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02/07/2015

Cette arrogance muette, cet orgueil de l'élu de la connaissance

=--=Publié dans la Catégorie "Friedrich Nietzsche"=--=

 

« Le dégoût et l'arrogance spirituelle de tout homme qui a beaucoup souffert — et c'est presque un critère de supériorité, que le degré de souffrance dont un homme est capable —, la certitude frémissante qui l'imprègne et le marque, d'en savoir plus long par la douleur que les plus sages et les plus savants n'en pourront jamais savoir, d'avoir un jour approché et habité ces mondes lointains et effrayants dont "vous autres, vous ne savez rien…", cette arrogance muette, cet orgueil de l'élu de la connaissance, de l' "initié", du presque sacrifié, a besoin de toute sorte de travestissements pour se défendre du contact de mains indiscrètes et charitables, et en général de tous ceux qui ne sont pas ses pairs par la douleur. La profonde souffrance distingue : elle tient à distance. »

Friedrich Nietzsche, Nietzsche contre Wagner, "Le psychologue prend la parole"

 

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03/01/2015

L’homme abstrait

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« Qu’on pose alors, en regard, l’homme abstrait privé de mythes conducteurs, l’éducation abstraite, les mœurs abstraites, le droit abstrait, l’Etat abstrait ; qu’on se représente la divagation déréglée de l’imagination artistique que ne bride aucun mythe autochtone ; qu’on imagine une civilisation sans foyer originel ferme et sacré, condamnée à épuiser tous les possibles et à se nourrir chichement, de toutes les civilisations — voilà ce qu’est le présent, tel est le résultat du socratisme destructeur des mythes. Et maintenant l’homme dépossédé du mythe, cet éternel affamé, le voilà au croisement de tous les passés qui creuse et fouille en quête de racines, dût-il aller les déterrer dans les plus lointaines antiquités. Que prouve l’immense appétit d’histoire qui tenaille, dans son insatisfaction, notre civilisation moderne, que prouve ce besoin de rassembler autour d’elle des civilisations sans nombre, et ce besoin de tout connaître qui la consume, si ce n’est la perte du mythe, la perte de la patrie mythique, du sein maternel mythique ? Qu’on se pose la question : l’inquiétante et fébrile agitation de cette civilisation est-elle autre chose que le geste avide de l’affamé qui se précipite sur la nourriture ? Et qui voudrait encore donner quoi que ce soit à une pareille civilisation, qui n’est jamais rassasiée de tout ce qu’elle engoutit et transforme, sitôt qu’elle le touche, l’aliment le plus substantiel et le plus sain en "histoire et critique" ? »

Friedrich Nietzsche, La Naissance de la tragédie

 

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31/12/2014

L’art dégénéra jusqu’à n’être plus qu’un divertissement de la plus basse espèce

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« Du moment où le critique se mit à régner sur le théâtre et le concert, le journaliste sur l’école et la presse sur la société tout entière, l’art dégénéra jusqu’à n’être plus qu’un divertissement de la plus basse espèce, et la critique esthétique n’eut plus d’autre utilité que de servir d’instrument destiné à assurer la cohésion d’une sociabilité vaine, dissipée, égoïste et par-dessus tout misérablement dénuée de toute originalité, au sens où la parabole schopenhauérienne des porcs-épics le donne très bien à comprendre. Au fond, il n’y a jamais eu d’époque où l’on ait tant bavardé sur l’art ni fait si peu de cas de lui. Est-il possible de fréquenter encore un homme capable de mettre la conversation sur Beethoven ou Shakespeare ? Chacun répondra selon son sentiment, mais sa réponse, en tout cas, montrera ce qu’il se représente sous le terme de "culture" – à supposer toutefois qu’il cherche à répondre et que la question ne l’ait pas laissé muet de stupéfaction. »

Friedrich Nietzsche, La Naissance de la tragédie

 

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11/11/2014

Le rire d'hommes supérieurs

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« En Allemagne, il manque à l'homme supérieur un grand instrument d'éducation: le rire d'hommes supérieurs ; ceux-ci ne rient pas en Allemagne. »

Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir

 

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25/10/2014

Pour le solitaire, l'ami est toujours le troisieme

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Nietzsche, trinitaire... malgré lui ?

