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31/08/2012

Absence de mots

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Ne m'enlève pas la danse de l'esprit, Seigneur, la joie d'être au monde et la légèreté de vivre face à la lourdeur crasse ambiante. Est-ce trop te demander ?

Avec mon corps malade je trace mon sillon dans l'espoir de toucher à un but que je ne parviens pas à déterminer par les mots.

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Je ne dois rien à personne. Je veux être responsable devant Dieu seul... s'il existe !

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« Grands Dieux ! Que suis-je devenu ? Quel droit avez-vous, vous tous, d'encombrer ma vie, de me voler mon temps, de sonder mon âme, de sucer mes pensées, de m'avoir pour compagnon, pour confident, pour bureau d'information ? Pour quoi me prenez-vous ? Suis-je un amuseur stipendié, dont on exige tous les soirs qu'il joue une farce intellectuelle sous vos nez imbéciles ? Suis-je un esclave, acheté et dûment payé, pour ramper sur le ventre devant ces fainéants que vous êtes, et étendre à vos pieds tout ce que je fais et tout ce que je sais ? Suis-je une fille dans un bordel que l'on somme de retrousser ses jupes ou d'ôter sa chemise devant le premier homme en veston qui se présente ?
Je suis un homme qui voudrait vivre une vie héroïque et rendre le monde plus supportable à ses propres yeux. Si, dans quelque moment de faiblesse, de détente, de besoin, je lâche de la vapeur - un peu de colère brûlante dont la chaleur tombe avec les mots - rêve passionné, enveloppé des langes de l'image - eh! bien, prenez ou laissez... mais ne m'embêtez pas !
Je suis un homme libre - et j'ai besoin de ma liberté. J'ai besoin d'être seul. J'ai besoin de méditer ma honte et mon désespoir dans la retraite; j'ai besoin du soleil et du pavé des rues, sans compagnons, sans conversation, face à face avec moi-même, avec la musique de mon coeur pour toute compagnie... Que voulez-vous de moi ? Quand j'ai quelque chose à dire, je l'imprime. Quand j'ai quelque chose à donner, je le donne. Votre curiosité qui fourre son nez partout me fait lever le coeur. Vos compliments m'humilient. Votre thé m'empoisonne. Je ne dois rien à personne. Je veux être responsable devant Dieu seul... s'il existe ! »

Henry Miller, Tropique du Cancer

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30/08/2012

Une soudaine densité de Vie

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« Surgit la Bohême libertine de ma jeunesse : mes amis proclamaient qu’il n’est pas plus belle expérience pour un homme que d’avoir successivement trois femmes au cours d’une seule et même journée.
Non pas comme le résultat mécanique d’une partouze, mais comme une aventure individuelle profitant d’un concours inopiné d’occasions, de surprises, de séductions éclairs. 
Cette journée de trois femmes, extrêmement rare, frisant le rêve, avait un charme éblouissant qui, je le vois aujourd’hui, ne consistait pas dans quelque performance sexuelle sportive, mais dans la beauté épique d’une suite rapide de rencontres où, sur le fond de celle qui l’avait précédée, chaque femme apparaissait encore plus unique, et leurs trois corps ressemblaient à trois longues notes jouées chacun sur un instrument différent, unies en un seul accord.
C’était une beauté toute particulière, la beauté d’une soudaine densité de la vie. »

Milan Kundera, Le rideau

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29/08/2012

Des manières de vivre clefs en main qui soulagent la peur de se réinventer soi-même

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« Alors que la société occidentale a subi au cours des cinquante dernières années une érosion de ses traditions nationales et de ses rites sociaux, que ses classes sociales se sont fortement modifiées, perdant pour beaucoup d’entre elles leur habitus historiques et leurs principales coutumes, l’industrie de la culture a su proposer de nouveaux repères. Dans un monde social et urbain livré à la mutation permanente, à la décomposition et à la recomposition provisoires de toutes les valeurs qui lui servent d’assises, la société de consommation œuvre à la stabilité.

