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31/07/2012

Un point aveugle des démocraties

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« L’interprétation économiste et totalitaire des maux des sociétés démocratiques se trompe d’époque et reste bloquée sur des schémas qui entretiennent la confusion. La diabolisation des marchés et des médias constitue l’exact contrepoint de l’idéologie libérale, l’autre face d’un économisme et d’un technicisme qui continuent de régner en maîtres dans le décryptage des mutations des sociétés. Erigée en nouvelle vulgate, l’explication par la dictature des marchés et des medias peut en arriver à confondre la cause et l’effet, jouer le rôle de dérivatif face à un affaissement de la politique et de la culture qu’il s’agit d’affronter si l’on entend s’opposer efficacement à l’envahissement du modèle marchand. Bien plus cette nouvelle vulgate peut servir de succédané à une révolte désorientée qui a perdu ses repères antérieurs. Elle verse alors dans la dénonciation victimaire et le ressentiment, participant ainsi à cet affaissement.

Le problème n’est pas celui de Big Brother nous conditionnant, nous manipulant, contrôlant nos moindres faits et gestes pour mieux assurer sa domination, mais celui de la fascination morbide que peut exercer l’image éclatée d’une société et d’individus repliée sur eux-mêmes et confrontés à leur propre impuissance face à un monde en désarroi. Au cœur des démocratie européennes existe un processus de déshumanisation et de désagrégation, phénomène post-totalitaire qui constitue comme un point aveugle des démocraties. C’est dans ce cadre qu’il convient de restituer le mal-être existentiel et social et le fonctionnement dominant des médias. »

Jean-Pierre Le Goff, La Démocratie post-totalitaire

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30/07/2012

L’homme d’aujourd’hui est soumis, docile, obéissant

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« Bien loin de l’insurgé qu’étaient Œdipe ou Antigone, l’homme d’aujourd’hui est soumis, docile, obéissant, il est surtout bien intégré à l’immanence de l’appareil. Ainsi les hommes ne travaillent plus au sens plein du terme, mais "doivent se soumettre à un emploi. Ils sont ainsi commandés, concernés par un poste qui en dispose, c'est-à-dire les requiert". (Heidegger, Le Dispositif, GA 79, p. 26). Ils occupent une fonction précise dans l’appareil et obéissent aux commandement requis par cette position. L’homme est intégralement défini par ses fonctions, et en réalité, il est une fonction de l’appareil : il est le "fonctionnaire de la technique" (Heidegger, Pourquoi des poètes ?, GA 5, p. 294), en ce sens exact qu’il la fait fonctionner et en constitue lui-même une des ses fonctionnalités. Il n’est plus l’existant, il est l’assistant, au double sens du terme, comme spectateur et comme auxiliaire. Il est en permanence mobilisé par une machinerie dont le fonctionnement n’est autre que sa propre circularité : c’est précisément pourquoi il est constamment en mouvement »

Jean Vioulac, L’époque de la technique. Marx, Heidegger et l’accomplissement de la métaphysique

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29/07/2012

...cependant que l'instant s'enfuit...

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« Il est des temps de décadence, où s'efface la forme en laquelle notre vie profonde doit s'accomplir. Arrivés dans de telles époques, nous vacillons et trébuchons comme des êtres à qui manque l'équilibre. Nous tombons de la joie obscure à la douleur obscure, le sentiment d'un manque infini nous fait voir pleins d'attraits l'avenir et le passé. Nous vivons ainsi dans des temps écoulés ou dans des utopies lointaines, cependant que l'instant s'enfuit. »

Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre

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28/07/2012

Abû Mohammed Ali Ibn Hazm... et les Fedeli d'amore

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« A Cordoue appartient également l'une des personnalités les plus marquantes de l'Islam d'Andalousie aux Xe et XIe siècles, personnalité complexe dont les aspects multiples sont projetés dans son oeuvre. Il y a Ibn Hazm le poète; il y a Ibn Hazm le penseur, le théologien, historien critique des religions et des écoles philosophiques et théologiques; il y a le moraliste; il y a le juriste […]

Abû Mohammed Ali Ibn Hazm naquit en 994, au sein d'une famille arabisée jouissant d'un haut rang social ; lui-même se plaisait à faire remonter son ascendance jusqu'à un certain Persan, Yazid. Son père étant le vizir du calife omeyyade al-Mansûr, le jeune Ibn Hazm put facilement recevoir l'enseignement des plus célèbres maîtres de Cordoue dans toutes les disciplines : le hadîth, l'histoire, la philosophie, le droit, la médecine, la littérature.

