute forme de pensée qui, en quête de constantes, s'émancipe de la superstition du divers et du possible. »

Emil Cioran, Exercices d’admiration

 

 

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La route était tracée. Désormais, ce serait à moi de jouer.

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« Dimanche 30 décembre 1928. Il va être bientôt 15 heures. Nous sommes cinq, dans l'appartement de la rue de Courcelles. Mon père, Paul, quarante ans. La sage-femme. Le médecin de la famille, le docteur Lecointe, venu surveiller le chantier. Ma mère, Anne, vingt-huit ans, qui serre les dents et s'agrippe aux draps, pressée de se débarrasser enfin de moi. Je semble hésiter. Qu'on se mette à ma place : je ne suis encore qu'un sans-papiers, et dieu sait ce qui attend, dehors, un Franco-Russe. À Moscou, où il est resté, mon grand-père maternel, Savely Mazur, n'a plus donné de ses nouvelles depuis quelques mois. Là-bas, c'est le Grand Tournant. Staline, désormais seul au pouvoir, a lancé le premier plan quinquennal et la collectivisation des campagnes. Hier, j'ai entendu Paul (je ne l'appelle pas "papa" : nous n'avons pas encore été présentés) s'exclamer : "Tout cela ne me dit rien qui vaille !"

Paul est un bourgeois parisien. Son père, Adolphe, est directeur des Assurances générales, et lui-même gère la fortune d'une famille de millionnaires, pour ne pas dire "milliardaires", car l'expression n'est pas encore passée dans le langage courant. Quand la guerre a pris fin, Paul a terminé sa troisième année, interrompue, à Sciences Po, et il est allé prendre un bain, en Bretagne, à Saint-Cast. Là, entre deux vaguelettes, une jeune fille brassait l'eau. En passant devant lui, elle lui a demandé : "Excusez-moi, pourriez-vous me dire si j'avance ?" Elle avait un nez légèrement busqué, des pommettes saillantes, à la cosaque, et un horizon de steppes dans ses yeux bleu-vert. Elle étudiait le piano au conservatoire pour devenir concertiste. Elle adorait la musique française : Debussy, Fauré, Ravel, Chausson, Poulenc. Paul, lui, était fou de musique russe : les ballets de Diaghilev, Nijinski, Chaliapine, Borodine, Moussorgski, Glinka, Stravinski. La route était tracée. Désormais, ce serait à moi de jouer. À 15h20 (ou 22), j'ai pris les choses en main, et je me suis mis à brailler.
"Voilà qui est parfait, a dit mon père. J'irai demain, à la première heure, le déclarer à la mairie.
- Vous n'y pensez pas ! s'est exclamé le bon docteur. Il faut le déclarer du 1er janvier. Vous lui ferez gagner un an."

C'est ainsi que je suis parti dans la vie avec un faux de la faculté de médecine dans le biberon. »

Christian Millau, Journal impoli : un siècle au galop, 2011-1928

 

 

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14/08/2017

Cette faculté de transfiguration

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« Est-il interdit d’imaginer qu’il existe parmi nous au moins un catholique du temps des cathédrales, que sa foi pourrait encore lancer dans une étonnante expédition spirituelle ? C’est assez bien ce que j’ai ressenti : la stupéfaction de rencontrer un catholique chez qui la foi ait encore cette sève, cette faculté de transfiguration, une foi dont puissent surgir d’aussi vertigineuses conséquences… Un catholique évoluant à de telles altitudes qu’il aurait tout à fait perdu de vue les bas-fonds où sa religion s’est écroulée aujourd’hui. »

Lucien Rebatet, Les Deux Étendards

 

 

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Une société qui ne sait plus rien de l'Ascète, ni du Guerrier

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« Dans une société qui ne sait plus rien de l'Ascète, ni du Guerrier ; dans une société où les mains des derniers aristocrates semblent faites davantage pour des raquettes de tennis ou des shakers de cocktails que pour des épées ou des sceptres; dans une société où le type de l'homme viril – quand il ne s'identifie pas à la larve blafarde appelée “intellectuel” ou “professeur”, au fantoche narcissique dénommé “artiste”, ou à cette petite machine affairée qu'est le banquier ou le politicien – est représenté par le boxeur ou l'acteur de cinéma; dans une telle société, il était naturel que la femme se révoltât. »

Julius Evola, Révolte contre le monde moderne

 

 

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13/08/2017

Ils baptisent les lions moutons

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« Ils sont sourds. Ils baptisent les lions moutons. Ils croient que le monde est une bergerie dont ils seront les pasteurs humanistes. Ils ne veulent plus savoir que toute vérité est une guerre, toute vie un combat, toute survie une âpre lutte. Ils ont oublié que la grandeur d'un peuple est d'abord faite de son égoïsme et que l'oubli de celui-ci le condamne à l'esclavage. Ils refusent de voir qu'on ne gagne jamais si on n'est pas habité par la rage de vaincre et que, pour être magnanime, il faut d'abord être vainqueur et qu'on est vainqueur que si l'on est fort. Ils sont sourds à ces simples cris. »

Jean Cau, La Barbe et la Rose

 

 

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