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18/06/2014

Persuader chacun de son impuissance à rétablir la vérité autour de soi et de l'inutilité de toute tentative de s'opposer à la diffusion du mensonge

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« Le but de la propagande est de produire le découragement des esprits, de persuader chacun de son impuissance à rétablir la vérité autour de soi et de l'inutilité de toute tentative de s'opposer à la diffusion du mensonge. Le but de la propagande est d'obtenir des individus qu'ils renoncent à la contredire, qu'ils n'y songent même plus. Cet intéressant résultat, l'abasourdissement médiatique l'obtient très naturellement par le moyen de ses mensonges incohérents, péremptoires et changeants, de ses révélations fracassantes et sans suite, de sa confusion bruyante de tous les instants. Cependant, si chacun, là où il se trouve, avec ses moyens et en temps utile, s'appliquait à faire valoir les droits de la vérité en dénonçant ce qu'il sait être une falsification, sans doute l'air du temps en serait-il un peu plus respirable. »

George Orwell devant ses calomniateurs, quelques observations

 

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Goûter presque suavement l’être

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« J’écris ceci couché dans la baleinière que j’ai regagnée avec peine, car le moindre mouvement provoque des nausées. J’ai pu éprouver de nouveau que les répits entre les vomissements sont presque voluptueux. Tout proche de la défaillance le corps peut goûter presque suavement l’être. Oasis parfois ravissantes entre deux reprises d’angoisse. »

André Gide, Le retour du Tchad

 

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13/06/2014

Est-ce que l’excès de confort ne vous aurait pas trop tourné la tête ?

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« On me situe en général parmi les pessimistes et même parmi ceux qu’on dénomme "catastrophistes", en exagérant sans doute. Les critiques se sont habitués à ce qu’à partir d’un certain niveau, la littérature contemporaine ne puisse être autrement que noire. La mienne, elle, n’est pas noire ; au contraire elle serait plutôt une réaction contre le ton sardonico-apocalyptique de rigueur aujourd’hui. Je suis comme le baryton de la Neuvième Symphonie : "Amis, assez de ce chant, que d’autres mélodies se fassent entendre !"

(...)

Aliénation ? Ecartons-nous des chemins battus, essayons d’admettre que ce n’est pas si terrible, ces aliénations, nous les avons pourtant "dans les doigts" comme disent les pianistes, dans nos doigts raisonnables, techniques, qui outre l’aliénation apportent à l’ouvrier dans son année presque autant de jours libres, merveilleux, de jours de fête, que de jours de travail. Le vide ? L’absurde de l’existence ? Le néant ? N’exagérons pas ! Un Dieu ou des idéaux ne sont pas nécessaires pour découvrir la valeur suprême. Il suffit de rester trois jours pour découvrir la valeur suprême. Il suffit de rester trois jours sans manger pour qu’un morceau de pain devienne cette valeur ; nos besoins sont à la base de nos valeurs, du sens et de l’ordonnance de notre vie. Les bombes atomiques ? Il y a quelques siècles, on mourait avant la trentaine, les épidémies, la misère, le diable, les sorcières, l’enfer, le purgatoire, les tortures... est-ce que l’excès de confort ne vous aurait pas trop tourné la tête, est-ce que vous avez oublié ce que vous étiez hier ? »

Witold Gombrowicz, Testament, Entretiens avec Dominique de Roux

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Atteindre les hommes et non les théories

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« L’art se crée parmi des hommes vivants et concrets, donc imparfaits. Il pullule de nos jours, ce genre de style qui vous fatigue et vous torture et vous arrache les boyaux, né d’une recette cérébrale, et fabriqué par des gens tout bonnement mal élevés. Il faut que votre verbe vise a atteindre les hommes et non les théories, les hommes et non pas l’art. »

Witold Gombrowicz, Journal, 1954

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Poing...

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« ... qu’il faille encore que moi, dans mon abîme, dans mon éloignement océanique, je me sculpte moi-même de ce brouillard, et que cette brume, cette nuée de vapeur, je la transforme en poing ! »

Witold Gombrowicz, Journal, 1953

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L'Art...

