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23/08/2020

Une conscience plus nette de votre dignité...

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« Il avait ce teint d’un seul ton, cette face décolorée fréquente chez les personnes qui vivent renfermées. Souvent, ses yeux étaient fatigués et légèrement rougis par un travail tard prolongé. La méditation et les soins intellectuels mettent de la gravité sur la physionomie. Son regard n’était jamais distrait ni vague, mais le plus souvent baissé ; sinon, il regardait en face, et de telle façon qu’il n’eut jamais besoin de punir. Il avait du prestige et sut faire appel au sentiment de l’honneur. Il parla. Il leur dit sa haute notion de sa responsabilité, étant venu pour faire des hommes et des citoyens. Mais eux aussi, ils avaient des devoirs, de patriotisme et de solidarité. Quelques-uns prenaient des notes, il les invita à n’en rien faire :

— Ce ne sont pas les matières du cours ; on ne vous interrogera pas là-dessus à l’examen, mais plus qu’un diplôme, ceci est nécessaire : que vous réfléchissiez sur les liens qui nous unissent, afin que vous ayez une conscience plus nette de votre dignité… »

Maurice Barrès, Les déracinés

 

 

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22/08/2020

La plus pitoyable intelligence

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« Sur toute la France, ces vastes lycées aux dehors de caserne et de couvent abritent une collectivité révoltée contre ses lois, une solidarité de serfs qui rusent et luttent plutôt que d’hommes libres qui s’organisent conformément à une règle. Le sentiment de l’honneur n’y apparait que pour se confondre avec le mépris de la discipline. — En outre, ces jeunes gens sont enfoncés dans une extraordinaire ignorance des réalités.

Quelle conception auraient-ils de l’humanité ? Ils perdent de vue leurs concitoyens et tout leur cousinage ; ils se déshabituent de trouver chez leurs père et mère cette infaillibilité ou même ce secours qui maintiendrait la puissance et l’agrément du lien filial. Les femmes ne sont pas à leurs yeux des êtres d’une vie complète, mais seulement un sexe. En leur présence, ils sont incapables de penser à rien autre qu’à des séductions où excellaient les jeunes Français du siècle dernier et dont leur réclusion, qui les fait timides et gauches, les rend fort indignes. L’imagination ainsi gâtée de curiosités précoces, ils rougissent de leurs sœurs, cousines et parentes qui les visitent au parloir. Pendant les promenades à rangs serrés et si fastidieuses des jeudis et des dimanches, la distraction des lycéens est de « coter » les femmes qu’ils croisent. Ils se montrent plutôt sévères. Avec ce premier entraînement, ils se croiront engagés d’honneur à avoir toutes celles qu’ils rencontreront, alors même qu’elles leur déplairaient. Et voilà qui les prépare aussi mal pour la passion que pour la bonne camaraderie des jeunes Anglais et Anglaises, joueurs de lawn-tennis. Mais leur diminution principale, c’est de ne point fréquenter des vieillards. L’affection d’un homme âgé pour un enfant, si touchante et que la nature même inspire, comporte les plus grands bénéfices. Vers les douze ans, nous comprenons là notre infériorité et ce que vaut l’expérience ; nous tâchons de nous faire estimer, et nous accueillons, ce dont manque le collégien, un certain pressentiment, de qualité morale et poétique, que nous-mêmes nous vieillirons.

Isolés de leurs groupes de naissance et dressés seulement à concourir entre eux, des adolescents prennent de la vie, de ses conditions et de son but la plus pitoyable intelligence. On disait couramment au lycée de Nancy qu’un homme qui serait fort comme le professeur de gymnastique, polyglotte comme les maîtres d’allemand et d’anglais, latiniste comme un agrégé, dominerait le monde. — On ne se doutait pas d’une certaine fermeté morale, le caractère, qui impose même au talent, ni de toutes ces circonstances qui réduisent les plus beaux dons. — On était persuadé qu’aux pieds d’un si brillant prodige afflueraient tous les trésors. Les élèves de l’Université, servis par des valets malpropres, mais ponctuels, ignorent ce qu’est un gagne-pain et, sitôt bacheliers, s’étonneront qu’il faille cirer ses bottes soi-même. »

