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30/01/2019

Ces bons à rien sont la cause de tous les Hitler et les Mussolini

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« 16 février 1939

Mon adorable Nick, mon enfant,

Je t’écris depuis mon lit d’Hôpital américain. […]

En plus de cette maudite maladie, je n’ai vraiment pas eu de chance depuis que je suis ici. D’abord, l’exposition est un sacré bazar. Quand je suis arrivée, les tableaux étaient encore à la douane, parce que ce fils de pute de Breton n’avait pas pris la peine de les en sortir. Il n’a jamais reçu les photos que tu lui as envoyées il y a des lustres, ou du moins c’est ce qu’il prétend ; la galerie à lui. Bref, j’ai dû attendre des jours et des jours comme une idiote, jusqu’à ce que je fasse la connaissance de Marcel Duchamp (un peintre merveilleux), le seul qui ait les pieds sur terre parmi ce tas de fils de pute lunatiques et tarés que sont les surréalistes. Lui, il a tout de suite récupéré mes tableaux et essayé de trouver une galerie. Finalement, une galerie qui s’appelle "Pierre Colle" a accepté cette maudite exposition. Et voilà que maintenant Breton veut exposer, à côté de mes tableaux, quatorze portraits du XIXe siècle (mexicains), ainsi que trente-deux photos d’Alvarez Bravo et plein d’objets populaires qu’il a achetés sur les marchés du Mexique, un bric-à-brac de vieilleries, qu’est-ce que tu dis de ça ? La galerie est censée être prête pour le 15 mars. Sauf qu’il faut restaurer les quatorze huiles du XIXe et cette maudite restauration va prendre tout un mois. J’ai dû prêter à Breton 200 biffetons (dollars) pour la restauration, parce qu’il n’a pas un sou. (J’ai envoyé un télégramme à Diego pour lui décrire la situation et je lui ai annoncé que j’avais prêté cette somme à Breton. Ça l’a mis en rage, mais ce qui est fait est fait et je ne peux pas revenir en arrière.) J’ai encore de quoi rester ici jusqu’à début mars, donc je ne m’inquiète pas trop.

Bon il y a quelques jours, une fois que tout était plus ou moins réglé, comme je te l’ai expliqué, j’ai appris par Breton que l’associé de Pierre Colle, un vieux bâtard et fils de pute, avait vu mes tableaux et considéré qu’il ne pourrait en exposer que deux parce que les autres sont trop "choquants" pour le public !! J’aurais voulu tuer ce gars et le bouffer ensuite, mais je suis tellement malade et fatiguée de toute cette affaire que j’ai décidé de toute envoyer au diable et de me tirer de ce foutu Paris avant de perdre la boule. Tu n’as pas idée du genre de salauds que sont ces gens. Ils me donnent envie de vomir. Je ne peux plus supporter ces maudits "intellectuels" de mes deux. C’est vraiment au-dessus de mes forces. Je préférerais m’asseoir par terre pour vendre des tortillas au marché de Toluca plutôt que de devoir m’associer à ces putains d’ "artistes" parisiens. Ils passent des heures à réchauffer leurs précieuses fesses aux tables des "cafés", parlent sans discontinuité de la "culture", de l’ "art", de la "révolution" et ainsi de suite, en se prenant pour les dieux du monde, en rêvant de choses plus absurdes les unes que les autres et en infectant l’atmosphère avec des théories et encore des théories qui ne deviennent jamais réalité.

Le lendemain matin, ils n’ont rien à manger à la maison vu que pas un seul d’entre eux ne travaille. Ils vivent comme des parasites, aux crochets d’un tas de vieilles peaux pleines aux as qui admirent le "génie" de ces "artistes". De la merde, rien que de la merde, voilà ce qu’ils sont. Je ne vous ai jamais vu, ni Diego ni toi, gaspiller votre temps en commérages idiots et en discussions "intellectuelles" ; voilà pourquoi vous êtes des hommes, des vrais, et pas des "artistes" à la noix. Bordel ! Ça valait le coup de venir, rien que pour voir pourquoi l’Europe est en train de pourrir sur pied et pourquoi ces gens — ces bons à rien sont la cause de tous les Hitler et les Mussolini. Je te parie que je vais haïr cet endroit et ses habitants pendant le restant de mes jours. Il y a quelque chose de tellement faux et irréel chez eux que ça me rend dingue.

