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31/05/2014

Bisounours Land II...

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et

 

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Quand ça n'est pas notre Sinistre Ministre de l'Intérieur qui, par ses tweets, nous rappelle qu'il est bel est bien socialiste, ce sont nos jeunes manifestants anti-FN qui découvrent que ceux qu'ils défendent viennent, en fin de manifestations, les agresser avec une insupportable violence et les dépouiller de leurs biens...

Soyez la bienvenue dans la réalité, jeune fille, soyez la bienvenue dans ce monde que vous et votre génération nous construirez, certainement, je n'en doute guère, comme un havre de paix...


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Et cette belle jeunesse issue de l'immigration se lâche sur les réseaux sociaux. Les toubabs (babtous en verlan, pour les non initiés) sont les "blancs", pour nos valeureuses "chances pour la France".
Lisez.... amis... réjouissez-vous... remplacez le mot "babtou", partout où vous le rencontrez, par "arabe", "noir"... et imaginez le MRAP ou SOS RACISME tombant sur un échange de ce type... quelle agitation il y aurait en perspective ! En attendant continuons notre longue sieste, il n'y a aucun péril en la demeure.


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Nos fiers analystes se demandent encore pourquoi la jeunesse (probablement blanche, hein) vote de plus en plus pour le Front National ! Ils doivent avoir la tête dans le cul ! Imaginez juste un instant l'ambiance dans les collèges, les lycées... parfois dés la maternelle et l'école primaire !

Bonne fin de journée...

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30/05/2014

Joli cul

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« On y perd tellement
et on y gagne tant
dans ces deux mots. »

Richard Brautigan, Il pleut en amour

 

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Mon boulot dans l’existence, c’est de me sauver. C’est là une rude affaire. Je ne compte pas me salir les mains en essayant de sauver les masses.

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« Aujourd’hui, n’importe quel marginal, pédé ou lesbienne est communiste. Ils me rendent malade! Et ils devront d’abord me passer sur le corps avant de m’empêcher de publier. Ils sont dix fois pires que Babbitt. Ils "sympathisent" avec les masses. C’est un mensonge. Ils utilisent les masses pour vendre leurs canards, mais leur sympathie relève de l’hypocrisie pure et simple. Regardez Dreiser et Anderson. Ces types ne sont pas sincèrement communistes. Ils sont communistes parce que le communisme paie dans ce pays.

Personnellement, je n’ai aucune sympathie pour les masses. Les masses existeront toujours. Elles sont composées d’imbéciles. Elles sont indispensables à la société. Si vous voulez mon opinion, je hais les masses. J’ai vécu avec elles, j’ai respiré leur haleine fétide, côtoyé leur esprit abruti. La culture ne les concerne pas. En fait, rien ne les concerne. Elles sont condamnées. Qu’elles crèvent donc. Mon boulot dans l’existence, c’est de me sauver. C’est là une rude affaire. Je ne compte pas me salir les mains en essayant de sauver les masses. »

John Fante écrivant à H. L. Mencken, Correspondance Fante/Mencken

 

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Elle n'enlève jamais sa montre

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« Parce que tu as toujours une montre
accrochée à ton corps, il est normal
que tu incarnes pour moi
l'heure juste :
avec tes longs cheveux blonds à 8h03,
et tes seins clignotants à
11h17, et ton sourire rose-miaou à 5h30,
je sais que j'ai raison. »

Richard Brautigan, Il pleut en amour

 

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Les journalistes

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« A force d'avilissement, les journalistes sont devenus si étrangers à tout sentiment d'honneur qu'il est absolument impossible, désormais, de leur faire comprendre qu'on les vomit et qu'après les avoir vomis, on les réavale avec fureur pour les déféquer. »

Léon Bloy, Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne

 

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3 novembre

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« Me voilà assis dans un café
en train de boire un Coca.
Une mouche s’est endormie
sur la serviette en papier.
Il faut que je la réveille
pour essuyer mes lunettes.
Il y a une jolie fille
que j’ai envie de regarder. »

Richard Brautigan, Il pleut en amour

 

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Le très beau poème

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« Je vais me coucher à Los Angeles
en pensant à toi.