Malheureusement en 1013 (avril), tout un quartier de Cordoue est mis à sac par les Berbères. La révolte grondant contre les Omeyyades, Ibn Hazm est expulsé de Cordoue […]. Nullement découragé, Ibn Hazm se réfugie à Shâtiba (Xativa). Là il trouve assez de sécurité et de paix pour écrire son admirable livre d'amour, le "Collier de la Colombe", qui est en même temps un journal de son expérience de la vie, où il révèle, entre autres, une blessure jusqu'alors gardée secrète, son amour juvénile pour la fille adoptive de ses parents.

Par ce livre, Ibn Hazm prend rang parmi les adeptes de ce platonisme de l'Islam où il a pour illustre prédécesseur Mohammed Ibn Dâwûd Ispahâni, auteur de l'admirable "Kitab al-Zohra". Ibn Hazm fait expressément allusion au mythe platonien du "Banquet" : "Certains adeptes de la philosophie ont pensé que Dieu créa chaque esprit en lui donnant une forme sphérique ; ensuite il le scinda en deux parts, plaçant chaque moitié dans un corps." Le secret de l'amour est la réunion de ces deux membres dans leur tonalité initiale. L'idée de la préexistence des âmes est d'ailleurs affirmée expressément par un hadith du Prophète. Ibn Hazm s'y réfère, mais il préfère l'interpréter dans le sens d'une réunion quant à l'élément supérieur des âmes isolées et dispersées en ce monde ; il s'agit d'une affinité entre les impulsions qui les meuvent et qui sont écloses dès leur préexistence dans le onde supérieur. L'amour est la mutuelle approche de la forme qui les parachève. Le semblable cherche son semblable. L'amour est une adhésion spirituelle, une interfusion des âmes.

Quant à la cause pour laquelle le plus souvent éclot l'amour, l'analyse qu'en donne Ibn Hazm présente une nette réminiscence du "Phèdre" de Platon. Cette cause "c'est une forme extérieurement (zahîr) belle, parce que l'âme est belle et désire passionnément tout ce qui est beau, et incline vers les images parfaites. Si elle voit une telle image, elle se fixe sur elle ; et si elle discerne ensuite dans cette image quelque chose de sa propre nature, elle en subit l'irrésistible attirance, et l'amour au sens vrai se produit. Mais, si elle ne discerne pas au-delà de l'image quelque chose de sa propre nature, son affection ne va pas au-delà de la forme." Il est important de relever une telle analyse chez Ibn Hazm qui est un "zâhirite" (c'est-à-dire un "exotériste" en matière canonique, attaché à la validation de la lettre, de l'apparence), à côté de réflexions comme celles-ci : "Ô perle cachée sous la forme humaine !" "Je vois une forme humaine, mais quand je médite plus profondément, voici qu'elle me semble être un corps venu du monde céleste des Sphères." Ce sont là des pensées que l'on pourrait rencontrer chez les "ésotéristes" comme Rûzbehân de Shîrâz, Ibn Zakariyâ Râzî et Ibn Arabî, attentifs à percevoir chaque apparence comme une "forme théophanique". La limite entre les uns et les autres est donc assez floue ; de part et d'autre l'apparence devient "apparition". Et c'est quelque chose dont il faudra se souvenir dans le cas du "zâhirisme" du théologien Ibn Hazm.

