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11/02/2020

Dictateur...

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10/02/2020

Hélium ?

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Elisabeth Roudinesco : "Dolto, Foucault, Matzneff : on ne fait plus la différence entre pédophiles et penseurs"

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Propos recueillis par Eric Favereau

 

Avec l’affaire Matzneff ont ressurgi des propos de Françoise Dolto sur la pédophile et la violence conjugale. Des propos qui, hors de leur contexte, et même s’ils méritent la critique, alimentent, selon l’historienne, une «légende noire» autour de la psychanalyste et de la psychanalyse. Elle pointe aussi la responsabilité des représentants de la discipline, isolés dans leur forteresse, se posant en victimes d’un complot.

En 1979, la revue féministe Choisir la cause des femmes publie, dans le cadre d’un ensemble sur «les enfants en morceaux», un long entretien avec la psychanalyste Françoise Dolto. A l’occasion de l’affaire Vanessa Springora-Gabriel Matzneff, le Canard enchaîné a reproduit le 8 janvier de larges extraits de cet article. La psy pour enfants y tient des propos déroutants, pour ne pas dire révoltants. On l’interroge sur les femmes battues, elle répond : «C’est le mari qui doit être aidé et non la femme battue.» Sur l’inceste, elle lâche : «Dans l’inceste père-fille, la fille adore son père et est très contente de pouvoir narguer sa mère !» Propos ahurissants, qui le sont d’autant plus aujourd’hui. L’affaire Matzneff a aussi déclenché une mise en cause d’intellectuels de renom, dont Françoise Dolto, accusés de complaisance vis-à-vis de la pédophilie à l’époque, ce qui est inexact dans le cas de la célèbre psychanalyste. Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse, revient sur cette violente polémique. Et tente de comprendre pourquoi le monde de la psychanalyse va si mal aujourd’hui.

-- Comment réagissez-vous à la polémique autour de certains textes de Françoise Dolto publiés dans le Canard enchaîné en janvier ?

Françoise Dolto tenait souvent des propos insensés, notamment quand elle a commencé à être célèbre et qu’elle répondait n’importe quoi à n’importe qui. Dans toutes les citations bien connues, recueillies depuis des lustres sur Internet, c’est toujours la même litanie : elle prend les enfants pour des adultes parce qu’elle leur reconnaît, à juste tire, un statut de sujet, confond l’inconscient avec le conscient et accumule des cas particuliers tirés de sa clinique, comme si elle s’adressait à un cercle d’initiés : les femmes battues désirent «inconsciemment» être battues, les enfants aiment séduire «inconsciemment» les adultes, notamment leurs pères, etc.

-- Cela s’appelle un dérapage, non ?

C’est plus grave qu’un dérapage, car le défaut majeur de ces propos, c’est de laisser croire à la puissance absolue de toute forme d’interprétation, fût-elle un délire du psychanalyste lui-même. Rien ne prouve en effet que toutes les femmes battues désirent «inconsciemment» être battues et que tous les enfants aiment «inconsciemment» séduire sexuellement des adultes. Et même si, au cours d’une cure, un tel constat peut être fait, en aucun cas on ne doit tirer d’un cas particulier une théorie générale, et en aucun cas on ne doit laisser un sujet en souffrance se complaire dans une telle situation. Surtout s’il s’agit d’un enfant qui n’est jamais consentant, quelle que soit la séduction qu’il puisse exercer sur un adulte.

Le problème, c’est que ces citations ne dépassent pas cinquante pages au regard d’une œuvre d’une trentaine de volumes. Et les attaques sont récurrentes. Cela permet d’occulter l’apport de Dolto dans le domaine de l’enfance. Le réductionnisme est toujours l’idéologie des imbéciles, que ceux-ci soient les adeptes d’une légende rose (Dolto a toujours raison, elle est géniale), ou les fanatiques d’une légende noire (elle est pédophile et vichyste).

-- Mais peut-on se contenter de cet argument ?

Evidemment non. Et c’est là qu’il faut critiquer la publication des œuvres posthumes de Dolto.

-- C’est-à-dire la censurer ?

Catherine Dolto, détentrice du droit moral sur les œuvres de sa mère, a écrit que celle-ci ne voulait pas que ses propos de 1979 soient reproduits car on lui faisait dire n’importe quoi : c’est exact. Mais pourquoi avoir laissé traîner, depuis trente-deux ans, toutes ces citations ? Pourquoi n’avoir jamais publié, avec des notes en bas de page, et de façon chronologique, la totalité des textes de Françoise Dolto ? Si cela avait été le cas, les citations auraient été replacées dans leur contexte, quitte à en faire une critique sévère. Depuis 1988, de nombreux livres, avec des passages insensés, ont été publiés dans le désordre et ils se sont vendus comme des best-sellers. Les adorateurs de Dolto vivent dans le culte évangélique de leur «sainte mamie», et face à l’adversité qui est rude, ils réagissent par l’indignation et le rejet de toute rationalité.

-- Ces propos de Dolto surgissent dans un contexte particulier, où la psychanalyse est profondément attaquée.

Oui, c’est un désastre. Dans une période où les ligues de vertu s’emploient à réviser les textes du passé, on ne fait plus la différence entre des pédophiles et des penseurs qui ont signé des pétitions favorables à la dépénalisation de l’homosexualité ou contre des lois abusives sur le détournement de mineurs. En bref, on met dans le même sac Dolto, Foucault, Matzneff, Deleuze, Cohn-Bendit : tous violeurs d’enfants.

-- Mais Lacan aussi pouvait avoir des propos insensés...

C’est différent. Françoise Dolto n’a pas la dimension intellectuelle de Lacan. Tous les deux formaient un couple fascinant, l’un avec la puissance conceptuelle, l’autre avec son génie clinique de l’enfance. Pour mettre fin à cette binarité - hagiographie d’un côté et démonologie de l’autre -, il faudrait une vraie biographie - comme celle que j’ai écrite sur Lacan en 1993 - et qui mette Dolto à sa vraie place de fondatrice de la psychanalyse de l’enfant en France, et en France seulement, et dont l’enseignement oral a fait merveille : fort heureusement, il y en a des traces, avec des transcriptions, des films et des émissions de radio. Mais elle n’a pas le statut de Melanie Klein ou de Donald Woods Winnicott, qui ont inventé de nouveaux concepts et dont les œuvres sont traduites et lues dans le monde entier, alors que Dolto est peu connue à l’étranger, notamment dans le monde anglophone.

La vie de Dolto est passionnante. Elle s’est arrachée, par la psychanalyse, à son milieu d’origine : l’extrême droite d’Action française. Il faut comparer son itinéraire à celui de Simone de Beauvoir et de bien d’autres femmes de sa génération qui ont su, par le travail et les études, se dégager de leur milieu.

-- Certes, mais c’est un coup porté encore sur la psychanalyse. Les propos de Dolto ne sont pas inventés par les médias…

Bien sûr qu’ils ne sont pas inventés, mais ils les ont manipulés de façon haineuse. Quant à la crise de la psychanalyse, dont l’enseignement est à l’agonie à l’université et a disparu des études de psychiatrie, les principaux responsables en sont les psychanalystes eux-mêmes, ceux de la génération née entre 1945 et 1965. Ils n’ont pas su combattre l’antifreudisme radical qui a explosé dans les années 90. Ils se sont isolés dans une forteresse sans changer ni leurs cursus ni leur conception binaire de l’histoire, se posant en victimes d’un complot de leurs ennemis, lesquels sont bien souvent stupides. Enfin, ils ont fait preuve d’une homophobie insupportable face aux changements de l’ordre familial. En 1999, réagissant au pacs, certains ont même dit que le mariage homosexuel était impossible car contraire au complexe d’Œdipe.

