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09/06/2019

Un énorme rouage

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« Il y a nécessité à démontrer qu'une consommation toujours plus grande d'hommes et de quantités humaines, qu'une "machinerie" des intérêts et de productions toujours plus enchevêtrée se complètent par un mouvement de réaction. J'entends par ce mouvement une mise à part de l'excédent de luxe de l'humanité : c'est là que doit naître à la lumière une espèce plus forte, un type supérieur, qui est soumis à d'autres conditions de conservation et de formation que l'homme de la moyenne. Mon idée, mon symbole pour ce type est, comme on sait, le mot "surhumain".

Sur ce premier chemin que l'on peut maintenant embrasser complètement du regard naît l'assimilation, l'aplatissement, la chinoiserie supérieure, l'humilité des instincts, la satisfaction dans l'amoindrissement de l'homme, — une sorte d'immobilité dans le niveau de l'homme. Lorsque nous serons parvenus à cette administration générale et économique de la terre qui nous attend inévitablement, l'humanité, en tant que mécanisme, pourra trouver au service de celle-ci son sens le plus propre : — car elle sera alors un énorme rouage, composé de pièces toujours plus petites, d'une "adaptation" toujours plus subtile, qui rendra de plus en plus superflus tous les éléments qui commandent et dominent; étant devenue un ensemble d'une force énorme dont les différents facteurs représentent des forces minimales et des valeurs minimales.

En opposition à cet amoindrissement, à cette adaptation de l'homme, à cette utilité plus spécialisée, un mouvement contraire est nécessaire — la production de l'homme synthétique qui résume et justifie, de l'homme pour qui cette machinisation de l'humanité est une condition d'existence, car c'est sur cette base qu'il pourra inventer sa forme supérieure d'exister...

Il a besoin de l'antagonisme de la masse, il a besoin des hommes "nivelés" et du sentiment de distance à l'égard de ceux-ci ; il se place sur eux, il vit sur eux. Cette forme supérieure de l'aristocratisme est celle de l'avenir. — Au point de vue moral, cette machinerie générale, cette solidarité de tous les rouages représentent un maximum dans l'exploitation de l'homme : mais elles supposent qu'il y a des hommes en faveur de qui cette exploitation a un sens. Dans l'autre cas, elle ne serait effectivement qu'un amoindrissement général dans la valeur du type homme, — un phénomène de régression d'une grande allure.

— On voit que ce que je combats, c'est l'optimisme économique : comme si, avec les dépenses croissantes de tous, l'utilité de tous devait aussi croître nécessairement. Le contraire me semble être le cas : les dépenses de tous se résument en un déficit général : l'homme s'amoindrit — de sorte que l'on finit par ne plus savoir à quoi a bien pu servir cet énorme processus. Un pourquoi ? un nouveau pourquoi ? — c'est là ce dont l'humanité a besoin. »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

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Diagnostic Prophétique

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« Pourquoi les faibles sont victorieux

En somme les malades et les faibles sont plus compatissants, plus "humains" — ; les malades et les faibles ont plus d'esprit, ils sont plus changeants, plus multiples, plus divertissants, — plus méchants; ce sont les malades qui ont inventé la méchanceté. (Une précocité maladive se rencontre souvent chez les rachitiques, les scrofuleux et les tuberculeux). L'esprit est le propre des races tardives : les juifs, les Français, les Chinois. (Les antisémites ne peuvent pas pardonner aux juifs d'avoir de l'esprit — et de l'argent. Les antisémites — c'est un nom que se donnent les "déshérités").

Les malades et les faibles ont eu pour eux la fascination, ils sont plus intéressants que les bien portants ; le fou et le saint — les deux espèces d'homme les plus intéressantes... ayant quelque parenté avec le "génie". Les grands "aventuriers et criminels" et tous les hommes, avant tout les mieux portants, sont malades à certaines époques de leur vie ; — les grands mouvements de l'âme, les passions de la puissance, l'amour, la vengeance, sont accompagnés de troubles profonds... Et pour ce qui est de la décadence, tout homme qui ne meurt pas trop tôt la représente presque à tous les points de vue — il connaît donc aussi, par expérience, les instincts qui en font partie. Pour la moitié de presque toute vie humaine l'homme est décadent.

