10/02/2018
Friedrich Nietzsche : Miserere
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=--=Publié dans la Catégorie "Music..."=--=
On l'ignore ou on l'oublie, mais Nietzsche était également musicien et avant de s'engager pleinement dans sa Pensée Ravageuse qui secoua la Philosophie, il laissa quelques compositions qui ne manquaient pas d'intérêt... Ce "Miserere", si ma mémoire est bonne, fut composé par un jeune Nietzsche de 16-17 ans, avant sa découverte de Schopenhauer qui lui fit perdre sa Foi et l'orienta dans un premier temps vers la Philologie au grand désespoir de sa mère qui le voulait pasteur protestant comme l'était le père du philosophe, et comme l'étaient ses grands-pères, paternels et maternels.
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02/01/2018
Comment nous consolerons-nous, nous, les meurtriers des meurtriers ?
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« L’insensé. — N’avez-vous pas entendu parler de cet homme fou qui, en plein jour, allumait une lanterne et se mettait à courir sur la place publique en criant sans cesse : "Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu !" — Comme il se trouvait là beaucoup de ceux qui ne croient pas en Dieu son cri provoqua une grande hilarité. A-t-il donc été perdu ? disait l’un. S’est-il égaré comme un enfant ? demandait l’autre. Ou bien s’est-il caché ? A-t-il peur de nous ? S’est-il embarqué ? A-t-il émigré ? — ainsi criaient et riaient-ils pêle-mêle. Le fou sauta au milieu d’eux et les transperça de son regard. "Où est allé Dieu ?" s’écria-t-il, "je veux vous le dire ! Nous l’avons tué, — vous et moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins ! Mais comment avons-nous fait cela ? Comment avons-nous pu vider la mer ? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon ? Qu’avons-nous fait lorsque nous avons détaché cette terre de la chaîne de son soleil ? Où la conduisent maintenant ses mouvements ? Où la conduisent nos mouvements ? Loin de tous les soleils ? Ne tombons-nous pas sans cesse ? En avant, en arrière, de côté, de tous les côtés ? Y a-t-il encore un en-haut et un en-bas ? N’errons-nous pas comme à travers un néant infini ? Le vide ne nous poursuit-il pas de son haleine ? Ne fait-il pas plus froid ? Ne voyez-vous pas sans cesse venir la nuit, plus de nuit ? Ne faut-il pas allumer les lanternes avant midi ? N’entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui enterrent Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la décomposition divine ? — les dieux, eux aussi, se décomposent ! Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consolerons-nous, nous, les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau — qui effacera de nous ce sang ? Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d’inventer ? La grandeur de cet acte n’est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux pour du moins paraître dignes des dieux ? Il n’y eut jamais action plus grandiose, et ceux qui pourront naître après nous appartiendront, à cause de cette action, à une histoire plus haute que ne fut jamais toute histoire." — Ici l’insensé se tut et regarda de nouveau ses auditeurs : eux aussi se turent et le dévisagèrent avec étonnement. Enfin il jeta à terre sa lanterne, en sorte qu’elle se brisa en morceaux et s’éteignit. "Je viens trop tôt, dit-il alors, mon temps n’est pas encore accompli. Cet événement énorme est encore en route, il marche — et n’est pas encore parvenu jusqu’à l’oreille des hommes. Il faut du temps à l’éclair et au tonnerre, il faut du temps à la lumière des astres, il faut du temps aux actions, même lorsqu’elles sont accomplies, pour être vues et entendues. Cet acte-là est encore plus loin d’eux que l’astre le plus éloigné, — et pourtant c’est eux qui l’ont accompli !" — On raconte encore que ce fou aurait pénétré le même jour dans différentes églises et y aurait entonné son "Requiem æternam deo". Expulsé et interrogé il n’aurait cessé de répondre la même chose : "A quoi servent donc ces églises, si elles ne sont pas les tombes et les monuments de Dieu ?" »