On doit à l'arabisant Alois Richard Nykl à la fois la première édition du texte arabe du livre d'Ibn Dâwûd, et la première traduction en langue occidentale (anglais) du livre d'Ibn Hazm. Une question d'un intérêt que l'on peut dire passionnant, a été également traitée par Nykl, à savoir l'étroite ressemblance entre la théorie de l'amour chez Ibn Hazm et certaines idées qui apparaissent dans la "Gaie Science" chez Guillaume IX d'Aquitaine, et en général, jusqu'à la Croisade contre les Albigeois, dans les principaux thèmes du répertoire des troubadours. On ne peut que signaler ici le problème. La portée en est très vaste (géographiquement, typologiquement, spirituellement), car il ne s'agit pas seulement de questions de forme et de thématisation, mais de quelque chose de commun entre les "Fedeli d'amore" et la religion d'amour professée par certains soufis. Mais il nous faut alors différencier avec soin les positions. Pour le platonicien Ibn Dâwûd, pour Jâhiz, pour le théologien néo-hanbalite Ibn Qayyim, la voie d'amour est sans issue divine ; elle "n'émerge" pas. Pour le platonisme des soufis, pour Rûzbehân de Shîrâz comme pour Ibn Arabî, elle est précisément cette "émergence". Toute la spiritualité de ceux des soufis qui les suivent, prend une tonalité différente de celle de leurs prédécesseurs. La religion d'amour des soufis, comme d'Ibn Hazm, n'est pas simplement le modèle de l'amour de Dieu, car il n'y a pas à passer d'un objet humain à un "objet" qui serait divin. C'est une transmutation de l'amour humain lui-même qui se produit, car il est "l'unique pont franchissant le torrent du Tawhid (Unicité divine)". »

Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique

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27/07/2012

J'ai vaincu la peur de mourir

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« En 1945, à 50 ans, entre son premier suicide (raté) et le second (réussi), il écrit son chef-d’œuvre, « Récit secret », texte unique en son genre. Son récit est extraordinaire. Dès l’âge de 6 ans, par « curiosité magicienne », il fait couler son sang avec un petit couteau à dessert, choisi dans le tiroir de l’argenterie familiale. De là, dit-il, une « manie, un appel à tout bout de champ ». Sa vocation est là. Il aurait pu, à l’époque, fuir à Genève pour sauver sa peau, ou rejoindre la brigade de Malraux en Alsace-Lorraine, mais non, il reste à Paris, il veut se donner non pas la mort mais sa mort.»

Philippe Sollers, Le suicide de Drieu - in "Le Nouvel Observateur du 26 avril 2012 n°2477"

« J’ai vaincu la peur de mourir. »

« Je n’ai jamais eu un instant de doute ni d’hésitation. Cette certitude était une source incessante de joie. »

« Je prête à la solitude toutes sortes de vertus qu’elle n’a pas toujours ; je la confonds avec le recueillement et la méditation, la délicatesse de cœur et d’esprit, la sévérité vis-à-vis de soi-même tempérée d’ironie, l’agilité à comparer et à déduire. »

« Toutes les occupations humaines se dissolvaient sous mes doigts. Tout me paraissait vain et déjà détruit. »

Pierre Drieu la Rochelle, Récit Secret

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Partout les vieillards se mettaient à quatre pattes sous les tables

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« Partout les vieillards qui étaient en vue glissaient de leur chaise comme des enfants honteux et se mettaient à quatre pattes sous la table, étouffés de surprise, d’épouvante et de scandale. Les hommes plus jeunes se précipitaient à la recherche des vieillards sous les tables pour les assurer de leur absence totale d’ambition et d’audace. Imaginez que, au lendemain du 14 juillet 1789, tous les adolescents de France, qui pouvaient s’appeler un jour Saint-Just ou Marceau, se soient rués aux pieds de Louis XVI pour le supplier de leur apprendre la serrurerie d’amateur. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

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26/07/2012

Brillantes épaves

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« Ce bar était assez élégant et rempli de brillantes épaves : hommes et femmes dévorés d’ennui, rongés par la nullité. »

Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu follet

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Je laisserai sur vous une trace indélébile

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« Je me tue parce que vous ne m’avez pas aimé, parce que je ne vous ai pas aimés… Je laisserai sur vous une tache indélébile. Je sais bien qu’on vit mieux mort que vivant dans la mémoire de ses amis. Vous ne pensiez pas à moi, eh bien, vous ne m’oublierez jamais ! »

Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu follet

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25/07/2012

La drogue avait changé la couleur de sa vie

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« La drogue avait changé la couleur de sa vie, et alors qu’elle semblait partie, cette couleur persistait. Tout ce que la drogue lui laissait de vie maintenant était imprégné de drogue et le ramenait à la drogue… Tous ses gestes revenaient à celui de se piquer… Il ne pouvait que s’enfoncer dans la mort, donc reprendre de la drogue. Tel est le sophisme que la drogue inspire pour justifier la rechute : je suis perdu, donc je peux me redroguer. »

Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu follet

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24/07/2012

Le malaise de tout un peuple

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« France, mon adolescence t’a aimée douloureusement. Toute parole tombait lourdement sur mon cœur. Il se répandait autour de moi des mots qui contaminent. Une ombre malfaisante couvrait le pays où j’étais né. Mais moi, je veillais sur notre vie. Et des rages me prenaient de m’arracher à tout ce que, dès longtemps, sans me tromper, j’avais bien vu marqué d’un signe de destruction. Je doutais de la cause qu’une passion désespérée, je le savais, me forcerait à défendre. Ignorant, j’étais livré aux idées premières venues. D’autres, qui l’avaient déjà accepté, j’avais reçu une faible image de ma patrie. L’âme, l’esprit étaient atteints. Je souffrais d’un malaise que je sentais partout. J’étais malade, et c’était le mal de tout un peuple. »

Pierre Drieu la Rochelle, Etat Civile

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23/07/2012

Je fus entièrement possédé par l'idée de décadence et à jamais

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« Saurais-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?

Je suis l'astre solitaire qui illumine le monde.

Il n'y a qu'un moment éternel, le moment où je pense.

Enfin, j'aime la France comme une femme rencontrée dans la rue. Elle m'apparaît inquiètante, fascinante comme le hasard. Puis, je l'aime à jamais, son visage devient solennel, c'est celui de la Destinée.

Le patriotisme existe comme l'amour en dehors des patries... Il n'y a rien de plus fort que ce qui lie des hommes entre eux, au milieu des autres hommes.

J'ai vécu solitaire comme Robinson Crusoë. Ce beau mystère, celui de la solitude de notre planète parmi les astres, je l'ai vécu comme jamais je ne saurai le revivre par l'artifice de l'esprit.

Nous étions possédés par l'esprit de subversion. Nous méprisions et haïssions les gens âgés. Nous étions aveugles et violents. Nous ne songions qu'à l'émeute.

J'étais maître de moi, maître absolu. J'atteignais à l'autorité totale. Je libérais l'entière puissance.

J'étais grand, blond. Les yeux bleus, la peau blanche. J'étais de la race nordique, maîtresse du monde. J'étais droit, dur, avec des ruses directes. Naïf, plein d'un égoïsme généreux. Une secrète mystique, au fond du goût de la puissance... Je n'ai jamais songé du reste à aller en Scandinavie où notre race trop pure s'anéantit dans la perfection.

Je fus entièrement possédé par l'idée de décadence et à jamais. »

