31.03.2009
Pardonnez-leur Mozart car ils ne savent pas ce qu'ils font...
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La Parole est à ma douce Irina... 
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Vu, la semaine dernière, à l’Opéra de Massy, Cosi fan tutte , troisième et dernière collaboration entre Mozart et Lorenzo da Ponte (après Les noces de Figaro et Don Giovanni). Une interprétation irréprochable quoique assez différente et certainement moins pointue que celle que j’ai l’habitude d’écouter. Ceci dit, Cécile Perrin (Fiordiligi), Patricia Fernandez (Dorabella), Antonio Figueroa (Ferrando), Thomas Dolié (Guglielmo), Lydia Mayo (Despina), Luciano Di Pasquale (Don Alfonso) et les Choeurs lyriques de Saint-Etienne ainsi que le Chef de chœur Laurent Touche ont tous fait une excellente prestation.
Pourrais-je en dire autant de la mise en scène ?…
Luigi di Gangi et Ugo Giacomazzi signent une mise en scène qui veut transposer l’œuvre de Mozart dans les années 70 « se référant vaguement à cette période mythique, à ses idéaux, à ses grandes luttes sociales, où le rôle de la femme se transforme, où on affirme poursuivre la liberté des sentiments et où les concepts de couple, relation, mariage, jalousie, sont bouleversés. (…) Comme les alchimistes cherchaient à reproduire dans une éprouvette la chimie du comportement de la nature, nous, en tant que réalisateurs - alchimistes dans ce Così fan tutte, chercherons à pénétrer dans le lien entre microcosme et macrocosme, entre les plus petits soubresauts du quotidien et les mouvements qui règlent l’ordre universel, entre la chimie des sentiments et la métaphysique.»
Voici comment tout cela se concrétise :
Un personnage énigmatique, une espèce de clown triste, se mouvant étrangement, émettant des bruits bizarres, occupe la scène 4 bonnes minutes dans un silence pesant (on se demande si le public ne va pas siffler…) et « introduit » cette superbe ouverture que les fidèles de Mozart connaissent bien (on ne comprend pas bien à quoi ça rime, mais enfin). Ce personnage sera présent tout le long de l’opéra, faisant des apparitions que l’on ne remarque pas toujours immédiatement (di Gangi et Giacomazzi ont-il voulu représenter là un Mozart qui assisterait à une de ses représentations ? (petit rappel : Cosi avait été créé le 26 janvier 1790 et les représentations avaient été arrêtées brusquement en février 1790 après le décès de Joseph II : on ferma alors les théâtres en signe de deuil et quand les salles rouvrirent, Cosi était presque totalement oublié.)).
Et puis un écran géant sur scène projetant non-stop tantôt des images abstraites, tantôt des images érotiques rappelant le jeu de séduction/attraction/répulsion qui se joue durant ces deux actes.
Di Gangi et Giacomazzi habillent enfin la scène et les personnages de lumières de toutes sortes, un collier lumineux aux cous de ces dames (symbolisant l’amour et la fidélité intacts de leurs amants partis à la guerre), des enseignes de mots tels que « nuages » qui descendent du plafond, un objet étrange lumineux (très lumineux) symbolisant l’antidote « mesmérien » qui sauve les deux « étrangers » du poison qu’ils auraient avalé (Franz-Anton Mesmer, contemporain de Mozart, est fondateur de la théorie du magnétisme animal, aussi connue sous le nom de mesmérisme. En 1773 il entreprend son premier traitement sur la base des idées d'un fluide universel. Y aurait-il là une allusion à la franc-maçonnerie ? peut-être), et ainsi, toutes sortes de luminaires/décors habillent les deux actes de Cosi.
Il m’a fallu un peu de temps pour passer outre la mise en scène et ne me focaliser que sur l’interprétation et j’avoue que mon plaisir n’a pas été entier. Je ne comprends toujours pas « à quoi jouent » ces metteurs en scène, en quoi pensent-ils « enrichir » les œuvres de nos chers morts, nos chers génies, en quoi cette « touche personnelle » peut-elle mettre en valeur autre chose que leur propre ego ? Ne devraient-ils pas plutôt se mettre au service de Mozart, Molière ou Debussy (pour n’en citer que quelques uns) ? Ne devraient-ils pas être emplis d’humilité quand ils représentent ces chefs-d’œuvre ? Pourquoi ne peuvent-ils pas s’en empêcher ?! on pourrait y voir de la frustration.