Tout ce que j’espère, c’est guérir au plus vite et ficher le camp.

Mon billet est encore valable longtemps, mais j’ai quand même réservé une place sur l’Isle-de-France pour le 8 mars. J’espère pouvoir embarquer sur ce bateau. Quoi qu’il arrive, je ne resterai pas au-delà du 15 mars. Au diable l’exposition et ce pays à la noix. Je veux être avec toi. Tout me manque, chacun des mouvements de ton être, ta voix, tes yeux, ta jolie bouche, ton rire si clair et sincère, TOI. Je t’aime mon Nick. Je suis si heureuse de penser que je t’aime — de penser que tu m’attends — et que tu m’aimes.

Mon chéri, embrasse Mam de ma part. Je ne l’oublie surtout pas. Embrasse aussi Aria et Lea. Et pour toi, mon coeur plein de tendresse et de caresses, un baiser tout spécialement dans ton cou, ta

Xochitl. »

Frida Kahlo, Frida Kahlo par Frida Kahlo - Lettres 1922 - 1954

 

 

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19/01/2019

Radioscopie : Jacques Chancel reçoit Gustave Thibon

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18/01/2019

Nous sommes contre le rien

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« [Nous les chrétiens] nous ne sommes ni de droite, ni de gauche, nous ne sommes même pas d’en haut, nous sommes de partout. Nous sommes las de mutiler l’homme ; que ce soit pour l’accabler comme à droite ou pour l’adorer comme à gauche, nous sommes las de le séparer de Dieu. Nous n’abandonnerons pas un atome de la vérité totale qui est la nôtre. Au nom de quoi nous attaque-t-on ? Nos adversaires sont-ils pour le peuple ? Nous le sommes. Pour la liberté ? Nous le sommes. Pour la race, pour l’Etat, pour la justice ? Nous sommes pour tout cela, mais pour chaque chose à sa place. On ne peut nous frapper qu’en nous arrachant nos propres membres. Nous sommes pour chaque partie, étant pour le tout. Nous ne voulons rien diviniser de la réalité humaine et sociale parce que nous avons déjà un Dieu ; nous ne voulons rien repousser non plus parce que tout est sorti de ce Dieu. Nous ne sommes contre rien. Ou plutôt, car le néant est agissant aujourd’hui, nous sommes contre le rien. Devant chaque idole, nous défendons la réalité que l’idole écrase. Sous quelque fard qu’ils se présentent, nous disons non à tous les visages de la mort. »

Gustave Thibon, Retour au réel

 

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14/01/2019

Philippe Sollers, l’éclaireur : cinq entretiens avec Martin Quenehen (France Culture)

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0:00 - 1er entretien : Tout ce que j’écris est vrai
Premier entretien, entre promesse et mensonge… Où Philippe Sollers nous entraîne dans l’exploration de son bureau des éditions Gallimard, un bureau “unique au monde”, dans la compagnie de Montaigne et Voltaire, mais aussi d’un empereur de Chine, de Pablo Picasso et de quelques autres doubles de Philippe Joyaux… Dans ce premier entretien, on parle latin, mais aussi de musique, d’histoire et d’“augmenter” la vie.

27:54 - 2ème entretien : Les femmes existent
« Le monde appartient aux femmes. C'est-à-dire à la mort. Là-dessus tout le monde ment. » Voici comment débute le fameux roman “Femmes”… Où Philippe Sollers nous chante sa “Curieuse solitude” avec une ravissante femme d’âge mûr, mais aussi la beauté et les dangers du mariage, et les délices de la guerre des sexes…

55:18 - 3ème entretien : La poésie, c’est la guerre
Des énigmes poétiques de Radio Londres, qu’il écoutait enfant dans le grenier de la maison familiale à Bordeaux, jusqu’à “La Guerre du goût”, Philippe Sollers fait la guerre… et l’amour. Où Philippe Sollers bataille en compagnie de Clausewitz et Sun-Tzu, mais aussi de Guy Debord et Monteverdi, pour mieux dire sa Guerre d’Algérie, ses souvenirs de Mai 68 et la violence de notre époque, éblouie par l’argent et la vulgarité…

1:21:37 - 4ème entretien : Folie française
“La France moisie” : il y a dix-huit ans, Philippe Sollers écrivait une tribune “violemment patriotique” qui reste d’une inquiétante actualité… Où Philippe Sollers, écrivain fou de Le Nôtre, Molière… et Céline, nous invite à comploter voluptueusement avec lui, pour la plus grande gloire de la France et de la langue française.

