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01/09/2016

Un paradis qu'ils ne situaient nulle part

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« Ils versèrent encore des larmes sur leur bonté et sur l'ingratitude des hommes, entrecoupant leurs sanglots d'invocations à une justice obscure qui n'était ni celle de Dieu, ni celle des hommes : une justice à la mesure du monde nouveau qu'ils imaginaient à leur convenance. Sur la plaine, le silence était si parfait qu'ils pouvaient se croire seuls au monde, et ils le croyaient un peu. A force d'échanger des absolutions, d'affirmer l'innocence de leurs intentions, les deux hommes se sentaient pleinement rassurés. Au lieu de fuir un péril, il leur semblait au contraire marcher à la rencontre d'une promesse heureuse, d'un paradis qu'ils ne situaient nulle part, mais tout illuminé par leur bonté. »

Marcel Aymé, Trois faits divers

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Ils n'ont pas de mémoire. Ils se vantent et jacassent...

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« — Écoute, Petit d'Homme, dit l'Ours, — et sa voix gronda comme le tonnerre dans la nuit chaude. — Je t'ai appris toute la Loi de la Jungle pour tous les Peuples de la Jungle... sauf le Peuple Singe, qui vit dans les arbres. Ils n'ont pas de loi. Ils n'ont pas de patrie. Ils n'ont pas de langage à eux, mais se servent de mots volés, entendus par hasard lorsqu'ils écoutent et nous épient, là-haut, à l'affût dans les branches. Leur chemin n'est pas le nôtre. Ils n'ont pas de chefs. Ils n'ont pas de mémoire. Ils se vantent et jacassent, et se donnent pour un grand peuple prêt à faire de grandes choses dans la Jungle ; mais la chute d'une noix suffit à détourner leurs idées, ils rient, et tout est oublié. Nous autres de la Jungle, nous n'avons aucun rapport avec eux. Nous ne buvons pas où boivent les singes, nous n'allons pas où vont les singes, nous ne chassons pas où ils chassent, nous ne mourons pas où ils meurent.

(...)

— Le Peuple de la Jungle a banni leur nom de sa bouche et de sa pensée. Ils sont nombreux, méchants, malpropres, sans pudeur, et ils désirent, autant qu'ils sont capables de fixer un désir, que le Peuple de la Jungle fasse attention à eux... Mais nous ne faisons point attention à eux, même lorsqu'ils nous jettent des noix et du bois mort sur la tête. »

Rudyard Kipling, Le livre de la jungle

 

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29/08/2016

Dans le jour perdu

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« Il est déjà tard. Je ne ferai plus rien aujourd’hui. Je reste assis là, dans le jour perdu, vis-à-vis d’un coin de la glace. J’aperçois, dans le décor que la pénombre commence à envahir, le modelé de mon front, l’ovale de mon visage et, sous ma paupière clignante, mon regard par lequel j’entre en moi comme dans un tombeau. »

Henri Barbusse, L’enfer

 

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Miser sur nos périls

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« L'esprit, aussi bien que le corps, fait les frais de la “vie intense”. Maître dans l'art de penser contre soi, Nietzsche, Baudelaire et Dostoïevski nous ont appris à miser sur nos périls, à élargir la sphère de nos maux, à acquérir de l'existence par la division d'avec notre être. Et ce qui aux yeux du grand Chinois était symbole de déchéance, exercice d'imperfection, constitue pour nous l'unique modalité de nous posséder, d'entrer en contact avec nous-mêmes. »

Emil Cioran, La tentation d’exister

 

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Ma chambre...

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« Je suis rentré dans ma chambre, – comme si, en vérité, j’en étais sorti, – étonné d’abord, toutes les idées brouillées, jusqu’à oublier qui je suis. Je m’assois sur mon lit, je réfléchis à la hâte, un peu tremblant, oppressé par l’avenir… Je domine et je possède cette chambre… Mon regard y entre. J’y suis présent. Tous ceux qui y seront, y seront, sans le savoir, avec moi. Je les verrai, je les entendrai, j’assisterai pleinement à eux comme si la porte était ouverte ! »

Henri Barbusse, L’enfer

 

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La vieille déchéance de notre pauvre nature

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« L’homme supérieur, incessamment tourmenté, déchiré, par l’opposition de l’idéal et du réel, sent mieux qu’un autre la grandeur humaine, et mieux qu’un autre la misère humaine. Il se sent plus fortement appelé vers la splendeur idéale, qui est notre fin à tous, et plus mortellement endommagé par la vieille déchéance de notre pauvre nature : il nous communique ces deux sentiments qu’il subit. Il allume en nous l’amour de l’être, et éveille en nous sans relâche la conscience de notre néant. »

Ernest Hello, L'homme

 