À ce sujet, un excellent billet de Michel Onfray avait été mis en ligne sur son blog en février dernier et, comme disait Roland Barthes, « on échoue toujours à parler de ce qu’on aime » et là où j’échoue sans doute à parler de ce qui m’agace profondément, le sieur Onfray lui, y excelle (je dirais presque « comme d’habitude ! »).
Le voici (savourez) :
"DES NAINS JUCHES SUR DES GEANTS
Entre Caen et Argentan, alors que je rentre de mon cours à l’université populaire, j’écoute France Musique en voiture. Mes pensées divaguent dans la campagne normande. Un invité, dont je tairais le nom, (d’ailleurs le lendemain, jour d’écriture de cette chronique, je ne m’en souviens même plus après m’être promis pourtant de le mémoriser…), pontifie sur ses goûts. Peu importe d’ailleurs son patronyme sans importance, cet ego répandu dans la suffisance vaut comme symptôme de notre époque qui marche sur la tête.
Monsieur aime Don Giovanni de Mozart. D’ailleurs il l’a mis en scène et bientôt, rendez-vous compte, on pourra mesurer l’étendue de son génie à… Rouen. Péremptoire, Monsieur a fait sauter la dernière scène qui se présente comme un quintette vocal sublime parce qu’il n’aime pas les happy end et que la réconciliation des contraires du libertin désirée par le librettiste et le compositeur ne lui plaisent pas… Monsieur a remplacé le Commandeur, figure de la Loi, figure du Père, et, selon la volonté expresse de Mozart, fantôme du père de Dona Elvira tué par Don Juan lui même, par une femme nue… Monsieur a supprimé la damnation consubstantielle au drame lui-même et fait se suicider le héros par revolver, car il veut que Don Juan maîtrise son destin jusqu’au bout en décidant de sa mort…
Qui est ce Monsieur pour se permettre de corriger la copie de Mozart ? De tailler dans le vif du livret et de raturer la partition ? De mettre son goût et ses préférences en avant, au détriment d’un génie planétaire pris en otage par sa médiocrité ? Quelle est sa légitimité à traiter le grand librettiste et le sublime musicien comme des élèves d’une classe de primaire corrigés avec le crayon rouge de l’instituteur ? Qu’est-ce qui l’autorise à croire que sa volonté peut primer celle des gens qu’il est censé servir et dont il se sert comme un voyou ? Et que penser de ce mépris du public auquel on vend pour une œuvre de Mozart le sous-produit d’un minable ?
L’époque est désespérante à plus d’un titre. Mais elle est névrosée jusqu’à la moelle quand elle laisse libre cours à de quasi inconnus qui, non contents d’ignorer qu’ils n’égalent pas les génies qu’ils sont payés pour servir, affirment tout net qu’ils les dépassent en sabotant leur travail. La mise en scène semble souvent le refuge de médiocres qui, bouffis d’orgueil, remplis d’un ego surdimensionné, travaillés par le ressentiment de n’avoir pu être ni librettiste, ni compositeur, pensent qu’en massacrant le travail des autres, sous prétexte de propositions conceptuelles, ils surpassent ceux qu’ils ne parviendront jamais à égaler. Un nain juché sur les épaules d’un géant restera un nain. Mais notre époque vit de nains autoproclamés géants."
Et pour finir, je reprendrai ces mots de Onfray : époque en effet « désespérante et névrosée jusqu’à la moelle quand elle laisse libre cours à de quasi inconnus qui, non contents d’ignorer qu’ils n’égalent pas les génies qu’ils sont payés pour servir, affirment tout net qu’ils les dépassent en sabotant leur travail. »
Que cela ne vous dissuade surtout pas d’aller à l’opéra !
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22.03.2009
Social Distortion, le 8 Juin 2009 au Bataclan à Paris
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Spéciale Dédicace à mon frère des 1000 et 1 guerres... Bro' Vince.
Untitled
I'm heading down a lonely highway
I'm running down a one-way street
I wanna know are you going my way
is there some place quiet where we can meet
and friends they come and friends they go
but you were always by my side
And where it all ends I don't know
Don't cry no more just hold on tight
there was a time when I was desperate
Living in a town without a name
And when things got so dark and desolate
You taught me how to hide my shame
And kings and queens and millionaires
May never know what I have known
And thank the stars I'm the lucky one,
Thanks for the lessons that I have been shown
I feel rich, I feel power, and security
and when I'm weak, you are strong
Once in a lifetime, twice in eternity
And guess what? Nothing else matters anyways

Des punks qui ont d'excellentes fréquentations...

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20.03.2009
Diversité...