1:48:46 - 5ème entretien : L’infini
« Je ne vois pas l’apocalypse, je vois l’aurore… » écrit Philippe Sollers, fondateur de la revue L’Infini et de la collection du même nom… Où Philippe Sollers répond à l’appel de l’infini, et pour ce faire se shoote aux amphétamines et au haschisch afghan, pratique le Yi King, fréquente assidûment Homère et Pindare…

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03/01/2019

Mal­gré moi

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« Quand je me réveille c’est mal­gré moi. »

« La plus belle fille du monde ne peut me don­ner que ce que j’ai. »

« Il y a des gens qui font de l’argent, d’autres de la neurasthénie, d’autres des enfants. Il y a ceux qui font de l’esprit. Il y a ceux qui font l’amour, ceux qui font pitié. Depuis le temps que je cherche à faire quelque chose ! Il n’y a rien à y faire. »

« Il n’y a de pro­grès, de décou­verte que vers la mort, il n’échappe à per­sonne que l’adage tous les chemins mènent à Rome est une sorte de calem­bour, Rome ne pou­vant sig­ni­fier que mort que l’on a retourné. »

« Essayez, si vous le pou­vez, d’arrêter un homme qui voy­age avec son sui­cide à la boutonnière. »

Jacques Rigaut, Le jour se lève, ça vous appren­dra

 

 

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Fatalité

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« Les dragons sont vulnérables et mortels. Les héros et les dieux peuvent toujours revenir. Il n’y a de fatalité que dans l’esprit des hommes. »

Dominique Venner, Le cœur rebelle

 

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02/01/2019

C'est probablement là qu'il faudrait chercher

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« "Je n'arrive pas à saisir ce que l'enfance a laissé en chacun d'entre nous, ni même si elle a laissé quelque chose. Et pourtant, elle ne cesse de nous faire avouer à nous-mêmes ce qu'à la vérité, nous sommes..." C'est probablement là qu'il faudrait chercher. Laideurs, lâcheté, promesses non tenues à soi-même, camouflages commodes, attitudes usurpées, j'avais dû souvent me conduire à l'opposé de mes fiertés et comme je n'avais pas voulu en changer pour me conserver une flatteuse image de moi-même, j'oubliais... »

Jean Raspail, L’île bleue

 

 

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Sortir de l'enfance...

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« Sortir de l’enfance, c’est franchir un mur. On se hisse plus ou moins adroitement. On passe la tête. On découvre un paysage différent et saute de l’autre côté parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que de sauter. On se reçoit plus ou moins bien. Certains se blessent et s’en remettent mal. D’autres peuvent même en mourir, au propre ou au figuré. »

Jean Raspail, L’île bleue

 

 

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01/01/2019

L'un est blanc et l'autre noir

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« Aucun remède : on ne change pas l'homme blanc, on ne change pas l'homme noir tant que l'un est blanc et l'autre noir et que tout, absolument tout ne s'est pas fondu dans du café au lait. L'un détestait. L'autre méprisait. Égaux, ils se haïssent. »

Jean Raspail, Le Camp des saints

 

 

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Plein le dos de la France, surtout plein le dos de l’Europe, plein le dos de la terre

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« 1er janvier 1945.

La tentation revient, très forte. Peut-être ai-je ce qu’il faut pour le faire : un peu de laudanum mélangé à quelques pilules de dialeate (?). Je le ferai dans un bois, ou près d’une rivière, et tomberai dans la rivière endormi. J’ai peur du froid de la rivière. Mais j’en ai plein le dos de ce nouveau roman, plein le dos de la maison, plein le dos de la France, surtout plein le dos de l’Europe, plein le dos de la terre. Je n’arrive plus à m’intéresser aux "choses", aux "gens", aux "problèmes".

Je lis un vieux manuel de psychopathie : Maniaques, fous, mélancoliques, vous êtes frères. Quelle petite différence entre vous et nous : peut-être dira-t-on que j’étais fou.

Et je suis si calme, si lucide.

— Il y a aussi un point d’honneur : "Quand on a commencé une telle chose, il faut la finir", dit le samouraï.

