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31/08/2011

...à quoi bon occulter nos racines?

=--=Publié dans la Catégorie "Brèves"=--=

 

«...à quoi bon occulter nos racines ? Elles ont fait éclore sur la damasserie de nos terroirs l'épure romane puis cistercienne, la dentelle gothique,les harmoniques de la renaissance, les surabondances du baroque, les mélancolies du romantisme...Toutes les figures de notre imaginaire en procèdent... »

Denis Tillinac

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Complexité de l'engagement

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

Jacques Chancel : Lucien Rebatet, vous avez choisi Hitler, ce qui, pour les Français, était une trahison. Vous avez été condamné à mort, et peut-être vous êtes-vous renié. Vous avez été gracié et peut-être avez-vous été surpris. Ma première question va peut-être vous surprendre : avez-vous honte de tout ce qui s’est passé ?
Lucien Rebatet : Ah ! pas le moins du monde ! Si j’avais honte, je ne serais pas à ce micro. Je me suis battu pour la cause que je croyais bonne [...] A partir de 1934, j’ai vu les choses tourner très mal. A tort ou à raison, je n’en sais rien. Enfin, plus exactement, les événements de 1940 m’ont donné raison à bien des titres.
Appartenant à l’Action française, j’avais toujours été, non pas antigermain, mais hostile au pangermanisme. La preuve ? Je me suis abonné à L’Action française en 1927 pendant que je faisais mon service en Rhénanie. Là, j’étais en contact avec l’Allemagne et je voyais renaître le pangermanisme ; je voyais les affiches du père Hindenburg dans toutes les gares, dans toutes les rues, et je trouvais cela très dangereux.
J’étais à ce moment-là, partisan de casser la figure à Hitler.
 
J. .C. : Vous avez vite changé après !
L. R. : Ce n’est pas que j’ai changé… Non pas du tout. J’étais partisan de lui casser la figure. Mes amis de gauche, à ce moment-là d’ailleurs, se moquaient de moi ; ils me disaient : « Cela va être un phénomène extrêmement passager. Le peuple allemand le balaiera rapidement ». Moi, j’allais en Allemagne et je rapportais les images, dans mes reportages, d’un peuple qui était tout à fait, tout entier derrière son Führer. Alors, cela irritait déjà les gens. Raconter la réalité passait pour une sorte de nazisme.
 
J. .C. : Vous êtes l’auteur de deux livres très importants, le premier aux responsabilités illimitées : Les Décombres et Les Deux étendards… Parlons des Décombres. Vous vous voulez pamphlétaire, vous êtes souvent excessif, toujours horrible, parfois juste […] Vous rendez-vous compte que vous avez mis en marche une mécanique dangereuse… aux retombées dramatiques ?
L. R. : Je me rends très bien compte de l’importance que j’ai pu avoir. J’ai toujours protesté contre les écrivains… contre les opinions politiques qu’ils peuvent défendre dans leurs livres sans les engager, en quelque sorte. La thèse de libéralisme dans ces opinions me paraît absurde. J’ai été condamné à mort, j’ai trouvé que c’était normal.
 
J. .C. : Trouvez-vous normal d’avoir été gracié ?
L. R. : Oui, étant donné que les fabricants du mur de l’Atlantique avaient quatre ans de prison. Tout devenait anormal au niveau des journalistes… et des policiers qui, ayant travaillé avec les mandats des juges, repassaient devant ces mêmes juges qui les condamnaient à mort. Ce sont les deux catégories de Français qui ont payé le plus cher. Mais oublions les journalistes. Nous sommes dans certains cas des combattants. Il faut savoir payer le bonheur d’écrire ce que l’on pense… C’était normal. Pour les policiers ce fut ignoble… Ces gens-là n’avaient fait qu’obéir aux ordres.
 
J. .C. : J’ai relu Les Décombres, Lucien Rebatet. Votre mitraillette a couché bas une importante catégorie de Français. Je vais vous rappeler quelques-uns de vos phrases…
L. R. : Allez-y !
 
J. .C. : « L’espérance, pour moi, est fasciste… »
L. R. : Je ne peux pas dire que j’aie tellement changé à ce point de vue-là. Il va falloir que nous montions très haut dans les digressions… Allons-y. Je ne suis pas du tout, en principe, hostile à la démocratie, moi. Au fond, je suis républicain. Mais il y a une question de latitude, vous comprenez… Cela marche très bien en Suède, pays ascétique, protestant, puritain, enfin… puritain autrefois ! Mais en dessous d’une certaine latitude, cela ne marche plus… Un Américain m’a dit un jour cette chose qui m’a beaucoup frappé : « En France, vous n’avez jamais compris que la démocratie se mérite ! […] Il est évident que les gens qui sont les plus proches de nous… jusqu’à un certain point, s’appellent communistes. Pourquoi ? Parce que ce sont nos ennemis mortels."
 
J. .C. : Je ne suis pas communiste, mais j’ai des amis… disons des camarades dans le Parti…
L. R. : Moi je n’en ai pas.
 
J. .C. : Manque de libéralisme ?
L. R. : Il n’est pas question de libéralisme quand il s’agit de communistes. Avec eux, vous savez ce qu’est un délit d’opinion. Le délit d’opinion, c’est la « bave de la vipère lubrique »… Alors avec ces gens-là, on ne discute pas.
 
J. .C. : C’est votre affaire… Voici une autre phrase que vous avez écrite : « Les bras tendus à vous, mes camarades SS de toutes les nations… »
L. R. : Oui, là évidemment, c’est beaucoup plus difficile à expliquer. Il y a eu des SS qui se sont déshonorés. Les gardiens des camps, le S.D. surtout qui était un épouvantable appareil policier. Tout ce qui entourait Himmler n’était pas beau. Mais la Waffen SS a eu de bons soldats. Ils ont été peut-être très durs au combat, mais reconnaissez aujourd’hui, on les imite un peu partout !
 