Maurice Barrès, Les déracinés

 

 

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Un ensemble de défauts et de qualités

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« Le lycéen reçoit de la collectivité où il figure un ensemble de défauts et de qualités, une conception particulière de l’homme idéal. Cet enfant qui plie sa vie selon la discipline et d’après les roulements du tambour, ne connaissant jamais une minute de solitude ni d’affection sans méfiance, ne songe même pas à tenir comme un élément, dans aucune des raisons qui le déterminent à agir, son contentement intime. Il se préoccupe uniquement de donner aux autres une opinion avantageuse de lui. C’est bon à un jeune garçon élève à la campagne de sentir vers dix-sept ans la beauté de la nature et les délicatesses du sens moral ! Toujours pressés les uns contre les autres, inquiets sans trêve de sembler ridicules, les lycéens développent monstrueusement, à ce régime et sous le système pédagogique des places, une seule chose, leur vanité. Ils se préparent une capacité d’être humiliés et envieux qu’on ne rencontre dans aucun pays, en même temps qu’ils deviennent capables de tout supporter pour une distinction.

La qualité qui fait compensation, c’est le sens de la camaraderie. On dit « chic type », dans leur argot, celui qui possède une supériorité, — qu’il versifie ou qu’il ait réussi au Concours général, — et qui, de plus, est bon camarade. Mais être bon camarade, c’est tout d’abord se refuser à la discipline. Il est difficile de ne point la haïr. Ceux mêmes qui l’appliquent en rougissent. Le proviseur, le censeur, fort impérieux et glorieux devant les petites classes, éprouvent du malaise en face des philosophes et des candidats aux Écoles du Gouvernement. Les pions, qui aux jours de sortie les croisent à la brasserie et dans l’escalier des filles, et qui pressentent déjà les distances de l’avenir, tendent à être, plutôt que des supérieurs, des camarades mécontents du rôle où leur fâcheuse destinée les contraint. »

Maurice Barrès, Les déracinés

 

 

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21/08/2020

Des idées de leur époque

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« À des jeunes gens qui jusqu’alors remâchaient des rudiments quelconques, on venait de donner le plus vigoureux des stimulants : des idées de leur époque ! Non pas des idées qui aient été belles, neuves et éloquentes dans les collèges avant la Révolution, mais ces mêmes idées qui circulent dans notre société, dans nos coteries, dans la rue, et qui font des héros, des fous, des criminels, parmi nos contemporains. Et peut-être, à l’usage, perdront-elles leur puissance sur des âmes diverties par les années ; mais en octobre 1879, voici seulement que naissent ces lents enfants de provinces : jusqu’alors, ils n’ont connu ni la vie ni la mort, mais un état où la rèverie sur le moi n’existe pas encore et qui est une mort animée, comme aux bras de la nourrice. »

Maurice Barrès, Les déracinés

 

 

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Toujours à l'extérieur d'eux-mêmes...

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« Les hommes cherchent toujours à l'extérieur d'eux-mêmes la raison de leurs échecs spirituels ; ils ne veulent jamais se convaincre que la cause en est toujours et uniquement leur faiblardise, leur manque de caractère et d'intelligence. Il existe un dilletantisme de la foi comme il y a un dilletantisme du savoir. »

Antonio Gramsci, Pourquoi je hais l'indifférence

 

 

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20/08/2020

Les indifférents

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« Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que "vivre signifie être partisan". Il ne peut exister seulement des "hommes" des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu'être citoyen, et prendre parti. L'indifférence, c'est l'aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n'est pas la vie.

(...)

Je vis, je suis partisan. C'est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents. »

Antonio Gramsci, La cité future

 

 

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16/08/2020

Qui vend la nouveauté a tout intérêt à faire disparaître le moyen de la mesurer

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« Un pouvoir absolu supprime d’autant plus radicalement l’histoire qu’il a pour ce faire des intérêts ou des obligations plus impérieux, et surtout selon qu’il a trouvé de plus ou moins grandes facilités pratiques d’exécution.