— À d’autres moments, je pense à mes "camarades" en prison. Pas un seul, au cours du procès, ne semble avoir montré de la fierté. Ils étaient abattus, nous l’étions tous : j’irais et je montrerais qu’il y avait des gens bien à avoir ces idées. Un et deux. 1 et 2 prouvent que je suis encore, dans mes parties les plus faibles, plein de pensées frivoles.

Je n’ai fait aucun progrès dans la concentration. La raison en est ce roman qui me distrait. Et, aussi, je ne suis pas un homme capable de se concentrer, je suis le dernier à pouvoir le faire. Je suis un homme de rêve, ce qui est autre chose. »

Pierre Drieu la Rochelle, Journal (1944-1945)

 

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19/11/2018

De Gaulle, Pétain, la France : Finkielkraut reçoit Eric Zemmour et Paul Thibaud

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05/11/2018

Un moyen d’abréger miséricordieusement le massacre en Orient

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« Jusqu’alors nous avions envisagé l’assaut de l’archipel nippon sous forme de bombardements aériens effroyables et de débarquements de très grandes armées. Nous nous attendions à ce que les Japonais résistent jusqu’à la mort, dans la tradition des samouraïs, non seulement lors de batailles rangées, mais aussi dans chaque souterrain et chaque fossé. J’avais toujours présent à l’esprit le spectacle de l’ile d’Okinawa, où des milliers de Japonais, refusant de se rendre, s’étaient alignés et suicidés avec des grenades après que leurs chefs eurent solennellement accompli les rites du hara-kiri. Réduire cette résistance homme par homme et conquérir le pays mètre par mètre pouvait coûter le sacrifice d’un million de soldats américains et d’un demi-million de Britanniques – voire davantage si nous pouvions les acheminer jusque-là, car nous étions résolus à partager l’épreuve. Or, voici que s’évanouissaient ces visions dantesques, remplacées par la perspective – apparemment séduisante et lumineuse – de mettre fin à la guerre en une ou deux violentes secousses. Je pensai immédiatement que le peuple japonais, dont j’avais toujours admiré le courage, pouvait trouver dans l’apparition de cette arme presque surnaturelle un prétexte pour sauver l’honneur et se libérer de l’obligation de se faire tuer jusqu’au dernier combattant.

De plus, nous n’aurions plus besoin des Russes : la fin de la guerre contre le Japon ne dépendait plus du déferlement de leurs armées pour participer au massacre final et sans doute prolongé ; nous n’avions plus de faveur à leur demander. L’ensemble des problèmes européens pouvait donc être traité indépendamment et conformément aux grands principes des Nations unies. Nous paraissions être soudainement entrés en possession d’un moyen d’abréger miséricordieusement le massacre en Orient et de voir s’ouvrir des perspectives bien plus souriantes en Europe. Je ne doutais pas que ces mêmes pensées habitaient l’esprit de nos amis américains. En tout cas la question de savoir s’il fallait ou non utiliser la bombe atomique ne se posa pas un seul instant ; prévenir une immense et interminable boucherie, terminer la guerre, apporter la paix au monde, imposer des mains apaisantes sur les blessures de ses populations torturées grâce à la démonstration de puissance irrésistible de quelques explosions, voilà qui apparaissait comme un miracle de délivrance survenant après tous nos tourments et tous nos périls.

Les Britanniques avaient donné leur consentement de principe à l’emploi de l’arme dès le 4 juillet, avant que l’essai n’eut été effectué. Il appartenait désormais au président Truman, qui disposait de l’engin, de prendre la décision définitive ; mais je ne doutais pas un seul instant de ce qu’elle serait, pas plus que je n’ai douté depuis lors de sa justesse. Il demeure historiquement établi, et il faudra en juger avec le recul, que la question de l’utilisation de la bombe atomique pour contraindre le Japon à capituler ne s’est pas même posée. Autour de notre table, l’accord fut unanime, automatique et incontesté, et je n’ai jamais entendu personne laisser entendre le moins du monde que nous aurions dû agir autrement. »

Winston Churchill, Mémoires de Guerre, 1941-1945

 

 

 

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03/11/2018

Couples...