Lorsque je pissais il y a quelques instants
j'ai contemplé mon pénis
avec affection.
Je sais qu'il a été en toi deux fois
aujourd'hui et du coup je me sens
très beau. »

Richard Brautigan, Il pleut en amour

 

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Une lobotomie

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« On participait à un colloque international organisé par l’Institut des pêches. L’Alsacien a fait une conférence sur … très étrange ! … sur les poissons qui vivent en bancs - la morue, le hareng - ce qu’il appelle les sociétés sans amour… les morues se reconnaissent comme étant de même espèce, mais ne se reconnaissent pas entre elles ; chaque morue est anonyme pour l’autre. Sa théorie est que chaque morue fonctionne comme la cellule d’un cerveau. Un banc de morue est un énorme cerveau et un coup de chalut revient en fait à une lobotomie - comme on peut en faire sur un cerveau humain sans apparemment altérer l’intelligence. Il poussait très loin son idée, il disait que si on ampute plus de deux tiers du banc, le cerveau ne peut plus fonctionner et les morues survivantes deviennent folles ou idiotes, errent sans défense. Mais un banc intact raisonne et se défend contre l’agression. Il en donnait pour preuve qu’aujourd’hui, pendant le temps autorisé à la campagne de pêche, la morue va se réfugier très loin sous les glaces, ou sous les fonds rocheux impraticables aux chaluts. Ou même dans les eaux territoriales ! Et c’est vrai, c’est très vrai, on s’en rend compte chaque année... »

Pierre Schoendoerffer, Le Crabe Tambour

 

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29/05/2014

On eût juré qu'une gigantesque conjuration travaillait à neutraliser par d'obliques moyens les résistances sur lesquelles les Français pouvaient le plus naturellement compter

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 Voici ce qui s'appelle une charge pleine de rage, de haine et de ressentiment... heureusement qu'il y a le style ! On a du mal à imaginer un Lucien Rebatet jouisseur, joyeux, buveur, solaire... Certes... il ne l'est pas. 

 

« On eût juré qu'une gigantesque conjuration travaillait à neutraliser par d'obliques moyens les résistances sur lesquelles les Français pouvaient le plus naturellement compter. Aucun cas ne semblait être d'une plus dramatique clarté, pour un esprit chrétien, que celui de l'Espagne. Pourtant, nous avions vu des catholiques illustres et même intolérants comme Mauriac et Bernanos devenir les détracteurs les plus acharnés et les plus fielleux de Franco. Ces défenseurs bénits des fusilleurs de Christs et des dynamiteurs de moines étaient habiles à travestir leurs humeurs et leurs perversités intellectuelles en algèbres casuistiques. Leur clientèle était rompue elle aussi à ces exercices. Ajoutez que ces effroyables docteurs, comme pour la condamnation de l'Action Française, parlaient au nom de Dieu, de la foi, des sacrements, de l'Eglise, et brandissaient tous les tonnerres du dogme sur la tête de leurs contradicteurs. Leur religion ne leur fournissait ainsi que des armes déloyales. L'orgueil morbide de ces étranges disciples de Jésus n'admettait pas la moindre retouche à leurs plaidoyers et leurs réquisitoires. On peut invoquer la demi-folie de Bernanos qui dans les pires circonstances demeure du reste digne du nom d'écrivain, avec ses livres embrouillés par les fumées de l’alcool, mais que trouent soudain des pages puissantes, furieuses ou noires. L'autre, l'homme à l'habit vert, le Bourgeois riche, avec sa torve gueule de faux Gréco, ses décoctions de Paul Bourget macérées dans le foutre rance et l'eau bénite, ces oscillations entre l'eucharistie et le bordel à pédérastes qui forment l'unique trame de sa prose aussi bien que de sa conscience, est l'un des plus obscènes coquins qui aient poussé dans les fumiers chrétiens de notre époque. Il est étonnant que l'on n'ait même pas encore su lui intimer le silence.
C'était bien le moindre des châtiments pour un pareil salaud. Lui et ses semblables ont pourri une foule d'esprits, si médiocres et mous que je me demande à vrai dire ce qu’on aurait jamais pu en attendre. Ils insinuèrent chez d’autres le doute. Ils contraignirent leurs adversaires à dépenser une vigueur, un temps et un talent précieux dans des querelles sans issue. Avec leurs paraboles, leurs signes de croix, leurs encres saintes et leur morgue littéraire, ils n’étaient tout vulgairement et bassement que les agents d'une diversion politicienne. »