Pierre Drieu la Rochelle, Etat Civile

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22/07/2012

J'ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie

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« J'ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,
se traînant à l'aube dans les rues nègres à la recherche d'une furieuse piqûre,
initiés à tête d'ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne,
qui pauvreté et haillons et yeux creux et défoncés restèrent debout en fumant dans l'obscurité surnaturelle des chambres bon marché flottant par-dessus le sommet des villes en contemplant du jazz,
qui ont mis à nu leurs cerveaux aux Cieux sous le Métro Aérien et vu des anges d'Islam titubant illuminés sur les toits des taudis,
qui ont passé à travers des universités avec des yeux adieux froids hallucinant l'Arkansas et des tragédies à la Blake parmi les érudits de la guerre,
qui ont été expulsés des académies pour folie et pour publication d'odes obscènes sur les fenêtres du crène,
qui se sont blottis en sous-vêtements dans des chambres pas rasés brûlant leur argent dans des corbeilles à papier et écoutant la Terreur à travers le mur,
qui furent arrêtés dans leurs barbes pubiennes en revenant de Laredo avec une ceinture de marihuana pour New York,
qui mangèrent du feu dans des hôtels à peinture ou burent de la térébenthine dans Paradise Alley, la mort, ou leurs torses purgatoires nuit après nuit, avec des rêves, avec de la drogue, avec des cauchemars
qui marchent, l'alcool la queue les baises sans fin, incomparables rues aveugles de nuage frémissant et d'éclair dans l'esprit bondissant vers les pôles du Canada,
qui s'enchaînèrent pleins de benzédrine sur les rames de métro pour le voyage sans fin de Battery au Bronx jusqu'à ce que le bruit des roues et des enfants les firent redescendre tremblants
qui errèrent et errèrent en tournant à minuit dans la cour du chemin de fer en se demandant où aller, et s'en allèrent sans laisser de cœurs brisés,
qui allumèrent des cigarettes dans des wagons à bestiaux wagons à bestiaux wagons à bestiaux cahotant à travers neige vers des fermes désolées dans la nuit de grand-père, qui au Kansas étudièrent Plotin Poe Saint Jean de la Croix la télépathie et la cabale hep parce que le Cosmos vibrait instinctivement à leurs pieds,
qui se sont esseulés le long des rues de l'Idaho, cherchant des anges indiens visionnaires,
qui ont pensé qu'ils étaient seulement fous quand Baltimore luisait en extase surnaturelle,
qui ont sauté dans des limousines avec les Chinois de l'Oklahoma sous l'impulsion de la pluie de minuit
qui flânèrent affamés et tout seuls dans Houston cherchant du jazz sexe, soupe, suivirent l'Espagnol brillant pour converser au sujet de l'Amérique et de l'Eternité, tâche sans espoir, et ainsi embarquèrent pour l'Afrique,
qui disparurent à l'intérieur des volcans mexicains ne laissant derrière eux que l'ombre des blue-jeans et la lave et la cendre de poésie éparpillée dans la cheminée de Chicago,
qui réapparurent sur la Côte Ouest enquêtant sur le F.B.l. en barbe et en culottes courtes avec de grands yeux de pacifistes sensuels dans leur peau sombre, distribuant des tracts incompréhensibles
qui hurlèrent à genoux dans le métro et furent traînés du toit en agitant génitoires et manuscrits,
qui se laissèrent enculer par des saints motocyclistes et hurlèrent de joie,
qui sucèrent et furent sucés par ces séraphins humains, les marins, caresses d'amour atlantique et caraïbe,
qui baisèrent le matin et le soir dans les roseraies et sur le gazon des jardins publics et des cimetières répandant leur semence à qui que ce soit jouisse qui pourra, que secouèrent des hoquets Interminables en essayant de rigoler mais qui se retrouvèrent en sanglots derrière la paroi du Bain Turc quand l'ange nu et blond vint les percer avec une épée,
qui perdirent leurs boys d'amour à trois vieilles mégères du destin la mégère borgne du dollar hétérosexuel la mégère borgne qui cligne de l'oeil dans la matrice et la mégère borgne qui ne fait rien d'autre de rester assise sur son cul et de couper les fils d'or intellectuels du métier à tisser de l'artisan, qui copulèrent en extase et insatiables avec une bouteille de bière une fiancée un paquet de cigarettes une bougie et tombèrent du lit et continuèrent le long du plancher et dans le couloir et s'arrêtèrent au mur évanouis avec une vision de vagin et de jouissance suprême éludant la dernière éjaculation de conscience.
qui sucèrent le con d'un million de filles tremblantes dans le soleil couchant, et ils avaient leurs yeux rouges au matin mais prêts è sucer le con du soleil levant, étincelant des fesses dans les granges et nus dans le lac,
qui sortirent draguer à travers le Colorado dans des myriades de voitures de nuit volées, NC héros secret de ces poèmes-cl, baiseur et Adonis de Denver - joie à sa mémoire d'innombrables baisages de filles dans des terrains vagues et dans la cour des restaurants, dans les rangées boiteuses de cinémas, au sommet des montagnes dans des caves ou avec des serveuses maigres dans des soulèvements familiers de combinaison solitaire au bord de la route et joie spécialement aux solipsismes et aux Toilettes secrètes des stations-service et aussi dans les ruelles de la ville natale et qui se dissolvaient dans de vastes cinémas sordides, furent transférés en rêve et se réveillèrent sur un brusque Manhattan »

Allen Ginsberg, Howl

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20/07/2012

L’Europe, royaume virtuel à la souveraineté limitée, son destin ne lui appartient déjà plus