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir
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30/06/2017
Petit nombre
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« Aujourd’hui encore, la France est le siège de la civilisation européenne la plus intellectuelle et la plus raffinée et reste la grande école du goût : mais il faut savoir la découvrir, cette "France du goût". Qui en fait partie prend soin de se tenir caché. Il sont peu nombreux, et dans ce petit nombre il s’en trouve encore, peut-être, qui ne sont pas très solides sur jambes, soit des fatalistes, des mélancoliques, des malades, soit encore des énervés, fins jusqu’à l’artifice, qui mettent leur point d’honneur à rester cachés. Ils ont ceci en commun qu’ils se bouchent les oreilles pour ne pas entendre la bêtise déchaînée et la gueulerie bruyante du bourgeois démocrate. »
Friedrich Nietzsche, Par delà le Bien et le Mal
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29/06/2017
Une odieuse intempérance dans la plainte
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« Il existe aujourd’hui, dans presque toute l’Europe, une sensibilité et une susceptibilité maladives à la souffrance en même temps qu’une odieuse intempérance dans la plainte, un amollissement douillet qui à l’aide de la religion et de je ne sais quel bric-à-brac philosophique voudrait se faire passer pour quelque chose de plus élevé, — il existe un véritable culte de la souffrance. Ce qui, à mon sens, saute toujours d’emblée aux yeux, c’est le manque de virilité de ce que ces cercles d’échauffés baptisent du nom de "compassion". — Il faut proscrire avec la dernière rigueur cette forme récente du mauvais goût. »
Friedrich Nietzsche, Par delà bien et mal
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28/06/2017
L'Européen d'aujourd'hui...
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« Un animal grégaire, un être docile, maladif, médiocre, l'Européen d'aujourd'hui. »
Friedrich Nietzsche, Fragments posthumes
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27/06/2017
Libérer nos regards des terreurs obsédantes de la nuit
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« La mission suprême de l'art consiste à libérer nos regards des terreurs obsédantes de la nuit, à nous guérir des douleurs convulsives que nous causent nos actes volontaires. »
Friedrich Nietzsche, La Naissance de la tragédie
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26/06/2017
L'Art
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« Nous avons la ressource de l'art de peur que la vérité ne nous fasse périr. »
Friedrich Nietzsche, La Naissance de la tragédie
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17/01/2017
Or la lecture de Nietzsche pulvérisait ces certitudes...
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« Je me souviendrai toujours de la première fois où je lus Nietzsche : j'avais dix-sept ans et déambulais dans la grande cour du collège des Jésuites de la rue des Lys, à Avignon. Nous étions en 1976, au mois de mai et je préparais le bac français. C'était l'après-midi, il faisait beau et je compulsais "Par-delà bien et mal" en désordre, puis au fur et à mesure de ma découverte, avec application. J'étais bouleversé par ce que je lisais et avais l'impression que le sol tremblait sous mes pieds. Le texte de Nietzsche résonnait en moi comme si je l'attendais depuis toujours. Il y a des coups de foudre dans la pensée comme en amour. Je ne découvrais pas Nietzsche, c'était la lecture de Nietzsche qui m'arraisonnait à moi-même, à travers lui je me comprenais mieux. Je n'ai jamais éprouvé un tel choc en lisant un livre de philosophie et, de fait, Nietzsche n'est pas un philosophe mais un psychologue et un poète, et c'est sa psychologie, comme sa poésie, qui m'allaient droit au cœur. Pourquoi ce choc et qu'est ce qui en est résulté dans ma vie, c'est ce que je vais tenter d'élucider ici.