Lucien Rebatet, Les Décombres

 

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Les intrigues, l’atmosphère empestée, les bravacheries de Vichy, et les moeurs, les illusions, les odeurs réactionnaires de la zone dite libre

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« J’avais quitté Vichy au bout de deux mois, à l’automne précédent, écoeuré par les intrigues de cette cour ridiculement balnéaire, par le gaullisme qu’y affichaient en toute impunité maints hauts personnages, par les inspecteurs des finances et les gens du Comité des Forges aussitôt installés aux postes de commande pour bloquer toute véléité de révolution. Le contraste était encore plus exaspérant maintenant entre les gigantesques évênements de l’Est et les petitesses de cette pseudo-capitale, mes méandres mesquins de son double jeu, son cléricalisme, les bricolages futiles sous les plus graves aspects de ces officiers du S.R, dont j’avais mesuré, en mai 1940, quand je travaillais à leurs côtés, l’indigence intellectuelle et militaire. Bref, le tableau complet de la pire réaction.

(...)

J’estimais qu’un gouvernement français audacieux aurait dû tout mettre en oeuvre pour pouvoir proclamer sa co-belligérance, qu’il eût effacé ainsi, comme les gaullistes le cherchaient vainement de leur côté, l’effroyable humiliation de la déroute, à peine vieille d’un an. Mais il était chimérique d’attendre de ces hypocrites bourgeois une décision aussi virile. Pétain se contentait de rompre les relations diplomatiques avec Moscou, et de déclarer aux volontaires français pour le front russe "qu’ils détenaient une partie de notre honneur". Je consacrai le début de mes vacances dauphinoises à un reportage au vitriol, pour "Je Suis Partout", sur les intrigues, l’atmosphère empestée, les bravacheries de Vichy, et les moeurs, les illusions, les odeurs réactionnaires de la zone dite libre. En gare de Mâcon, où l’on franchissait la ligne de démarcation, une ribambelle de fausses paysannes, en blouses bleues, tabliers plissés, bonnets et sabots, provenant de je ne sais quelle niaiserie foloklorique sur "le retour à la terre", m’avait levé la peau comme le symbole de tous les archaïsmes, poncifs et faux-semblants de l’Etat Français.

(...)

J’exhalais ma rage contre les mirliflores, les agents de banque, les anglomanes, les prélats qui nous avaient frustrés de la révolution nécessaire, volé le pouvoir qui aurait du revenir à nous autres, les plus lucides, les plus ardents, nous qui avions risqué notre liberté et même notre vie pour tenter d’épargner au pays la guerre folle, la guerre perdue dés le premier coup de canon. »

Lucien Rebatet, Mémoires d’un fasciste (Tome II)

 

 

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Le poète servile s’annihile, vidant des problèmes de sens et réduisant tout à la forme