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20/08/2016

Dans l'ancien hôtel des apparatchiks soviétiques

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« À Smolensk, nous descendîmes dans l'ancien hôtel des apparatchiks soviétiques, le "Dniepr", resté dans son jus. Gardiennes d'étage peroxydées, décoration brejnévienne, lustres des années 1970, tuyauterie issue de l'industrie thermique : nous aimions ces atmosphères de guerre froide. J'avais 40 ans et j'étais nostalgique d'un monde que je n'avais pas connu. Je préférais ces ambiances à celle des hôtels standarisés dont le capitalisme à visage inhumain avait couvert nos centres-villes : ces établissements conçus par des commericaux qui jugeaient qu'une connexion wi-fi et un climatiseur fixé au-dessus d'une fenêtre vérouillée vallaient mieux que la conversation d'une babouchka et qu'une fenêtre ouverte sur un fleuve gelé. »

Sylvain Tesson, Bérézina

 

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À peine lui laissons-nous une chaise

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« La démocratie a tellement gagné tout ce qui vit que nous avons démocratisé Dieu. Comme pour les grands de ce monde, nous admettons qu'il n'est "pas fier", et finissons par admettre une sorte d'égalité de rapports ; on peut "faire copain"... Où est le temps où la crainte nous écrasait devant son "trône" ? À peine lui laissons-nous une chaise. Nous avons totalement perdu la révérence. Nous n'admettons plus — "intimement" — et je ne veux toucher ici qu'à l'intimité — que Dieu attende de nous une adoration prostrée et à forme de cour. Nous ne croyons plus à l'orgueil de Dieu. Nous Lui refusons de compter sur nos "devoirs", ce serait plutôt le contraire : nous sommes imbus, assez inconsciemment, il est vrai, des "devoirs" de Dieu envers nous ; s'il nous a créés, qu'il s'occupe de nous... Dieu, d'ailleurs, c'est le riche sur lequel tout le monde tape, qu'on surcharge d'impôts. Quand on aura ruiné Dieu, quelle gueule feront les purotins de l'âme. »

Jean de La Varende, Seigneur, tu m'as vaincu...

 

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Les garder sous contrôle...

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« Le travail physique épuisant, le soucis de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les films, le football, la bière et, surtout le jeu, formaient tout leur horizon et comblaient leur esprits. Les garder sous contrôle n'était pas difficile. »

George Orwell, 1984

 

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17/08/2016

Car on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l’autre, s’identifier à lui, et se maintenir différent...

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« La fusion progressive de populations jusqu’alors séparées par la distance géographique, ainsi que par des barrières linguistiques et culturelles, marquait la fin d’un monde qui fut celui des hommes pendant des centaines de millénaires, quand ils vivaient en petits groupes durablement séparés les uns des autres et qui évoluaient chacun de façon différente, tant sur le plan biologique que sur le plan culturel. Les bouleversements déclenchés par la civilisation industrielle en expansion, la rapidité accrue des moyens de transport et de communication ont abattu ces barrières. En même temps se sont taries les chances qu’elles offraient pour que s’élaborent et soient mises à l’épreuve de nouvelles combinaisons génétiques et des expériences culturelles. Or, on ne peut se dissimuler qu’en dépit de son urgente nécessité pratique et des fins morales élevées qu’elle assigne, la lutte contre toutes les formes de discrimination participe de ce même mouvement qui entraîne l’humanité vers une civilisation mondiale, destructrice de ces vieux particularismes auxquels revient l’honneur d’avoir créé les valeurs esthétiques et spirituelles qui donnent son prix à la vie et que nous recueillons précieusement dans les bibliothèques et dans les musées parce que nous nous sentons de moins en moins certains d’être capables d’en produire d’aussi évidentes.

Sans doute nous berçons-nous du rêve que l’égalité et la fraternité régneront un jour entre les hommes sans que soit compromise leur diversité. Mais si l’humanité ne se résigne pas à devenir la consommatrice stérile des seules valeurs qu’elle a su créer dans le passé, capable seulement de donner le jour à des ouvrages bâtards, à des inventions grossières et puériles, elle devra réapprendre que toute création véritable implique une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs, pouvant aller jusqu’à leur refus, sinon même leur négation. Car on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l’autre, s’identifier à lui, et se maintenir différent. Pleinement réussie, la communication intégrale avec l’autre condamne, à plus ou moins brève échéance, l’originalité de sa et de ma création. Les grandes époques créatrices furent celles où la communication était devenue suffisante pour que des partenaires éloignés se stimulent, sans être cependant assez fréquente et rapide pour que les obstacles indispensables entre les individus comme entre les groupes s’amenuisent au point que des échanges trop faciles égalisent et confondent leur diversité. »

Claude Levi-Strauss, Race et culture

 

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30/06/2016

Dantec Conservateur : "Du tueur en série comme microcosme de la Modernité"

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Le 19 juin 2007, à la Librairie Ville-Marie de Montréal, eut lieu une rencontre publique organisée par "Égards, revue de la résistance conservatrice" autour de l'oeuvre de Maurice G. Dantec. La soirée débuta avec une conférence du philosophe et essayiste québécois, Jean Renaud, qui évoqua l'oeuvre de Dantec. Le titre de son intervention : "Du tueur en série comme microcosme de la Modernité"...