Si j'éprouvais un tel choc, c'est que la lecture de "Par-delà bien et mal", à laquelle succéda "La Généalogie de la morale", me délivrait d'un fardeau pénible ; non pas celui du christianisme, comme on pourrait s'y attendre – je faisais plus ou moins profession d'athéisme – mais celui du communisme. Car à l'époque je me croyais encore communiste. J'avais adhéré au Mouvement des Jeunesses Communistes à quinze ans et je croyais au sens de l'histoire. Or la lecture de Nietzsche pulvérisait ces certitudes. Nietzsche désacralise complètement l'histoire, notamment celle de la Révolution française. Pour lui, un des principaux moteurs de la Révolution française ne fut pas le désir de justice mais le ressentiment qui habitera son credo égalitaire. J'étais bouleversé par ce que je lisais à ce sujet car j'avais éprouvé cette puissance de ressentiment chez les jeunes communistes que j'avais côtoyé à Aix-en-Provence. Je n'avais pas connu, parmi eux, le sentiment de partage et de fraternité que j'avais ressenti, par moment, avec les catholiques que je fréquentais depuis mon enfance. Un jour, un responsable communiste venu à ma rencontre après avoir lu une lettre que j'avais envoyée à la direction du PCF concernant sa stratégie – j'étais très prétentieux, comme on l'est souvent à cet âge – m'avait dit avec un sérieux que je juge aujourd’hui comique, en regardant la résidence bourgeoise où j'habitais : "Profites-en bien parce que cela ne durera pas longtemps", comme si la révolution était imminente et que la maison où nous vivions allait nous être confisquée. La résidence des Floralies, qui se trouve traverse Saint-Pierre, tout près du stade d'Aix-en-Provence est encore là tandis que le PCF a, lui, quasiment disparu du paysage politique.
La lecture de Nietzsche fut donc concomitante à mon éloignement du PCF. En septembre 1976, je ne renouvelais pas ma carte d'adhérent au Parti. J'avais cessé d'être marxiste pour toujours car j'avais admis, en lisant Nietzsche, que le sort de l'art et de la civilisation étaient d'une importance supérieure au bonheur des masses et que celui-ci n'était pas forcément la condition d'une grande civilisation. S'il en était ainsi, il faudrait condamner les civilisations égyptienne et grecque, mais aussi romaine, esclavagistes par essence, sans oublier le Moyen Âge, avec son ordre social complètement inégalitaire. Or, de fait, ces civilisations, nous ne cessons de les admirer. La lecture de "Par-delà le bien et le mal" où Nietzsche justifie l'esclavage, selon lui nécessaire à toute grande civilisation, me subjuguait donc par sa cruauté. Une cruauté inséparable de sa passion de la vérité : pour Nietzsche les hommes se cachent la vérité pour ne pas avoir à en pâtir. Ils préfèrent la sécurité que procure l'illusion.
"On mesure la force d'un homme au degré de vérité qu'il peut supporter !"
"Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort !"
"L'homme a créé l'Art pour ne pas mourir de la Vérité."
"Nul ne ment plus qu’un homme en colère."
…Et ainsi de suite. »
Paul-François Paoli, Friedrich Nietzsche
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08/07/2016
La démocratisation...
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20/06/2016
Toute élévation du type "homme"...