-- Mais pourquoi particulièrement les psychanalystes français ?

En effet, c’est un phénomène strictement français, même si le déclin existe ailleurs. Dans les autres pays, les psychanalystes vont beaucoup mieux qu’en France, ils se sont adaptés à la réalité, ont modifié leurs formations, n’ont pas méprisé les psychothérapies et ont fait preuve d’une vraie ouverture envers les historiens du domaine. Les psychanalystes français se sont pris pour supérieurs aux autres car ils pouvaient s’enorgueillir d’avoir eu Lacan, le dernier grand penseur du freudisme dont l’œuvre rayonne dans le monde entier et ne leur appartient plus du tout, comme celle de Freud d’ailleurs. A cet égard, les lacaniens idolâtres et les antilacaniens fanatiques se ressemblent : Lacan est leur objet fétiche.

-- Vous êtes bien sévère !

Non, je suis lucide. Les psychanalystes français ont fait de cette magnifique discipline une sorte de machine à tout interpréter : la politique, l’histoire, les événements, la subjectivité, etc. Et les médias adorent les convoquer pour fabriquer le profil psychologique de tel ou tel personnage célèbre (Macron, Sarkozy ou Strauss-Kahn), ce que j’ai appelé la psychologie de bazar.

-- Au passage, les analystes se sont braqués contre toute évaluation de leurs pratiques…

Si l’on veut évaluer les cures psychanalytiques à l’aune des principes de l’Inserm, cela ne va pas. Car on est dans le domaine de la subjectivité et le modèle diagnostic-traitement-guérison ne convient pas. Les comportementalistes ont eu le tort de croire que c’était possible et je leur souhaite bonne chance, ils vont droit dans le mur en se prenant pour des savants au même titre que les neurologues ou les biologistes

-- Mais qu’aurait-il fallu faire ?

Ranger la psychanalyse dans le domaine des sciences humaines, et certainement pas du côté d’une psychologie dite «scientifique». Il faut créer, comme partout dans le monde, des instituts privés pour former des psychanalystes en trois ans, après un cursus universitaire solide, et cesser de pratiquer des cures interminables, souvent silencieuses avec des interprétations qui ne tiennent pas debout. Il faut tirer la leçon des erreurs du passé et comprendre la formidable explosion des psychothérapies ainsi que la demande des patients qui, aujourd’hui, ne vont ni vers la psychanalyse ni vers le comportementalisme, mais vers le coaching, la méditation et autres thérapies qui n’ont rien de scientifique : soyez heureux dans un corps en bonne santé (happycratie), etc.

-- Quel avenir alors pour la psychanalyse ?

Ce qui va dominer, c’est la culture psychanalytique qui traverse l’art, la littérature, la philosophie. Freud est devenu un penseur incontournable dans le monde entier. Les débats entre historiens, philosophes et littéraires sont d’une grande richesse. Les cliniciens français doivent cesser d’être à la fois arrogants et déprimés.

-- Vous oubliez le bulldozer des neurosciences qui se prennent pour l’alpha et l’oméga de la raison…

C’est trop facile d’accuser les neurosciences. Pour autant, la croyance que tout est cérébral est une folie. Et pour un peu, les adeptes des neurosciences risquent d’être pris dans le même délire interprétatif que les psychanalystes. Il faut une triple approche pour traiter les maladies de l’âme : la chimie (psychotropes), l’environnement social, le psychisme (cure). Etre totalitaire, c’est aller vers l’échec.

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Dernier ouvrage paru : Dictionnaire amoureux de la psychanalyse, éd. Plon /Seuil (2017)

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SOURCE : Libération

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Ce que vous avez donné...

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09/02/2020

Droit...

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Une collégienne

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Ce pays est de plus en plus à ramasser à la p'tite cuillère... 

 

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Même pas peur...

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Audition devant la commission d’enquête sénatoriale

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Le mercredi 29 janvier 2020, Mohamed Louizi était auditionné par la "Commission d’enquête du Sénat sur les réponses apportées par les autorités publiques au développement de la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre". Voici le compte-rendu de son audition [1]...

 

Mme Nathalie Delattre, présidente -- Nous recevons maintenant M. Mohamed Louizi, que je remercie d’avoir accepté notre invitation. Monsieur, vous avez publié plusieurs ouvrages et chroniques dans lesquels vous témoignez notamment de votre passage chez les Frères musulmans.

Ce groupe représenterait aujourd’hui en France plusieurs milliers de personnes et aurait pour objectif la prise du pouvoir. Certains des experts que nous avons auditionnés ont insisté sur le fait que ce projet n’avait aucune chance de se réaliser. D’autres ont pointé le risque qu’ils font peser sur les Français de confession musulmane en s’immisçant dans l’organisation de la religion, en particulier de ce que l’on appelle l’islam de France.

Votre témoignage sur ce que sont les Frères musulmans, sur leur mode de recrutement et sur leur influence, nous intéresse donc particulièrement.

Je rappelle qu’un faux témoignage devant notre commission d’enquête serait passible des peines prévues aux articles 434-13, 434-14 et 434-15 du code pénal. Je vous invite à prêter serment de dire toute la vérité, rien que la vérité.

Conformément à la procédure applicable aux commissions d’enquête, M. Mohamed Louizi prête serment.

 

M. Mohamed Louizi, essayiste -- Je vous remercie pour ce travail d’utilité publique que vous menez dans un moment crucial pour la République française. Le monde traverse une période très compliquée, tant sur le plan sécuritaire que climatique. J’estime que les questions démocratique et climatique sont à placer au même niveau.

Je suis arrivé en France en novembre 1999. J’avais alors 21 ans et je venais poursuivre mes études. J’ai été approché par les Frères musulmans au Maroc dès l’âge de 13 ans, un âge où l’on est facilement entraîné par les activités proposées à une jeunesse laissée pour compte. À l’époque, il n’y avait que la famille, l’école, la mosquée et la rue. Le week-end, nous étions dans la rue. Je ne suis pas issu d’une famille riche. Mon père était imprimeur, puis, après un accident de la vie, un licenciement abusif, il est devenu chauffeur de taxi à Casablanca.

Dans ce contexte, des gens ont cru intéressant de proposer à cette jeunesse des activités supposées les aider à ne pas tomber dans le décrochage scolaire ou la drogue. Il s’agissait de sport, de camps de vacances. Tout était gratuit. Cela commençait par un contact convivial dans un match, puis on nous proposait de boire ou de manger quelque chose, pour enfin nous inviter dans une mosquée du quartier.

Les moyens d’approcher les cibles de l’islamisme sont divers : donner un peu d’argent, acheter des médicaments, un pantalon… Pour quelqu’un qui n’a jamais reçu de cadeau de sa vie, cela représente beaucoup.

Plus tard, on me dira que tous les jeunes qui sont en train de dealer de la drogue sont loin du droit chemin, de la voie du prophète, de l’exemple des compagnons. Les personnes qui me prennent en charge semblent avoir réussi socialement, ce sont des instituteurs, des commerçants.

Une fois cet attachement sentimental établi, on invite l’enfant à apprendre quelques versets du Coran. Chaque semaine, l’interprétation des textes prend plus de temps que la lecture des versets. Dans chaque quartier, des cellules se forment ainsi autour d’un instructeur et de quelques enfants. Puis nous partons en vacances au bord de la mer, gratuitement. Imaginez la joie d’un enfant qui n’a jamais quitté Casablanca !

La deuxième année, on nous apprend que le prophète a dit que celui qui guide quelqu’un vers le droit chemin aura une rétribution. On nous demande alors d’inviter un ami, de préférence un élève brillant.

La troisième année, on cible certains enfants de manière beaucoup plus assidue. On leur propose la lecture de certains livres, notamment de Qaradawi et d’Hassan al-Banna.