Elle crée une certaine inertie rassurante et répond à la demande sociale d’une cohérence continuée. Pour ce faire, elle constitue des points d’ancrage, des bornes d’identification : logo, marques, slogans, fidélisation. L’homme qui se trouve pris dans le tourbillon infernal de la vie sociale, de la mobilité et de la précarité du monde du travail, de la communication et des échanges urbains, éprouve un certain réconfort dans la standardisation des biens culturels et de consommation. Dépassé par les événements, il sait néanmoins qu’il retrouvera sa série télévisée chaque lundi soir et qu’il pourra acheter sa marque de yaourts favorite au supermarché, il sait également qu’il pourra ainsi compter sur la société de consommation qui ne le laissera pas tomber. Les marques font ainsi office de repères.

Face aux déficits des habitus sociaux, à l’impossible transmission d’une culture de classe, régionale ou nationale, elles s’engouffrent dans l’espace laissé vacant de l’Imitation et proposent des manières de vivre clefs en main qui soulagent la peur de se réinventer soi-même à chaque instant. Les biens culturels comme les marchandises aident ainsi à produire le Même, de l’itération générale et réconfortante. Aussi tout l’espace de la consommation de masse prend-il de plus en plus l’aspect d’une ritualisation de la vie quotidienne. Ce ne sont plus les mythes, les récits et les formes de vie traditionnelles qui fournissent la répétition nécessaire à la reproduction sociale et à l’entretien continuel de la mémoire. La visite hebdomadaire au centre commercial comme le calendrier des programmes télé pourvoient les hommes en jalons spatio-temporels quotidiens. »

Bruce Begout, Pensées privées. Journal Philosophique

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28/08/2012

Ce combat entre les puissances de la chasteté et de l'amour

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« Ce combat entre les puissances de la chasteté et de l'amour, — car c'est bien de cela qu'il s'agissait — comment se terminait-il ? Il se terminait apparemment par la victoire de la chasteté, de la crainte, des convenances. Le dégoût pudibond, un tremblant besoin de pureté comprimaient l'amour, le ligotaient dans les ténèbres, ne laissaient qu'en partie ces revendications confuses pénétrer dans la conscience et se manifester par des actes. Mais cette victoire de la chasteté n'était qu'une victoire apparente, qu'une victoire à la Pyrrhus, car le commandement de l'amour ne se laissait pas bâillonner, ne se laissait pas violenter, l'amour opprimé n'était pas mort, il vivait, dans la profondeur de son secret il continuait de tendre vers son accomplissement, il brisait le cercle magique de la chasteté et reparaissait, encore que sous une forme transformée et méconnaissable. »

Thomas Mann, La montagne magique

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27/08/2012

Le sens du Duel

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« "C’est un des grands avantage du duel d’effacer toute rancune entre les combattants et de soutirer, par une petite blessure, de son venin à la vie sociale, si facilement empoisonnée." Léon Daudet.

Léon a le sang chaud. Quand quelque chose lui déplait, quand il a le sentiment qu’on s’est moqué de lui ou qu’on porte atteinte à son honneur, à sa considération, à celle des siens, il envoie ses témoins, et provoque en duel.

Exceptionnellement nombreux sont les duels auxquels il a pris part. il aime cela, il aime cette poussée d’adrénaline qui précède l’affrontement, et il considère que toute faute lavée dans le sang peut alors être effacée, oubliée. Mais pas avant.

Le 31 mars 1896, en lisant le quotidien (pourtant) conservateur L’écho de Paris, Léon a la mauvaise surprise de découvrir à la "une" un dessin le représentant en train de lécher les bottes du duc d’Orléans. La légende du dessin précise : "sous l’œil des Morticoles". Elle fait allusion à un chapitre du livre de Daudet, paru deux ans auparavant où l’on voit des étudiants en médecine, contraints, en quelque sorte, de lécher les pieds des mandarins de la Faculté. A cette époque, Léon est loin d’être converti au royalisme. Son père, ce républicain inattaquable, est encore de ce monde. Le directeur de L’écho de Paris, Henry Simond, est l’un de ses amis. Quand à Steinlein, c’est un talentueux caricaturiste de presse qui ne ferait pas de mal à une mouche. Peu importe. Léon leur envoie à tous deux ses témoins : Georges Hugo et Maurice Barrès.