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Ouh putain... une bonne purge rendrait les intestins de la République un peu plus salubres. En tant que médecin je prescrirais un bon lavement à la poire...
...ou au lance-flammes... mais j'exagère sûrement. Après tout... tout va très bien, Madame la Marquise... IL N'Y A PAS DE PROBLEMES ETHNIQUES EN FRANCE.
La Diversité avant tout... cette GRANDE CHANCE POUR LA FRANCE !
Au moins certains crétins trouvent un sens à leur vie minable et sans envergure.
Et le pire dans tout ça... c'est que tout le monde... ABSOLUMENT TOUT LE MONDE... prend le pli.
Pitoyable. Niveau pensée : zéro ! ![]()
J'ai pris ça chez l'ami XP...
23:33 Publié dans Brèves | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
17.03.2009
Enjoy the Fab Four...
=--=Publié dans la Catégorie "Music..."=--=
22 minutes... C'est court... ok... mais le son est aussi correct que le son de leurs albums de l'époque... et ça joue terriblement bien. Ringo Starr est un excellent batteur... il va bien falloir que le monde le reconnaisse, hmm ? Bon, on est à Stockholm... le 24 octobre 1963... à la radio, pour l'émission "Pop '63". En tout cas, les suédoises ont l'air bien contentes... ha !
Téléchargez les mp3... c'est gratuit.
02-I Saw Her Standing There.mp3
06-You Really got a hold on me.mp3


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21:48 Publié dans Music... | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
14.03.2009
Alain Bashung, repose en paix... Putain de crabe !
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Alain Bashung, 1947-2009
Il reste qui ? Y'a quelqu'un là ?
20:10 Publié dans Music... | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
13.03.2009
Vertueux
=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

Les vertueux ont la foi pure. Gigantesques dans leur dévotion moisie, ils sont vieux avant que de l’être. Courbés et anachroniques. Ils vont apporter la rédemption à l’humanité en enserrant les corps dans des catafalques noirs pour ceinturer les seins, les fesses et leurs croupes. Leurs queues et leurs vulves ont l’imagination courte. Mais ils ont assez d’imagination pour faire œuvre de civilisation, croient-ils, dans l’attente de la parousie sanctificatrice.
En attendant, connaissent-ils ces chairs qui se caressent, se malaxent, et s’extasient, ces palpitations cardiaques qui aèrent la cervelle jusqu’à la déglinguer ? le souffle hachuré, le tremblement merveilleux, le frisson entre deux corps comme un ras de marée que l’on ne prévient jamais et qui envahit tout ? on parvient, parfois, à calculer et mesurer le cours même de l’histoire, à évaluer des intelligences, à détourner le destin de sa voie toute tracée, mais l’amour et le désir ne peuvent s’apprivoiser. Aucun scalpel du questionnement humain ne parviendra jamais à en défaire l’épiderme, les muscles et les nerfs. La dissection en est impossible. Lorsque l’être aimé devient le centre gravitationnel autour duquel absolument tout se joue, se noue et se défait, on n’est plus au royaume de la raison, mais dans une nef des fous. Et les puritains n’ont pour ce phénomène que des condamnations diaboliques à vociférer.

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12.03.2009
Acte
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Ecrire c’est attendre tout de cet acte.
J’ai mis du temps à comprendre que ma douleur ne pouvait en aucun cas me servir de masque. Je suis comme je suis. Avec ma face, avec mes mains, avec mon corps entier, et mes regards où transparaissent mes hantises intimes. Du coup, j’aime être seul le plus souvent possible car j’ai une sainte horreur d’avoir à justifier ma ride sur le front née de mes inquiétudes, juste sous la cicatrice dont j’ai hérité d’une chute à quatre ans en ex-Yougoslavie. Marque de Caïn. C’est vrai. Ma douleur est bien moi. De bout en bout mais je tiens debout. Un cri jamais véritablement sorti de ma gueule qui a passé des années à errer dans les entrelas de ma chair et de mon réseaux nerveux avant que de se dissoudre avec le temps dans une sorte d’acceptation pleine de félicité. Je suis quelqu’un sans importance, voyez-vous, je vis et je meurs en silence dans mon désert aux murailles de vents et de silice. Je l’écris juste comme je peux. Peut-être pour porter témoignage de la banalité d’un parcours. Porter témoignage, c’est-à-dire, en grec, être martyre.