 

« "Un seul est toujours de trop autour de moi," - ainsi pense le
solitaire. "Toujours une fois un - cela finit par faire deux!"

Je et Moi sont toujours en conversation trop assidue : comment
supporterait-on cela s'il n'y avait pas un ami ?

Pour le solitaire, l'ami est toujours le troisième : le troisième est le
liege qui empeche le colloque des deux autres de s'abimer dans les

profondeurs. Helas ! il y a trop de profondeurs pour tous les solitaires. C'est
pourquoi ils aspirent a un ami et a la hauteur d'un ami. »

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, "De l'ami"

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La distance et la solitude azuréenne

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Nietzsche à propos de son oeuvre "Ainsi parlait Zarathoustra"...

 

« Cette œuvre est complètement à part. Ne parlons pas ici des poètes : peut-être n'y a-t-il jamais rien eu qui soit d'une telle surabondance de force. Ma notion du "dionysiaque" s'est faite ici action d'éclat ; comparé à elle, tout autre agir humain apparaît misérable et limité. Qu'un Goethe, qu'un Shakespeare ne sauraient respirer un seul instant dans cette atmosphère de passion et d'altitude, que Dante, auprès de Zarathoustra, ne soit qu'un croyant, et non quelqu'un qui commence par créer la vérité, un esprit qui gouverne le monde, un destin -, que les poètes du Véda soient des prêtres et pas même dignes de dénouer les chaussures de Zarathoustra, voilà qui n'est encore qu'une litote et ne donne aucune idée de la distance, de la solitude azuréenne où vit cette œuvre. »

Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, "Pourquoi j'écris de si bons livres"

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23/10/2014

On a fait un idéal de s’opposer à l’homme fier et bien venu, à l’homme qui dit "oui"

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« Enfin - et c’est là le plus terrible dans la notion de l’homme bon - on a pris parti pour les faibles, les infirmes, les ratés, les gens malades d’eux-mêmes et tout ce qui doit disparaître ! On a contrecarré la loi de la sélection, on a fait un idéal de s’opposer à l’homme fier et bien venu, à l’homme qui dit "oui", qui est sûr du lendemain et qui garantit l’avenir - on a fait de lui le méchant... Et on a cru à tout cela ! Et on l’a appelé morale ! Ecrasez l’infâme ! »

Friedrich Nietzsche, Ecce Homo, "Pourquoi je suis une fatalité" - §8

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21/10/2014

Car tout instinct est avide de domination...

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« Je me suis rendu compte peu à peu de ce que fut jusqu'à présent toute grande philosophie : la confession de son auteur, une sorte de mémoires involontaires et insensibles ; et je me suis aperçu aussi que les intentions morales ou immorales formaient, dans toute philosophie, le véritable germe vital d'où chaque fois la plante entière est éclose. On ferait bien en effet (et ce serait même raisonnable) de se demander, pour l'élucidation de ce problème : comment se sont formées les affirmations métaphysiques les plus lointaines d'un philosophe ? — on ferait bien, dis-je, de se demander à quelle morale veut-on en venir ? Par conséquent, je ne crois pas que l' "instinct de la connaissance" soit le pire de la philosophie, mais plutôt qu'un autre instinct s'est servi seulement, là comme ailleurs, de la connaissance (et de la méconnaissance) ainsi que d'un instrument. Mais quiconque examinera les instincts fondamentaux de l'homme, en vue de savoir jusqu'à quel point ils ont joué, ici surtout, leur jeu de génies inspirateurs (démons et lutins peut-être — ), reconnaîtra que ces instincts ont tous déjà fait de la philosophie — et que le plus grand désir de chacun serait de se représenter comme fin dernière de l'existence, ayant qualité pour dominer les autres instincts. Car tout instinct est avide de domination : et comme tel il aspire à philosopher. - Certes, chez les savants, les véritables hommes scientifiques, il se peut qu'il en soit autrement — que ceux-ci soient, si l'on veut, en "meilleure" posture. Peut-être y a-t-il là véritablement quelque chose comme l'instinct de connaissance, un petit rouage indépendant qui, bien remonté, se met à travailler bravement, sans que tous les autres instincts du savant y soient essentiellement intéressés. C'est pourquoi les véritables « intérêts » du savant se trouvent généralement tout à fait ailleurs, par exemple dans la famille, dans l'âpreté au gain, ou dans la politique ; il est même presque indifférent que sa petite machine soit placée à tel ou tel point de la science, et que le jeune travailleur d' "avenir" devienne bon philologue, ou peut-être connaisseur de champignons, ou encore chimiste : — peu importe, pour le distinguer, qu'il devienne ceci ou cela. Au contraire, chez le philosophe, il n'y a rien d'impersonnel ; et particulièrement sa morale témoigne, d'une façon décisive et absolue, de ce qu'il est, — c'est-à-dire dans quel rapport se trouvent les instincts les plus intimes de sa nature. »

Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale, Traité I : "Bon et méchant", "Bon et mauvais", §6

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20/10/2014

Des "perspectives de grenouille"

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« Comment une chose pourrait-elle naître de son contraire ? Par exemple, la vérité de l'erreur ? Ou bien la volonté du vrai de la volonté de l'erreur ? L'acte désintéressé de l'acte égoïste ? Comment la contemplation pure et rayonnante du sage naîtrait-elle de la convoitise ? De telles origines sont impossibles ; ce serait folie d'y rêver, pis encore ! Les choses de la plus haute valeur doivent avoir une autre origine, une origine qui leur est particulière, - elles ne sauraient être issues de ce monde passager, trompeur, illusoire, de ce labyrinthe d'erreurs et de désirs ! C'est, tout au contraire, dans le sein de l'être, dans l'immuable, dans la divinité occulte, dans la "chose en soi", que doit se trouver leur raison d'être, et nulle part ailleurs ! — Cette façon d'apprécier constitue le préjugé typique auquel on reconnaît bien les métaphysiciens de tous les temps. Ces évaluations se trouvent à l'arrière-plan de toutes leurs méthodes logiques ; se basant sur cette "croyance", qui est la leur, ils font effort vers leur "savoir", vers quelque chose qui, à la fin, est solennellement proclamé "la vérité". La croyance fondamentale des métaphysiciens c'est l'idée de l'opposition des valeurs. Les plus avisés parmi eux n'ont jamais songé à élever des doutes dès l'origine, là où cela eût été le plus nécessaire : quand même ils en auraient fait vœu "de omnibus dubitandum". On peut se demander en effet, premièrement, si, d'une façon générale, il existe des contrastes, et, en deuxième lieu, si les évaluations et les oppositions que le peuple s'est créées pour apprécier les valeurs, sur lesquelles ensuite les métaphysiciens ont mis leur empreinte, ne sont pas peut-être des évaluations de premier plan, des perspectives provisoires, projetées, dirait-on, du fond d'un recoin, peut-être de bas en haut, - des "perspectives de grenouille", en quelque sorte, pour employer une expression familière aux peintres ? Quelle que soit la valeur que l'on attribue à ce qui est vrai, véridique, désintéressé il se pourrait bien qu'il faille reconnaître à l'apparence, à la volonté d'illusion, à l'égoïsme et au désir une valeur plus grande et plus fondamentale par rapport à la vie. De plus, il serait encore possible que ce qui constitue la valeur de ces choses bonnes et révérées consistât précisément en ceci qu'elles sont parentes, liées et enchevêtrées d'insidieuse façon et peut-être même identiques à ces choses mauvaises, d'apparence contradictoires. Peut-être ! - Mais qui donc s'occuperait d'aussi dangereux "peut-être" ! Il faut attendre, pour cela, la venue d'une nouvelle espèce de philosophes, de ceux qui sont animés d'un goût différent, quel qu'il soit, d'un goût et d'un penchant qui différeraient totalement de ceux qui ont eu cours jusqu'ici, - philosophes d'un dangereux peut-être, à tous égards. - Et, pour parler sérieusement : je les vois déjà venir, ces nouveaux philosophes. »