Steinlein et Simond refusant le duel, Léon surgit au journal et, devant tous les employés, gifle à tour de bras le malheureux Simond. Il fallut une douzaine de personnes pour évacuer le fougueux jeune homme mais le duel n’eut pas lieu.

Son premier duel se déroule au parc des Princes en 1902. Léon Daudet affronte un journaliste d’extrême gauche, Alfred Gérault-Richard. Les deux hommes ont eu des mots à propos de Jean Jaurès. Il y a trois assauts. Au second assaut, Daudet a l’impression qu’il atouché son adversaire à l’aisselle. Mais le combat continue. A la troisième reprise, il est blessé à son tour, sans gravité. En fait, Gérault-Richard avait bien été touché lors de la seconde reprise, mais avait fait comme s’il n’en était rien, poursuivant le duel.

Deux ans plus tard, Léon affronte un sénateur nommé Delpech. Il l’avait assassiné dans un article intitulé "Un caïman dans la coulisse". Delpech lui envoie ses témoins. Lors de l’affrontement, Léon est touché : "une simple piqûre en haut du bras, qui n’empêche ni de courir ni d’écrire".

En 1910, le duc d’Orléans, dans une entrevue au Gaulois, recueillie par le journaliste Gaston de Maizière, désavoue certaines polémiques jugées excessives de l’Action française. Un peu plus tard, le duc d’Orléans expliquera que ses propos ont été mal rapportés. Du coup, Léon provoque en duel le journaliste du Gaulois. La rencontre a lieu en juin. Léon est légèrement blessé au poignet. La même année il se bat avec André Legrand et il est à nouveau blessé.

En 1911, à l’occasion de chahuts des Camelots du Roi visant une pièce de Bernstein, Léon affronte le romancier Nadaud, qui se substitue à Bernstein. Le duel est bref : "Nadaud est très grand ; il tendait le bras et je le piquai à l’avant-bras". Dans la foulée, Léon livre un second duel avec Georges Clarétie, le fils de Jules, qui est un ami de Bernstein. "Je dus faire poum poum avec des pistolets, puis m’aligner à l’épée". En fait Léon touche Clarétie à la poitrine et le combat est arrêté.

Enfin le 21 juillet de la même année, c’est avec Bernstein lui-même que Léon se bat. Il est touché au front et au biceps, tandis qe son adversaire est blessé à l’avant-bras.

Le 23 novembre 1911, Léon se bat avec Henri Chervet. Il est blessé au coude. Au tout début de l’année 1912, il affronte Pierre Mortier, qu’il blesse légèrement.

Le dernier duel de l’avant-guerre l’oppose, en 1914, à Paul Hervieu, un sous écrivain plus ou moins pacifiste. "Sa servilité croissante me dégoûtait. Je lui dis en termes crus". Il s’ensuivit dons un échange de quatre balles au parc des Princes. Francois Broche note que cette attaque visait un écrivain "inoffensif, modèle de platitude académique". L’adversaire n’était pas à la hauteur de Daudet. Mais Daudet, à 47 ans ne donnait aucun signe d’assagissement.

"Je souhaite non qu’on se réconcilie, ce qui serait fade, mais qu’après de solides et brillantes batailles, on ait des pauses de conciliation où l’on boive ensemble, dans la poussière et dans la fumée, le vin de la griserie prochaine." Léon Daudet. »

Francis Bergeron, Léon Daudet - Collection "Qui suis-je ?"

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26/08/2012

Le monde que j’ai quitté est une ménagerie

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« Je veux bondir sur toute miette à laquelle mon œil s’attache, et la dévorer. Si vivre est la chose suprême, alors je veux vivre, dussè-je devenir cannibale. Jusqu’ici, j’ai essayé de sauver ma précieuse carcasse, j’ai essayé de préserver le peu de chair qui recouvrait mes os. J’en ai fini avec ça. J’ai atteint les limites de l’endurance. Je suis acculé au mur, je m’y appuie - je ne peux plus battre en retraite. Historiquement, je suis mort. S’il y a quelque chose au-delà, il me faudra bondir à nouveau. J’ai trouvé Dieu, mais il est insuffisant. Je ne suis mort que spirituellement. Physiquement, je suis vivant. Moralement, je suis libre. Le monde que j’ai quitté est une ménagerie.