En 1996, la confrérie décide de proposer à quelques-uns - trois ou quatre sur une cinquantaine de personnes - de lui prêter allégeance. On flatte mon ego, on me propose de canaliser mon énergie dans un cadre un peu plus organisé. Tel fut le processus d’endoctrinement, en tout cas pour moi.

On prête allégeance comme dans une société secrète. Ce sont les Frères musulmans qui vous choisissent au terme d’un processus de cooptation. On est alors relié à une transcendance, à Dieu lui-même. Tous les droits et devoirs découlent de ce lien à Dieu. Parmi les piliers de l’allégeance, on compte l’obéissance, le djihad, l’effort. On exécute les ordres, sans chercher d’excuse ou de prétexte.

En outre, cette allégeance a pour conséquence de ne plus se sentir lié à sa patrie, pour moi à la nation marocaine. On appartient à quelque chose qui la transcende : l’Oumma islamique. Tant que je ne reçois pas d’ordre de ma direction, je n’ai aucune opinion sur les actions entreprises, ou les propos tenus par le roi du Maroc. Mais, lorsque le guide-suprême des Frères musulmans donne un ordre, même si celui-ci se trouve dans un autre pays comme l’Égypte, le Qatar ou encore en Turquie, sa parole est sacrée.

Je me souviens qu’en 1997/1998, Laurent Gerra devait se produire à Casablanca. Je ne le connaissais pas. Toutefois nous avons reçu l’ordre de boycotter son spectacle car les responsables des Frères musulmans au Maroc nous disaient qu’il est « juif et sioniste qui défend Israël ». Nous avons empêché l’organisation de ce spectacle. Nous avons exécuté cet ordre, sans réfléchir.

J’ai prêté ma première allégeance aux Frères musulmans marocains en 1996. Je suis arrivé en France en 1999, et moins d’une semaine après mon arrivée, j’ai été approché par les Frères musulmans, à savoir l’UOIF. De manière très concrète, du Maroc je suis arrivé en bus qui m’a posé à côté de la Gare Lille-Flandres le samedi soir. Le vendredi suivant j’ai fait la connaissance des Frères musulmans locaux dans une salle de prière qu’ils tenaient à la Cité scientifique à Villeneuve d’Ascq, au cœur de l’Université de Lille 1. L’imam était frère musulman. La connexion était faite. Je n’étais plus dépaysé.

Mme Jacqueline Eustache-Brinio, rapporteur -- Quand avez-vous quitté les Frères musulmans ?

M. Mohamed Louizi -- Le premier contact que j’ai eu avec les Frères musulmans en France date de novembre 1999. On m’a proposé dans l’année de rejoindre l’UOIF. Toutefois, je n’avais pas l’autorisation de mon responsable à Casablanca. J’ai dû attendre l’été, mon retour à Casablanca et l’obtention de son autorisation pour rejoindre cette organisation. J’ai prêté allégeance à l’UOIF l’année d’après, et y suis resté jusqu’en octobre 2006. J’étais président de l’association des étudiants musulmans de France-Lille ainsi que secrétaire administratif de l’association cultuelle de la mosquée de Villeneuve d’Ascq (AAEC) et vice-président chargé de la culture de son association culturelle (ACEV).

Mme Jacqueline Eustache-Brinio, rapporteur -- Qu’est-ce qui vous a fait quitter les Frères Musulmans ? À quelles difficultés avez-vous été confronté ?

M. Mohamed Louizi -- J’ai quitté les Frères musulmans principalement en raison d’une rupture idéologique et du concept de non-violence. Ce cheminement s’est fait entre 2004 et 2006. Le 4ème pilier de l’allégeance aux Frères musulmans est le djihad armé. On le retrouve dans « l’épitre des enseignements » écrite par Hassan Al-Banna et traduite en français par Médiacom, société frériste. Hassan Al-Banna consacre au djihad armé un chapitre entier dans ses épîtres : « L’épître du djihad » que j’ai traduite intégralement dans Pourquoi j’ai quitté les Frères musulmans. Or, au Maroc, la question de l’usage de la force pour opérer un changement de la société ne se posait pas. En effet, les Frères musulmans marocains, à la suite de l’assassinat d’un cadre socialiste, Omar Benjelloun, en 1975 et sous la pression étatique et populaire, ont été obligés de se prononcer en faveur de la solution pacifique, et de prendre leur distance avec la violence. Certes, certains éléments contredisent les discours, mais de manière générale, la question de la violence pour changer les choses au Maroc ne se pose pas. J’ai donc été étonné de découvrir en France, lors de l’étude de ces épîtres la place qu’occupe le djihad armé dans les esprits. Par ailleurs, je suis tombé sur un livre que j’avais ramené avec moi depuis le Maroc, écrit par un auteur syrien, Jawdat Saïd, intitulé Doctrine du premier fils d’Adam : la problématique de la violence dans l’action islamiste et publié, pour la première fois, en 1966. Ce livre prône la non-violence au sein du monde arabe. D’ailleurs son auteur est parfois surnommé « le Gandhi du monde arabe ». Les Frères musulmans ont combattu ce livre. Ils l’ont marginalisé. Mais l’année 1966 a également été marquée par l’exécution en Égypte de Sayyid Qutb, théoricien du djihad armé et auteur de Jalons sur la route, une référence pour les djihadistes. Le monde arabe était donc face à un choix : le recours au djihad armé ou la non-violence et le progrès. Nous avons débattu de ce sujet au sein de l’UOIF en 2003 et 2004, en vain.

Mme Sylvie Goy-Chavent -- Qui finance les Frères musulmans en France ? Quels moyens utiliser pour lutter efficacement contre leur propagande ? M. Mohamed Louizi -- Une petite partie de leur financement vient des membres ordinaires de la confrérie. Ils doivent en effet verser 2,5 % de leur salaire mensuel à la confrérie. Cela passe à 5 % lorsque vous vous élevez au sein de l’organisation. Enfin, lorsque vous êtes un moudjahidine, il n’y a plus de « plafond » de versement. La confrérie peut prendre l’ensemble de vos revenus. À cela s’ajoutent les sources de financement étrangères. Leurs provenances varient en fonction des décennies et sont plurielles. Ainsi, alors que les Émirats arabes unis combattent aujourd’hui les Frères musulmans, avant 2014, ils participaient à leur financement. Il en est de même pour l’Arabie Saoudite qui était également un financeur. Le Qatar a toujours aidé les Frères musulmans. Le livre de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, intitulé Qatar Papers le montre. D’ailleurs, ils n’ont présenté dans leur livre qu’une petite partie de l’ensemble des documents qu’ils ont pu collecter. J’ai participé à la conception du projet de la mosquée de Villeneuve D’Ascq. Dans plusieurs articles de La Voix du Nord datant de cette période, le président de cette mosquée expliquait que celle-ci était financée à 100 % par des fidèles français : 80 % des fonds proviennent de fidèles du Nord, et 20 % de fidèles se trouvant sur le reste du territoire français. Or, le livre Qatar Papers montre que cette affirmation est fausse : quelques millions d’euros viennent de la Qatar Charity. Je pense également que le Koweït a participé de manière officieuse au financement des Frères musulmans en France.