Ts’in Che-houang-ti a fait brûler les livres, mais il n’a pas réussi à les faire disparaître tous. Staline avait poussé plus loin la réalisation d’un tel projet dans notre siècle mais, malgré les complicités de toutes sortes qu’il a pu trouver hors des frontières de son empire, il restait une vaste zone du monde inaccessible à sa police, où l’on riait de ses impostures.

Le spectaculaire intégré a fait mieux, avec de très nouveaux procédés, et en opérant cette fois mondialement. L’ineptie qui se fait respecter partout, il n’est plus permis d’en rire ; en tout cas il est devenu impossible de faire savoir qu’on en rit.

Le domaine de l’histoire était le mémorable, la totalité des événements dont les conséquences se manifesteraient longtemps. C’était inséparablement la connaissance qui devrait durer, et aiderait à comprendre, au moins partiellement, ce qu’il adviendrait de nouveau : "une acquisition pour toujours", dit Thucydide. Par là l’histoire était la mesure d’une nouveauté véritable ; et qui vend la nouveauté a tout intérêt à faire disparaître le moyen de la mesurer.

Quand l’important se fait socialement reconnaître comme ce qui est instantané, et va l’être encore l’instant d’après, autre et même, et que remplacera toujours une autre importance instantanée, on peut aussi bien dire que le moyen employé garantit une sorte d’éternité de cette non-importance, qui parle si haut. Le précieux avantage que le spectacle a retiré de cette mise hors la loi de l’histoire, d’avoir déjà condamné toute l’histoire récente à passer à la clandestinité, et d’avoir réussi à faire oublier très généralement l’esprit historique dans la société, c’est d’abord de couvrir sa propre histoire : le mouvement même de sa récente conquête du monde. Son pouvoir apparaît déjà familier, comme s’il avait depuis toujours été là. Tous les usurpateurs ont voulu faire oublier qu’ils viennent d’arriver.

Avec la destruction de l’histoire, c’est l’événement contemporain lui-même qui s’éloigne aussitôt dans une distance fabuleuse, parmi ses récits invérifiables, ses statistiques incontrôlables, ses explications invraisemblables et ses raisonnements intenables.

À toutes les sottises qui sont avancées spectaculaire-ment, il n’y a jamais que des médiatiques qui pourraient répondre, par quelques respectueuses rectifications ou remontrances, et encore en sont-ils avares car, outre leur extrême ignorance, leur solidarité, de métier et de cœur, avec l’autorité générale du spectacle, et avec la société qu’il exprime, leur fait un devoir, et aussi un plaisir, de ne jamais s’écarter de cette autorité, dont la majesté ne doit pas être lésée. Il ne faut pas oublier que tout médiatique, et par salaire et par autres récompenses ou soultes, a toujours un maître, parfois plusieurs ; et que tout médiatique se sait remplaçable.

Tous les experts sont médiatiques-étatiques, et ne sont reconnus experts que par là. Tout expert sert son maître, car chacune des anciennes possibilités d’indépendance a été à peu près réduite à rien par les conditions d’organisation de la société présente. L’expert qui sert le mieux, c’est, bien sûr, l’expert qui ment. Ceux qui ont besoin de l’expert, ce sont, pour des motifs différents, le falsificateur et l’ignorant. Là où l’individu n’y reconnaît plus rien par lui-même, il sera formellement rassuré par l’expert.