L’aube se lève sur un monde neuf, une jungle dans laquelle errent des esprits maigres aux griffes acérées. Je suis une hyène, j’en suis une maigre et affamée : je pars en chasse pour m’engraisser… »

Henry Miller, Tropique du Cancer

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25/08/2012

De longs affaissements alternaient avec ces surexcitations

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« De longs affaissements alternaient avec ces surexcitations ; mais son anxiété, parfois adoucie, jamais ne s'apaisait.

Certes il ne prétendait son dégoût universel justifié que contre l'espèce; il reconnaissait qu'appliquée à l'individu sa méfiance avait souvent tort, car les caractères spécifiques se témoignent chez chacun dans des proportions variables.

Seulement il était craintif de toute société.

Certes il estimait que sa vie, pour ceci et cela, pouvait paraître enviable, mais il méprisait les âmes médiocres qui peuvent se satisfaire pleinement.

(...)

Une troisième distraction s'offrait : la musique. Amie puissante, elle met l'abondance dans l'âme, et, sur la plus sèche, comme une humidité de floraison. Avec quelle ardeur, lui, mécontent honteux, pendant les noires journées d'hiver, n'aspirait-il pas cette vie sentimentale des sons, où les tristesses même palpitent d'une si large noblesse ! La musique ne lui faisait rien oublier ; il n'eût pas accepté cette diminution ; elle haussait jusqu'au romantisme le ton de ses pensées familières. Pour quelques minutes, parmi les nuages d'harmonie, le front touché d'orgueil comme aux meilleures ivresses du travail nocturne, il se convainquait d'avoir été élu pour des infortunes spéciales. Mais dans cette molle soirée de tiédeur il répugnait à toute secousse. "Je me garderai, quand mon humeur sommeille, de lui donner les violons ; leur puissance trop implorée décroît, et leur vertu ne saurait être mise en réserve qui se subtilise avec le soupir expirant de l'archet."

Il alla simplement se promener au parc Monceau.

Quoique le soir elle sente un peu le marécage, il aimait cette nursery. Là, solitaire et les mains dans ses poches, il se permettait d'abandonner l'air gaillard et sûr de soi, uniforme du boulevard. Tant était douce sa philosophie, il estimait que choquer les moeurs de la majorité ne fut jamais spirituel. "Les gens m'épouvantent, ajoutait-il, mais à la veille d'un dimanche où je pourrai m'enfermer tout le jour, j'ai pour l'humanité mille indulgences. Mes méchancetés ne sont que des crises, des excès de coudoiement. Je suis, parmi tous mes agrès admirables et parfaits, un capitaine sur son vaisseau qui fuit la vague et s'enorgueillit uniquement de flotter ... Oh! je me fais des objections; petites phrases de Michelet si pénétrantes, brûlantes du culte des groupes humains! amis, belles âmes, qui me communiquez au dessert votre sentiment de la responsabilité! moi-même j'ai senti une énergie de vie, un souffle qui venait du large, le soir, sur le mail, quand les militaires soufflaient dans leurs trompettes retentissantes. —Ce n'est donc pas que je m'admire tout d'une pièce, mais je me plais infiniment."

Dans son épaule, une névralgie lancina soudain, qui le guérit sans plus de sa déplaisante fatuité. Humant l'humidité, il se hâta de fuir. Puis reprenant avec pondération sa politique :

"La réflexion et l'usage m'engagent à ensevelir au fond de mon âme ma vision particulière du monde. La gardant immaculée, précise et consolante pour moi à toute heure, je pourrai, puisqu'il le faut, supporter la bienveillance, la sottise, tant de vulgarités des gens.—Je saurai que moi et mes camarades, jeunes politiciens, nous plairons, par quelles approbations! dans les couloirs du Palais-Bourbon. Et si l'on agrandit le jeu, j'imagine qu'on trouvera, dans cette souplesse à se garder en même temps qu'on paraît se donner, un plaisir aigu de mépris. Équilibre pourtant difficile à tenir ! L'homme intérieur, celui qui possède une vision personnelle du monde, parfois s'échappe à soi-même, bouscule qui l'entoure et, se révélant, annule des mois merveilleux de prudence ; s'il se plie sans éclat à servir l'univers vulgaire, s'il fraternise et s'il ravale ses dégoûts, je vois l'amertume amassée dans son âme qui le pénètre, l'aigrit, l'empoisonne. Ah ! ces faces bilieuses, et ces lèvres séchées, avec bientôt des coliques hépatiques !"