Il y a aussi la femme ! Une moitié de l'humanité est faible, essentiellement malade, changeante, inconstante, — la femme a besoin de la force pour s'y cramponner, il lui faut une religion de la faiblesse qui la glorifie, comme s'il était divin d'être faible, d'aimer et d'être humble, — la femme règne si elle parvient à subjuguer les forts. La femme a toujours conspiré avec les types de la décadence, avec les prêtres, contre les "puissants", les "forts", les hommes —. La femme met à part les enfants pour le culte de la piété, de la compassion, de l'amour ; — la mère représente l'altruisme d'une façon convaincante...

Il y a encore la civilisation qui va en augmentant. Elle apporte nécessairement avec elle l'augmentation des éléments morbides, la psycho-névrose et la criminalité. Il se forme une espèce intermédiaire, l'artiste, séparé de la criminalité en action, par la faiblesse de volonté et la crainte sociale, il n'est pas encore mûr pour la maison d'aliénés, mais il étend avec curiosité ses antennes dans les deux sphères. C'est un curieux produit de la culture, cet artiste moderne, peintre, musicien, avant tout romancier, qui emploie pour caractériser sa façon d'être le terme très impropre de ce "naturalisme"...
Le nombre des déments, des criminels et des "naturalistes" augmente : c'est le signe d'une culture grandissante qui s'avance à pas de géant, — c'est-à-dire que le rebut, les déchets, les excréments prennent de l'importance — le courant descendant tient le pas.

Il y a enfin le brouillamini social, conséquence de la Révolution, de l'établissement des droits égaux, de la superstition de "l'égalité entre les hommes". On voit se confondre les représentants des instincts de décomposition (du ressentiment, du mécontentement, de la destruction, de l'anarchisme, du nihilisme), avec ceux d'esclavage, de lâcheté, de ruse, les instincts canailles des couches longtemps maintenues en bas ; tout cela se mêle au sang de toutes les classes : après deux ou trois générations la race est méconnaissable, — tout est encanaillé. De tout cela résulte un instinct général qui se dirige contre le choix, contre les privilèges de tout ordre, et cet instinct agit avec tant de puissance et de sûreté, il est si dur et si cruel dans la pratique, que les privilégiés eux-mêmes finissent par se soumettre de fait. Ce qui veut se maintenir dans la puissance flatte la populace, travaille avec la populace, est forcé d'avoir la populace de son côté, — les "génies" avant tout : ils deviennent les hérauts des sentiments, qui servent à enthousiasmer la masse, — le ton de pitié, la vénération même en face de tout ce qui souffre, de tout ce qui a vécu bas, méprisé, persécuté, ce ton s'élève au-dessus de tous les autres tons (types : Victor Hugo et Richard Wagner). — La montée de la populace signifie encore une fois la montée des valeurs anciennes... »

Friedrich Nietzsche, "Livre quatrième : Discipline et sélection" in La Volonté de Puissance

 

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01/05/2019

Nietzsche : Le Gai Savoir

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29/08/2018

Comment peut-on être nietzschéen ?

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09/07/2018

"Dieu est mort"...

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« [Dieu est mort]. il faut bien pourtant se demander si ce mot n’est qu’une idée d’illuminé, d’un penseur dont on sait fort exactement qu’il a fini par devenir fou, ou bien si Nietzsche ne prononce pas plutôt la parole qui, tacitement, est dite depuis toujours dans l’Histoire de l’Occident déterminée par la Métaphysique. »

« Le nihilisme est bien plutôt pensé en son essence, le mouvement fondamental de l’Histoire de l’Occident. Il manifeste une telle importance de profondeur que son déploiement ne saurait entraîner autre chose que des catastrophes mondiales. Le nihilisme est, dans l’histoire du monde, le mouvement qui précipite les peuples de la terre dans la sphère de puissance des Temps Modernes. »

« Le nihilisme au sens nietzschéen du mot ne recouvre donc aucunement l’état de fait purement négatif qu’ "on ne peut plus croire au Dieu chrétien de la révélation biblique".