Friedrich Nietzsche, Par delà le bien et le mal, "Les préjugés des philosophes"

 

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Nous regardons toutes choses avec une tête humaine et nous ne pouvons couper cette tête

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« Il est vrai qu'il pourrait y avoir un monde métaphysique ; la possibilité absolue en est à peine contestable. Nous regardons toutes choses avec une tête humaine et nous ne pouvons couper cette tête ; cependant la question reste toujours de dire ce qui existerait encore du monde si on l'avait néanmoins coupée. C'est là un problème purement scientifique et qui n'est pas très propre à préoccuper les hommes ; mais tout ce qu'il leur a jusqu'ici rendu les hypothèses métaphysiques, précieuses, redoutables, plaisantes, ce qui les a créées, c'est passion, erreur et duperie de soi-même ; ce sont les pires méthodes de connaissance, et non les meilleures qui ont enseigné à y croire. Dès qu'on a dévoilé ces méthodes comme le fondement de toutes le religions et métaphysiques existantes, on les a réfutées. Après cela la dite possibilité reste toujours ; mais on n'en peut rien tirer, bien loin qu'on puisse faire dépendre le bonheur, le salut et la vie, des fils d'araignée d'une pareille possibilité. - Car on ne pourrait enfin rien énoncer du monde métaphysique sinon qu'il est un être-autre, un être-autre qui nous est inaccessible, incompréhensible ; ce serait une chose à attributs négatifs. - L'existence d'un pareil monde fût-elle des mieux prouvées, il serait encore établi que sa connaissance est de toutes les connaissances la plus indifférente : plus indifférente encore que ne doit l'être au navigateur dans la tempête la connaissance de l'analyse chimique de l'eau. »

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, "Des choses premières et dernières" - 9

 

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le problème de la valeur

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« Toutes les sciences doivent désormais préparer la tâche d’avenir du philosophe : cette tâche étant comprise en ce sens que le philosophe doit résoudre le problème de la valeur, qu’il doit déterminer la hiérarchie des valeurs. »

Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale, Traité I : "Bon et méchant", "Bon et mauvais"

 

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Cette impuissante duperie de soi, a pris les dehors pompeux de la vertu qui sait attendre, qui renonce et qui se tait

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« Lorsque les opprimés, les écrasés, les asservis, sous l'empire de la ruse vindicative de l'impuissance, se mettent à dire : "Soyons le contraire des méchants, c'est-à-dire bons ! Est bon quiconque ne fait violence à personne, quiconque n'offense, ni n'attaque, n'use pas de représailles et laisse à Dieu le soin de la vengeance, quiconque se tient caché comme nous, évite la rencontre du mal et du reste attend peu de chose de la vie, comme nous, les patients, les humbles et les justes." - Tout cela veut dire en somme, à l'écouter froidement et sans parti pris : "Nous, les faibles, nous sommes décidément faibles ; nous ferons donc bien de ne rien faire de tout ce pour quoi nous ne sommes pas assez forts." - Mais cette constatation amère, cette prudence de qualité très inférieure que possède même l'insecte (qui, en cas de grand danger, fait le mort, pour ne rien faire de trop), grâce à ce faux monnayage, à cette impuissante duperie de soi, a pris les dehors pompeux de la vertu qui sait attendre, qui renonce et qui se tait, comme si la faiblesse même du faible - c'est-à-dire son essence, son activité, toute sa réalité unique, inévitable et indélébile - était un accomplissement libre, quelque chose de volontairement choisi, un acte de mérite. Cette espèce d'homme a un besoin de foi au "sujet" neutre, doué du libre arbitre, et cela par un instinct de conservation personnelle, d'affirmation de soi, par quoi tout mensonge cherche d'ordinaire à se justifier. »

Friedrich Nietzsche, Généalogie de la morale, Traité I : "Bon et méchant", "Bon et mauvais", §13