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« En ce qui me concerne, presque toujours l’art me parle et m’émeut avec plus de force quand il s’exprime de façon imparfaite, fortuite et fragmentaire, quand il se borne à signaler pour ainsi dire sa présence, me permettant de la pressentir à travers une interprétation médiocre. Je préfère du Chopin m’arrivant par bouffées d’une fenêtre ouverte que ce même Chopin joué avec force fioritures sur une grande estrade de concert. »

Witold Gombrowicz, Journal, 1963

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Une poule assise sur ses oeufs

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« Comment se fait-il qu’ils ne soient pas capables de se rendre compte du fait essentiel – à savoir que, tandis qu’ils discutent, le nombre de gens ne cesse d’augmenter ? Quel démon animé d’une malveillance absolument gratuite les empêche de se rendre compte du nombre ? Dîtes, à quoi bon les systèmes les plus justes et la répartition des biens la plus équitable si entre-temps la voisine se multiplie par douze, si le crétin du rez-de-chaussée fait six gosses à sa gonzesse et si, au premier étage, on passe de deux à huit locataires ? Sans parler des Noirs, des Asiatiques, des Malais, des Arabes, des Turcs et des Chinois. Des Hindous. Que sont tous vos discours sinon les sornettes d’un idiot qui ignore la dynamique de ses propres organes génitaux ?  Que sont-ils sinon le caquetage d’une poule assise sur la plus terrible des bombes – ses œufs ? »

Witold Gombrowicz, Journal, 1962

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Un des endroits les plus sots du monde

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« On arrive finalement devant le coin sacré où elle trône, Elle, la Joconde ! Salut, Circé ! Aussi laborieuse que lorsque je l’avais vue jadis, infatigablement occupée à transformer les hommes, sinon en pourceaux, du moins en nigauds ! [...] 

Ainsi chaque jour, depuis cinq siècles, une petite foule se rassemble devant ce tableau pour pouvoir bayer aux corneilles comme une bande de crétins… Clic ! C’était un américain avec son appareil photographique. Les autres sourient, indulgents, sans comprendre, les bienheureux, que leur docte indulgence n’est pas moins sotte.

En gros, c’est la sottise qui déferle dans les salles du Louvre. Un des endroits les plus sots du monde. »

Witold Gombrowicz, Journal

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12/06/2014

La joie

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« La joie du jour, le jour en fleur, un matin d'août, avec son humeur et son éclat, tout luisant, - et déjà, dans l'air trop lourd, les perfides aromates d'automne,- éclatait à chaque fenêtre de l'interminable véranda aux vitraux rouges et verts. C'était la joie du jour, et par on ne sait quelle splendeur périssable, c'était aussi la joie d'un seul jour, le jour unique, si délicat, si fragile dans son implacable sérénité, où paraît pour la première fois, à la cime ardente de la canicule, la brume insidieuse traînant encore au-dessus de l'horizon et qui descendra quelques semaines plus tard sur la terre épuisée, les prés défraîchis, l'eau dormante, avec l'odeur des feuillages taris. »

Georges Bernanos, La joie

 

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Coupable de rien

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« Laissez-moi vous dire qu’on ne convainc jamais personne, et qu’un propos n’a d’effet que s’il tombe dans un cœur préparé. Ceux qui me critiquent me critiqueront encore après m’avoir lu, et de surcroît ils vous reprocheront de m’avoir donné la parole. J’ai aussi tendance, je vous l’avoue, à penser que tenter de se justifier, c’est déjà se reconnaître comme coupable, et surtout légitimer ses juges dans le rôle qu’ils prétendent s’attribuer. Or, pour tout dire, je ne me sens coupable de rien. »

Alain de Benoist, C’est-à-dire

 

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La Bêtise...