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« La culture occupe de nouveaux terrains : un nouveau souffle d’énergie créatrice dans les lettres, le cinéma, la peinture. Un énorme service rendu aux grands détenteurs du Capital.
Le poète servile s’annihile, vidant des problèmes de sens et réduisant tout à la forme.
Le monde puissant du Capital a pour impudent drapeau un tableau abstrait.
Et ainsi, tandis que d’un côté la culture à haut niveau se fait toujours plus raffinée et destinée à “peu de gens" ce “peu" devient, fictivement, beaucoup : il devient “masse". C’est le triomphe du “digest", du magazine illustré, et, surtout, de la télévision. Le monde, déformé par ces moyens de diffusion, de culture, de propagande, se fait toujours plus irréel : la production en série, y compris des idées, le rend monstrueux. 
Le monde des magazines, du lancement à échelle mondiale des produits même humains, est un monde qui tue.
Pauvre, douce Marylin, petite soeur obéissante, chargée de ta beauté comme d’une fatalité qui réjouit et tue. Peut être as tu pris le juste chemin, tu nous l’as enseigné. Ton blanc, ton or, ton sourire impudique par gentillesse, passif par timidité, par respect des grands qui te voulaient ainsi, toi, restée enfant, sont quelque chose qui nous invite à apaiser la rage dans les pleurs, à tourner le dos à cette réalité damnée, à la fatalité du mal. »

Pier Paolo Pasolini, La Rage

 

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Qu’est-ce que le tourment d’une âme peut avoir affaire avec le communisme ?

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« Dostoïevski était un paysan, Tolstoï un homme de la société grand-citadine. L’un n’a jamais pu s’affranchir intérieurement du paysage, l’autre, en dépit de ses efforts désespérés, ne l’a jamais trouvé.
Tolstoï est la Russie passée, Dostoïevski la Russie future. Tolstoï est lié de toute son âme à l’Occident. Il est le grand avocat du pétrinisme [Pierre le Grand], même quand il le nie. Sa négation est toujours une négation occidentale. La guillotine aussi était fille légitime de Versailles. Sa haine puissante accuse l’Europe dont lui-même ne peut se délivrer. Il la hait en soi, il se hait. Il devient ainsi le père du bolchévisme. Toute l’impuissance de cet esprit et de sa "révolution" de 1917 parle dans ces scènes posthumes : "La lumière luit dans les ténèbres". Cette haine est inconnue de Dostoïevski. Il a embrassé tout l’ensemble tout l’essentiel avec un amour également passionné. "J’ai deux patries : la Russie et l’Europe". Pour lui, tout cela n’avait déjà plus aucune réalité : ni le pétrinisme, ni la révolution. De son avenir, comme d’un lointain immense, son coup d’œil les dépasse. Son âme est apocalyptique, nostalgique, désespérée, mais sûre de cet avenir. "Je vais partir en Europe", dit Ivan Karamazov à son frère Aliocha, "je sais qu’elle n’est qu’un cimetière, mais je sais aussi que c’est un cimetière très cher, le plus cher de tous. De chers morts y sont enterrés, chaque pierre de leur tombe parle d’une vie passée si ardente, d’une foi si passionnée dans les actes qu’ils ont accomplis, dans leur propre vérité dans leur propre lutte et leur propre connaissance, que moi, qui le sais d’avance, je me prosternerai à terre pour embrasser ces pierres et pleurer sur elles".
Tolstoï est de part en part une grande intelligence, "éclairé" et "sociable". Tout ce qu’il voit autour de lui prend la forme tardive, cosmopolite et occidentale d’un problème. Dostoïevski ne sait pas du tout ce qui est un problème. Celui-là est un évènement au sein de la civilisation européenne. Il occupe le milieu entre Pierre le Grand et le bolchévisme. Ce n’est pas une apocalypse, mais une opposition spirituelle. La haine que voue Tolstoï à la propriété est d’ordre économique, sa haine de la société ne sort pas de l’éthique sociale, sa haine de l’Etat est une théorie politique. De là sa forte influence sur l’Occident. Il appartient en quelque manière à la lignée de Marx, d’Ibsen et de Zola. Ses œuvres ne sont pas des évangiles, mais de la littérature spirituelle tardive. Dostoïevski n’appartient à personne, sinon à la lignée des apôtres du christianisme primitif. Ses "Démons" sont accusés de conservatisme par l’intelligence russe. Mais Dostoïevski ne voit pas du tout ces conflits. Pour lui n’existe aucune différence entre la conservation et la révolution : toutes deux sont occidentales. Une âme de cette trempe est indifférente à tout ce qui est social. Les choses de ce monde lui semblent si insignifiantes qu’il n’attache aucune valeur à leur amélioration. Aucune religion authentique ne veut réformer le monde des faits. Dostoïevski, comme tous les Russes primitifs, ne le remarque pas du tout ; ils vivent dans un autre monde, dans un monde métaphysique situé au-delà du premier. Qu’est-ce que le tourment d’une âme peut avoir affaire avec le communisme ?