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28/02/2016
Illusions
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15/11/2015
Chaos within you
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18/08/2015
"Sipo Matador"
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« J’ai compris ce qu’était la volonté de puissance chez Nietzsche en lisant un jour dans un volume des Fragments posthumes cette unique expression: "Sipo Matador". Rien d’autre. Pas de note explicative. Ces deux mots-là. J’entamai donc des recherches pour savoir si, ailleurs dans son oeuvre complète, posthume ou publiée, le philosophe avait utilisé cette formule. On en retrouve en effet une seconde mention dans le paragraphe 258 de "Par-delà le bien et le mal", l’un de ses livres les plus forts en alcool philosophique à même d’enivrer les petites santés. Nietzsche entretient de la Volonté de Puissance et de son fonctionnement "semblable en cela à ces plantes grimpantes de Java - on les nomme ‘Sipo Matador’- qui tendent vers un chêne leur bras avide de soleil et l’enlacent si fort et si longtemps qu’enfin elles se dressent au-dessus de l’arbre mais en s’appuyant sur lui, exhaussant leur cime avec bonheur pour l’éploré à la lumière". De la même manière que j’ai envie, un jour d’aller dans les mers australes pour voir voler l’albatros depuis qu’adolescent j’ai lu le poème de Baudelaire, j’eus envie d’aller à Java pour voir la volonté de puissance nietzschéenne. »
Michel Onfray, Cosmos
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Antifasciste
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« "La vie" : je souscris au concept opératoire nietzschéen de volonté de puissance. Mais il a été l’occasion pour Nietzsche d’un immense malentendu pour n’avoir pas été lu comme il aurait fallu, à savoir comme un concept ontologique explicatif de la totalité de ce qui est. Il a en effet été utilisé de façon politique par les fascismes européens, dont le nazisme, pour justifier leurs projets abjects. La volonté de puissance nomme tout ce qui est et contre lequel on ne peut rien faire, sinon savoir, connaître, aimer, vouloir cet état de fait qui nous veut et que l’on ne peut à priori vouloir. Le fascisme voulait ne pas vouloir ce qui nous veut, une entreprise aux antipodes du projet nietzschéen. Le surhomme sait qu’on ne peut rien à ce qui est ; le fasciste croyait pouvoir changer l’ordre de ce qui est. L’ontologie nietzschéenne est radicalement antifasciste. »
Michel Onfray, Cosmos
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02/07/2015
Cette arrogance muette, cet orgueil de l'élu de la connaissance
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« Le dégoût et l'arrogance spirituelle de tout homme qui a beaucoup souffert — et c'est presque un critère de supériorité, que le degré de souffrance dont un homme est capable —, la certitude frémissante qui l'imprègne et le marque, d'en savoir plus long par la douleur que les plus sages et les plus savants n'en pourront jamais savoir, d'avoir un jour approché et habité ces mondes lointains et effrayants dont "vous autres, vous ne savez rien…", cette arrogance muette, cet orgueil de l'élu de la connaissance, de l' "initié", du presque sacrifié, a besoin de toute sorte de travestissements pour se défendre du contact de mains indiscrètes et charitables, et en général de tous ceux qui ne sont pas ses pairs par la douleur. La profonde souffrance distingue : elle tient à distance. »
Friedrich Nietzsche, Nietzsche contre Wagner, "Le psychologue prend la parole"
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03/01/2015
L’homme abstrait
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« Qu’on pose alors, en regard, l’homme abstrait privé de mythes conducteurs, l’éducation abstraite, les mœurs abstraites, le droit abstrait, l’Etat abstrait ; qu’on se représente la divagation déréglée de l’imagination artistique que ne bride aucun mythe autochtone ; qu’on imagine une civilisation sans foyer originel ferme et sacré, condamnée à épuiser tous les possibles et à se nourrir chichement, de toutes les civilisations — voilà ce qu’est le présent, tel est le résultat du socratisme destructeur des mythes. Et maintenant l’homme dépossédé du mythe, cet éternel affamé, le voilà au croisement de tous les passés qui creuse et fouille en quête de racines, dût-il aller les déterrer dans les plus lointaines antiquités. Que prouve l’immense appétit d’histoire qui tenaille, dans son insatisfaction, notre civilisation moderne, que prouve ce besoin de rassembler autour d’elle des civilisations sans nombre, et ce besoin de tout connaître qui la consume, si ce n’est la perte du mythe, la perte de la patrie mythique, du sein maternel mythique ? Qu’on se pose la question : l’inquiétante et fébrile agitation de cette civilisation est-elle autre chose que le geste avide de l’affamé qui se précipite sur la nourriture ? Et qui voudrait encore donner quoi que ce soit à une pareille civilisation, qui n’est jamais rassasiée de tout ce qu’elle engoutit et transforme, sitôt qu’elle le touche, l’aliment le plus substantiel et le plus sain en "histoire et critique" ? »