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« Sept royaumes se partagent le monde. Pour quatre d’entre eux, la mondialisation capitaliste ne présente que des avantages. Car c’est écrit, dans 10 ans, 15 ans tout au plus, la Chine, l’Inde, mais aussi le Brésil et la Russie domineront le monde de leur puissance financière, industrielle, technologique et militaire. Le temps joue irrésistiblement en faveur des royaumes émergeants. La Chine et l’Inde n’ont besoin que d’une décennie supplémentaire de paix et de stabilité pour que s’accomplisse leur destin. En revanche, pour les USA et leurs alliés européens ou japonais, le temps est devenu un ennemi mortel, synonyme d’affaiblissement et de déclin. Le compte à rebours a commencé. Pour survivre dans un monde en mutation accélérée, l’Amérique doit impérativement rompre le statu quo que lui imposent ses rivaux. Forte de sa seule supériorité militaire, elle s’est mise à fabriquer du désordre : Kosovo, Afghanistan, Irak, Iran… Un désordre qui lui permet de garder la main et de se préparer pour les échéances à venir. En 2001, le monde est entré dans l’ère des "royaumes combattants". A la tête de "l’Occident chrétien", les États-Unis mettent sur pied une alliance planétaire avec un Japon qui entend conserver sa suprématie en Asie de l’Est. L’Inde se rapproche des USA pour faire contrepoids à la Chine, alors que la Russie et le Brésil sont en embuscade. Quant à l’Europe, royaume virtuel à la souveraineté limitée, son destin ne lui appartient déjà plus. »

Jean-Francois Susbielle, Les royaummes combattants

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19/07/2012

Percevoir...

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« Les bibliothèques sont diverses de par le monde. D’un pays à l’autre, d’une ville à l’autre, ou même dans une même ville, elles ne se ressemblent pas. J’aime, en voyage, aller visiter des bibliothèques, regarder les livres, les gens qui les lisent. J’essaie de comprendre le système pour obtenir des livres et quand je commence de percevoir que c’est dans les choses possibles, je m’en vais. Et, bien qu’il s’agisse d’une fausse journée de travail, il m’est quand même accordé ce plaisir : retrouver le monde au sortir de la bibliothèque, les rues, les voix, le mouvement, le soleil vif, la neige humide, le vent qui soulève les jupes et fait tournoyer les feuilles mortes.

Peut-être même certaines bibliothèques sont-elles construites pour l’instant de l’émergence hors des salles de lecture, pour le plaisir d’en sortir. Si tel est le cas, la Bibliothèque nationale de France est parfaite. C’est toujours une émotion, à la tombée du jour, de se laisser porter par l’escalier roulant qui, entre de hautes murailles métalliques, nous extirpe du sous-soul dit rez-de-jardin pour nous permettre de rejoindre le tapis roulant, lequel nous rend à la voûte céleste, à la scénographie des nuages.

Voilà, j’y suis ! Tout en haut ! Je marche sur une immense esplanade, je cours sur le sommet d’une pyramide (pas trop vite, car le sol en bois est glissant). J’ai le dos fatigué, les yeux clignotants, mais au cœur une fierté, le sentiment d’une élévation. Comme si cette journée m’avait fait progresser d’un cran. Mais dans quoi ? Dans rien de linéaire, ni même de cernable. Alors comment graduer ce soi-disant progrès ? Il faut la naïveté d’un personnage de l’autodidacte dans La Nausée pour pouvoir y croire, puisqu’il s’est fixé un programme de lecture qui, s’alignant sur l’ordre alphabétique, a le mérite de lui indiquer clairement où il en est. L’autodidacte est ridicule, pathétique, désespérant, mais quelque chose de son épuisante manie se retrouve en tout habitué de bibliothèque. Ainsi, tout en parcourant les hauteurs de l’esplanade, je tente de me formuler ce que j’ai appris de plus. Ma tête se brouille, reste cette bouffée de fierté. Je baisse les yeux vers la Seine et le trafic des péniches au-dessous de moi. Je m’assois un moment en haut des marches.

Enfin, comme je ne peux pas demeurer indéfiniment dans ce ravissement d’altitude, je me décide à descendre. Je rejoins le niveau de ceux qui n’ont pas eu ce luxe : une journée entière dans les livres. Et mêle, entraînée par un courant massif et aveugle, j’entre dans une station de métro, je descends plus bas que terre. Toute fierté m’a quittée. J’ai seulement la tête un peu chaude, une vague impression d’amnésie. »

Chantal Thomas, Souffrir

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18/07/2012

Rater mieux

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« Dire un corps. Où nul. Nul esprit. Ça au moins. Un lieu. Où nul. Pour le corps. Où être. Où bouger. D'où sortir. Où retourner. Non. Nulle sortie. Nul retour. Rien que là. Rester là. Là encore. Sans bouger.

Tout jadis. Jamais rien d'autre. D'essayé. De raté. N'importe. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. »

Samuel Beckett, Cap au pire

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