[...]

Une vie non chrétienne peut bien adhérer au christianisme et s’en servir comme facteur de puissance, de même que, inversement, une vie chrétienne n’a pas nécessairement besoin du christianisme. Voilà pourquoi un dialogue fondamental avec le christianisme n’est nullement, ni absolument, une lutte contre ce qui est chrétien, pas plus qu’une critique de la théologie n’est du même coup une critique de la foi, que la théologie est censée devoir interpréter. »

Martin Heidegger, " Le mot de Nietzsche 'Dieu est mort' " in Chemins qui ne mènent nulle part

 

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11/02/2018

Friedrich Nietzsche : Hymnus an das Leben

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10/02/2018

Friedrich Nietzsche : Miserere

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 On l'ignore ou on l'oublie, mais Nietzsche était également musicien et avant de s'engager pleinement dans sa Pensée Ravageuse qui secoua la Philosophie, il laissa quelques compositions qui ne manquaient pas d'intérêt... Ce "Miserere", si ma mémoire est bonne, fut composé par un jeune Nietzsche de 16-17 ans, avant sa découverte de Schopenhauer qui lui fit perdre sa Foi et l'orienta dans un premier temps vers la Philologie au grand désespoir de sa mère qui le voulait pasteur protestant comme l'était le père du philosophe, et comme l'étaient ses grands-pères, paternels et maternels. 

 

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02/01/2018

Comment nous consolerons-nous, nous, les meurtriers des meurtriers ?

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« L’insensé. — N’avez-vous pas entendu parler de cet homme fou qui, en plein jour, allumait une lanterne et se mettait à courir sur la place publique en criant sans cesse : "Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu !" — Comme il se trouvait là beaucoup de ceux qui ne croient pas en Dieu son cri provoqua une grande hilarité. A-t-il donc été perdu ? disait l’un. S’est-il égaré comme un enfant ? demandait l’autre. Ou bien s’est-il caché ? A-t-il peur de nous ? S’est-il embarqué ? A-t-il émigré ? — ainsi criaient et riaient-ils pêle-mêle. Le fou sauta au milieu d’eux et les transperça de son regard. "Où est allé Dieu ?" s’écria-t-il, "je veux vous le dire ! Nous l’avons tué, — vous et moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins ! Mais comment avons-nous fait cela ? Comment avons-nous pu vider la mer ? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon ? Qu’avons-nous fait lorsque nous avons détaché cette terre de la chaîne de son soleil ? Où la conduisent maintenant ses mouvements ? Où la conduisent nos mouvements ? Loin de tous les soleils ? Ne tombons-nous pas sans cesse ? En avant, en arrière, de côté, de tous les côtés ? Y a-t-il encore un en-haut et un en-bas ? N’errons-nous pas comme à travers un néant infini ? Le vide ne nous poursuit-il pas de son haleine ? Ne fait-il pas plus froid ? Ne voyez-vous pas sans cesse venir la nuit, plus de nuit ? Ne faut-il pas allumer les lanternes avant midi ? N’entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui enterrent Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la décomposition divine ? — les dieux, eux aussi, se décomposent ! Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consolerons-nous, nous, les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau — qui effacera de nous ce sang ? Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d’inventer ? La grandeur de cet acte n’est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux pour du moins paraître dignes des dieux ? Il n’y eut jamais action plus grandiose, et ceux qui pourront naître après nous appartiendront, à cause de cette action, à une histoire plus haute que ne fut jamais toute histoire." — Ici l’insensé se tut et regarda de nouveau ses auditeurs : eux aussi se turent et le dévisagèrent avec étonnement. Enfin il jeta à terre sa lanterne, en sorte qu’elle se brisa en morceaux et s’éteignit. "Je viens trop tôt, dit-il alors, mon temps n’est pas encore accompli. Cet événement énorme est encore en route, il marche — et n’est pas encore parvenu jusqu’à l’oreille des hommes. Il faut du temps à l’éclair et au tonnerre, il faut du temps à la lumière des astres, il faut du temps aux actions, même lorsqu’elles sont accomplies, pour être vues et entendues. Cet acte-là est encore plus loin d’eux que l’astre le plus éloigné, — et pourtant c’est eux qui l’ont accompli !" — On raconte encore que ce fou aurait pénétré le même jour dans différentes églises et y aurait entonné son "Requiem æternam deo". Expulsé et interrogé il n’aurait cessé de répondre la même chose : "A quoi servent donc ces églises, si elles ne sont pas les tombes et les monuments de Dieu ?" »