Friedrich Nietzsche, La Naissance de la tragédie
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31/12/2014
L’art dégénéra jusqu’à n’être plus qu’un divertissement de la plus basse espèce
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« Du moment où le critique se mit à régner sur le théâtre et le concert, le journaliste sur l’école et la presse sur la société tout entière, l’art dégénéra jusqu’à n’être plus qu’un divertissement de la plus basse espèce, et la critique esthétique n’eut plus d’autre utilité que de servir d’instrument destiné à assurer la cohésion d’une sociabilité vaine, dissipée, égoïste et par-dessus tout misérablement dénuée de toute originalité, au sens où la parabole schopenhauérienne des porcs-épics le donne très bien à comprendre. Au fond, il n’y a jamais eu d’époque où l’on ait tant bavardé sur l’art ni fait si peu de cas de lui. Est-il possible de fréquenter encore un homme capable de mettre la conversation sur Beethoven ou Shakespeare ? Chacun répondra selon son sentiment, mais sa réponse, en tout cas, montrera ce qu’il se représente sous le terme de "culture" – à supposer toutefois qu’il cherche à répondre et que la question ne l’ait pas laissé muet de stupéfaction. »
Friedrich Nietzsche, La Naissance de la tragédie
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11/11/2014
Le rire d'hommes supérieurs
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« En Allemagne, il manque à l'homme supérieur un grand instrument d'éducation: le rire d'hommes supérieurs ; ceux-ci ne rient pas en Allemagne. »
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir
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25/10/2014
Pour le solitaire, l'ami est toujours le troisieme
=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=
Nietzsche, trinitaire... malgré lui ?
« "Un seul est toujours de trop autour de moi," - ainsi pense le
solitaire. "Toujours une fois un - cela finit par faire deux!"
Je et Moi sont toujours en conversation trop assidue : comment
supporterait-on cela s'il n'y avait pas un ami ?
Pour le solitaire, l'ami est toujours le troisième : le troisième est le
liege qui empeche le colloque des deux autres de s'abimer dans les
profondeurs. Helas ! il y a trop de profondeurs pour tous les solitaires. C'est
pourquoi ils aspirent a un ami et a la hauteur d'un ami. »
Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, "De l'ami"
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La distance et la solitude azuréenne
=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=
Nietzsche à propos de son oeuvre "Ainsi parlait Zarathoustra"...
« Cette œuvre est complètement à part. Ne parlons pas ici des poètes : peut-être n'y a-t-il jamais rien eu qui soit d'une telle surabondance de force. Ma notion du "dionysiaque" s'est faite ici action d'éclat ; comparé à elle, tout autre agir humain apparaît misérable et limité. Qu'un Goethe, qu'un Shakespeare ne sauraient respirer un seul instant dans cette atmosphère de passion et d'altitude, que Dante, auprès de Zarathoustra, ne soit qu'un croyant, et non quelqu'un qui commence par créer la vérité, un esprit qui gouverne le monde, un destin -, que les poètes du Véda soient des prêtres et pas même dignes de dénouer les chaussures de Zarathoustra, voilà qui n'est encore qu'une litote et ne donne aucune idée de la distance, de la solitude azuréenne où vit cette œuvre. »
Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, "Pourquoi j'écris de si bons livres"
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23/10/2014
On a fait un idéal de s’opposer à l’homme fier et bien venu, à l’homme qui dit "oui"
=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=
« Enfin - et c’est là le plus terrible dans la notion de l’homme bon - on a pris parti pour les faibles, les infirmes, les ratés, les gens malades d’eux-mêmes et tout ce qui doit disparaître ! On a contrecarré la loi de la sélection, on a fait un idéal de s’opposer à l’homme fier et bien venu, à l’homme qui dit "oui", qui est sûr du lendemain et qui garantit l’avenir - on a fait de lui le méchant... Et on a cru à tout cela ! Et on l’a appelé morale ! Ecrasez l’infâme ! »
Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, "Pourquoi je suis une fatalité" - §8
00:33 Publié dans Friedrich Nietzsche | Lien permanent | Commentaires (0) |
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21/10/2014
Car tout instinct est avide de domination...