Vous m’interrogiez sur les moyens de combattre leur propagande islamiste. J’ai publié chez Fondapol une note intitulée Libérer l’islam de l’islamisme, dans lequel je fais plusieurs propositions. Certaines sont symboliques comme la ratification par les imams d’une charte républicaine. Mais l’une des recommandations me tient particulièrement à cœur : la protection de la jeunesse. Il est anormal que les Frères musulmans soient financés par l’argent public pour payer les salaires d’un certain nombre d’établissements privés dits musulmans. Or, dans les faits on est en présence d’une école privée d’idéologie islamiste. J’ai en tête au moins trois établissements scolaires : le lycée Averroès à Lille, le lycée Ibn Khaldoun à Marseille et le lycée Al Kindi à Lyon. Xavier Bertrand vient de supprimer les subventions pour le collège-lycée Averroès (45 000 euros). C’est un premier pas. Mon avocat et moi-même avions essayé d’obtenir les résultats du rapport d’inspection de l’académie de Lille réalisée au lycée Averroès, en 2015. Personne n’y a accès.

Il me semble également important de renforcer la traçabilité et la surveillance des flux d’argent étrangers. En outre, en ce qui concerne le CFCM, il faut abolir la règle de la représentativité au mètre carré. Cela donne une prime à la construction de mosquées cathédrales - c’est-à-dire à ceux qui bénéficient de financements extérieurs - qui obtiennent ainsi plus de délégués.

Mme Nathalie Delattre, présidente -- Nous avons bien compris à votre parcours que le processus d’embrigadement était très individualisé. Vous-même avez exercé des responsabilités vis-à-vis de la jeunesse, des étudiants notamment, et fait preuve de prosélytisme. Avez-vous un ordre de grandeur du nombre de jeunes vers lesquels vous avez mené des actions prosélytes ? Depuis votre départ des Frères musulmans, avez-vous pu reprendre contact avec ces jeunes ? Comment arrivez-vous à faire prendre conscience de la dérive frériste ? Est-ce difficile ? Aviez-vous des objectifs de prosélytisme par an ?

M. Mohamed Louizi -- Nous n’avions pas d’objectifs chiffrés. Le but était de trouver la perle rare. Cela pouvait prendre deux ou trois ans. Nous pouvions approcher trois étudiants, comme dix étudiants. J’estime de 1 000 à 1 500 frères musulmans en Europe - je parle des membres de la confrérie ayant prêté allégeance, pas des sympathisants, dont presque 800 en France. Lorsque j’ai quitté la confrérie en 2006, nous étions à peu près 600.

Je vous ai indiqué le rôle qu’a joué le chapitre sur le djihad armé dans mon départ des Frères musulmans. Cette réflexion m’a animé pendant trois ans. L’élément déclencheur de mon départ a été un débat que j’ai organisé à l’université de Lille 1 sur le recours à la violence. Un intellectuel musulman syrien qui participait à ce débat a expliqué qu’en démocratie, l’État disposait d’un monopole de la violence, du recours à la force. Lorsqu’un citoyen a un problème, c’est vers l’État qu’il doit se tourner pour résoudre celui-ci. L’État doit garantir le droit. Or, les Frères musulmans n’ont pas d’attachement à l’État - mais à la Oumma islamique - et ne le reconnaît en tant qu’institution, ainsi que ses valeurs, que lorsque cela lui est favorable. Amar Lasfar et deux de ses lieutenants ont assisté à ce débat. Cette manifestation a illustré pour moi le double discours des Frères musulmans : le discours public prônant la non-violence et celui moins pacifiste tenu au sein de la confrérie.

Deux autres personnes ont quitté les Frères musulmans en même temps que moi. Je me suis alors rendu compte du fonctionnement sectaire de cette confrérie, et de la forte pression sociale et familiale qu’elle exerçait. Par exemple, on a exigé de ma femme qu’elle divorce au motif que j’étais devenu apostat. Cela signifie que les Frères musulmans considèrent leur idéologie égale à celle de l’islam. Pour eux, quitter les Frères musulmans revient à quitter l’islam. Heureusement que je vivais en France… À partir de ce moment-là, tout se referme autour de vous. Par exemple, sur les quelque trois cents numéros enregistrés dans le répertoire de mon téléphone, seuls deux étaient encore en contact avec moi.

En mars 2007, j’ai décidé d’ouvrir un blog intitulé « Ecrire sans censures ! ». Auparavant j’intervenais sur un forum un peu communautaire appelé mejliss.com. Je garde des captures d’écran témoignant d’un déversement de haine. Il était impossible de débattre avec ces personnes. Toutefois, je me suis dit qu’au nom de l’éthique - car j’avais entraîné des personnes vers les Frères musulmans -, je devais témoigner. J’ai écrit douze articles d’une série intitulée Mosquée dans la cité : réalités et espoirs. Je raconte l’intérieur de la confrérie, de la direction d’une mosquée - en prenant celle de Villeneuve d’Ascq en exemple -, les tractations idéologiques qui s’y passent et la production du discours. J’en conclus à chaque fois que cette idéologie est mortifère. De 2007 à 2015, j’ai publié 250 papiers de blog. Au soir du 7 janvier 2015, je vois Amar Lasfar indiquant sur CNews que l’islam est la religion de la paix. C’est peut-être vrai, mais ce n’est pas l’islam des Frères musulmans. J’ai décidé de changer ma manière d’expliquer. Au début, je m’attaquais à l’idéologie. Désormais, je donne des noms de personnes et d’associations, pour expliquer comment le réseau s’organise. Peut-être que ce réseau ne prendra jamais le pouvoir en France. Toutefois, cela n’est pas important pour lui : il suffit qu’il prenne le pouvoir de l’autre côté de la Méditerranée et qu’il forme un noyau dur ici en infiltrant des sociétés, des partis politiques, des entreprises, des associations, des clubs de sport… Cela suffit largement. Depuis 2015, aucun journal français n’a osé republier les caricatures de Mahomet. Demandons-nous pourquoi.

Ce matin, j’ai entendu les déclarations de Mme Belloubet disant qu’insulter une religion est une atteinte à la liberté de conscience. C’est incroyable. Les islamistes arrivent à pousser le politique, à le faire reculer sur ce qui fait la sève de la République. Cela devient problématique et dangereux. La France de 1999 et celle de 2020 n’est plus la même ; je le regrette.

Mme Jacqueline Eustache-Brinio, rapporteur -- Nous avons rappelé cet après-midi à la ministre qu’il n’y avait pas en France d’atteinte à la liberté de conscience lorsque l’on critique une religion. Votre parcours est intéressant. Vous avez écrit un livre intitulé La République chez elle, l’Islam chez lui. On peut le généraliser à toutes les religions. Le ministre de l’intérieur m’a indiqué cet après-midi, pour nuancer les propos de la ministre de la justice, que l’État devait protéger les religions. Je ne suis pas sûre que ce soit son rôle. L’État doit-il protéger les religions ? Ne doivent-elles pas se protéger seules ? Que pensez-vous de l’AMIF (Association musulmane pour l’islam de France) puisque le président de la République veut s’appuyer sur celle-ci pour bâtir un islam de France ? Cela fait plus de dix ans que l’État français a pris l’initiative d’organiser la religion musulmane. De manière provocante, le meilleur moyen ne serait-il pas de dire que l’État n’a pas à s’en occuper ? Pourquoi s’acharner à vouloir organiser un culte alors que l’on n’y arrive pas ?