Il était auparavant normal qu’il y ait des experts de l’art des Étrusques ; et ils étaient toujours compétents, car l’art étrusque n’est pas sur le marché. Mais, par exemple, une époque qui trouve rentable de falsifier chimiquement nombre de vins célèbres, ne pourra les vendre que si elle a formé des experts en vins qui entraîneront les caves à aimer leurs nouveaux parfums, plus reconnaissables. Cervantès remarque que « sous un mauvais manteau, on trouve souvent un bon buveur ». Celui qui connaît le vin ignore souvent les règles de l’industrie nucléaire ; mais la domination spectaculaire estime que, puisqu’un expert s’est moqué de lui à propos d’industrie nucléaire, un autre expert pourra bien s’en moquer à propos du vin. Et on sait, par exemple, combien l’expert en météorologie médiatique, qui annonce les températures ou les pluies prévues pour les quarante-huit heures à venir, est tenu à beaucoup de réserves par l’obligation de maintenir des équilibres économiques, touristiques et régionaux, quand tant de gens circulent si souvent sur tant de routes, entre des lieux également désolés ; de sorte qu’il aura plutôt à réussir comme amuseur.

Un aspect de la disparition de toute connaissance historique objective se manifeste à propos de n’importe quelle réputation personnelle, qui est devenue malléable et rectifiable à volonté par ceux qui contrôlent toute l’information, celle que l’on recueille et aussi celle, bien différente, que l’on diffuse ; ils ont donc toute licence pour falsifier. Car une évidence historique dont on ne veut rien savoir dans le spectacle n’est plus une évidence. Là où personne n’a plus que la renommée qui lui a été attribuée comme une faveur par la bienveillance d’une Cour spectaculaire, la disgrâce peut suivre instantanément. Une notoriété anti-spectaculaire est devenue quelque chose d’extrêmement rare. Je suis moi- même l’un des derniers vivants à en posséder une ; à n’en avoir jamais eu d’autre. Mais c’est aussi devenu extraordinairement suspect. La société s’est officiellement proclamée spectaculaire. Être connu en dehors des relations spectaculaires, cela équivaut déjà à être connu comme ennemi de la société.

Il est permis de changer du tout au tout le passé de quelqu’un, de le modifier radicalement, de le recréer dans le style des procès de Moscou ; et sans qu’il soit même nécessaire de recourir aux lourdeurs d’un procès. On peut tuer à moindres frais. Les faux témoins, peut-être maladroits — mais quelle capacité de sentir cette maladresse pourrait-elle rester aux spectateurs qui seront témoins des exploits de ces faux témoins ? — et les faux documents, toujours excellents, ne peuvent manquer à ceux qui gouvernent le spectaculaire intégré, ou à leurs amis. Il n’est donc plus possible de croire, sur personne, rien de ce qui n’a pas été connu par soi-même, et directement. Mais, en fait, on n’a même plus très souvent besoin d’accuser faussement quelqu’un.

Dès lors que l’on détient le mécanisme commandant la seule vérification sociale qui se fait pleinement et universellement reconnaître, on dit ce qu’on veut. Le mouvement de la démonstration spectaculaire se prouve simplement en marchant en rond : en revenant, en se répétant, en continuant d’affirmer sur l’unique terrain où réside désormais ce qui peut s’affirmer publiquement, et se faire croire, puisque c’est de cela seulement que tout le monde sera témoin. L’autorité spectaculaire peut également nier n’importe quoi, une fois, trois fois, et dire qu’elle n’en parlera plus, et parler d’autre chose ; sachant bien qu’elle ne risque plus aucune autre riposte sur son propre terrain, ni sur un autre. Car il n’existe plus d’agora, de communauté générale ; ni même de communautés restreintes à des corps intermédiaires ou à des institutions autonomes, à des salons ou des cafés, aux travailleurs d’une seule entreprise ; nulle place où le débat sur les vérités qui concernent ceux qui sont là puisse s’affranchir durablement de l’écrasante présence du discours médiatique, et des différentes forces organisées pour le relayer. Il n’existe plus maintenant de jugement, garanti relativement indépendant, de ceux qui constituaient le monde savant ; de ceux par exemple qui, autrefois, plaçaient leur fierté dans une capacité de vérification, permettant d’approcher ce qu’on appelait l’histoire impartiale des faits, de croire au moins qu’elle méritait d’être connue.