=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=
« Je me suis rendu compte peu à peu de ce que fut jusqu'à présent toute grande philosophie : la confession de son auteur, une sorte de mémoires involontaires et insensibles ; et je me suis aperçu aussi que les intentions morales ou immorales formaient, dans toute philosophie, le véritable germe vital d'où chaque fois la plante entière est éclose. On ferait bien en effet (et ce serait même raisonnable) de se demander, pour l'élucidation de ce problème : comment se sont formées les affirmations métaphysiques les plus lointaines d'un philosophe ? — on ferait bien, dis-je, de se demander à quelle morale veut-on en venir ? Par conséquent, je ne crois pas que l' "instinct de la connaissance" soit le pire de la philosophie, mais plutôt qu'un autre instinct s'est servi seulement, là comme ailleurs, de la connaissance (et de la méconnaissance) ainsi que d'un instrument. Mais quiconque examinera les instincts fondamentaux de l'homme, en vue de savoir jusqu'à quel point ils ont joué, ici surtout, leur jeu de génies inspirateurs (démons et lutins peut-être — ), reconnaîtra que ces instincts ont tous déjà fait de la philosophie — et que le plus grand désir de chacun serait de se représenter comme fin dernière de l'existence, ayant qualité pour dominer les autres instincts. Car tout instinct est avide de domination : et comme tel il aspire à philosopher. - Certes, chez les savants, les véritables hommes scientifiques, il se peut qu'il en soit autrement — que ceux-ci soient, si l'on veut, en "meilleure" posture. Peut-être y a-t-il là véritablement quelque chose comme l'instinct de connaissance, un petit rouage indépendant qui, bien remonté, se met à travailler bravement, sans que tous les autres instincts du savant y soient essentiellement intéressés. C'est pourquoi les véritables « intérêts » du savant se trouvent généralement tout à fait ailleurs, par exemple dans la famille, dans l'âpreté au gain, ou dans la politique ; il est même presque indifférent que sa petite machine soit placée à tel ou tel point de la science, et que le jeune travailleur d' "avenir" devienne bon philologue, ou peut-être connaisseur de champignons, ou encore chimiste : — peu importe, pour le distinguer, qu'il devienne ceci ou cela. Au contraire, chez le philosophe, il n'y a rien d'impersonnel ; et particulièrement sa morale témoigne, d'une façon décisive et absolue, de ce qu'il est, — c'est-à-dire dans quel rapport se trouvent les instincts les plus intimes de sa nature. »
Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale, Traité I : "Bon et méchant", "Bon et mauvais", §6
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20/10/2014
Des "perspectives de grenouille"
=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=
« Comment une chose pourrait-elle naître de son contraire ? Par exemple, la vérité de l'erreur ? Ou bien la volonté du vrai de la volonté de l'erreur ? L'acte désintéressé de l'acte égoïste ? Comment la contemplation pure et rayonnante du sage naîtrait-elle de la convoitise ? De telles origines sont impossibles ; ce serait folie d'y rêver, pis encore ! Les choses de la plus haute valeur doivent avoir une autre origine, une origine qui leur est particulière, - elles ne sauraient être issues de ce monde passager, trompeur, illusoire, de ce labyrinthe d'erreurs et de désirs ! C'est, tout au contraire, dans le sein de l'être, dans l'immuable, dans la divinité occulte, dans la "chose en soi", que doit se trouver leur raison d'être, et nulle part ailleurs ! — Cette façon d'apprécier constitue le préjugé typique auquel on reconnaît bien les métaphysiciens de tous les temps. Ces évaluations se trouvent à l'arrière-plan de toutes leurs méthodes logiques ; se basant sur cette "croyance", qui est la leur, ils font effort vers leur "savoir", vers quelque chose qui, à la fin, est solennellement proclamé "la vérité". La croyance fondamentale des métaphysiciens c'est l'idée de l'opposition des valeurs. Les plus avisés parmi eux n'ont jamais songé à élever