31/08/2012

Absence de mots

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Ne m'enlève pas la danse de l'esprit, Seigneur, la joie d'être au monde et la légèreté de vivre face à la lourdeur crasse ambiante. Est-ce trop te demander ?

Avec mon corps malade je trace mon sillon dans l'espoir de toucher à un but que je ne parviens pas à déterminer par les mots.

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Je ne dois rien à personne. Je veux être responsable devant Dieu seul... s'il existe !

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« Grands Dieux ! Que suis-je devenu ? Quel droit avez-vous, vous tous, d'encombrer ma vie, de me voler mon temps, de sonder mon âme, de sucer mes pensées, de m'avoir pour compagnon, pour confident, pour bureau d'information ? Pour quoi me prenez-vous ? Suis-je un amuseur stipendié, dont on exige tous les soirs qu'il joue une farce intellectuelle sous vos nez imbéciles ? Suis-je un esclave, acheté et dûment payé, pour ramper sur le ventre devant ces fainéants que vous êtes, et étendre à vos pieds tout ce que je fais et tout ce que je sais ? Suis-je une fille dans un bordel que l'on somme de retrousser ses jupes ou d'ôter sa chemise devant le premier homme en veston qui se présente ?
Je suis un homme qui voudrait vivre une vie héroïque et rendre le monde plus supportable à ses propres yeux. Si, dans quelque moment de faiblesse, de détente, de besoin, je lâche de la vapeur - un peu de colère brûlante dont la chaleur tombe avec les mots - rêve passionné, enveloppé des langes de l'image - eh! bien, prenez ou laissez... mais ne m'embêtez pas !
Je suis un homme libre - et j'ai besoin de ma liberté. J'ai besoin d'être seul. J'ai besoin de méditer ma honte et mon désespoir dans la retraite; j'ai besoin du soleil et du pavé des rues, sans compagnons, sans conversation, face à face avec moi-même, avec la musique de mon coeur pour toute compagnie... Que voulez-vous de moi ? Quand j'ai quelque chose à dire, je l'imprime. Quand j'ai quelque chose à donner, je le donne. Votre curiosité qui fourre son nez partout me fait lever le coeur. Vos compliments m'humilient. Votre thé m'empoisonne. Je ne dois rien à personne. Je veux être responsable devant Dieu seul... s'il existe ! »

Henry Miller, Tropique du Cancer

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30/08/2012

Une soudaine densité de Vie

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« Surgit la Bohême libertine de ma jeunesse : mes amis proclamaient qu’il n’est pas plus belle expérience pour un homme que d’avoir successivement trois femmes au cours d’une seule et même journée.
Non pas comme le résultat mécanique d’une partouze, mais comme une aventure individuelle profitant d’un concours inopiné d’occasions, de surprises, de séductions éclairs. 
Cette journée de trois femmes, extrêmement rare, frisant le rêve, avait un charme éblouissant qui, je le vois aujourd’hui, ne consistait pas dans quelque performance sexuelle sportive, mais dans la beauté épique d’une suite rapide de rencontres où, sur le fond de celle qui l’avait précédée, chaque femme apparaissait encore plus unique, et leurs trois corps ressemblaient à trois longues notes jouées chacun sur un instrument différent, unies en un seul accord.
C’était une beauté toute particulière, la beauté d’une soudaine densité de la vie. »

Milan Kundera, Le rideau

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29/08/2012

Des manières de vivre clefs en main qui soulagent la peur de se réinventer soi-même

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« Alors que la société occidentale a subi au cours des cinquante dernières années une érosion de ses traditions nationales et de ses rites sociaux, que ses classes sociales se sont fortement modifiées, perdant pour beaucoup d’entre elles leur habitus historiques et leurs principales coutumes, l’industrie de la culture a su proposer de nouveaux repères. Dans un monde social et urbain livré à la mutation permanente, à la décomposition et à la recomposition provisoires de toutes les valeurs qui lui servent d’assises, la société de consommation œuvre à la stabilité.