M. Mohamed Louizi -- Mon premier livre est sous-titré « Retour éclairé vers un islam apolitique ». Qu’est-ce qu’un islam apolitique ? J’ai donc écrit un deuxième livre : Plaidoyer pour un islam apolitique, immersion dans l’histoire des guerres des islams. J’estime que c’est une chance que la République ne fasse rien et laisse aux croyants faire ce travail de critique, de sape des fondations de l’islam politique. L’État n’a pas à dire ce qui est la bonne ou la mauvaise foi. Cela ne le regarde pas. Si l’État veut intervenir dans la gestion, qu’il transforme le CFCM en un syndic de copropriété des murs et meubles des mosquées. Tout ce qui est foi, conception philosophique ou pratiques religieuses ne le regarde pas. Dans cet islam politique, tout le corpus politique est contraire à l’islam tel que je le comprends. Je pense aux mutilations génitales ou à la viande halal. En 2003, l’État a décliné un certain nombre de sujets comme le halal ou les carrés confessionnels dans les cimetières. Dans un islam apolitique, il n’y a pas de place pour un carré musulman. Comment des organisations islamistes peuvent-elles prôner le vivre-ensemble mais exiger, en même temps, de l’État le mourir-séparé ? Ce n’est pas qu’une question juridique. Il y a quelques jours, se tenait à l’Élysée le 30ème anniversaire de la signature par la France de la Convention internationale des droits de l’enfant. Comment peut-on accepter en 2020 que des pratiques religieuses ancestrales restent pratiquées comme l’excision et la circoncision ? Ce débat existe entre les intellectuels arabes et musulmans. Pourquoi en France n’aurait-on pas le droit d’aborder ces questions ? L’État n’a pas à s’immiscer dans les débats internes à la religion, dans la critique de la religion. Il faut que l’État rappelle la liberté de conscience. C’est son devoir, mais qu’il laisse les fidèles de la religion mener le combat d’idées nécessaires pour sortir cet islam ancestral de l’impasse. Notre foi n’a aucun problème avec la modernité, la science, avec l’autre ou avec l’universel. Elle se conjugue à tous les temps mais à condition qu’elle ne définisse pas la loi, le contenu des assiettes, ne délimite pas les carrés pour les musulmans et les non-musulmans, comme pour prolonger dans l’au-delà la division islamiste du monde entre Dãr al-Islam (domaine de l’islam), d’un côté, de Dãr al-Harb (domaine de la guerre), de l’autre.

La déclaration de Mme Belloubet s’inscrit dans un processus. Ce n’est pas une phrase sortie de son contexte. Je souhaite évoquer le document rédigé par l’institut Montaigne en juillet 2016 intitulé « L’islam français, le connaître et l’organiser ». Ce document n’a jamais été publié. Quand je l’ai rendu public, Hakim el-Karoui ne l’a pas contesté, au contraire, il a certifié son authenticité sur mon compte Twitter. Il explique en des termes clairs le projet de l’AMIF, qui vise aussi « l’aggiornamento de la loi 1905 », avant même l’élection du Président de la République. S’en suivra un premier rapport de l’institut Montaigne, en septembre 2016, intitulé « Un islam français est possible ». Puis, deux ans plus tard, en septembre 2018, un deuxième rapport « La Fabrique de l’islamisme ». Entre deux, Hakim El Karoui va publier en janvier 2018 son livre L’islam, une religion française. Tout cela participe à créer un mouvement comme s’ils bénéficiaient de l’aval de l’État pour agir. Or, ils n’ont aucune légitimité. C’est un think tank. Ce n’est pas une assemblée élue. Ils peuvent faire des propositions, mais encore faut-il qu’elles soient conformes au cadre constitutionnel, à l’histoire de la France, à l’avenir auquel nous aspirons tous. Or, ce n’est pas le cas. Dans mon livre La République chez elle, l’islam chez lui, j’explique les liens entre l’institut Montaigne et le Qatar, je reviens sur plusieurs points factuels, pour expliquer que le projet de l’AMIF est favorable à l’islam politique, et notamment aux Frères musulmans. On a demandé à un certain nombre de Frères musulmans de se détacher de la confrérie pour ne pas faire tâche d’huile. Je pense à Tareq Oubrou et Mohamed Bajrafil. On veut nous vendre ce projet comme une solution. Or, ce n’est pas une solution, mais un danger.

La réunion est close à 18 h 40.

 

[1] Ce compte rendu est accessible ici, sur le site du Sénat

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Source : Blog de Mohamed Louizi

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08/02/2020

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Entretien avec Jacques Hogard : Kosovo, histoire d’une trahison

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Eglise orthodoxe à Kosovska Mitrovica au nord du Kosovo, cœur historique et spirituel de la Serbie

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Bombardée durant 78 jours par l’OTAN, la Serbie n’est pas sortie indemne de ce qui reste, dans la mémoire collective, comme la Guerre du Kosovo. Vingt ans après, le Colonel Jacques Hogard revient sur ces évènements qui ont donné un coup à l’identité même de la civilisation européenne et qui marque, encore aujourd’hui, une région historique du vieux continent.

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Dans votre ouvrage, vous parlez beaucoup de l’amitié multiséculaire qui existe entre la Serbie et la France. Qu’en est-il véritablement et comment a-t-elle évolué au cours des siècles ?

Je me suis toujours intéressé à l’histoire de la Serbie et des Balkans en général. J’avais pour cela des raisons familiales, car j’ai un grand-oncle qui a été tué en 1917 comme jeune officier sur le Front d’Orient et dont ma grand-mère m’avait beaucoup parlé dans ma jeunesse ; mais aussi pour des raisons personnelles à parti du moment où j’étais susceptible d’y être moi-même engagé. C’est en particulier mon père, officier général en retraite, qui m’a rappelé un certain nombre de choses à la veille de mon départ pour les Balkans en tout début d’année 1999. L’histoire de la Serbie ressemble à une « chanson de geste » tant les Serbes forment un peuple de poètes, de paysans et de soldats. Ils n’ont pas oublié leur passé, contrairement à ce qu’on constate hélas trop souvent en France de nos jours. Ils s’en souviennent et veillent jalousement sur la transmission de leur histoire et de leurs traditions.

En Serbie, on commémore chaque année Hélène d’Anjou qui y est réputée être une cousine de Saint-Louis et qui a épousé le roi Stefán Uroš Ier. Elle est à l’origine, au temps du premier royaume serbe, de ce premier lien très fort entre la France et la Serbie. C’est l’époque où la France bâtit ses cathédrales et la Serbie, de splendides monastères qui couvrent encore aujourd’hui, malgré la folie destructrice des rebelles albanais, la province du Kosovo, cœur spirituel et identitaire du pays. L’histoire de cette amitié prend date à ce moment-là.

Lors de la bataille du « champ des merles » en 1389, les cloches de Notre-Dame de Paris ont sonné à toute volée pour annoncer la victoire des Serbes et de la chevalerie chrétienne au Kosovo. Mais hélas, quarante-huit heures plus tard, elles vont au contraire sonner le glas annonçant la défaite… Tout cela contribue à créer des liens très forts, affectifs, entre la Serbie et la France et qui demeurent très chers aux Serbes, encore aujourd’hui. Ce qui nous vaut, à nous Français, d’être toujours aimés en Serbie malgré les événements récents et les vicissitudes de l’époque contemporaine. Je pense notamment aux années 90, en Bosnie puis au Kosovo, où la France en suivant l’OTAN dans ses aventures guerrières, a contribué à disloquer la Yougoslavie.

Cette Yougoslavie moderne et communiste de Tito, qui est née en 1945, était de fait l’héritière du royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes qui était né à l’issue de la Première Guerre mondiale autour de la Serbie, pays qui a donné la dynastie des Karageorgévitch, laquelle est devenue la maison royale yougoslave.

L’amitié franco-serbe a bien sûr connu des parenthèses dans l’Histoire. Elle fut toutefois magnifiée pendant la Première Guerre mondiale avec l’armée d’Orient et des chefs militaires toujours honorés aujourd’hui en Serbie, comme le Maréchal Franchet d’Espèrey, le Général Sarrail, le Général Tranié ou l’Amiral Guépratte. Cette relation s’est développée au XXe siècle, des officiers serbes venant faire l’École de guerre en France, par exemple. Le Général de Gaulle avait lui-même une grande estime et admiration pour le Général Draga Mihailovitch, chef de l’armée royale de la Résistance contre les Allemands lors de la Deuxième Guerre mondiale et qui, trahi par les Alliés a été abandonné à Tito qui l’a assassiné.