J. .C. : Lucien Rebatet, comment peut-on être encore raciste, de nos jours ?
L. R. : Personnellement je ne suis pas raciste. Je trouve que toutes les races ont leurs qualités. Mais c’est le monde qui est raciste… On est là à dire : « Enfin, c’est invraisemblable qu’il y ait encore des racistes dans le monde… » Soyons sincères… Comment se comporte la moitié de l’univers ? Vous croyez que les Chinois ne sont pas racistes ? J’irai même jusqu’à dire que les Flamands, à l’heure actuelle, les Flamands, dans leur querelle avec les Wallons le sont également.
C’est évidemment idiot d’appeler cela du racisme, puisque nous sommes tous de la même race blanche. Mais si vous voulez, c’est la lutte entre le Nord et le Sud… Les Tyroliens du Tessin ne veulent absolument pas cohabiter avec les Napolitains. Comment appelez-vous cela ? Disons alors que c’est de la xénophobie pour ce qui concerne les frictions entre les races blanches… Mais ailleurs le racisme est intense. Vous ne croyez pas ?
 
J. .C. : Regrettez-vous toutes les phrases que vous avez pu prononcer ?
L. R. : Il y a des phrases que je ne récrirais certainement pas aujourd’hui, mais j’étais au combat… Quand on se bat – nous nous sommes battus –, on tire. Et si on tue l’adversaire, il est rare qu’on le regrette.
 
J. .C. : Vous êtes reconnaissant et fidèle, tenace et rancunier…
L. R. : Rancunier ? Non… non… mais j’aime que tout le monde fasse son mea culpa. La guerre est une chose abominable en soi ; nous avons tous notre part de responsabilité énorme dans ces horreurs… Aujourd’hui, je passe pour un pro-américain. Cela ne m’empêche pas de reconnaître bien des erreurs de l’Amérique. Pendant la guerre, on me prenait pour un horrible hitlérien… Parce que je protestais contre les épouvantables bombardements américains sur l’Allemagne, sur des villes sans défense comme Dresde…
 
J. .C. : Oui, mais vous avez vanté les « grandes qualités », le « côté épanoui d’Hitler » et vous l’avez dit à différentes reprises… Vous étiez vraiment l’homme de cet homme…
L. R. : Je ne dis pas que le personnage ne m’ait pas impressionné à partir d’un certain moment… Comprenez-moi : j’avais su sa réussite en Allemagne, sa réussite sur le plan intérieur… Si Hitler n’avait pas fait la gaffe monstrueuse, pangermanique et stupidement raciale, de considérer les Slaves comme un peuple inférieur, il aurait été reçu en libérateur. La Russie venait d’attraper dix années de stalinisme… Tout le monde sait très bien – des quantités de soldats allemands me l’ont dit – qu’en Ukraine par exemple, ils étaient accueillis en libérateurs. Hélas ! quarante-huit heures après, ce bon peuple était mis aux travaux forcés. Alors naturellement, c’était fichu.
 
J. .C. : Si vous n’aviez pas été amené au fascisme, si vous n’étiez pas devenu par la force des événements, le héraut de cette conduite à droite… vous auriez pu être le champion de la gauche. Simple question de vent dans les révolutions… Pourriez-vous être gauchiste aujourd’hui ?
L. R. : Je ne crois pas. Finalement, toutes les révolutions sont idiotes. Elles arrivent toujours au bout d’un certain temps à regrouper les profiteurs et à tuer les pauvres bougres qui ont fait le travail. Mes expériences me démontrent la faillite de toutes les révolutions, quelles qu’elles soient.
 
J. .C. : Lucien Rebatet, vous m’avez dit renier certaines phrases. J’ai compris que vous ne reniez pas du tout votre vie. Nous sommes en 1970… vous reste-t-il beaucoup d’amis ?
L. R. : Des amis… il m’en reste beaucoup, naturellement… Comme tous les gens qui ont été engagés dans un combat difficile. Et j’en ai d’un peu tous les bords. Les hommes avec lesquels je ne m’entends plus, ce sont les renégats…
 
J. .C. : Qu’appelez-vous « renégats » ?
L. R. : Claude Roy, par exemple… Il était notre chouchou. Il nous léchait les pieds – il faut bien employer les expressions réelles. Nous l’avons sauvé des camps des prisonniers allemands en 1940, nous l’avons fait passer en zone libre. Il a travaillé pendant trois ans à la radio de Vichy. A la Libération, on le retrouve communiste et le voilà qui refuse de signer pour la grâce de Brasillach… J’appelle cet homme-là un renégat.
 
J. .C. : On a le droit de changer d’idées !
L. R. : A ce point-là, non !
En revanche, il y a des résistants, tout à fait authentiques, des gens qui se sont battus, avec lesquels je suis très bien. Pour eux, j’ai beaucoup d’estime et ils me le rendent… Je crois.
 
J. .C. : Vous vous dispersez un peu !
L. R. : C’est vrai. Je suis un dilettante, en toutes choses. Aujourd’hui, nous sommes à l’ère des professeurs et des pédants. Moi je vais des Décombres à la musique…
 
J. .C. : Si vous aviez écrit vos Décombres en période gaulliste, quel en aurait été le thème principal ?
L. R. : J’aurais tracé le même tableau, qui me paraît très véridique, des prodromes de la guerre et de notre défaite de 1940. Bien entendu, j’aurais remplacé la dernière partie par une sévère description de l’imposture gaulliste, de ses méfaits (décolonisation ratée, abandon stupide et lâche de l’Algérie, chimère de l’Europe jusqu’à l’Oural, détérioration de la monnaie) camouflés sous la politique dite de grandeur.
 
J. .C. : Vous n’êtes pas athée, mais vous êtes mécréant, cela vous l’avez dit. Et pourtant, Dieu existe…
L. R. : J’ignore totalement s’il existe un être suprême. Je suis agnostique. C’est l’humilité qui convient, me semble-t-il, à notre nature humaine, et qui entraîne bien entendu un refus de toutes les religions, avec leurs systèmes et leurs dogmes présomptueux. Dans mon ignorance métaphysique, ce dont je suis sûr, c’est de l’inanité de ces systèmes et de ces dogmes qui, s’il existe un au-delà, sont l’obstacle millénaire à notre connaissance de cet au-delà.
 