Elle crée une certaine inertie rassurante et répond à la demande sociale d’une cohérence continuée. Pour ce faire, elle constitue des points d’ancrage, des bornes d’identification : logo, marques, slogans, fidélisation. L’homme qui se trouve pris dans le tourbillon infernal de la vie sociale, de la mobilité et de la précarité du monde du travail, de la communication et des échanges urbains, éprouve un certain réconfort dans la standardisation des biens culturels et de consommation. Dépassé par les événements, il sait néanmoins qu’il retrouvera sa série télévisée chaque lundi soir et qu’il pourra acheter sa marque de yaourts favorite au supermarché, il sait également qu’il pourra ainsi compter sur la société de consommation qui ne le laissera pas tomber. Les marques font ainsi office de repères.

Face aux déficits des habitus sociaux, à l’impossible transmission d’une culture de classe, régionale ou nationale, elles s’engouffrent dans l’espace laissé vacant de l’Imitation et proposent des manières de vivre clefs en main qui soulagent la peur de se réinventer soi-même à chaque instant. Les biens culturels comme les marchandises aident ainsi à produire le Même, de l’itération générale et réconfortante. Aussi tout l’espace de la consommation de masse prend-il de plus en plus l’aspect d’une ritualisation de la vie quotidienne. Ce ne sont plus les mythes, les récits et les formes de vie traditionnelles qui fournissent la répétition nécessaire à la reproduction sociale et à l’entretien continuel de la mémoire. La visite hebdomadaire au centre commercial comme le calendrier des programmes télé pourvoient les hommes en jalons spatio-temporels quotidiens. »

Bruce Begout, Pensées privées. Journal Philosophique

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28/08/2012

Ce combat entre les puissances de la chasteté et de l'amour

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« Ce combat entre les puissances de la chasteté et de l'amour, — car c'est bien de cela qu'il s'agissait — comment se terminait-il ? Il se terminait apparemment par la victoire de la chasteté, de la crainte, des convenances. Le dégoût pudibond, un tremblant besoin de pureté comprimaient l'amour, le ligotaient dans les ténèbres, ne laissaient qu'en partie ces revendications confuses pénétrer dans la conscience et se manifester par des actes. Mais cette victoire de la chasteté n'était qu'une victoire apparente, qu'une victoire à la Pyrrhus, car le commandement de l'amour ne se laissait pas bâillonner, ne se laissait pas violenter, l'amour opprimé n'était pas mort, il vivait, dans la profondeur de son secret il continuait de tendre vers son accomplissement, il brisait le cercle magique de la chasteté et reparaissait, encore que sous une forme transformée et méconnaissable. »

Thomas Mann, La montagne magique

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27/08/2012

Le sens du Duel

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« "C’est un des grands avantage du duel d’effacer toute rancune entre les combattants et de soutirer, par une petite blessure, de son venin à la vie sociale, si facilement empoisonnée." Léon Daudet.

Léon a le sang chaud. Quand quelque chose lui déplait, quand il a le sentiment qu’on s’est moqué de lui ou qu’on porte atteinte à son honneur, à sa considération, à celle des siens, il envoie ses témoins, et provoque en duel.

Exceptionnellement nombreux sont les duels auxquels il a pris part. il aime cela, il aime cette poussée d’adrénaline qui précède l’affrontement, et il considère que toute faute lavée dans le sang peut alors être effacée, oubliée. Mais pas avant.

Le 31 mars 1896, en lisant le quotidien (pourtant) conservateur L’écho de Paris, Léon a la mauvaise surprise de découvrir à la "une" un dessin le représentant en train de lécher les bottes du duc d’Orléans. La légende du dessin précise : "sous l’œil des Morticoles". Elle fait allusion à un chapitre du livre de Daudet, paru deux ans auparavant où l’on voit des étudiants en médecine, contraints, en quelque sorte, de lécher les pieds des mandarins de la Faculté. A cette époque, Léon est loin d’être converti au royalisme. Son père, ce républicain inattaquable, est encore de ce monde. Le directeur de L’écho de Paris, Henry Simond, est l’un de ses amis. Quand à Steinlein, c’est un talentueux caricaturiste de presse qui ne ferait pas de mal à une mouche. Peu importe. Léon leur envoie à tous deux ses témoins : Georges Hugo et Maurice Barrès.

Steinlein et Simond refusant le duel, Léon surgit au journal et, devant tous les employés, gifle à tour de bras le malheureux Simond. Il fallut une douzaine de personnes pour évacuer le fougueux jeune homme mais le duel n’eut pas lieu.