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« À quel point le registre des caresses est limité, cela est lugubre. Ces couples, aussi identiques l’un à l’autre dans ce qu’ils ressentaient, qu’ils l’étaient dans leur posture, finirent par l’excéder, avec leur conviction qu’il n’y avait qu’eux au monde, les sourires qu’ils vous adressaient pour vous convier à admirer leur bonheur, tout cela pour finir par le vitriol et les intraveineuses. Vraiment, une masse cyclopéenne de vulgarité (littérature, cinéma, journaux, romances…) pesait sur ce pauvre couple homme-femme ; il était amer de ne pouvoir sortir de là. »

Henry de Montherlant, Les jeunes filles

 

 

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02/11/2018

Il rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes

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« L’amour-propre est l’amour de soi-même et de toutes choses pour soi (*1*) ; il rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes, et les rendrait les tyrans des autres, si la fortune leur en donnait les moyens. Il ne se repose jamais hors de soi, et ne s’arrête dans les sujets étrangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre. Rien n’est si impétueux que ses désirs ; rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que ses conduites ; ses souplesses ne se peuvent représenter, ses transformations passent celles des métamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie. On ne peut sonder la profondeur, ni percer les ténèbres de ses abîmes : là il est à couvert des yeux les plus pénétrants; il y fait mille insensibles tours et retours ; là il est souvent invisible à lui-même; il y conçoit, il y nourrit et il y élève, sans le savoir, un grand nombre d’affections et de haines; il en forme de si monstrueuses que, lorsqu’il les a mises au jour, il les méconnaît, ou il ne peut se résoudre à les avouer. De cette nuit qui le couvre naissent les ridicules persuasions qu’il a de lui-même : de là viennent ses erreurs, ses ignorances, ses grossièretés et ses niaiseries sur son sujet ; de là vient qu’il croit que ses sentiments sont morts lorsqu’ils ne sont qu’endormis, qu’il s’imagine n’avoir plus envie de courir dès qu’il se repose, et qu'il pense avoir perdu tous les goûts qu'il a rassasiés. Mais cette obscurité épaisse qui le cache à lui-même, n’empêche pas qu’il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui : en quoi il est semblable à nos yeux, qui découvrent tout et sont aveugles seulement pour eux-mêmes. »

(*1*) Pascal (Pensées, article II, 8) : "La nature de l'amour-propre et de ce moi humain est de n’aimer que soi et de ne considérer que soi " — Meré (maxime 531) : "C’est quelque chose de si commun et de si fin que l’intérêt, qu’il est toujours le premier mobile de nos actions, le dernier point de vue de nos entreprises..."

François de La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales

 

 

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29/10/2018

Athènes et Jérusalem

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« Les Grecs sont, avec les Juifs, la race du monde la plus férue de politique. Si désespérée que soit leur situation, si grave que soit le péril menaçant leur pays, ils restent divisés en maints partis, avec de nombreux chefs qui se combattent avec acharnement. On a dit très justement que partout où il y avait trois Juifs, on trouve deux premiers ministres et un chef de l’opposition ; il en est de même pour cette autre race ancienne et célèbre, dont la lutte pour la vie, tumultueuse et sans fin, remonte aux origines de la pensée humaine. Il ne s’est pas trouvé deux autres races pour marquer le monde d’une empreinte si profonde. Elles ont montré toutes deux une capacité de survie, malgré les périls incessants et les souffrances infligées par des oppresseurs étrangers, qui n’avait d’égale que leur pouvoir de fomenter éternellement des vengeances, des discordes et des convulsions intestines.

Le passage des millénaires n’a en rien modifié leur caractère ni diminué leurs épreuves ou leur vitalité ; elles ont survécu en dépit de toute l’hostilité du monde à leur égard, de tout le mal qu’elles ont pu s’infliger, et l’une comme l’autre, sous des aspects si différents, nous a légué l’héritage de son génie et de sa sagesse. Il n’y a pas deux autres cités qui aient compté autant pour l’humanité qu’Athènes et Jérusalem ; leurs messages religieux, philosophiques et artistiques ont été les phares dominants de la foi et de la culture modernes. Malgré des siècles de domination étrangère et d’une oppression aussi indescriptible qu’inimaginable elles restent dans le monde moderne des collectivités et des forces vivantes, actives, se disputant entre elles avec une insatiable ardeur. Pour ma part, j’ai toujours pris le parti de l’une comme de l’autre et je crois à leur invincible pouvoir de survivre à toutes les querelles internes et à toutes les tourmentes du monde qui menacent de les anéantir. »

Winston Churchill, Mémoires de Guerre, 1941-1945

 

 

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