 


Jean Renaud nous parle de l'oeuvre de Maurice G. Dantec

 


Réponse de Maurice G. Dantec à Jean Renaud

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L'amnésie bon marché de la commémoration symbolique

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« La destruction de l'Europe par elle-même, à travers sa population juive et l'ensemble des "anormaux" ne cadrant pas avec les principes hygiénistes de la seule fédération qu'elle fut en l'état de produire (quelle misère !), conduisit à l'amnésie bon marché de la commémoration symbolique, son bavardage incessant couvrait les hurlements épouvantables des enfants jetés vivants au brasier, il permettait de produire le spectacle du souvenir et nous épargnait le devoir de vérité. Du coup un révisionnisme général dévora lentement les sociétés de l'Occident, de l'intérieur, lentement, comme un acide. Il s'attaqua aux squelettes, aux muscles, aux organes de la pensée, il acheva l'oeuvre de destruction du nazisme en instituant l'idole remplaçante du communisme, puis celle-ci à son tour déboulonnée, on continua de translater la figure sur d'autres combinaisons idéologiques, toujours plus empoisonnées, qui conduisirent aux revendications micronationales, à l'écoloterrorisme, au fondamentalisme islamique, aux diverses formes du révisionnisme postmoderne, bref vers un désastre sans analyse, une catastrophe parcellaire et sans laboratoire de narration pour la décrypter et la projeter vers son devenir. »

Maurice G. Dantec, Le Théâtre des Opérations - Journal métaphysique et polémique 2000-2001 - Laboratoire de Catastrophe Générale

 

 

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L'unique issue pour les hommes libres

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« Il n'existe pas dans le monde deux hommes semblables, sauf au moyen du clonage réplicatif (naturel ou artificiel) ; nous sommes non seulement irréductiblement étrangers les uns aux autres ainsi qu'à nous-mêmes, mais l'unique issue pour les hommes libres est de toujours creuser cette distance. »

Maurice G. Dantec, Le Théâtre des Opérations - Journal métaphysique et polémique 2000-2001 - Laboratoire de Catastrophe Générale

 

 

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Son absolue légitimité à détruire le programme, et à écrire sa propre musique

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« L'Amour est désormais si impossible qu'il se permet d'effrayer pour quelques instants souvent cruciaux, ceux qui laissent sa béance s'ouvrir en eux, sa figure nous est devenue si étrangère que nous la confondons avec notre image, et lorsque soudain, au cas où par un obscur miracle son séisme viendrait à faire trembler nos certitudes, tout ce que la société a fait de nous crie au scandale et s'acharne à mettre en doute sa primauté, son absolue légitimité à détruire le programme, et à écrire sa propre musique.
Seule la solitude-liberté-souveraineté vous permet de vous confronter avec cette vérité et d'entreprendre son dépassement. »

Maurice G. Dantec, Le Théâtre des Opérations - Journal métaphysique et polémique 2000-2001 - Laboratoire de Catastrophe Générale

 

 

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28/06/2016

Le fantasme matriarcal à l'état pur

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« Le but — lorsque les Français l'exprimeront, ils apparaîtront dés lors clairement à toute la face du monde — est le suivant : supprimer l'ordre patriarcal sous la tutelle de Dieu et le remplacer par une démocratie égalitaire (le fantasme matriarcal à l'état pur) placée sous la maternelle vigilance d'une pléthore de déesses, la première d'entre toutes se nommant délicieusement déesse Raison.
Afin de ne pas choquer trop violemment le bas peuple déjà exténué par tant de crimes, on décida que Dieu désormais nationalisé grâce à son mariage avec Raison, s'intitulerait Être suprême. Autant dire président-directeur général du cosmos.
L'Etat démocratique et socialiste moderne se constitua sur ses bases, d'abord incertaines, puis prenant de la vigueur, il pondit des millions de lois en quelques dizaines de législatures, et à l'exception de quelques fulgurants progrès scientifiques, et de quelques aventures artistiques hautement géniales, l'époque appelée XX ème siècle ne laissera sans doute qu'un colossal tas de ferraille positiviste. »

Maurice G. Dantec, Le Théâtre des Opérations - Journal métaphysique et polémique 2000-2001 - Laboratoire de Catastrophe Générale

 

 

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