Une religion parvenue aux problèmes sociaux a déjà cessé d’être une religion. Mais Dostoïevski vit déjà dans la réalité d’une création religieuse imminente et immédiate. Son Aliocha échappe à l’intelligence de toute critique littéraire, même russe ; son Christ, qu’il na pas cessé de vouloir écrire, serait devenu un évangile authentique, comme ceux du premier christianisme, qui sont tous en dehors de toutes formes littéraires antique ou judaïques ; mais Tolstoï est un maître du roman occidental – aucun autre n’atteindra, même de loin, son Anna Karanénine – tout comme il est lui-même, dans sa blouse de paysan, un homme de la société.


Le commencement et la fin se rencontrent ici tous les deux. Dostoïevski est un saint, Tolstoï n’est qu’un révolutionnaire. C’est de lui seul, successeur authentique de Pierre, que sort le bolchévisme : il n’est pas contraire, mais la conséquence dernière du pétrinisme, l’avilissement extrême du métaphysique par le social, donc une simple forme nouvelle de pseudomorphose. Si la fondation de Pétersbourg a été le premier acte de l’Antéchrist, l’autodestruction de la société formée par Pétersbourg en est le second : tel doit être le sentiment intérieur de la paysannerie. Car les Bolchéviques ne sont pas le peuple, ni même une partie du peuple. Ils sont la couche la plus profonde de la "société", étrangers, occidentaux comme elle, mais non reconnus par elle et par conséquent remplis de la haine de l’inférieur. Tout cela est de la grande ville civilisée : politique sociale, progrès, intelligence, toute la littérature russe, d’abord romantique, puis économique, s’enthousiasme pour la liberté et les réformes. Car tous ses "lecteurs" appartiennent à la "société".


Le vrai Russe est un disciple de Dostoïevski, bien qu’il ne lise pas, bien que et parce qu’il ne sait même pas lire. Il est lui-même un fragment de Dostoïevski. Si les Bolchéviques qui voient dans le Christ un camarade, un simple révolutionnaire social, n’avaient pas l’esprit si étroit, ils auraient reconnu en Dostoïevski leur véritable ennemi. Ce qui a donné son poids à la révolution bolchévique, ce n’est pas la haine de l’intelligence. C’est le peuple qui, sans haine, par le seul instinct curatif de la maladie détruisit le monde occidental pétersbourgeois par son rebut pour le lui envoyer ensuite ; c’est le peuple rural qui aspire à sa propre forme vivante, à sa propre religion, à sa propre histoire future. Le christianisme de Tolstoï était un malentendu. Il parlait du Christ et songeait à Marx. Au christianisme de Dostoïevski appartient le prochain millénaire.


C’est la grande différence entre Tolstoï et Dostoïevski. Tolstoï, citadin et occidental, n’a vu en Jésus qu’un moraliste social et, comme tout l’Occident civilisé qui ne peut que distribuer, non renoncer, il a réduit le christianisme primitif au rang d’un mouvement social révolutionnaire, et d’ailleurs par défaut de force métaphysique. Dostoïevski qui était pauvre, et en de certaines heures presque un saint, n’a jamais pensé aux réformes sociales ; – qu’aurait gagné l’âme à un abolissement de la propriété ? »

Oswald Spengler, Le Déclin de l'Occident - Tome II

 

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Non, cette fois je sens que je vais crever