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06/10/2014

Arbre de l'avenir

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« L'Oeuvre napoléonienne, l'oeuvre effrayante, effraye d'abord son auteur même. Nietzsche n'ignore pas où le mène cette "via mala" des conséquences sur laquelle il s'est engagé. Il a étroitement lié sa volonté de puissance aux forces aveugles, aux forces avides, que le physicien, le biologiste, étudient dans leur laboratoires. Or, si une volonté aveuglément avide est au centre de l'univers, est ce centre même (Nietzsche a choisi cette hypothèse), tout ce qui ne correspond pas exactement à cette volonté est le signe d'une vacillation, d'une défaillance. Nietzsche observe l'Antiquité, la Renaissance, deux époques où l'homme, assurément, fut grand. Cette grandeur, observe-t-il, est due à l'alliage d'une certaine promptitude, d'un certain raffinement de l'esprit, avec une certaine violence, cruauté des instincts. Séparé de cette cruauté, l'homme est un être qui faiblit, décline.

Ainsi la vertu (virtù) fut comprise par Alcibiade et César aux temps antiques, aux siècles renaissants par les grands Méditerranéens dont Nietzsche subit la fascination, les Machiavel et les Napoléon. Violence et cruauté : ces dispositions lui sont totalement étrangères, et l'attirent d'autant plus. Il se surveille pourtant, il examine l'attirance. Doit-il lui céder ? "Il faut avoir le courage de la nudité psychologique", a-t-il écrit. Ce courage l'oblige-t-il à compter, les vertus éminentes de l'homme, la cruauté, et à toujours penser contre lui-même ? N'y a-t-il pas , pour l'homme, d'autre victoire que la victoire sur la pitié ? La force n'a-t-elle pas ses modalités ? Écoutons-le :

"On adore la force à genoux – selon la vieille habitude des esclaves – et pourtant, lorsqu'il faut déterminer le degré de vénérabilité, c'est le degré de raison dans la force qui importe : il faut évaluer en quelle mesure la force a été surmontée, à quelles fins elle obéit comme instrument et comme moyen ! Mais pour de pareilles évaluations, les yeux ne sont pas dessillés : on va même jusqu'à considérer comme un blasphème l'évaluation du génie. Ainsi le spectacle le plus beau est peut-être voué à l'obscurité et, à peine surgi, disparaît dans la nuit éternelle – je veux dire le spectacle de cette force qu'un génie emploie, non à des œuvres, mais au développement de soi-même, en tant qu'oeuvre, c'est-à-dire dans les inspiration, et dans les tâches qui surviennent. Le grand homme reste invisible, comme une étoile lointaine, dans ce qu'il y a de plus admirable : sa victoire sur la force demeure sans témoins, elle n'est glorifiée nu chantée."

Lisant cette page, il faut qu'on pense à Goethe vainqueur de sa propre violence, à ce Goethe de Weimar auquel Nietzsche a voué un culte qui s'accroîtra sans cesse. Le texte que nous venons de citer date de 1881. Mais il reste valable. Une courte note, plus tard, montre combien reste tenace en Nietzsche le sens de la vénération :

"J'ai sondé les origines ; alors je suis devenu étranger à tous les respects – tout s'est fait étrange et solitaire autour de moi. Mais la vertu de vénération au fond de moi a germé en secret et un arbre a poussé l'ombre duquel je me repose, arbre de l'avenir". »

Daniel Halévy, Nietzsche

 

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26/09/2014

L'objectivité élevée, claire, à la vue aussi profonde que douce

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« S'il advient réellement que l'homme juste demeure juste même envers celui qui lui inflige un dommage (et non pas simplement froid, mesuré, étranger, indifférent : être juste est toujours une attitude positive), si l'objectivité élevée, claire, à la vue aussi profonde que douce, de l'œil juste, jugeant ne se trouble pas même sous le coup de boutoir de l'offense, de la raillerie, de la suspicion personnelles, eh bien, c'est là une parcelle de perfection et de suprême maîtrise sur terre, - voire même quelque chose que l'on doit avoir la sagesse de ne pas attendre ici, à quoi en tout cas on ne devrait pas croire trop facilement. »

Friedrich Nietzsche, La "faute", la "mauvaise conscience" et ce qui lui ressemble, in La généalogie de la morale

 

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25/08/2014

25 Août 1900

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