J. .C. : Comment voyez-vous demain ? Comment réagissez-vous par rapport à vos idées ?
L. R. : Pour ma part, je suis au-delà du nationalisme. Je me sens d’abord européen, comme je l’étais à vingt ans, avant ma crise maurrassienne. Je suis persuadé que c’est dans l’Europe fédérée que la France jouera son meilleur rôle et atteindra la vraie prospérité. Je regrette que le grand peuple russe, qui a tant donné à l’Europe durant le XIXe siècle, ne puisse actuellement prendre sa place dans cette fédération. S’il trouvait en lui-même la force de rejeter le système soviétique, ce serait le plus beau jour de ma vie.
 
Propos recueillis par Jacques Chancel en 1970 et publiés dans le recueil Radioscopie

 

 

Lucien Rebatet

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30/08/2011

Père, je te rends grâces de m'avoir exaucé

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« …prenons le cas de Lazare, qui est la résurrection la plus connue opérée par jésus, et celle qui est décrite avec le plus de détails. Elle se passe comme suit. Deux dames amies de jésus l'envoient chercher; leur frère Lazare est alité et malade, elles souhaitent que jésus vienne le guérir. Que fait jésus? Il commence par ne pas venir. Il dit : "Cette maladie n'est pas mortelle; elle est pour la gloire de Dieu : elle doit servir à glorifier le Fils de Dieu." Il se comporte (notons, pour être juste : d'après l'évangéliste Jean) comme se comporte tout chef politique des temps modernes et actuels, quand il est confronté à un événe­ment inopiné et désagréable il cherche automatiquement à l'exploiter à son profit et à s'y tailler une publicité personnelle.

Qu'il y ait un malade en train de souffrir est secon­daire. Beaucoup plus important est de savoir comment mettre en scène la guérison de ce malade de la façon la plus spectaculaire, afin d'accroître son propre prestige et de renfor­cer le mouvement de ses partisans. Jésus s'y prend d'une façon radicale et carrément bru­tale. Il attend que Lazare soit mort, et il déclare à ses disciples qu'il se réjouit de ne pas avoir été plus tôt auprès de lui, et ce, dit-il, "pour que vous croyiez". Et c'est seulement alors qu'il se rend, tout tranquillement, suivi de sa troupe, jusqu'au village de Lazare, où il arrive avec quatre jours de retard.
Les deux dames, Marie et Marthe, sont déçues - on peut le comprendre. "Si tu étais venu plus tôt, disent-elles, notre frère ne serait pas mort." Jésus prend cela pour une offense à sa majesté, il se met en colère et les tance verte­ment, devant la communauté en deuil, disant qu'elles n'ont pas à pleurnicher et à se plaindre, mais à croire, entendons : en lui, le Fils de Dieu, à qui rien n'est impossible. Puis il ordonne qu'on le conduise jusqu'au tom­beau, non sans faire en chemin quelque chose qui touche le coeur, à savoir verser aux yeux de tous une larme, ce qui produit aus­sitôt sur le public l'effet voulu. "Voyez comme il l'aimait!" murmure la foule. Par­venu devant le tombeau, une sorte de caverne fermée par une plaque de roche, Jésus ordonne : "Enlevez la pierre !"
L'une des soeurs suggère qu'il vaudrait mieux s'abs­tenir, le mort étant déjà là depuis quatre jours et commençant à sentir, mais jésus balaie l'objection et de nouveau remet cette femme à sa place : qu'elle ferme sa gueule et qu'elle croie! - Pardon, ma citation n'est pas tout à fait exacte, le Messie s'exprime en termes un peu plus choisis :«Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu?» Ainsi parle-t-il. On enlève alors la pierre. Le moment décisif est venu. La foule retient son souffle : on l'imagine, les yeux rivés d'abord sur le caveau obscur, puis tournant vers jésus des regards pleins d'espoir; on se représente les partisans et les adversaires (il y en a aussi) qui tendent l'oreille et préparent de quoi noter, pour que pas un mot du maître ne leur échappe et que le moindre détail soit rapporté.

Le récit de jean se lit comme un reportage fait après coup, on a l'impression d'assister à un spectacle média­tique d'aujourd'hui, il ne manque plus que les caméras de télévision. Là, gros plan sur jésus : avant de passer à l'action, il fait monter encore la tension dra­matique par une manoeuvre dilatoire consis­tant à la fois à délivrer son message et à dévoiler, avec une franchise proprement effrontée, le but de propagande qu'il assigne à l'événement. Il lève les yeux vers le ciel et s'adresse à Dieu, qu'il appelle son Père, lui disant : "Père, je te rends grâces de m'avoir exaucé. Je sais bien que tu m'exauces tou­jours; mais c'est pour tous ces hommes qui m'entourent que je parle, afin qu'ils croient". »

Patrick Süskind, Sur l’amour et la mort

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29/08/2011

Ce que nos enfants n'apprennent plus au collège

=--=Publié dans la Catégorie "PARENTHÈSE"=--=

 


778 : Roland sonnant du cor, à la bataille de Roncevaux, où les Sarrasins ont battu l'armée franque. A son côté, son épée Durandal. L'épisode a peu à voir avec la réalité historique, mais il a nourri l'imaginaire français. (Rossignol/Editions Hoebeke)

Le saviez-vous ? Clovis, Saint Louis ou François I er , mais aussi Henri IV, Louis XIV ou Napoléon ne sont plus étudiés dans les collèges français ! Rayés des programmes ou relégués en option. Raison invoquée par l'Education nationale: il faut consacrer du temps, entre la sixième et la cinquième, à «l'enseignement des civilisations extra-européennes», de l'empire du Mali à la Chine des Hans. C'est ce scandale pédagogique et culturel que dénonce l'historien Dimitri Casali dans son salutaire Altermanuel d'histoire de France (Perrin), dont Le Figaro Magazine publie des extraits. Superbement il lustré, l'ouvrage se présente comme un complément idéal aux manuels scolaires recommandés (ou imposés) par les professeurs de collège. Qui fixe les programmes scolaires en histoire ? L'enquête du Figaro Magazine montre que la question engage l'avenir de notre société.

Clovis, Charles Martel, Hugues Capet, Louis IX, dit Saint Louis, François Ier, Louis XIII ont disparu des instructions officielles de sixième et de cinquième. Le programme de sixième passe sans transition de l'Empire romain au IIIe siècle à l'empire de Charlemagne, soit une impasse de six siècles. Les migrations des IVe et Ve siècles (les fameuses «invasions barbares»), pourtant fondamentales dans l'histoire de l'Europe, ne sont plus évoquées.