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« Nous rentrons à l’instant de l’enterrement de Céline. Il est mort samedi vers 6h du soir, d’une congestion cérébrale. Depuis le matin, il se sentait encore plus patraque que d’habitude, il avait les nerfs à vif. Il s’est étendu un instant en disant à Lucette :
- Je vais crever.
A quoi Lucette lui répond avec son air serein :
- Tu dis ça tous les jours.
- Non, cette fois je sens que je vais crever.
Peu après, il a perdu connaissance, et en vingt minutes, tout était fini.
Je n’ai appris sa mort qu’hier soir par un coup de téléphone de Robert Poulet. Lucette tenait absolument que cette nouvelle restât aussi secrète que possible, que les meutes de journalistes ne fussent pas alertées. Elle a bien fait. Nous n’étions ce matin qu’une trentaine d’amis (pour la littérature, Roger Nimier, Marcel Aymé, Robert Poulet, Claude Gallimard et moi). Et cet enterrement presque clandestin a été une extraordinaire page célinienne. Le cercueil était posé dans sa chambre à coucher, à côté de la porte de la salle de bain grande ouverte. On voyait le lavabo, les serviettes, et en tournant la tête de l’autre côté, les hardes de Louis-Ferdinand, ses cinq ou six canadiennes élimées, accrochées en tas à un porte-manteau. Lucette aurait voulu une messe (Céline s’en fichait, il aurait voulu la fosse commune), mais le curé du Bas-Meudon a refusé. Il a refusé d’envoyer aussi une religieuse pour faire sa dernière toilette. Nous sommes donc allés directement au cimetière du Vieux-Meudon. Juste à cet instant, il s’est mis à tomber un petit crachin, comme pour une illustration de Mort à crédit. Ce fut vraiment étonnant, car nous étions à peine sortis du cimetière que le soleil reparaissait sur cette banlieue hétéroclite. Nous avons tous jugé qu’il était parfaitement dans l’ordre de ce temps que le plus grand écrivain français d’aujourd’hui fût enterré ainsi, à la sauvette, par une poignée de copains, beaucoup plus pauvrement qu’un concierge. »

Lucien Rebatet, Journal, Cahier XX (INEDIT), L'enterrement de L.F Céline

 

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28/05/2014

Ce qu’il y a d’exaltant : la terrible solitude

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« Manuscrits de guerre, de prisonniers, de combattants. Ils sont tous passés à côté d’expériences indicibles et n’en ont rien tiré. Six mois dans une administration des postes ne les auraient pas moins enseignés. Ils répètent les journaux. Ce qu’ils y ont lu les a bien plus frappés que ce qu’ils ont vu de leurs yeux. »

« Paris. La femme de l’étage au-dessus s’est suicidée en se jetant dans la cour de l’hôtel. Elle avait 31 ans, dit un locataire, c’est assez pour vivre et, si elle a vécu un peu, elle pouvait mourir. »

« Ce qu’il y a d’exaltant : la terrible solitude. Comme remède à la vie en société : la grande ville. C’est désormais le seul désert praticable. »

Albert Camus, Carnets

 

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En désespoir de cause, on a inventé le héros de cinéma

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« L’Occident ne retrace pas sa vie quotidienne. Il se propose sans arrêt de grandes images qui l’enfièvrent. Il est à leur poursuite. Il veut être Manfred ou Faust, Don Juan ou Narcisse. Mais l’approximation reste toujours vaine. C’est toujours la fièvre d’unité qui entraîne tout. En désespoir de cause, on a inventé le héros de cinéma. »

« Ce qu’on peut dire de plus élogieux à l’égard de l’Iliade, c’est que, sachant l’issue du combat, on partage cependant l’angoisse des Achéens pressés dans leurs retranchements par les Troyens. (Même observation pour l’Odyssée ; on sait qu’Ulysse tuera les Prétendants.) Que devait être l’émotion de ceux qui entendaient pour la première fois le récit ! »

Albert Camus, Carnets

 

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