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir

 

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30/06/2017

Petit nombre

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« Aujourd’hui encore, la France est le siège de la civilisation européenne la plus intellectuelle et la plus raffinée et reste la grande école du goût : mais il faut savoir la découvrir, cette "France du goût". Qui en fait partie prend soin de se tenir caché. Il sont peu nombreux, et dans ce petit nombre il s’en trouve encore, peut-être, qui ne sont pas très solides sur jambes, soit des fatalistes, des mélancoliques, des malades, soit encore des énervés, fins jusqu’à l’artifice, qui mettent leur point d’honneur à rester cachés. Ils ont ceci en commun qu’ils se bouchent les oreilles pour ne pas entendre la bêtise déchaînée et la gueulerie bruyante du bourgeois démocrate. »

Friedrich Nietzsche, Par delà le Bien et le Mal

 

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29/06/2017

Une odieuse intempérance dans la plainte

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« Il existe aujourd’hui, dans presque toute l’Europe, une sensibilité et une susceptibilité maladives à la souffrance en même temps qu’une odieuse intempérance dans la plainte, un amollissement douillet qui à l’aide de la religion et de je ne sais quel bric-à-brac philosophique voudrait se faire passer pour quelque chose de plus élevé, — il existe un véritable culte de la souffrance. Ce qui, à mon sens, saute toujours d’emblée aux yeux, c’est le manque de virilité de ce que ces cercles d’échauffés baptisent du nom de "compassion". — Il faut proscrire avec la dernière rigueur cette forme récente du mauvais goût. »

Friedrich Nietzsche, Par delà bien et mal

 

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28/06/2017

L'Européen d'aujourd'hui...

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« Un animal grégaire, un être docile, maladif, médiocre, l'Européen d'aujourd'hui. »

Friedrich Nietzsche, Fragments posthumes

 

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27/06/2017

Libérer nos regards des terreurs obsédantes de la nuit

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« La mission suprême de l'art consiste à libérer nos regards des terreurs obsédantes de la nuit, à nous guérir des douleurs convulsives que nous causent nos actes volontaires. »

Friedrich Nietzsche, La Naissance de la tragédie

 

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26/06/2017

L'Art

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« Nous avons la ressource de l'art de peur que la vérité ne nous fasse périr. »

Friedrich Nietzsche, La Naissance de la tragédie

 

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17/01/2017

Or la lecture de Nietzsche pulvérisait ces certitudes...