Il s'arrêta dans son raisonnement, un peu inquiet de voir qu'une fois encore, ayant posé la vérité (qui est de respecter la majorité), les raisonnements se dérobaient, le laissant en contradiction avec soi-même. Toujours atteindre au vide! Il reprit opiniâtrement par un autre côté sa rhapsodie :

"Avec quoi me consoler de tout ce que j'invente de tourner en dégoût? (Et cette petite formule, déplaisante, trop maigre, désolait sa vie depuis des mois.)

"Un jour viendra où ce système, d'après lequel je plie ma conduite, me déplaira. Aux heures vagues de la journée, souvent, par une fente brusque sur l'avenir, j'entrevois le désespoir qui alors me tournera contre moi-même, alors qu'il sera trop tard.

C'est pitié que dans ce quartier désert je sois seul et indécis à remuer mes vieilles humeurs, que fait et défait le hasard des températures. Et ce soir, avec ce perpétuel resserrement de l'épigastre et cette insupportable angoisse d'attendre toujours quelque chose et de sentir les nerfs qui se montent et seront bientôt les maîtres, ressemble à tout mes soirs, sans trêve agités comme les minutes qui précèdent un rendez-vous.

Ceux de mon âge, éversores, des ravageurs, dit saint Augustin, ont une jactance dont je suis triste; ils sont sanguins et spontanés; ils doivent s'amuser beaucoup, car ils se donnent en s'abordant de grands coups sur les épaules et souvent même sur le plat du ventre, avec enthousiasme. Moi qui répugne à ces pétulances et à leurs gourmes, plus tard, impotent, assis devant mes livres, ne souffrirai-je pas de m'être éloigné des ivresses où des jeunes femmes, avec des fleurs, des parfums violents et des corsages délicats, sont gaies puis se déshabillent. Et voilà mon moindre regret près de tant de succès proposés, autorité, fortune, qu'irrévocablement je refuse. Refusés! qui le croira. Où m'arrêterais-je si je me décidais à vouloir?... Hélas! quelque vie que je mène, toujours je me tourmenterai d'une âcreté mécontente, pour n'avoir pu mener parallèlement les contemplations du moine, les expériences du cosmopolite, la spéculation du boursier et tant de vies dont j'aurais su agrandir les délices." »

Maurice Barrès, Sous l'oeil des barbares

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24/08/2012

Combien je serais une machine admirable si je savais mon secret !

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« Combien je serais une machine admirable si je savais mon secret !

Nous n'avons chaque jour qu'une certaine somme de force nerveuse à dépenser: nous profiterons des moments de lucidité de nos organes, et nous ne forcerons jamais notre machine, quand son état de rémission invite au repos.

Peut-être même surprendrons-nous ces règles fixes des mouvements de notre sang qui amènent ou écartent les périodes où notre sensibilité est à vif. Cabanis pense que par l'observation on arriverait à changer, à diriger ces mouvements quand l'ordre n'en serait pas conforme à nos besoins. Par des hardiesses d'hygiéniste ou de pharmacien, nous pourrions nous mettre en situation de fournir très rapidement les états les plus rares de l'âme humaine.

Enfin, si nous savions varier avec minutie les circonstances où nous plaçons nos facultés, nous verrions aussitôt nos désirs (qui ne sont que les besoins de nos facultés) changer au point que notre âme en paraîtra transformée. Et pour nous créer ces milieux, il ne s'agit pas d'user de raisonnements, mais d'une méthode mécanique; nous nous envelopperons d'images appropriées et d'un effet puissant, nous les interposerons entre notre âme et le monde extérieur si néfaste. Bientôt, sûrs de notre procédé, nous pousserons avec clairvoyance nos émotions d'excès en excès; nous connaîtrons toutes les convictions, toutes les passions et jusqu'aux plus hautes exaltations qu'il soit donné d'aborder à l'esprit humain, dont nous sommes, dès aujourd'hui, une des plus élégantes réductions que je sache. »

Maurice Barrès, Uun homme libre

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23/08/2012

Bien parler... un acte de résistance politique quotidienne !

