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05/09/2016

La voie à laquelle j'avais été destiné était devenue impraticable

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« Tout cela avait perdu sa valeur, tout cela appartenait au temps des victoires, lorsque les drapeaux pendaient à toutes les fenêtres. Maintenant il n'y avait plus de victoires, maintenant les drapeaux avaient perdu leur radieuse signification, maintenant, à cette heure trouble où tout s'écroulait, la voie à laquelle j'avais été destiné était devenue impraticable, maintenant je me trouvais, sans pouvoir m'en saisir, en face de choses nouvelles, en face de choses qui accouraient de toutes parts, de choses sans forme, où ne vibrait aucun appel clair, aucune certitude qui pénétrait irrésistiblement le cerveau, sauf une pourtant, celle que ce monde où j'étais enraciné, que je n'avais eu ni à accepter ni à adopter, et dont j'étais une parcelle, allait s'effondrer définitivement, irrévocablement, et qu'il ne ressusciterait pas, qu'il ne renaîtrait jamais. »

Ernst Von Salomon, Les Réprouvés

 

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Une sale cuve d'asphyxie

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« Une capitale loin de la mer c'est une sale cuve d'asphyxie, un Père-Lachaise en convulsions. C'est pas de l' "Urbanisme" qu'il nous faut !... C'est plus d'Urbanisme du tout ! La banlieue, faut pas l'arranger, faut la crever, la dissoudre. C'est le bourrelet d'infection, la banlieue, qu'entretient, préserve toute la pourriture de la ville. Tout le monde, toute la ville à la mer ! sur les artères de la campagne, pour se refaire du sang généreux, éparpiller dans la nature, au vent, aux embruns, toutes les hontes, les fientes de la ville. Débrider toutes ces crevasses, ces rues, toutes ces pustules, ces glandes suintantes de tous les pus, les immeubles, guérir l'humanité de son vice infect : la ville... »

Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre

 

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Pour un morceau de pain, pour un peu de feu, pour une guenille

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« Avant la libération, nous avions lutté et souffert pour ne pas mourir. Maintenant, nous luttions et souffrions pour vivre. Il y a une profonde différence entre la lutte pour ne pas mourir, et la lutte pour vivre. Les hommes qui luttent pour ne pas mourir gardent leur dignité, la défendent jalousement, tous, hommes, femmes, enfants, avec une farouche obstination. Les hommes ne baissaient pas la tête. Ils s’enfuyaient sur les montagnes, dans les bois, ils vivaient dans les cavernes, luttaient comme des loups contre les envahisseurs. Ils luttaient pour ne pas mourir. C’était une lutte noble, digne, loyale. Les femmes ne vendaient pas leur corps au marché noir pour s’acheter du rouge à lèvres, des bas de soie, des cigarettes ou du pain. Elles enduraient la faim, mais ne se vendaient pas. Elle ne vendaient pas leurs hommes à l’ennemi. Elles préféraient voir leurs enfants mourir de faim, plutôt que de se vendre, plutôt que de vendre leurs hommes. Seules les prostituées se vendaient à l’ennemi. Avant la libération, les peuples d’Europe souffraient avec une merveilleuse dignité. ils luttaient le front haut. Ils luttaient pour ne pas mourir. Et les hommes, quand ils luttent pour ne pas mourir, s’accroche avec la force du désespoir à tout ce qui constitue la partie vivante, éternelle, de la vie humaine, l’essence, l’élément le plus noble et la plus pur de la vie : la dignité, la fierté, la liberté de leur conscience. Ils luttent pour sauver leur âme.

 
Mais après la libération, les hommes avaient dû lutter pour vivre. C’est une chose humiliante, horrible, c’est une nécessité honteuse que de lutter pour vivre, pour sauver sa peau. Ce n’est plus la lutte contre l’esclavage, la lutte pour la liberté, pour la dignité humaine, pour l’honneur. C’est la lutte contre la faim. C’est la lutte pour un morceau de pain, pour un peu de feu, pour une guenille avec laquelle couvrir ses enfants, pour un peu de paille sur quoi s’étendre. Quand les hommes luttent pour vivre, tout, même un pot vivre, un mégot, une écorce d’orange, une croûte de pain sec ramassée dans les ordures, un os rongé, tout a pour eux une valeur décisive. Les hommes sont capables de n’importe quelle lâcheté, pour vivre: de toutes les finalise, de tous les crimes, pour vivre. Pour une croute de pain chacun de nous est prêt à vendre sa femme, ses filles, à souiller sa propre mère, à sacrifier ses frères et à s’agenouiller, à se traîner par terre, à lécher les souliers de celui qui peut lui donner à manger, à essuyer en souriant les crachats sur sa joue: et son sourire est humble, doux, son regard plein d’une espérance famélique et bestiale, d’une espérance merveilleuse. »

Curzio Malaparte, La Peau

 

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04/09/2016

La culture, l’éducation, la morale, la loi, tout est effacé...