des doutes dès l'origine, là où cela eût été le plus nécessaire : quand même ils en auraient fait vœu "de omnibus dubitandum". On peut se demander en effet, premièrement, si, d'une façon générale, il existe des contrastes, et, en deuxième lieu, si les évaluations et les oppositions que le peuple s'est créées pour apprécier les valeurs, sur lesquelles ensuite les métaphysiciens ont mis leur empreinte, ne sont pas peut-être des évaluations de premier plan, des perspectives provisoires, projetées, dirait-on, du fond d'un recoin, peut-être de bas en haut, - des "perspectives de grenouille", en quelque sorte, pour employer une expression familière aux peintres ? Quelle que soit la valeur que l'on attribue à ce qui est vrai, véridique, désintéressé il se pourrait bien qu'il faille reconnaître à l'apparence, à la volonté d'illusion, à l'égoïsme et au désir une valeur plus grande et plus fondamentale par rapport à la vie. De plus, il serait encore possible que ce qui constitue la valeur de ces choses bonnes et révérées consistât précisément en ceci qu'elles sont parentes, liées et enchevêtrées d'insidieuse façon et peut-être même identiques à ces choses mauvaises, d'apparence contradictoires. Peut-être ! - Mais qui donc s'occuperait d'aussi dangereux "peut-être" ! Il faut attendre, pour cela, la venue d'une nouvelle espèce de philosophes, de ceux qui sont animés d'un goût différent, quel qu'il soit, d'un goût et d'un penchant qui différeraient totalement de ceux qui ont eu cours jusqu'ici, - philosophes d'un dangereux peut-être, à tous égards. - Et, pour parler sérieusement : je les vois déjà venir, ces nouveaux philosophes. »
Friedrich Nietzsche, Par delà le bien et le mal, "Les préjugés des philosophes"
23:50 Publié dans Friedrich Nietzsche | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Nous regardons toutes choses avec une tête humaine et nous ne pouvons couper cette tête
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« Il est vrai qu'il pourrait y avoir un monde métaphysique ; la possibilité absolue en est à peine contestable. Nous regardons toutes choses avec une tête humaine et nous ne pouvons couper cette tête ; cependant la question reste toujours de dire ce qui existerait encore du monde si on l'avait néanmoins coupée. C'est là un problème purement scientifique et qui n'est pas très propre à préoccuper les hommes ; mais tout ce qu'il leur a jusqu'ici rendu les hypothèses métaphysiques, précieuses, redoutables, plaisantes, ce qui les a créées, c'est passion, erreur et duperie de soi-même ; ce sont les pires méthodes de connaissance, et non les meilleures qui ont enseigné à y croire. Dès qu'on a dévoilé ces méthodes comme le fondement de toutes le religions et métaphysiques existantes, on les a réfutées. Après cela la dite possibilité reste toujours ; mais on n'en peut rien tirer, bien loin qu'on puisse faire dépendre le bonheur, le salut et la vie, des fils d'araignée d'une pareille possibilité. - Car on ne pourrait enfin rien énoncer du monde métaphysique sinon qu'il est un être-autre, un être-autre qui nous est inaccessible, incompréhensible ; ce serait une chose à attributs négatifs. - L'existence d'un pareil monde fût-elle des mieux prouvées, il serait encore établi que sa connaissance est de toutes les connaissances la plus indifférente : plus indifférente encore que ne doit l'être au navigateur dans la tempête la connaissance de l'analyse chimique de l'eau. »
Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, "Des choses premières et dernières" - 9
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le problème de la valeur
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« Toutes les sciences doivent désormais préparer la tâche d’avenir du philosophe : cette tâche étant comprise en ce sens que le philosophe doit résoudre le problème de la valeur, qu’il doit déterminer la hiérarchie des valeurs. »
Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale, Traité I : "Bon et méchant", "Bon et mauvais"
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