Ces absences sont incompréhensibles. Comment comprendre la naissance du royaume de France sans évoquer Clovis? Comment mesurer «l'émergence de l'Etat en France » sans appréhender le règne de Louis IX? La Renaissance sans connaître François Ier? «L'affirmation de l'Etat » sans expliquer Louis XIII et Richelieu? Tous les historiens s'accordent sur l'importance de ces personnages et de leur œuvre, non seulement politique, mais aussi économique et culturelle.

Le règne de Louis XIV est quant à lui relégué à la fin d'un programme de cinquième qui s'étend sur plus de mille ans d'Histoire. Faire étudier aux élèves en fin d'année scolaire cette longue période (1643-1715) tient de la mission impossible, sachant que les enseignants peinent à boucler des programmes surchargés. Ce règne est de plus noyé dans un thème «L'émergence du "roi absolu" » qui s'étend du début du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle. C'est ainsi tout un pan de l'histoire de France qui risque d'être partiellement ou - au pire - pas du tout traité. Le règne de Louis XIV est pourtant décisif, tant dans l'affirmation du «pouvoir absolu» que dans le rayonnement de la civilisation française, en France et à l'étranger, à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. Le Brun, Le Nôtre, Hardouin-Mansart, Lully, La Fontaine, Corneille... Autant d'artistes et d'écrivains qui risquent de n'être jamais évoqués dans les classes.

A côté des «oubliés» et des «relégués» des programmes, il y a les «optionnels»... L'une des originalités des nouveaux programmes réside en effet dans le système des options, censé permettre à l'enseignant de construire son propre parcours pédagogique. Si cette démarche est intéressante, elle n'en montre pas moins rapidement ses limites... Ainsi, dans le thème 1 («Les bouleversements culturels et intellectuels») de la partie IV («Vers la modernité») du programme de cinquième, les enseignants doivent faire étudier «la vie et l'œuvre d'un artiste ou d'un mécène de la Renaissance ou un lieu et ses œuvres d'art». Ils pourront donc enseigner, par exemple, Léonard de Vinci ou Laurent de Médicis ou la chapelle Sixtine, mais pas les trois. Dans le thème 2 («L'émergence du "roi absolu"») de la partie IV, ils doivent choisir un règne entre le XVIe siècle et 1715. François Ier, Henri IV, Louis XIII ou Louis XIV. Le choix est impossible.

Parmi ces périodes optionnelles figure le premier Empire (1804-1815). En classe de quatrième, dans le seul chapitre consacré à la Révolution et l'Empire, «La fondation d'une France moderne», l'étude doit être menée à travers un sujet donné. Il y a cinq propositions, dont trois excluent totalement la période impériale :

- Invention de la vie politique;

- Le peuple dans la Révolution;

- La Révolution et les femmes;

- La Révolution, l'Empire et les religions;

- La Révolution, l'Empire et la guerre.

Bref, le premier Empire ne donnera lieu, au mieux, qu'à un éclairage thématique. Dans trois cas sur cinq, il ne sera pas étudié ! Ajoutons que cette période a disparu du nouveau programme de seconde.

A-t-on peur des grands personnages ?


Elevé sur le pavois par ses soldats, comme le veut la coutume, Clovis est reconnu roi des Francs, à Tournai, en 481. Agé de 15 ans, il est alors maître de toute la Gaule. (Editions Hoebeke)

Clovis, Louis IX, François Ier, Louis XIII, Louis XIV, Napoléon Ier... La disparition ou l'amenuisement de ces souverains et de leur règne laisseraient-ils penser qu'ils n'ont plus de réalité historique? Leur importance n'est pourtant pas remise en cause par les historiens. Comment expliquer alors «l'optionnalisation» du premier Empire en quatrième et sa disparition en seconde? S'agirait-il de gommer un régime jugé trop autoritaire, trop militariste et trop expansionniste? De même, Clovis et Louis IX, dit Saint Louis, seraient-ils devenus trop politiquement «connotés» pour être cités dans les instructions officielles? La même question peut être posée concernant la relégation du règne de Louis XIV en fin de programme de cinquième. Pourquoi faire disparaître ou réduire des règnes notamment caractérisés par le rayonnement de la France à l'étranger? Il est à craindre que la règle du «politiquement correct» ait été appliquée aux programmes, conception moralisatrice de l'enseignement qui tient de la manipulation de l'Histoire.

Faire étudier aux élèves Clovis, François Ier ou Napoléon Ier n'a pourtant rien de réactionnaire en soi. Il ne s'agit bien évidemment pas d'en revenir à une lecture hagiographique, providentielle, épique, patriotique ou dogmatique des «grands personnages», que des générations d'historiens ont bien heureusement remise en cause et déconstruite. Au contraire, il faut présenter aux élèves la complexité de ces hommes, inscrits dans leur époque, sans anachronisme, ni tabou, ni mythologie, et à la lumière des dernières recherches historiques. C'est justement l'étude de leur vie, de leurs actions, de leurs œuvres, de leurs façons de concevoir le monde qui les débarrassera des clichés, des stéréotypes et des images d'Epinal. L'Histoire est toujours la meilleure réponse au mythe. Ces personnages ont aussi une valeur pédagogique car ils permettent d'humaniser une Histoire souvent désincarnée, et sont susceptibles de susciter chez les enfants une véritable émotion, assez proche de celle ressentie lors d'un spectacle.