Il n’y a même plus de vérité bibliographique incontestable, et les résumés informatisés des fichiers des bibliothèques nationales pourront en supprimer d’autant mieux les traces. On s’égarerait en pensant à ce que furent naguère des magistrats, des médecins, des historiens, et aux obligations impératives qu’ils se reconnaissaient, souvent, dans les limites de leurs compétences :

les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur père. Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. Les conséquences pratiques, on le voit, en sont immenses. On croyait savoir que l’histoire était apparue, en Grèce, avec la démocratie. On peut vérifier qu’elle disparaît du monde avec elle. Il faut pourtant ajouter, à cette liste des triomphes du pouvoir, un résultat pour lui négatif : un État, dans la gestion duquel s’installe durablement un grand déficit de connaissances historiques, ne peut plus être conduit stratégiquement. »

Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle

 

 

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La pure morale...

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« Nous ne savons s'il est juste qu'un fils ne puisse choisir son père, ou qu'un citoyen soit jeté dans une race avant d'en avoir manifesté le libre voeu, le libre choix. Nous savons que les choses ne sont pas maîtresses de se passer autrement. [...] L'infaillible moyen d'égarer quiconque s'aventure dans l'activité politique, c'est d'évoquer inopinément le concept de la pure morale, au moment où il doit étudier les rapports des faits et leurs combinaisons »

Charles Maurras, Mes idées politiques

 

 

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15/08/2020

Déshumanisation...

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« Quand je vois que les jeunes sont en train de perdre les vieilles valeurs populaires et d'absorber les nouveaux modèles imposés par le capitalisme, en courant le risque de se déshumaniser et d'être en proie à une forme d'abominable aphasie, à une brutale absence de capacité critique, à une factieuse passivité, je me souviens que telles étaient les caractéristiques des SS et je vois s'étendre dans nos cités l'ombre horrible de la croix gammée »

Pier Paolo Pasolini, Ecrits corsaires

 

 

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La cage aux phobes...

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« Je suis frappé depuis quelques années par l’opération de médicalisation systématique dont sont l’objet tous ceux qui ne pensent pas dans la juste ligne : on les taxe de phobie.

Et personne n’ose seulement délégitimer cette expression en la problématisant (c’est-à-dire en disant ce que se devrait de dire à tout propos un intellectuel : qu’est ce que, au fait, ça signifie ?).

Il y a maintenant des phobes pour tout, des homophobes, des gynophobes (encore appelés machistes ou sexistes), des europhobes, etc.

Une phobie, c’est une névrose : est-ce qu’on va discuter, débattre, avec un névrosé au dernier degré ? Non, on va l’envoyer se faire soigner, on va le fourrer à l’asile, on va le mettre en cage.

Dans la cage aux phobes. »

Philippe Muray, Exorcismes spirituels III

 

 

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10/08/2020

Entretenir l'hallucination du pouvoir

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« Le problème actuel de la classe politique, c'est qu'il ne s'agit plus de gouverner, mais d'entretenir l'hallucination du pouvoir, ce qui exige des talents très particuliers. Produire le pouvoir comme illusion, c'est comme de jongler avec des capitaux flottants, c'est comme de danser devant un miroir. Et s'il n'y a plus de pouvoir, c'est que toute la société est passée du côté de la servitude volontaire. Cette mystérieuse figure, sur laquelle on s'est interrogé depuis le XVIe siècle, n'est plus un mystère désormais, puisqu'elle est devenue la règle générale. Mais d'une façon étrange : non plus comme volonté d'être serf, mais comme chacun devenu serf de sa propre volonté. Sommé de vouloir, de pouvoir, de savoir, d'agir, de réussir, chacun s'est plié à tout cela, et la visée du politique a parfaitement réussi : chacun de nous est devenu un système asservi, auto-asservi, ayant investi toute sa liberté dans la volonté folle de tirer le maximum de lui-même. »

Jean Baudrillard, Cool Memories

 

 

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Un si profond oubli de sa liberté

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« Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu'il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu'il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu'on dirait à le voir qu'il n'a pas seulement perdu sa liberté mais "gagné" sa servitude. »

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire

 

 

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09/08/2020

Mourir... dormir, rien de plus...