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« Toute guerre civile, toute lutte armée clandestine avec une systématisation des attentats, porte en elle une irrémédiable corrosion de l’âme. Elle libère en chacun la part obscure des pulsions de puissance, de haine, de meurtre. Et l’homme, de tous les animaux, est bien celui qui les pousse au plus loin. Il y trouve une jouissance qui précède et prolonge l’action. Pas d’illusion là-dessus. L’homme a peut-être perdu la plupart de ses instincts, comme disent les éthologues, mais il a conservé le goût du sang. Surtout quad ce goût se pimente de coups tordus et d’intrigues cruelles qu’autorisent le secret et l’impunité.Personne ou presque n’est à l’abri. La justification de toute violence au nom de fins supérieures fait sauter tous les freins. Quels secrets délices ! Plus d’interdits. La culture, l’éducation, la morale, la loi, tout est effacé. Contre l’ennemi, contre le traître supposé, contre le suspect, tout est permis, vraiment tout. Assouvissement de férocité. L’homme est bon, prétendent les humanistes. Cruel en fait et bien salaud. Altruiste et loyal, parfois compatissant, tendre et doux à l’occasion. Compliqué l’homme. Échappant à toute logique. Dans la même personne, simultanément, s’affrontent les pulsions les plus opposées, admirables ou haïssables. “Je te ferai flinguer !” Jouissance suprême. Détenir le pouvoir d’annuler d’un seul coup un rival, un quidam qui ne vous revient pas, un suspect. Toute l’histoire est remplie de cela à commencer par celle de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Des actes d’un héroïsme pur se mêlent au déchainement d’instincts nocturnes légitimés par la sainteté supposée de la cause. »

Dominique Venner, Le Coeur Rebelle

 

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Les modérés...

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« Il n’est plus permis d’être sage dans un régime sans sagesse, ni raisonnable et prévoyant dans un État décapité, ni même patriote dans un gouvernement constitué contre la patrie. Les modérés ont trop pêché contre la France. »

Charles Maurras, Kiel et Tanger

 

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03/09/2016

Leur vanité est plus forte que leur misère

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Quand une Civilisation s’endort sur ses lauriers…

 

« Les Siciliens ne voudront jamais s'améliorer, pour la simple raison qu'ils se croient parfaits : leur vanité est plus forte que leur misère ; toute intromission de personnes étrangères aux choses siciliennes, soit par leur origine, soit par leur pensée (par l'indépendance de leur esprit), bouleverse notre rêve de perfection accomplie, dérange notre complaisante attente du néant ; piétinés par une dizaine de peuples différents, les Siciliens croient qu'un passé impérial leur donne droit à de somptueuses funérailles. Pensez-vous, Chevalley, être le premier à espérer conduire la Sicile dans le courant de l'histoire universelle ? Qui sait combien d'imam musulmans, combien de chevaliers du roi Roger, combien de scribes des Souabes, combien de barons d'Anjou, combien de légistes du Roi catholique ont conçu la même admirable folie ? Et combien de vice-rois espagnols, combien de fonctionnaires réformateurs de Charles III ? Qui se rappelle encore leur nom ? La Sicile a choisi de dormir, malgré leurs invocations ; pourquoi donc les aurait-elle écoutés, si elle est riche, si elle est sage, si elle est civilisée, si elle est honnête, si elle est admirée et enviée de tous, en un mot, elle est parfaite ? »

Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard

 

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Chefs et prêtres

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« Rien d’étonnant si le besoin s’est fait sentir d’isoler des personnes aussi dangereuses que chefs et prêtres, de les entourer d’un mur les rendant inaccessibles aux autres. Nous pouvons supposer que ce mur, primitivement érigé en vertu de prescriptions tabou, existe encore aujourd’hui sous la forme d’un cérémonial de cour.
Mais la plupart de ces tabous des seigneurs ne se laissent peut-être pas réduire au besoin de protection contre eux. À la création du tabou et à l’établissement de l’étiquette de cour a encore contribué un autre besoin, celui de protéger les personnes privilégiées elles-mêmes contre les dangers qui les menacent.
La nécessité de protéger le roi contre les dangers possibles découle du rôle énorme qu’il joue dans la vie de ses sujets. Rigoureusement parlant, c’est sa personne qui régit la marche du monde ; son peuple doit lui être reconnaissant non seulement pour la pluie et la lumière du soleil qui fait pousser les fruits de la terre, mais aussi pour le vent qui amène les navires à la côte et pour le sol que les hommes foulent de leurs pieds. »

Sigmund Freud, Totem et tabou

 

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Le cadavre social

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« Le cadavre social est naturellement plus récalcitrant et moins aisé à enterrer que le cadavre humain. Le cadavre humain va pourrir seul au ventre du cercueil, image régressive de la gestation ; le cadavre social continue à marcher sans qu’on s’aperçoive qu’il est cadavre, jusqu’au jour où le plus léger heurt brise cette survivance factice et montre la cendre au lieu du sang. L’union des hommes crée le mensonge et l’entretient : une société peut cacher longtemps ses lésions mortelles, masquer son agonie, faire croire qu’elle est vivante encore alors qu’elle est morte déjà et qu’il ne reste plus qu’à l’inhumer. »