Ce ne sont pas seulement des personnages historiques, des périodes et des règnes majeurs qui sont écartés, réduits à la portion congrue ou devenus optionnels. Des textes fondateurs, des traités et des lois décisives sont tout simplement passés à la trappe: le serment de Strasbourg (842), l'un des plus anciens textes en langue romane, le lointain ancêtre du français; le partage de Verdun (843), qui dessine une nouvelle carte de l'Europe d'où sont issus les Etats européens; l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), qui impose l'usage du français dans l'administration à la place du latin, constituant ainsi une étape clé dans l'unification du royaume de France. La relégation du règne de Louis XIV en fin de programme de cinquième rend extrêmement difficile sinon impossible l'étude de la révocation de l'édit de Nantes (1685), qui marque l'interdiction du protestantisme en France et entraîne l'exil de plus de 250.000 protestants. L'histoire des arts n'est pas épargnée. Le précédent programme de quatrième prévoyait l'étude d'extraits du Bourgeois gentilhomme (1670), des Châtiments (1853) et des Misérables (1862), permettant d'inscrire Molière et Victor Hugo dans leur époque, de mesurer l'importance historique de leur œuvre et de faire prendre conscience aux élèves de leur génie littéraire. Or, les deux plus grands auteurs de la littérature française ont disparu des nouveaux programmes...

Le risque du "zapping" historique

Les instructions officielles imposent l'étude de plusieurs civilisations extra-européennes à certaines périodes :

Au choix, «la Chine des Hans à son apogée», c'est-à-dire sous le règne de l'empereur Wu (140-87 avant J.-C.), ou «l'Inde classique aux IVe et Ve siècles», au sein de la partie «Regards sur des mondes lointains» représentant 10 % du temps consacré à l'Histoire de la classe de sixième - Au choix, l'empire du Ghana (VIIIe-XIIe siècles), l'empire du Mali (XIIIe-XIVe siècles), l'empire Songhaï (XIIe-XVIe siècles) ou le Monomotapa (XVe-XVIe siècles), au sein de la partie «Regards sur l'Afrique» représentant 10 % du temps consacré à l'Histoire de la classe de cinquième. Cette partie comprend l'étude de la naissance et du développement des traites négrières (traites orientales et internes à l'Afrique noire).

La connaissance des histoires de la Chine, de l'Inde ou de l'Afrique est importante et passionnante, notamment à l'heure de la mondialisation. Cependant, force est de constater que, mathématiquement, ces nouvelles thématiques s'intègrent dans les programmes aux dépens de parties capitales de l'histoire de France ou de l'Europe. Il ne s'agit pas, bien sûr, d'établir une quelconque hiérarchie aberrante entre les civilisations: le règne de Louis XIV (1643-1715) n'est ni supérieur ni inférieur à celui de Kankou Moussa, roi du Mali de 1312 à 1332. Il faut tout simplement parvenir à un bon équilibre entre l'étude de l'histoire de France et celle des civilisations extra-européennes.

Le contraste est saisissant avec le nouveau programme de seconde qui est, quant à lui, marqué par un européocentrisme caricatural. Le monde n'y est en effet perçu qu'à l'aune de l'Europe: «Les Européens dans le peuplement de la Terre», «Nouveaux horizons géographiques et culturels des Européens à l'époque moderne»... L'ancienne partie consacrée à «La Méditerranée au XIIe siècle: carrefour de trois civilisations», qui permettait de mesurer les échanges, les contacts (pacifiques et conflictuels) et les influences entre l'Occident chrétien, l'Empire byzantin et le monde musulman a disparu, au profit d'une lecture strictement européenne du Moyen Age. Il aurait bien mieux valu prioriser en collège l'étude de l'histoire du bassin méditerranéen, de la France et de l'Europe pour approfondir au lycée l'étude des civilisations extra-européennes en leur consacrant une vraie place dans les programmes, bien loin du «zapping» proposé en cinquième.

La place des traites négrières dans les programmes de collège soulève un autre questionnement. Elles sont mentionnées cinq fois dans le seul encadré du programme consacré à la partie «Regards sur l'Afrique», avant de donner lieu à un thème du programme de quatrième, «Les traites négrières et l'esclavage», puis à une étude de l'abolition de l'esclavage en France en 1848 dans le thème 2. Il aurait probablement mieux valu resserrer l'étude des différentes traites négrières sans, bien entendu, dénaturer cette réalité historique fondamentale.

L'histoire de France facilite l'intégration

L'argument souvent utilisé selon lequel ces nouveaux programmes ont notamment été conçus pour épouser la diversité culturelle des élèves est contestable. Ce raisonnement risquerait d'aboutir à un éparpillement des thèmes et des champs d'étude, rendant encore plus difficile l'assimilation des connaissances. Pourquoi ne pas considérer que les élèves, quelle que soit leur origine, sont français et, à ce titre, ont droit à l'histoire de France la plus complète? Il serait ainsi particulièrement intéressant d'intégrer dans les programmes des séquences de cours sur l'histoire de l'immigration en France et en Europe, du Moyen Age à nos jours. Pourquoi ne pas proposer des dossiers consacrés à ces immigrés qui ont fait la France, qu'ils soient des anonymes ou des « grands personnages»? Selon une enquête de l'Ined (rapport «Trajectoires et origines», 2010), bien que de nationalité française, 37 % des jeunes d'origine étrangère ne se sentent pas français. Pour épouser la diversité culturelle des élèves, rien ne vaut l'histoire de France... Les parcours de Blaise Diagne, premier ressortissant d'Afrique noire à devenir ministre, ou de Romain Gary (Roman Kacew de son vrai nom) sont, à ce titre, exemplaires. «Je n'ai pas une goutte de sang français dans mes veines mais la France coule dans mes veines», aimait à rappeler ce dernier. En étudiant les Guyanais Félix Eboué et Gaston Monnerville, premier homme noir à devenir président du Sénat, on peut montrer toute l'importance de l'Outre-Mer dans l'histoire de France. La culture est la base de notre société et cette culture est notamment fondée sur la connaissance de l'histoire du pays où l'on vit, quelle que soit son origine géographique. Comme dit l'adage, on ne comprend que ce que l'on connaît. L'Histoire est une garantie d'intégration, car elle est un moyen d'accéder aux modes de compréhension de notre société.

Rétrograde, la chronologie ?