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« Être ou ne pas être, telle est la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter par une révolte ? Mourir... dormir, rien de plus ;... et dire que par ce sommeil nous mettrons fin aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là une terminaison qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir, dormir ! Peut-être rêver ! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ? »

William Shakespeare, Hamlet, acte III, scène I

 

 

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C'est un droit de l'homme que d'être idiot

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« La seule parade infaillible est donc celle déjà recommandée par Aristote au dernier chapitre des "Topiques" : ne pas s'engager dans une controverse avec le premier venu, mais seulement avec ceux que l'on connaît et dont on sait qu'ils ont assez de raison pour ne pas étaler au jour des absurdités et se rendre ainsi ridicules ; afin de discuter au moyen de bonnes raisons, et non à coups de rodomontades ; afin d'écouter ces raisons et de leur répliquer ; et de qui l'on sait enfin, qu'ils font grand cas de la vérité, qu'ils aiment entendre de bonnes raisons, même dans la bouche de leur adversaire, et ont assez le sens de la justice pour pouvoir admettre de perdre la partie, si la vérité est dans l'autre camp. Il en résulte que de cent hommes, on en trouvera à peine un seul qui soit digne que l'on discute avec lui. Quant aux autres, qu'on les laisse dire ce qui leur passe par la tête, car "despire est juris gentium" (c'est un droit de l'homme que d'être idiot), et qu'on médite ce conseil de Voltaire : "La paix vaut encore mieux que la vérité". Et un proverbe arabe dit : "C'est à l'arbre du silence que pend son fruit : la paix". Il est vrai que la controverse est souvent bénéfique à l'un comme à l'autre, du fait qu'ils frottent leurs têtes entre elles, et lui sert à rectifier ses propres pensées, et aussi à concevoir des vues nouvelles. Simplement, il faut que les deux duellistes soient à peu près égaux en savoir et en intelligence. Si le premier fait défaut à l'un d'eux, il ne comprend pas tout, n'est pas à niveau. Si la seconde lui fait défaut, l'aigreur qu'il en ressentira l'amènera à faire usage de faux-fuyants, d'astuces ou de grossièreté. »

Arthur Schopenhauer, L'art d'avoir toujours raison

 

 

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04/08/2020

Buvez...

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« Le sage des Rubaïyates n'a pas plus d'affinités avec ce vieil eudémonisme païen qu'avec n'importe quelle variante du christianisme. Il n'est pas davantage un adorateur de Bacchus qu'un saint. Dionysos faisait du vin non pas un médicament, mais un sacrement. Jésus-Christ fit aussi du vin non pas un médicament, mais un sacrement. Alors qu'Omar en fait non pas un sacrement, mais un médicament. Il fait la fête parce que la vie est triste ; il s'amuse parce qu'il est malheureux. "Buvez, dit-il, parce que vous ignorez quand vous partirez et où vous irez. Buvez parce que les étoiles sont cruelles et le monde aussi vain qu'une toupie. Buvez parce qu'il n'y a rien en quoi l'on puisse croire, rien qui vaille qu'on se batte. Buvez parce que tout a dégénéré en une ignoble égalité et une paix funeste." C'est ainsi qu'il nous tend sa coupe. Mais sur le fier autel du christianisme se dresse une autre figure, qui nous tend elle aussi une coupe de vin. "Buvez, nous dit-elle, car le monde entier est aussi rouge que ce vin, rouge de l'amour et de la colère de Dieu. Buvez, car les trompettes sonnent pour la bataille et ceci est le coup de l'étrier. Buvez, car ceci est mon sang, le sang du nouveau testament que j'ai versé pour vous. Buvez, car je sais d'où vous venez et pourquoi. Buvez, car je sais quand vous partirez et où vous irez." »

Gilbert Keith Chesterton, Hérétiques

 

 

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