Son premier duel se déroule au parc des Princes en 1902. Léon Daudet affronte un journaliste d’extrême gauche, Alfred Gérault-Richard. Les deux hommes ont eu des mots à propos de Jean Jaurès. Il y a trois assauts. Au second assaut, Daudet a l’impression qu’il atouché son adversaire à l’aisselle. Mais le combat continue. A la troisième reprise, il est blessé à son tour, sans gravité. En fait, Gérault-Richard avait bien été touché lors de la seconde reprise, mais avait fait comme s’il n’en était rien, poursuivant le duel.

Deux ans plus tard, Léon affronte un sénateur nommé Delpech. Il l’avait assassiné dans un article intitulé "Un caïman dans la coulisse". Delpech lui envoie ses témoins. Lors de l’affrontement, Léon est touché : "une simple piqûre en haut du bras, qui n’empêche ni de courir ni d’écrire".

En 1910, le duc d’Orléans, dans une entrevue au Gaulois, recueillie par le journaliste Gaston de Maizière, désavoue certaines polémiques jugées excessives de l’Action française. Un peu plus tard, le duc d’Orléans expliquera que ses propos ont été mal rapportés. Du coup, Léon provoque en duel le journaliste du Gaulois. La rencontre a lieu en juin. Léon est légèrement blessé au poignet. La même année il se bat avec André Legrand et il est à nouveau blessé.

En 1911, à l’occasion de chahuts des Camelots du Roi visant une pièce de Bernstein, Léon affronte le romancier Nadaud, qui se substitue à Bernstein. Le duel est bref : "Nadaud est très grand ; il tendait le bras et je le piquai à l’avant-bras". Dans la foulée, Léon livre un second duel avec Georges Clarétie, le fils de Jules, qui est un ami de Bernstein. "Je dus faire poum poum avec des pistolets, puis m’aligner à l’épée". En fait Léon touche Clarétie à la poitrine et le combat est arrêté.

Enfin le 21 juillet de la même année, c’est avec Bernstein lui-même que Léon se bat. Il est touché au front et au biceps, tandis qe son adversaire est blessé à l’avant-bras.

Le 23 novembre 1911, Léon se bat avec Henri Chervet. Il est blessé au coude. Au tout début de l’année 1912, il affronte Pierre Mortier, qu’il blesse légèrement.

Le dernier duel de l’avant-guerre l’oppose, en 1914, à Paul Hervieu, un sous écrivain plus ou moins pacifiste. "Sa servilité croissante me dégoûtait. Je lui dis en termes crus". Il s’ensuivit dons un échange de quatre balles au parc des Princes. Francois Broche note que cette attaque visait un écrivain "inoffensif, modèle de platitude académique". L’adversaire n’était pas à la hauteur de Daudet. Mais Daudet, à 47 ans ne donnait aucun signe d’assagissement.

"Je souhaite non qu’on se réconcilie, ce qui serait fade, mais qu’après de solides et brillantes batailles, on ait des pauses de conciliation où l’on boive ensemble, dans la poussière et dans la fumée, le vin de la griserie prochaine." Léon Daudet. »

Francis Bergeron, Léon Daudet - Collection "Qui suis-je ?"

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26/08/2012

Le monde que j’ai quitté est une ménagerie

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« Je veux bondir sur toute miette à laquelle mon œil s’attache, et la dévorer. Si vivre est la chose suprême, alors je veux vivre, dussè-je devenir cannibale. Jusqu’ici, j’ai essayé de sauver ma précieuse carcasse, j’ai essayé de préserver le peu de chair qui recouvrait mes os. J’en ai fini avec ça. J’ai atteint les limites de l’endurance. Je suis acculé au mur, je m’y appuie - je ne peux plus battre en retraite. Historiquement, je suis mort. S’il y a quelque chose au-delà, il me faudra bondir à nouveau. J’ai trouvé Dieu, mais il est insuffisant. Je ne suis mort que spirituellement. Physiquement, je suis vivant. Moralement, je suis libre. Le monde que j’ai quitté est une ménagerie.

L’aube se lève sur un monde neuf, une jungle dans laquelle errent des esprits maigres aux griffes acérées. Je suis une hyène, j’en suis une maigre et affamée : je pars en chasse pour m’engraisser… »

Henry Miller, Tropique du Cancer

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