La disparition de dates et de périodes capitales de l'histoire de France ainsi que le système des options aboutissent à une Histoire à trous, lacunaire, atomisée, qui rend beaucoup plus difficile l'assimilation par les élèves de la chronologie, cette juste représentation de la profondeur historique. Le nouveau programme de première est à ce titre édifiant. Il repose sur un système de modules non pas chronologiques mais thématiques, qui peuvent être disposés dans n'importe quel ordre: «La guerre au XXe siècle»; «Le siècle des totalitarismes»; «Les Français et la République»... Avec ce système, il devient beaucoup plus difficile d'expliquer le rôle déterminant de la Première Guerre mondiale dans la genèse des totalitarismes, ou même le rôle du totalitarisme nazi dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. La chronologie serait-elle devenue démodée? Un comble, car l'Histoire est comme une langue dont la chronologie est la grammaire. Sans elle, notre connaissance du passé est vouée à l'anachronisme, cette incapacité d'inscrire un événement ou un personnage dans son contexte. Sans elle, nous sommes voués à l'amnésie...»

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SOURCE : Le Figaro

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28/08/2011

Pour amateurs de cochonneries...

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Pink Floyd : Welcome to the Machine

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Pink Floyd

« Nous pouvons utiliser les choses techniques, nous en servir normalement, mais en même temps nous en libérer, de sorte qu’à tout moment nous conservions nos distances à leur égard. Nous pouvons faire usage des objets techniques comme il faut qu’on en use. Mais nous pouvons en même temps les laisser à eux-mêmes comme ne nous atteignant pas dans ce que nous avons de plus intime et de plus propre. Nous pouvons dire « oui » à l’emploi inévitable des objets techniques et nous pouvons en même temps lui dire « non », en ce sens que nous les empêchions de nous accaparer et ainsi de fausser, brouiller et finalement vider notre être. (…) Un vieux mot s’offre à nous pour désigner cette attitude du oui et du non dits ensemble au monde technique : c’est le mot de Gelassenheit (sérénité). »

Martin Heidegger, Questions III et IV

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Nous étouffons la flamme qui pourrait poindre en notre âme

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« Apprenant la mort de Patrocle, [Achille] se jette à terre, met ses vêtements en pièces, s’arrache les cheveux… Qui donc parmi nous comprend encore tant de pathétique inscrit en tant de bravoure ? Nous ne sommes plus des guerriers : ignorant la cruauté aussi bien que l’attendrissement, nous conservons notre cœur au froid, nous étouffons la flamme qui pourrait poindre en notre âme. » 

E. M. Cioran, Bréviaire des vaincus

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27/08/2011

Les fous

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« Les seuls gens vrais pour moi sont les fous, ceux qui sont fous d'envie de vivre, fous d'envie de parler, d'être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais et qui ne disent jamais de banalités, mais qui brûlent, brûlent, comme des feux d'artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans les étoiles, et en leur centre on peut voir la lueur bleue qui éclate et tout le monde fait "Waou !" » Jack Kerouac

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Martyrs

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Que les martyrs barbus et merdeux se rassurent... les vierges les attendent au paradis... et elles ne sont pas celles qu'ils croient... ha ha ha !

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La salauderie n’est pas un refuge éternel

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« Seulement, prenez garde. La salauderie n’est pas un refuge éternel, et je vois une gueule énorme qui monte à votre horizon. On souffre beaucoup, je vous assure, dans le monde cultivé par vous. On est sur le point d’en avoir diablement assez, et vous pourriez récolter de sacrées surprises... Dieu me préserve d’être tenté de vous expliquer la sueur de prostitution qui vous rend fétides ! La force des choses vous a remplis d’un pouvoir qu’aucun monarque, avant ce siècle, n’avait exercé puisque vous gouvernez les intelligences et que vous possédez le secret de faire avaler des pierres aux infortunés qui sanglotent pour avoir du pain. »

Léon Bloy, Le Désespéré

 

 

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Histoire des dernières décennies

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« Histoire des dernières décennies :

Les hommes sensés de Lacémédone montraient à leurs enfants un ilote ivre, pour leur faire voir ce qu'ils ne devaient pas être.

Ensuite, un temps vint où les hommes sensés (ou tenus pour tels) montrèrent à leurs enfants un enfant ivre, pour leur faire voir ce qu'ils devaient être.

Enfin, l'ilote ivre, devenu le modèle idéal, montra à ses enfants l'homme sensé, pour leur faire voir ce qu'ils ne devaient pas être. »

Henry de Montherlant, La marée du Soir

Merci à Cougar

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26/08/2011

2012 : qui se soucie du "beauf" ?

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Délaissé, méprisé, vilipendé par la majeure partie de la classe politique, l'électorat populaire se demande bien quel bulletin glisser dans l'urne en 2012.

Gérard n’est pas très vif, un peu gras (voire gros). Il mate le JT de Pernaud, une main dans le caleçon, l’autre sur la bouteille de Kro. Le samedi avec Josianne (un peu grasse, voire grosse), ils traînent leur pelletée de gamins à Lidl pour faire le plein de cochonneries. Un pack de sodas pour les mioches, un cubi de vinasse pour les vioques… « Ah et les couches à Kevin, Josy ! T’as oublié les couches à Kevin ! »


Le « beauf » est bête. Le « beauf » est sale. Mais… Le « beauf » vote. Mal, évidemment. Parce qu’en plus, le « beauf » est facho. Alors, à quoi bon parler à Gérard et Josianne ? 
« A rien », répondent en chœur droite et gauche. Tellement à rien que François Fillon a même décidé de résorber le déficit de la France en faisant payer les « beaufs ». Après tout, un riche ça vote UMP, alors qu’un « beauf »… 

Terminé le p’tit coup de rouge innocent qu’on se met derrière la cravate en fumant une clope après une dure journée de labeur, quand Gérard voudra noyer son chagrin dans l’alcool et le tabac, surtaxés par le gouvernement, il sera prié d’y réfléchir à deux fois (à moins de payer avec l’argent des couches à Kevin, ce qui reste toujours une possibilité). « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé et le tabac c’est tabou », lui dira-t-on pour le consoler. Finalement, la cure d'austérité de Fillon, c’est presque une politique de salut public. Il est vraiment trop con Gérard de pas le piger !