Edouard Drumont, La fin d’un monde

 

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L’occupant intérieur

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« La défaite culturelle serait, pour l’Europe, un désastre peut-être plus grand encore qu’une défaite militaire ou qu’une invasion. On peut vaincre un occupant, le rejeter hors des frontières, ou tout au moins tenir, parce qu’on espère y parvenir un jour. L’occupant militaire est un autre que soi ; il ne vole pas l’âme d’un peuple. La France a-t-elle été germanisée ? Mais quand l’occupant est à l’intérieur même de la culture d’un peuple, le dépossédant de son identité, ce peuple disparaît. Les ethnocides sont plus radicaux que les génocides. »

Guillaume Faye, Nouveaux discours à la nation européenne

 

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Un goût féminin de la parure ?

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Ce seul passage en dit davantage sur Sartre que sur Baudelaire. Comprenne qui peut…

 

« En principe le dandy, sportif et guerrier, doit avoir une mise et une tenue viriles d’une aristocratique austérité : "la perfection de la toilette consiste (aux yeux du dandy) dans la simplicité absolue".
Mais alors que signifient ces cheveux teints, ces ongles de femme, ces gants roses, ces longues boucles - tout ce que le vrai dandy, qu’il soit Brummel ou Orsay, taxera de mauvais goût ? Il y a chez Baudelaire un passage insensible de la virilité du dandysme à une sorte de coquetterie féminine, à un goût féminin de la parure. Voyez cet instantané que nous avons de lui, plus vrai, plus vivant qu’un portrait : "A pas lents, d’une allure un peu dandinée et légèrement féminine, Baudelaire traversait le terre-plein de la porte de Namur ; évitant méticuleusement la crotte et, s’il pleuvait, sautillant sur la pointe de ses escarpins vernis dans lesquels il se plaisait à se mirer. Rasé de frais, les cheveux rejetés en volute derrière l’oreille, un col de chemise mou, d’une blancheur absolue, dépassant le collet de sa longue houppelande, il avait l’air à la fois d’un clergyman et d’un comédien."
Voilà qui sent plus le pédéraste que le dandy. »

Jean-Paul Sartre, Baudelaire

 

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02/09/2016

Ils viennent bénir tout ce qu'on leur montre…

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« De peur de perdre leurs tabernacles, ils sont prêts à n'importe quoi… Ils viennent bénir tout ce qu'on leur montre… Les trous des chiens de chasse… les Temples maçons… les troncs de Pauvres… les mitraillettes… Ils ont pas de préjugés du tout… Ils font jamais la petite bouche du moment que la personne éclaire. Ils vont bénir des ascenseurs… les souris de l'Abbé Jouvence… bien d'autres petites reliquettes… Ils demandent qu'à faire plaisir… Voici la troupe de cabotins la plus servile de l'Univers. »

Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre

 

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Tout s'expie...

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« Rien n'est gratuit en ce bas monde. Tout s'expie, le bien comme le mal, se paie tôt ou tard. Le bien c'est beaucoup plus cher forcément. »

Louis-Ferdinand Céline, Semmelweis

 

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Le Niagara...

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« Céline s'est jeté à corps perdu dans la seule voie qui s'ouvrait (et qui a tenté dans quelques mesures Bernanos) : cracher, seulement cracher, mais mettre au moins tout le Niagara dans cette salivation. »

Pierre Drieu la Rochelle, Préface de "Gilles"

 

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01/09/2016

Un homme sans nom

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« Les hommes suivent leur pente. Le noble a été remplacé par le bourgeois, à qui succédera un homme sans nom, vague émanation du prolétaire et de l'agrégé. Nous serons gouvernés, ou plutôt supprimés par des gens entichés de technique. »

Jacques Chardonne, Le ciel de Nieflheim

 

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Un paradis qu'ils ne situaient nulle part

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« Ils versèrent encore des larmes sur leur bonté et sur l'ingratitude des hommes, entrecoupant leurs sanglots d'invocations à une justice obscure qui n'était ni celle de Dieu, ni celle des hommes : une justice à la mesure du monde nouveau qu'ils imaginaient à leur convenance. Sur la plaine, le silence était si parfait qu'ils pouvaient se croire seuls au monde, et ils le croyaient un peu. A force d'échanger des absolutions, d'affirmer l'innocence de leurs intentions, les deux hommes se sentaient pleinement rassurés. Au lieu de fuir un péril, il leur semblait au contraire marcher à la rencontre d'une promesse heureuse, d'un paradis qu'ils ne situaient nulle part, mais tout illuminé par leur bonté. »

Marcel Aymé, Trois faits divers

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