19:21 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Inattendu
=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=
Il y avait ici, un possible que la régression générale interdit de concevoir. Les utopies sont des farces qui ne laissent entrevoir en partie visible que de sordides mythifications kitchs et moisies de ce possible alors qu’elles cachent sous le calme apparent de la nappe aquatique les meurtres génocidaires muets, sourds et aveugles. Une graine en demeure en attente. Elle ressurgira au cœur même du fumier selon des voies inattendues.

UTOPIA, Bernard Lavilliers
17:30 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Lecture Nocturne
=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=
« Le Pen et ses séides auront fait plus de mal à la Civilisation européenne que les socialistes et les communistes tous ensemble réunis !
Ils ont condamné toute défense des valeurs occidentales à être immédiatement comparée aux bravades de ce Mussolini de Saint-Cloud, ils ont rabaissé la Geste des Croisés francs au niveau des gesticulations hystériques de quelques skinheads supporters du PSG, ils ont condamné la France à ne plus avoir aucune alternative.
Ils savaient probablement ce qu’ils faisaient. Ce qui les rend deux fois plus coupables.
Une des portées les plus décisives de l’élection présidentielle de 2002 et de ses résultats de république bananière, c’est de démontrer une fois pour toutes que le libéralisme et le socialisme, avec tous leurs avatars, ne représentent qu’une seule voie, que Le Pen et ses éructations antisionistes et antiaméricaines représentent la seconde, soit une variante "extrémiste" de la première, et que la Troisième Voie, par conséquent, et comme toujours en ce pays, reste parfaitement introuvable. »
American Black Box, Maurice G. Dantec
Rien à rajouter à ces lignes. Je tire sur ma cigarette. Avale mon thé vert à 2h41 du matin en écoutant le live de Robin Trower du 18 octobre 1977 enregistré à New Haven, dans le Connecticut, USA, pour une émission de radio, King Biscuit Flower Hour. Juste à côté du livre de Dantec le livre d’une jeune poétesse, Arielle Monney qui a signé quelques poèmes lumineux sous le nom d’Aldebaran, avant de mourir à 16 ans tout juste passés : « La mort est ce jardin où je m’éveille » 1957-1975. Une courte vie qui lui a permis tout de même d’écrire des choses comme celle-ci :
"Soleil
Je repose sans la voir
sur une métamorphose
perpétuelle.
au fond de mon âme se renouvellent
des phrases impossibles malgré moi
et le soir me semble
un soleil."
Ou celle-là :
"Recherche
les châteaux sont en démolition
je cherche un ligne réelle
verticale
puissante et agressive
une ligne qui m’aide à vivre
et à combattre
les châteaux les mers et les étoiles
sont en démolition
je veux une ligne
seule immense et noire.
27 mai 1974."
Ou bien ça encore :
" tu sais le feu
qui est le vent
tu sais le jour
qui est la nuit
tu sais la nuit
qui est le vent
tu sais le feu
qui est la mer
tu sais la mer
qui est la nuit
tu sais la nuit
qui est le jour
tu sais le jour
qui est le vent
tu sais le silence qui est l’écume
tu sais l’écume qui est la mer
tu sais la mer
qui est le jour
tu sais le jour
qui est le vent
et le jour qui fut d’écume
fut la nuit
qui est silence.
1er novembre 1974.
(si je ne parle de mort
je l’écoute. elle tremble
en moi et elle viendra.)"
Paru aux éditions Collection Sud avec une préface de Jean Joubert. Je ne sais rien d’elle. Mais cette adolescente qui écrit comme une nécessité première m’émeut au plus profond et me soigne. Le vide du monde, elle le remplit avec son énergie qui traverse sa propre mort. Elle est plus vivante que tous les lepénistes ou anti-lepenistes qui marchent, sans le savoir, main dans la main. Face à toute la farce consensuelle ambiante, mondialiste, altermondialiste, européiste, nationaliste, politico-jeanfoutiste, reste le verbe, les mots qui ne sont nullement pour moi (comme ils le furent pour Sartre) l’enfer de l’absurde, mais une possibilité de sortie hors la nasse de la médiocrité socio-politique. Née le 6 décembre 1957 et morte le 25 février 1975 elle écrivait le 23 février 1975 son dernier poème :
la terre grise.
le jour pâle.
l’enfant aux yeux tristes
lentement regarde
le grand renoncement du jour
qui s’achève
parmi le si grand calme du paysage.
— monotone.
la terre n’est qu’un espace
le jour si pâle n’a plus d’ombre.
l’enfant aux yeux si graves
lentement regarde
la mort de l’arbre
la mort d’un rêve
ou d’un songe
parmi le si grand calme du paysage.