Tout cela est l’histoire de notre amitié, parfois tumultueuse.

 

Comment expliquez-vous que dans les années 90, la France soit aussi prompte à attaquer la Serbie ?

Il faut tout distinguer deux attitudes. Celle du Président de la République, François Mitterrand, qui, est au début du conflit, s’adressant à Bernard-Henri Lévy, affirme que « moi vivant, jamais je n’attaquerai la Serbie ». François Mitterrand était en effet un homme cultivé, qui avait été bien formé politiquement dans sa jeunesse et qui restait marqué par l’exaltation de l’amitié franco-serbe. Chirac n’avait pas cette culture ni cette éducation. Il avait eu certes, un bon réflexe en Irak en refusant de se joindre aux Américains pour renverser Saddam Hussein, avec les conséquences que l’on connait, mais là, face à la situation en Yougoslavie, il a au contraire commis la lourde erreur de se joindre à la coalition américaine. À sa décharge, il faut rappeler que l’on était alors en période de cohabitation et que son Premier ministre, Lionel Jospin appartenait à ce groupe des sociaux-démocrates alors au pouvoir dans la quasi-totalité des pays d’Europe, qui unanimement voulaient la guerre et le démantèlement de la Yougoslavie.

 

Il semble qu’un double-jeu ait été joué par l’Allemagne ?

Non, je ne pense pas que l’Allemagne ait joué un double-jeu dans cette affaire, au contraire il me semble qu’elle a été cohérente avec elle-même. Je dirai plutôt que c’est nous les Français qui avons joué un double-jeu. Les Allemands ont toujours été pro-croates, pro-slovènes éventuellement, mais surtout anti-serbes. Ils ont joué leur propre partition dans cette entreprise de démolition de la Yougoslavie en soutenant l’indépendance autoproclamée de la Slovénie puis surtout, de la Croatie. C’est ainsi qu’il y eut cette guerre aussi atroce qu’imbécile entre la Croatie et la Yougoslavie, c’est-à-dire la Serbie, avec toutes ses conséquences dramatiques. Tel l’épisode de la République serbe de Krajina qui, a contrario de son homologue de Bosnie, n’a pas survécu à ces événements. Il y a eu des drames épouvantables, car ce sont des centaines de milliers de gens qui se sont retrouvés projetés sur les routes, sous les bombardements, provoquant de nombreuses pertes humaines, dans des conditions tragiques.

 

Quelle est l’attitude des Serbes vis-à-vis de la France qui a fait partie intégrante de la coalition engagée au Kosovo ?

La France s’est alors alignée derrière l’OTAN et l’Union européenne, ce qui, pour les Serbes, a été ressenti comme une trahison. Et malgré cela, les Serbes ne nous en veulent pas. Je prends l’exemple symbolique du monument à l’amitié franco-serbe élevé à Belgrade, entre les deux guerres mondiales, dans ce magnifique parc du Kalemegdan qui entoure la citadelle. Il vient, d’ailleurs, d’être refait à neuf, et ce, grâce à une souscription franco-serbe. En 1999, il avait été voilé d’un drap noir pendant les bombardements de Belgrade, tant les Serbes étaient ulcérés de la trahison française. Ils l’ont voilé, mais ne l’ont pas détruit. Puis il a été dégradé avec des inscriptions anti-françaises lors des dernières prises de position de la France à propos du Kosovo. Mais jamais détruit. En juillet dernier, c’est là qu’Emmanuel Macron lors de son voyage officiel en Serbie prononça son fameux discours en partie en serbe. C’est paradoxal, mais les Serbes ne nous en veulent pas. C’est un peu « irrationnel », c’est vrai. Dans un ménage aux fondations solides, vous pouvez avoir de graves disputes, mais l’amour prédomine toujours. C’est un peu ce qu’il se passe entre la France et la Serbie.

 

Pourquoi, en 1999, l’OTAN bombarde soudainement le Kosovo ? Y a-t-il un événement déclencheur à cette attaque ?

Le Kosovo est la suite logique de la Bosnie hélas. Il fallait aller jusqu’au bout de l’opération décidée à Washington et à Berlin de démanteler la Yougoslavie, et d’affaiblir davantage encore la Serbie qui en était le pilier principal. Le meilleur moyen d’y parvenir était de l’amputer de sa province du sud qui en est le cœur spirituel, culturel et identitaire : le Kosovo. Cette province a connu au XXe siècle une évolution démographique qui a fait passer la majorité serbe au rang de minorité, et la minorité albanaise de minorités à une position de plus en plus majoritaire. Les familles serbes autrefois nombreuses, voire très nombreuses, sont devenues très rares, tandis que la population albanaise à majorité musulmane et polygame s’est développée, renforcée par les mouvements de population albanaise d’Albanie vers le Kosovo, tandis que s’installait une véritable épuration ethnique des Serbes, d’abord progressive puis brutale à partir de 1999. Cette seule constatation devrait nous faire réfléchir, nous Français, car nous sommes confrontés exactement à la même menace existentielle.

 

Vous pensez donc que ce qu’il s’est passé au Kosovo peut prendre la même ampleur en France ?

Si l’on ne fait rien, la population d’origine étrangère et musulmane en France sera majoritaire dans les années 2050/60. Ce n’est pas moi qui le prétend, ce sont les démographes et les organismes spécialisés qui nous le disent et nous l’expliquent ! C’est au fond cela le véritable problème du Kosovo. Il a pris d’autant plus d’ampleur que la communauté internationale s’en est saisie sous l’impulsion de l’administration Clinton et de Madeleine Albright.

Les États-Unis, et leur bras armé qu’est l’OTAN décident d’en finir avec cette question à l’automne 1998. Les soi-disant négociations de Rambouillet de mars 1999 n’ont pas d’autre objet que d’amener la Serbie à claquer la porte tant les conditions qui lui sont imposées sont inacceptables. Elles échouent logiquement. Et puis, c’est la guerre et les bombardements. L’UE suit servilement, ce qui va exactement dans le sens de ce qu’a proclamé récemment Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN : « l’Union européenne et l’OTAN sont les deux faces d’une même pièce ». On voit bien que l’Union européenne ne possède aucune indépendance vis-à-vis des États-Unis, car l’OTAN en fait un jouet sont ils disposent aisément, selon leurs propres intérêts.

 

L’OTAN a-t-elle réussi à investir la péninsule balkanique ?

S’agissant de la continuité sans interruption de l’action de l’OTAN contre la Serbie, il faut citer également le cas actuel du Monténégro, qui est un État historiquement serbe, composé toujours aujourd’hui de 70% de Serbes. Mais en 2006, les États-Unis et l’OTAN ont réussi à le séparer de la Serbie. De ce fait, la République fédérale de Yougoslavie, qui était alors réduite à la Serbie et au Monténégro, a volé en éclats. Djukanović, le président actuel du Monténégro, est véritablement sous influence de l’OTAN et de l’Union européenne, au point de persécuter maintenant l’Église Orthodoxe serbe. En effet, sa nouvelle loi sur la « liberté religieuse », qui est analogue à celle de 1905 en France, entraîne une spoliation des biens de l’Église orthodoxe, mais entend surtout éradiquer la foi orthodoxe serbe, pilier de l’identité monténégrine et de l’unité des peuples serbes. Samo Sloga Serbina Spasava !

 

Pour revenir sur la question du Kosovo, comment avez-vous pu constater que cette région constituait véritablement le socle spirituel de la Serbie ?