Pour distraire Kevin, Brian et Kelly, Josy et Gérard ont prévu une sortie à Eurodisney dimanche prochain. Rien à foutre du p’tit Jésus, les beaufs, y préfèrent Mickey. Bus jusqu’à la gare de Bures-sur-Yvette. Rer B jusqu’à Châtelet. Rer A jusqu’à Marne-la-Vallée. Une heure de queue avec Kevin qui braille dans sa poussette, et enfin le passage en caisse. « Z’y vont pas avec le dos de la cuillère les Amerloques ! T’as vu Gégé combien qu’ça coûte l’entrée du parc ?! » En réalité, « les Amerloques » n’y sont pas pour grand-chose sur ce coup-là, c’est encore un coup de Fillon ! Pour s’amuser désormais, il faudra raquer. « C’est pour enrayer la crise Gérard, laisse tomber, tu peux pas comprendre. Donne ton fric et tais-toi. »

Comme Gérard a passé la journée à attendre sa petite famille sur le parking faute de sous pour payer son entrée, il a eu le temps de cogiter. « Si la droite pompe notre fric, p’t-être qu’on devrait voter à gauche ? », s’est-il demandé en substance. Sauf que Gérard bosse à l'usine en écoutant RMC. Or le think-tank Terra Nova est formel : la gauche doit oublier les prolos. Trop crétines, trop racistes, les classes populaires ne peuvent pas comprendre les merveilleuses « valeurs culturelles de la gauche », « la tolérance », « l’ouverture aux différences culturelles », etc. Inutile de gaspiller du temps à les reconquérir, voilà ce que préconise Olivier Ferrand. « C’est qui cet abruti ? Pourquoi qui veut pas de notre vote ? » Excellente question Gérard, peu de chances que la gauche gagne avec ce genre de raisonnement, tant pis pour elle.

Quant à la branche écolo de la gauche, certains de ses membres ont profité d'une petite escapade à Clermont-Ferrand pour préciser que « les beaufs qui écoutent RMC et sont fans de Gilbert Collard, c’est pas notre électorat, ils ne voteront jamais pour nous, inutile d’essayer de les convaincre. » Désolé Gérard, va falloir que tu votes ailleurs. « Mais où ? »

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Source : Marianne 2

 

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Terra Nova, fossoyeur de la gauche ?

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Quelle cible électorale pour la gauche ? C’est à cette question que Terra Nova entend répondre avec un rapport intitulé « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ». L’argument central en est assez simple. La crise de la social-démocratie serait double : crise idéologique, mais aussi crise de la sociologie électorale. La gauche s’appuyait autrefois sur une « coalition historique » construite autour de la classe ouvrière ; mais les ouvriers sont un allié de moins en moins sûr, du fait de leur démographie en baisse, de la déliquescence de leur conscience de classe et de leur conservatisme moral. Or la gauche, elle, se définit de plus en plus par le libéralisme « sociétal », dans la foulée de mai 68, et ne peut plus répondre aux demandes économiques des ouvriers. Elle devrait donc faire le grand plongeon, consistant à se détourner de cette assise électorale dépassée pour embrasser sa nouvelle famille, divisée sur les intérêts économiques mais unie sur « les valeurs » : c’est-à-dire l’alliance des diplômés, des jeunes, des « minorités et des quartiers populaires », des femmes, des urbains et des « non-catholiques », qui sont tous tournés vers « l’avenir » et rompus aux joies du libéralisme culturel.

Il faut reconnaître à Olivier Ferrand (coordonnateur de ce rapport) un certain courage, celui de dire avec franchise, voire candeur, ce qu’un courant de pensée pense tout bas depuis quelques années ; à savoir que la gauche doit rompre à la fois avec ses attaches ouvrières et populaires, et avec sa volonté de transformation économique. Il mène à son terme, et théorise, le recentrage de la gauche autour du libéralisme de mœurs ; il ouvre un débat clair sur l’avenir et l’objectif de la social-démocratie, nettoyé de tous les faux-semblants et politesses d’usage. Mais ce sont bien là, malheureusement, les seuls mérites que l’on peut reconnaître à ce texte.

Passons, par charité, sur les nombreuses imprécisions et incohérences qui émaillent le rapport. Le sens exact des termes « classes populaires » ou « classes moyennes » fluctue de chapitre en chapitre. Par ailleurs, on nous explique à la fois que la nouvelle coalition incontournable pour la gauche – la « France de demain » – est en pleine progression électorale, mais aussi qu’elle n’est pas actuellement majoritaire, et qu’il faudra lutter contre son abstention structurelle (pour les jeunes notamment). Bref : si on rend la nouvelle coalition majoritaire, alors elle le sera (si ma tante en avait …). Autre perle du même genre, on peut expliquer dans une page que les séniors votent « toujours » à droite, pour affirmer sans ciller, un peu plus loin, qu’ils vont voter « de plus en plus à gauche ». Et que dire des hésitations démographiques sur l’ancienne « coalition historique » du PS, qui est à la fois décrite comme en déclin (ce qui devrait justifier son abandon), et comme en hausse numérique (du côté des petits employés) ?

Plus problématique est la méthode employée pour découper la société en catégories favorables (ou non) à la gauche. Le groupe de travail Terra Nova, confondant cause et conséquence, inspecte les facteurs déterminant le vote de gauche aux dernières élections, et en tire, au petit bonheur la chance, un inventaire à la Prévert de catégories mélangeant genre (les femmes), origine (les immigrés), âge (les jeunes), diplôme (les diplômés du supérieur) et situation professionnelle (les CSP+) – heureusement que les sondages n’ont pas révélé un tropisme socialiste des unijambistes moustachus, ils auraient probablement gagné leur ticket d’entrée parmi les membres fondateurs de la « France de demain ». Ces catégories, hétérogènes, se recoupent et se contredisent les unes les autres : les femmes votent à gauche, lit-on, mais pas les employées, apprend-on plus loin ; et faut-il aussi leur appliquer le diagnostic général sur cette nouvelle alliance, à savoir qu’elle a une démographie trop faible – nait-il moins de femmes que d’hommes en France ?