— monotone.
l’enfant triste et grave
lentement regarde
la fin des herbes folles
et du grand voyage
lentement regarde
l’ombre de l’arbre qui s’achève
parmi le grand renoncement
du jour
et la fin
d’un espace.
23 février 1975.
dernier poème.
Cette sublime pureté. Cette ligne simple. Ce souffle limpide. Cette eau calme et cristalline. Cette acceptation. Cette haute conscience de sa carne, de son espace et de ses phrases qui disent ce temps précis déjà hors le temps lui-même. Ce sentiment que j’ai qu’elle est sauvée par-delà sa mort. Elle me purifie de mes déchets, de mes doutes, de mes turpitudes. Cette enfant condamnée avec son écriture. Elle me rappelle que moi, comme nous tous, suis condamné aussi.
02:55 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
11.03.2009
Crossroad
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Que j’aimerais pouvoir à nouveau sculpter une belle suite d’accords, y peindre simplement une jolie mélodie, pouvoir à nouveau caresser des cœurs, toucher des âmes avec mes parfums d’essences florales ou de souffre et d’acide. Et dire avec mes mots le dédale de mes errances joyeuses ou suppliantes. Ma quête de clochard céleste.
« Quarante-quatre ans c’est l’âge de la vitesse de croisière. Vous devez avoir donné l’impulsion maximale pour vous désorbiter, et à la mi-quarantaine être en mesure de considérer la vieillesse, et la mort qui lui est corollaire, pente sur laquelle vous êtes désormais sur le point de basculer, si ce n’est déjà fait, comme la plus grande chose qui puisse vous arriver. »
Maurice G. Dantec, Le Théâtre des opérations 2002-2006. American Black Box
Je suis là, à bientôt 44 ans, à tourner sur moi-même devant le vide du ciel, ou son trop plein que je n’arrive pas à appréhender avec l’assurance nécessaire. Certains jours un Appel se fait entendre qui me tire vers le précipice de la Foi, là où il est probablement indispensable de la mettre en abime. Et je perds pieds au quotidien face au gouffre. Comprends-tu ami lecteur ? Dans le même livre de Maurice G. Dantec, American Black Box, l’auteur écrit :
« L’an dernier, ma slavophilie menaça de tout emporter dans une conversion à l’Orthodoxie russe.
Mais un certain nombre de lectures, dont les Pères de l’Église, et de nouveau Léon Bloy finirent par consolider une position éminemment centrale. Alors que je me rendais à Paris, ce printemps, le 18 mars, la veille de l’attaque américaine en Irak (comme en 1999, lorsque la sortie de Babylon Babies coïncida avec l’opération aérienne au Kosovo), je savais que ce séjour serait le déterminant actif, celui par qui la décision finale, sans doute, se jouerait.
Ce n’est pas de la superstition. C’était l’évidence.
À tel point que même devant les marchands du temple, vendeurs de saucisses et de T-shirts, entassés sur le parvis millénaire de Notre-Dame, je ne pus m’empêcher de pénétrer en la sainte cathédrale à la suite d’une horde de touristes à Caméscope, puis, cherchant un peu de solitude à l’abri d’un pilier de l’allée, je me mis à écouter la messe, à proximité d’une petite communauté de fidèles, absolument inattentifs au cirque touristico-digital-polaroïd qui me promenait un peu partout, en short ! (Il n’y a pas pire salissure, selon moi, qu’un touriste en short dans une église, à l’exception d’une bande de soudards enivrés, ou de sans-culottes instruits de haute philosophie.)
Mais, comme j’aurai l’occasion d’y revenir plus loin, si à mon retour la décision était prise, baptême catholique sans plus tarder et donc catéchuménat, je n’étais pas au bout de mes peines.
À ceux qui me lisent et qui sont déjà baptisés, qu’ils s’en foutent ou qu’ils croient, peu importe : en fait ils sont sauvés.
Mais moi, moi qui veux rejoindre l’Église, dans la terrible clarté d’un acte adulte, je la vois comme s’enfuir loin de moi. À chaque fois que je fais un pas dans sa direction, elle en fait deux dans celle opposée.
Le baptême, nécessité impérieuse, folle, inexpugnable, et parfois comme quasi impossible. »
La catholicité mise à part, moi étant plutôt tenté par l’église orthodoxe par pure serbité en premier lieu et par désaccord avec le « filioque » également, je suis dans une phase de ce type aussi, probablement à un degré moindre car au moment où Dantec écrit ces lignes il a prit des décisions de catéchisme et de volonté dévotionnelle à sa mesure, ce qui n’est pas mon cas encore.
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