C’est très simple : le Kosovo est recouvert d’un manteau de monastères très anciens, d’églises, de chapelles qui constituent ce que l’on peut appeler le patrimoine culturel et spirituel chrétien du peuple serbe. Au « Champ des Merles », la bataille de Kosovo Polje en 1389 a eu lieu à proximité de Pristina, au cœur de la Province. Les plus vieilles dynasties serbes, tels les Nemanjic, mêlant souverains et saints Serbes, je pense en particulier à Saint Sava, père de l’Église et de la Nation serbe, y ont vécu, régné et prié. Le Patriarcat orthodoxe serbe a son siège à Pec, en plein Kosovo.

L’action de la rébellion albanaise, l’UCK, a visé à chasser les Serbes par la terreur et l’épuration ethnique et à faire du passé table rase en détruisant les monastères, les églises, en persécutant les religieux et religieuses. En 1995, l’UCK est encore une organisation désignée comme terroriste par les États-Unis ! Ce mouvement rebelle s’oppose alors à la relativement modérée « ligue démocratique du Kosovo » albanaise, dirigée par Ibrahim Rugova qui prône la non-violence et la discussion avec Belgrade. Mais les Américains, les Allemands, l’UE préfèrent en définitive l’UCK qui va être soutenue financièrement et matériellement par eux dès 1996. Cela débouche logiquement sur l’insurrection armée.

À ce propos, je viens de voir un très bon film, Balkan Line, qui donne une idée juste et fidèle de cette époque et du comportement de l’UCK. Nous sommes sur une ligne d’affrontement très ancienne, et il faut bien sûr se garder de tout manichéisme : personne ne fait plus la guerre en dentelles ! Mais les Serbes sont chez eux, c’est leur terre, celle de leurs ancêtres, c’est leur berceau historique et une fois encore spirituel. Peuple très attaché à sa Foi, il ne pourra jamais renoncer au Kosovo et à son patrimoine orthodoxe et serbe.

 

Vous terminez votre ouvrage par ces mots, qui reprennent votre titre, « Une Europe, du moins une certaine Europe, est morte à Pristina ». Comment analysez-vous cette ultime sentence ?

Pourquoi ce titre, volontairement un peu provocateur ? Il m’est venu spontanément lorsque j’ai entendu ce personnage néfaste et maléfique qu’est Bernard Kouchner, dire en prenant ses fonctions de gouverneur nommé par l’OTAN et l’UE à Pristina : « L’Europe est née à Pristina » ! Cela m’a fait sursauter et m’a tellement indigné que je me suis dit que non, bien sûr : l’Europe était morte à Pristina. Lui voulait parler de l’UE, mais l’Europe est celle de la chrétienté et des nations souveraines, indépendantes et sœurs. L’Europe est toujours là, peut-être fatiguée et vieillie, mais elle existe. Quand nous allons aujourd’hui au Mont-Saint-Michel, au Barroux, ou bien à Budapest, au monastère de Decani au Kosovo, ou encore au mont Athos, à Moscou ou à Athènes, nous nous apercevons que l’Europe chrétienne n’a pas disparu. Ce n’est pas de cette Europe-là dont je parlais bien sûr quand je disais qu’elle était morte à Pristina, mais bien de l’UE. C’est véritablement le « machin » européen qui est tombé à Pristina ! Le président Macron a dit que l’OTAN était en « état de mort cérébrale ». Et bien comme il s’agit là d’une des deux faces de cette même pièce dont l’autre face est l’Union européenne, nous pouvons penser la même chose de cette dernière ! En ce qui me concerne, j’ai écrit qu’elle était morte, tout simplement par indignité tant elle a failli dans l’affaire yougoslave, et ce, de manière terrible.

 

La résolution 1244 des Nations Unies est-elle toujours effective ?

Elle n’a jamais été dénoncée et dans le contexte de 1999, elle stipulait qu’il fallait mettre en place une administration internationale temporaire au Kosovo pour stabiliser le conflit, désarmer l’UCK et mettre un dispositif de protection international qui n’avait pas vocation à durer. Il n’était évidemment pas question « d’indépendance ». Cela évoque donc bien une situation temporaire, c’est-à-dire qu’à un moment donné, la Serbie devait reprendre sa pleine et entière souveraineté sur le Kosovo.

Cette résolution 1244 existe, mais n’est pas appliquée et je dirais même qu’elle est bafouée par l’Union européenne, l’OTAN et la France. Le Président Poutine, lors de son voyage en Serbie en janvier 2019, a rappelé que cette Résolution était toujours en vigueur. Il s’est ainsi étonné de ne pas voir l’armée, la police et la gendarmerie serbe déployées au Kosovo, réflexion qui soit dit en passant, permet de penser que ce qui s’est produit il y a vingt ans au Kosovo ne se passerait pas aujourd’hui, avec le retour sur la scène internationale de la Russie, grande puissance restaurée, avec laquelle il faut désormais compter.

Dans le contexte actuel, le droit international semble n’être qu’une chimère, dont les États-Unis d’Amérique se fichent éperdument comme ils viennent encore de le montrer en assassinant sur le sol irakien le général iranien Qassem Suleimani !

C’est à l’ONU de redorer son blason et de se faire respecter. En commençant par faire respecter l’esprit et la lettre de ses résolutions et notamment le Résolution 1244 !

 

Pourquoi la Russie ne souhaite pas reconnaître le Kosovo ? Y a-t-il des intérêts stratégiques, économiques et politiques derrière ce choix ?

Il y a d’abord des raisons de principe. La Russie, comme la Chine d’ailleurs, est attachée aux principes de respect du Droit international. Mais la position de la Russie et de la Chine n’est cependant pas soumise aux mêmes enjeux.

La Russie éprouve une authentique solidarité slave et orthodoxe avec la Serbie. On peut constater aujourd’hui le retour du religieux aussi bien en Serbie qu’en Russie. Depuis 2012, l’administration serbe au pouvoir s’est posé la question de savoir de quel côté il fallait basculer : Europe de l’Ouest ou Russie ? Je pense qu’aujourd’hui, leur choix est quasiment entériné : se rapprocher régulièrement de l’Europe de l’Ouest, mais certainement pas au détriment du rapprochement frère avec la Russie, dont le prestige et le rayonnement, notamment au Moyen-Orient et en Afrique sont de retour.

 

La Chine refuse, elle aussi, d’approuver l’indépendance du Kosovo

La Chine entretient aussi des liens importants avec la Serbie. L’ancien président Nikolić (2012-2017) est d’ailleurs le président de l’Alliance sino-serbe, organisme qui régit les rapports culturels d’État et les rapports économiques entre la Chine et la Serbie.

La Chine s’intéresse à la Serbie, car c’est un « porte-avion » en pleine Europe, du moins en Europe balkanique. Pour la Chine, il est important de déployer son influence partout dans le monde et notamment sur le continent européen. La Serbie dont l’économie est faible, ruinée par des années de guerre et les bombardements de l’OTAN, l’intéresse donc au premier chef.

Poutine, par ailleurs, regarde avec attention cette Chine qui monte en puissance, parallèlement avec son pays la Russie, laquelle demeure un glacis protecteur naturel pour l’Europe face aux ambitions de Xi Jinping, un glacis infiniment plus protecteur que ne sauraient l’être les Américains.

 

Quels sont les autres pays qui souhaitent participer, d’une manière ou d’une autre, à la reconstruction de la Serbie ?