Ce ne serait encore rien si ces catégories n’étaient définies à (très) gros traits par des caractéristiques tenant plus du préjugé bobeauf que de la rigueur scientifique : l’immigré et le jeune sont ouverts et « optimistes », ils représentent « la dynamique », alors que l’ouvrier est dans « le repli » contre « les immigrés, les assistés, la perte des valeurs morales [lesquelles ?] et les désordres de la société contemporaine [est-ce une tare ?] ». Il est vrai que « plus un individu est diplômé, plus il adhère aux valeurs culturelles de la gauche », et parmi elles la « tolérance » et « l’ouverture aux différences culturelles ». Moins vous faites d’études, plus vous êtes con et méchant, en clair. Que ceux qui n’ont pas décroché un master lèvent le doigt ! L’argument d’autorité et le mépris culminent avec le titre donné à la nouvelle alliance électorale proposée – « la France de demain » – titre qui suggère très explicitement que ceux qui n’en font pas partie (les ouvriers et employés) sont à ranger au rayon des rebuts dépassés par l’histoire.

A la caricature s’ajoute, fort logiquement, le naturalisme : on décrit les évolutions électorales de ces catégories de population comme des phénomènes physiques inaltérables, sur lesquels la gauche n’aurait finalement aucune latitude d’action, et dont elle devrait juste prendre bonne note pour ajuster sa stratégie. Le texte ne se demande jamais, par exemple, si la dérive des classes populaires vers des valeurs « de droite » n’est pas en partie de la responsabilité de la gauche, si celle-ci ne pourrait pas enrayer ou inverser le processus, et si la stratégie Terra Nova ne va pas simplement amplifier les conséquences d’erreurs commises par le passé. A vrai dire, l’idée même d’un parti de masse, capable de peser sur la société, et de faire un travail de terrain de longue haleine auprès de ces populations, semble inconcevable pour Terra Nova ; prenant peut-être le cas des think tanks pour une généralité, le groupe de travail n’évoque jamais la dimension militante ou d’éducation populaire, si ce n’est pour parler du porte-à-porte qu’il faut faire « comme Obama » pour aller chercher les abstentionnistes de la jeunesse ou de la « diversité ». On reconnaît du bout des lèvres que Ségolène Royal a limité les dégâts sur le vote ouvrier en 2007, grâce à « son positionnement spécifique » … mais on n’en tire aucune conclusion.

C’est plus largement l’idée même de transformation économique du pays qui est balayée d’un revers de main. On explique tranquillement que les ouvriers ont abandonné la gauche parce qu’elle a renoncé à toute ambition de rupture économique, et qu’ils votent à l’extrême-droite parce que le FN façon Marine a un programme social … « de gauche ». Pas grave, la gauche va se recentrer sur les valeurs morales et « sociétales » ! Un curieux plaidoyer pour Tony Blair et sa Grande-Bretagne post-industrielle clôt le document, en annexe ; et on suggère par ailleurs qu’il ne faudra pas trop cogner sur l’épargne et les héritages, si on veut capter le vote des classes moyennes. C’est quasiment une rhétorique de droite, enfin, qui est employée pour décrire l’opposition entre « insiders » et « outsiders » : puisque les inclus (dont les ouvriers) ne veulent pas revoir leurs privilèges à la baisse, la gauche doit s’appuyer sur les exclus (là encore on mélange discriminations professionnelles envers les femmes, les jeunes, les étrangers …), moins exigeants et partant de plus bas, pour prendre le pouvoir – en taillant, on l’imagine, allégrement dans les dépenses sociales occasionnées par les premiers.

Au fond, on comprend mieux, avec ce document, pourquoi Terra Nova se réclame plus du « progressisme » que de la gauche : alors que la gauche se définit à la fois par un ancrage populaire, un projet économique et social, et un ensemble de valeurs (morales et culturelles), le progressisme prôné par le think tank abandonne largement le premier, revoit à la baisse le second, et ne s’accroche vraiment qu’au troisième. La vision proposée par la fondation « progressiste » est sans doute respectable, mais elle n’est pas de gauche, au sens commun du terme... . Elle est une sorte de projection des fantasmes de la bourgeoisie éclairée (!) et humaniste sur le reste de la société. Elle est surtout à courte vue : il faut être bien naïf pour croire que l’on gagne une élection en faisant une arithmétique d’épicier, en ajoutant à la bonne franquette des haricots, des choux et des tomates pour arriver aux « 50% » fatidiques. Tout l’art de la politique consiste à bâtir des projets nationaux qui dépassent les antagonismes, et donnent des perspectives communes à des populations n’ayant pas forcément, au départ, d’intérêts communs. La proposition portée par Terra Nova, a contrario, ne peut générer que confusion, division, et défaite.

Plus d'articles de Romain Pigenel sur son blog.
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Computers are racist because they make them too hard to use

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Un petit morceau de Living Colour pour nous remonter le moral...

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Les principaux chantres de la réaction peuvent bien évoquer le Christ en permanence, leur seul saint patron est le monde des affaires

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« Les principaux chantres de la réaction peuvent bien évoquer le Christ en permanence, leur seul saint patron est le monde des affaires. Les valeurs peuvent bien passer "avant tout" pour leurs électeurs, ils se mettent toujours au service de l'argent une fois qu'ils l'ont emporté. C'est d'ailleurs là une des marques distinctives du phénomène qui fut d'une absolue régularité au cours des précédentes décennies. L'avortement n'est jamais interdit La discrimination positive n'est jamais abolie. L'industrie culturelle n'est jamais tenue de faire le ménage chez elle. Ce fait intrigue tout particulièrement les observateurs. Et l'on s'attendrait à ce qu'il en soit de même pour les vrais fidèles de la réaction. Leurs tribuns grandiloquents ne passent jamais à l'acte. La colère des électeurs s'exaspère mais ils réélisent pourtant tous les deux ans leur héros de droite pour la deuxième, la troisième ou la vingtième fois. Le truc n'est jamais éventé et l'illusion jamais dissipée.

Votez pour interdire l'avortement et vous aurez une bonne réduction de l'impôt sur le capital. Votez pour faire la nique à ces universitaires politiquement correct et vous aurez la déréglementation de l'électricité. Votez pour résister au terrorisme et vous aurez la privatisation de la sécurité sociale. Votez pour mettre une bonne taloche à l'élitisme et vous aurez un ordre social au sein duquel les riches sont plus riches qu'ils ne l'ont jamais été, les travailleurs dépourvus de tout pouvoir et les PDG rémunérés au-delà de toute imagination. »

Thomas Frank, Pourquoi les pauvres votent à droite

 

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