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« Sans l’effort obstiné de chacun pour s’approprier réellement sa langue maternelle (autrement dit, pour devenir le véritable sujet de son propre discours), nous serions en effet condamnés, estimait Orwell, à subir la loi des mots existants, c’est à dire, en dernière instance, à demeurer prisonniers du langage préfabriqué de l’idéologie dominante (qu’il prenne la forme du jargon des économistes ou celle de ce "langage des cités" qui fascine tellement la bourgeoisie universitaire moderne). La "novlangue" (dont Orwell discernait les prémisses dans le parler insipide et convenu des journalistes de la BBC) ne constitue, de ce point de vue, que le passage à la limite d’une situation qui existe déjà : l’idéal, en somme, d’une langue intégralement idéologique (ou "politiquement correct")dont la syntaxe et le lexique obligeraient en permanence ses locuteurs à s’absenter d’eux-mêmes ("les bruits appropriés qui sortent du larynx" mais sans passer par le cerveau) et qui rendrait ainsi inutile l’existence même d’une police de la pensée. C’est pourquoi le simple souci d’enrichir son vocabulaire et de parler une langue claire, vivante et précise constituait déjà, pour Orwell, un acte de résistance politique quotidienne. »

Jean-Claude Michéa, Le complexe d’Orphée

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22/08/2012

C’est le polymorphisme de notre espèce qui en fait la richesse

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« Disons plus exactement que j’inclus la critique du racisme dans la défense de la diversité humaine. Le racisme soutient qu’il y a des races supérieures à certaines autres (la race "supérieure" étant bien sûr presque toujours celle à laquelle appartient celui qui soutient cette thèse), le racialisme affirme que le facteur racial est le facteur explicatif décisif de l’histoire universelle. Ces deux positions peuvent être soutenues simultanément, mais aussi de manière indépendante. Je les ai critiquées l’une et l’autre sévèrement. L’idée d’une supériorité raciale absolue est tout simplement dénuée de sens ; l’idée d’une supériorité relative est tenue de s’appuyer sur un critère surplombant qui fait toujours défaut : ceux qui professent des opinions racistes se bornent à juger les autres à l’aune d’eux-mêmes. C’est en ce sens que le racisme relève de la métaphysique de la subjectivité, au même titre d’ailleurs que toutes les autres formes d’altérophobie. Quand à la puissance "explicative" du facteur racial, sans être nulle, elle n’en est pas moins limitée. Il suffit d’examiner l’histoire du monde pour comprendre que l’immense majorité des principaux événements ou des grandes mutations intervenues dans l’histoire ne doit rien à la race. (…)
Ma position sur cette question est donc tout à fait claire. Elle se distingue en revanche d’un antiracisme de convenance, relevant du "politiquement correct", qui cherche à faire croire que la posture antiraciste passe par la négation de l’existence même des races. Cela revient à s’imaginer que le racisme disparaîtra si l’on arrive à persuader les gens que les races n’existent pas, autrement dit qu’ils sont en permanence victimes d’une illusion d’optique ! Les races existent bel et bien, quelle que soit la définition qu’on en donne - la couleur de peau étant certainement le critère le moins important - et l’on doit s’en féliciter, car c’est le polymorphisme de notre espèce qui en fait la richesse. »

Alain de Benoist, Mémoire vive, entretiens avec François Bousquet

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21/08/2012

Tout ce qu’une gauche libérale moderne diabolise par ailleurs comme "identitaire", "réactionnaire" ou "fasciste"