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« Je me souviendrai toujours de la première fois où je lus Nietzsche : j'avais dix-sept ans et déambulais dans la grande cour du collège des Jésuites de la rue des Lys, à Avignon. Nous étions en 1976, au mois de mai et je préparais le bac français. C'était l'après-midi, il faisait beau et je compulsais "Par-delà bien et mal" en désordre, puis au fur et à mesure de ma découverte, avec application. J'étais bouleversé par ce que je lisais et avais l'impression que le sol tremblait sous mes pieds. Le texte de Nietzsche résonnait en moi comme si je l'attendais depuis toujours. Il y a des coups de foudre dans la pensée comme en amour. Je ne découvrais pas Nietzsche, c'était la lecture de Nietzsche qui m'arraisonnait à moi-même, à travers lui je me comprenais mieux. Je n'ai jamais éprouvé un tel choc en lisant un livre de philosophie et, de fait, Nietzsche n'est pas un philosophe mais un psychologue et un poète, et c'est sa psychologie, comme sa poésie, qui m'allaient droit au cœur. Pourquoi ce choc et qu'est ce qui en est résulté dans ma vie, c'est ce que je vais tenter d'élucider ici.

Si j'éprouvais un tel choc, c'est que la lecture de "Par-delà bien et mal", à laquelle succéda "La Généalogie de la morale", me délivrait d'un fardeau pénible ; non pas celui du christianisme, comme on pourrait s'y attendre – je faisais plus ou moins profession d'athéisme – mais celui du communisme. Car à l'époque je me croyais encore communiste. J'avais adhéré au Mouvement des Jeunesses Communistes à quinze ans et je croyais au sens de l'histoire. Or la lecture de Nietzsche pulvérisait ces certitudes. Nietzsche désacralise complètement l'histoire, notamment celle de la Révolution française. Pour lui, un des principaux moteurs de la Révolution française ne fut pas le désir de justice mais le ressentiment qui habitera son credo égalitaire. J'étais bouleversé par ce que je lisais à ce sujet car j'avais éprouvé cette puissance de ressentiment chez les jeunes communistes que j'avais côtoyé à Aix-en-Provence. Je n'avais pas connu, parmi eux, le sentiment de partage et de fraternité que j'avais ressenti, par moment, avec les catholiques que je fréquentais depuis mon enfance. Un jour, un responsable communiste venu à ma rencontre après avoir lu une lettre que j'avais envoyée à la direction du PCF concernant sa stratégie – j'étais très prétentieux, comme on l'est souvent à cet âge – m'avait dit avec un sérieux que je juge aujourd’hui comique, en regardant la résidence bourgeoise où j'habitais : "Profites-en bien parce que cela ne durera pas longtemps", comme si la révolution était imminente et que la maison où nous vivions allait nous être confisquée. La résidence des Floralies, qui se trouve traverse Saint-Pierre, tout près du stade d'Aix-en-Provence est encore là tandis que le PCF a, lui, quasiment disparu du paysage politique.

La lecture de Nietzsche fut donc concomitante à mon éloignement du PCF. En septembre 1976, je ne renouvelais pas ma carte d'adhérent au Parti. J'avais cessé d'être marxiste pour toujours car j'avais admis, en lisant Nietzsche, que le sort de l'art et de la civilisation étaient d'une importance supérieure au bonheur des masses et que celui-ci n'était pas forcément la condition d'une grande civilisation. S'il en était ainsi, il faudrait condamner les civilisations égyptienne et grecque, mais aussi romaine, esclavagistes par essence, sans oublier le Moyen Âge, avec son ordre social complètement inégalitaire. Or, de fait, ces civilisations, nous ne cessons de les admirer. La lecture de "Par-delà le bien et le mal" où Nietzsche justifie l'esclavage, selon lui nécessaire à toute grande civilisation, me subjuguait donc par sa cruauté. Une cruauté inséparable de sa passion de la vérité : pour Nietzsche les hommes se cachent la vérité pour ne pas avoir à en pâtir. Ils préfèrent la sécurité que procure l'illusion.

"On mesure la force d'un homme au degré de vérité qu'il peut supporter !"
"Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort !"
"L'homme a créé l'Art pour ne pas mourir de la Vérité."
"Nul ne ment plus qu’un homme en colère."

…Et ainsi de suite. »

Paul-François Paoli, Friedrich Nietzsche

 

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08/07/2016

La démocratisation...

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