Il existe d’autres visées étrangères sur la Serbie qui a tant besoin d’investisseurs ! On peut citer les Émirats arabes unis qui investissent beaucoup en Serbie : ainsi la compagnie aérienne Air Serbia, qui a été créée sur les décombres de la YAT, est à présent détenue majoritairement par les Émirats. Il faut en être conscient, car cela souligne aussi cruellement l’absence de la France. Il y a tout de même des projets : si la modernisation et l’extension de l’aéroport de Belgrade ont été confiées à Vinci, le chantier du métro de Belgrade traîne depuis des décennies, car c’était Alstom qui était chargé des études préliminaires, mais l’entreprise a été vendue ! Il y aurait aussi beaucoup d’opportunités pour les PME françaises en Serbie. Depuis le début des années 90, la Serbie s’est vue construire délibérément par les Anglo-Saxons une mauvaise réputation, ce qui ne pousse pas les étrangers à venir s’y installer.

Il y a eu des périodes où la Serbie a connu des difficultés, mais elle est en train de réémerger et son premier objectif, aujourd’hui, est de redevenir une puissance économique normale. C’est un pays ruiné et nous en avons une part de responsabilité comme allié de l’OTAN et membre de l’UE! Le salaire moyen à Belgrade se situe entre 380 ou 400€. Même si le niveau de vie n’est pas le même, comment voulez-vous vivre décemment avec cela ? Et tous les Serbes sont condamnés, sauf les quelques oligarques bien sûr, à trouver des solutions relevant du système D pour arriver à survivre. Ce n’est pas sain.

 

Quelle est la situation des Serbes au Kosovo, surtout depuis les pogroms de 2004 ?

Les pogroms de 2004 ont fait fuir de nouveau une grande partie des Serbes, et les persécutions se poursuivent, ce qui amène à constater que la minorité serbe au Kosovo est chaque année encore plus minoritaire. En 1999, il devait rester 400 à 450 000 Serbes ; nous sommes aujourd’hui entre 50 000 et 80 000.

L’épuration ethnique, menée par l’UCK au pouvoir et soutenue par l’Union européenne et l’OTAN, a donc hélas réussi au Kosovo.

Mais il reste des Serbes dans quelques grosses enclaves, notamment celle du nord du Kosovo et à Grakanica, à côté de Pristina.

Le plus terrible, ce sont les petites enclaves isolées, victimes de toutes les exactions et persécutions. C’est parfois une famille, ou même un vieillard et sa femme qui se barricadent dans leur ferme le soir, avant de se faire ravager leur champ dans la nuit, voler leur dernière poule ou leur ultime chèvre et de se faire menacer de mort. La petite population serbe qui est autour de Djakovica s’est ainsi fait interdire l’accès à l’église pour la nuit de Noël. Tout cela démontre que la situation des Serbes au Kosovo est dramatique. Nous faisons semblant de ne rien voir, exceptés quelques articles qui sortent parfois dans Valeurs Actuelles ou dans le Figaro Magazine, journaux honnêtes et courageux sur cette question. Le sort des Serbes au Kosovo n’intéresse pas grand monde, en tout cas à l’Ouest.

 

Comment analysez-vous les récentes élections législatives qui ont eu lieu au Kosovo ?

L’UCK a été battue, mais ceux qui ont pris leur place sont des Kosovars mondialistes, certes moins virulents et moins extrémistes en apparence. Cela ne va pas changer le sort des Serbes ou des Roms qui ont été l’autre grande victime de l’affaire ni les Goranis.

La vraie question, aujourd’hui, du pseudo-état du Kosovo est celle de l’épuration ethnique qui s’y poursuit. L’objectif des Albanais, mis au pouvoir par la coalition internationale en 1999, est de vider le Kosovo des derniers Serbes. Se pose le problème des monastères, car ce sont des bâtiments très anciens et dont certains sont inscrits au patrimoine de l’humanité. Je connais un certain nombre de ces moines très courageux et déterminés, mais combien de temps cela durera-t-il à partir du moment où l’étau se resserre et que l’État kosovar veut promulguer des lois de spoliation analogues à celle du 26 décembre au Monténégro ? Les moines qui occupent ces monastères ne seraient donc plus que de simples locataires et c’est la première étape pour les chasser définitivement. Une communauté humaine est en péril et un patrimoine humain très ancien, culturel, considérable, est en danger également : l’héritage chrétien du Kosovo est en péril. Nous connaissons la méthode kosovare : détruire. Si l’on démantèle, il n’y a plus de traces et on peut réinventer le passé. C’est la vieille technique de la table rase.

 

Pour conclure, je voudrais faire une analogie avec la France. On voit que dans certaines régions, la présence étrangère est très importante. Allons-nous vers une situation semblable à celle qui se déroule au Kosovo ?

Il y a vingt ans, au Kosovo, des Serbes que j’ai rencontrés m’ont dit que l’on allait connaître le même problème en France. À l’époque, j’avais retenu cette phrase, mais cela m’avait simplement effleuré et ne m’avait pas paru être quelque chose d’aussi urgent, puissant et réel. Or, cela l’est, on le voit bien aujourd’hui.

Le premier problème, maintenant en France, est celui de l’immigration qui nous submerge. Contrairement à l’immigration précédente, que la France avait toujours su assimiler, cette nouvelle vague ne veut pas s’intégrer parce qu’elle est musulmane sunnite et wahhabite, elle prône un islam absolument intolérant et primaire, qui ne veut pas s’assimiler, au contraire du chiisme qui est un islam plus élaboré, plus construit et plus respectueux et civilisé. L’islam primaire des wahhabites est prosélyte, comme nous pouvons le constater, dans nos banlieues, ou l’argent des pétro-monarchies lui permet de financer son expansion et de développer son emprise sur les communautés étrangères grâce à des imams incultes prônant la charia. Or, si l’on ne fait rien, et que l’on ne prend pas en main courageusement le problème de l’immigration, de l’islamisation, mais aussi de la démographie, en instituant une politique familiale courageuse, forte, très active et déterminée, nous courrons à notre perte. Cela je dois le dire m’inquiète évidemment lorsque je pense à nos descendants, car nous sommes sur notre terre, comme les Serbes le sont sur la leur au Kosovo.

Et nous ne nous pourrons en aucun cas nous en laisser déposséder, pas plus que de notre identité façonnée par la Foi chrétienne et l’héritage des civilisations grecque et romaine.

 

Avez-vous des livres ou des films à recommander pour approfondir la question du Kosovo et de la Serbie ?

Il existe de très bons ouvrages : les livres de Dusan Bataković, par exemple, qui fut un universitaire très connu, grand historien, mais aussi ancien ambassadeur de Serbie en France, en Grèce et au Canada et qui était parfaitement francophone et francophile. Il a notamment écrit un petit livre sur le Kosovo : Kosovo, la spirale de la haine, que j’ai lu en partant en mission au tout début 1999 et que j’étais bien content de lire et consulter pour me permettre de comprendre.

Batakovic a également écrit un très bon livre que je recommande, sur l’amitié franco-serbe : « La Serbie et la France, une amitié atypique ».

Il y a aussi l’ouvrage, plus récent, de Nikola Mirkovic, « Le martyre du Kosovo ».

Et puis, dans un autre genre, il faut citer ce film récent « Balkan Line », que l’on trouve en DVD et qui est remarquablement fait. C’est un excellent film, sans fausse note et qui a été réalisé par une production russo-serbe. Il se situe à un moment charnière, c’est-à-dire à la veille de l’intervention de l’OTAN au Kosovo, au moment où la brigade russe de Bosnie se déploie sur l’aéroport de Pristina, prenant de court les alliés. Pour moi qui était sur place, son réalisme est frappant.

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SOURCE : Revue Conflits

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Goutte d'Or : "Pourtant je suis de gauche, je suis vraiment de gauche"

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"Pourtant je suis de Gauche, je suis vraiment de Gauche..."

Mouaaaahaaaa ha ha ha ha !

 

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Deux vitesses...

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Laurent Obertone : "Sur les questions d'immigration et d'insécurité, l'opinion majoritaire se tait"

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La meilleure forteresse des tyrans...

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