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« Quant au monde effectif des Gitans, il nous rappelle que les véritables civilisations nomades (des Touaregs aux Turkanas) n’ont évidemment rien à voir avec un mouvement brownien d’individus atomisés. Elles se fondent toujours, au contraire, sur une identité culturelle extrêmement forte (et revendiquée comme telle) et sur un sens aigu de la tradition et des valeurs religieuses et familiales. De ce point de vue, l’engouement que la gauche "citoyenne" affiche de façon si ostensible pour l’univers des Tziganes, des Roms ou des Gitans apparaît singulièrement contradictoire, voire un tantinet hypocrite et indécent (dans l’hypothèse, du moins, où cette gauche aurait remarqué la contradiction. Mais peut-être suis-je trop charitable en supposant qu’il lui arrive de penser.). Cet univers des "gens du voyage" incarne, en effet, tout ce qu’une gauche libérale moderne diabolise par ailleurs comme "identitaire", "réactionnaire" ou "fasciste". »

Jean-Claude Michéa, Le complexe d’Orphée

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20/08/2012

Mon étrange amour n’était qu’une façon d’approcher la mort

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« Tout près de lui, ses cheveux, son odeur -- cette odeur tiède et légèrement salée -- un corps, un souffle, rien de plus. Peut être chacun de nous invente-il sa façon d’aimer, un amour qui n’a nullement les intentions que l’on prête à l’amour, et qui paraîtrait monstrueux s’il n’en avait les apparences. Vanité d’un cœur qui s’épuise à inventer ce qu’il ressent, à se donner des désirs et qui apporte tant de triste zèle à s’imaginer souffrir ! J’ai du tout inventer seul, je me suis toujours voulu ; j’ai régné sur moi chaque jour. Qui suis-je ? Qui étais-je ? Je ne trouverai jamais ma nuit. C’est moi que je prie, c’est moi qui m’exauce. Dieu dans sa haine nous a tous laissés libres. Mais il nous a donné la soif pour que nous l’aimions. Je ne puis lui pardonner la soif. Mon cœur est vierge, rien de ce que je conquiers ne me possède ! On ne connaîtra jamais de moi-même que ma délirante soif de connaître. Je ne suis que curieux. Je scrute. La curiosité c’est la haine. Une haine plus pure, plus désintéressée que toute science et qui presse les autres de plus de soins que l’amour, mais qui les détaille, les décompose. Me suis-je donc tant appliqué à te connaître, Anne, ai-je passé tant de nuits à te rêver, placé tant d’espoirs à percer ton secret indéchiffrable, et poussé jusqu’à cette nuit tant de soupirs, subi tant de peines pour découvrir que mon étrange amour n’était qu’une façon d’approcher la mort ? »

Jean-René Huguenin, La côte sauvage


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19/08/2012

Cette rage, bien féminine, de vouloir que je sois malheureux, pour pouvoir me consoler

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« Sa rage de nier l’évidence. Et cette autre rage, bien féminine, de vouloir que je sois malheureux, pour pouvoir me consoler. Et ce serait elle qui me consolerait de mon prétendu malheur, quand c’est elle, et ses pareilles, je veux dire les femmes, qui vous donnent un amour qu’on ne leur a pas demandé, quand ce sont elles qui empoisonnent en partie mon bonheur ! Non, tout cela est trop bouffon. En même temps, cela est respectable, pitoyable. Comment me tirer de là sans lui faire de mal ?” La pensée du mal qu’il pouvait lui faire, en lui disant simplement - par une seule phrase - CE QUI ÉTAIT, le paralysait, comme un homme qui s’amuse à boxer avec un enfant, et n’ose remuer quasiment, crainte de le blesser. »

Henry de Montherlant, Les Jeunes Filles

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18/08/2012

Ces socialistes, ces anarchistes !

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« Ces socialistes, ces anarchistes !… Aucun qui agisse en socialiste ; pas un qui vive en anarchiste... Tout ça finira dans le purin bourgeois, Que Prudhomme montre les dents, et ces sans-patrie feront des saluts au drapeau ; ces sans-respect prendront leur conscience à pleines mains pour jurer leur innocence ; ces sans-Dieu décrocheront et raccrocheront, avec des gestes de revendeurs louches, tous les jésus-christ de Bonnat. Allons, la Bourgeoisie peut dormir tranquille ; elle aura encore de beaux jours... »

Georges Darien, Le Voleur

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