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« On nous parle toujours du problème du mal. On nous parle rarement du problème de la bêtise, et pourtant, trouver cette position qui permette de ne plus souffrir de la bêtise, et l’indiquer, ce serait faire quelque chose pour le genre humain, du moins pour ses représentants les plus dignes. »

Henry de Montherlant, L’équinoxe de septembre

 

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Un homme ce n’est pas assez pour une femme, ou bien c’est trop

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« Chardonne a vécu pour ce qu’il croyait être le reflet de lui-même, la Femme. A la fois injuste envers ce sexe et plus indulgent qu’aucun. Chardonne concluait, d’après soi : "L’homme est très peu bestial, c’est un romanesque." Il se résuma et se jugea en un mot célèbre : "Un homme ce n’est pas assez pour une femme, ou bien c’est trop." Il les aimait toutes, elles le lui rendaient ; il avait une compagne admirable, le consolant "de femmes effroyables, tout armées d’acerbe fidélité, d’humeur explosive, de jalousie, de vanité, très pernicieuses, s’acharnant contre des hommes excellents (lui-même), captés en bas âge, et qui sont morts en maudissant la vie". (Jamais les femmes qui parlent des hommes n’arrivent à ce degré de haine, la haine de l’esclave pour le maître. J’ai retrouvé cela chez Giraudoux ; voir ses dernières pièces.) Chardonne les aimait toutes ; elles le lui rendaient ; rares celles qui ne l’intéressaient pas ; en Andalousie, l’ayant perdu de vue lors d’une réception, je le retrouvai dans un fauteuil entouré de six perruches admiratives qu’il aimantait, sans qu’elles eussent compris un mot. »

Paul Morand, in Préface du livre de Jacques Chardonne, Ce que je voulais vous dire aujourd’hui

 

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Aucune limite

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« La liberté dégénérant en arbitraire, ne reconnaît nulle chose sacrée, n’accepte aucune limite. Si Dieu n’existe pas, l’homme est lui même Dieu, tout lui est permis. [...] Celui qui dans son arbitraire méconnaît les limites de la liberté, voit cette liberté disparaître et tombe au pouvoir d’idées qui l’asservissent. [...]

En effet, le "prochain" est plus précieux que le "lointain", toute vie humaine, toute âme humaine vaut davantage que l’amélioration d’une humanité en devenir, qu’une idée abstraite [...]

Il est aisé de tuer un homme mais [...] il ne trouve dans cet acte aucune force pratique et [...] y perd ses forces spirituelles [...]

Les grands et authentiques génies, bienfaiteurs de l’humanité n’avaient pas agi de la sorte : ils ne se considéraient pas comme des surhommes à qui tout est permis, mais, se sacrifiant à ce qu’ils mettaient au dessus de l’humanité, ils purent accomplir de grandes choses pour l’humanité [...]

Le cas de Raskolnikov marque déjà la crise de l’humanisme, le terme de la morale humaniste, la perte de l’homme par son auto-affirmation. L’apparition même du rêve du surhomme, et de la surhumanité, de la morale supérieure humaine, indique que l’humanisme s’est usé et a pris fin. [...]

A ce point, l’empire de la compassion vient finir, il n’y a plus de merci pour l’homme [...]L’arbitraire humain se donne le droit d’estimer lui-même la valeur d’une vie humaine et d’en disposer. Ce n’est pas à Dieu qu’appartiennent la vie humaine et le jugement suprême des êtres [...] Et son jugement à lui [l'homme] est impitoyable, à la fois impie et inhumain [...] Dieu est l’unique "idée" supérieure, et celui qui, ici, ne s’incline pas devant sa volonté supérieure détruit son prochain et se détruit lui-même. Tel est le sens de "Crime et châtiment". »

Nicolas Berdiaev, L’esprit de Dostoïevsky

 

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11/06/2014

il donne figure à ce qui est proprement invisible...

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« Modelant une tête, l'artiste semble ne reproduire que ce qui est superficiellement visible ; en vérité, il donne figure à ce qui est proprement invisible, à savoir la manière dont cette tête regarde le monde, dont elle séjourne dans l'ouvert de l'espace, y est concernée par les hommes et les choses. »

Martin Heidegger, Remarques sur art - sculpture - espace

 

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Il y a une vie dure et difficile qui est humaine...

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« Les socialistes proposent, comme remède à la crise ouvrière, une plus juste répartition des gains, de plus hauts salaires... Comme si le problème ouvrier s’arrêtait là ! Il s’agit plutôt d’une refonte totale des conditions premières du travail industriel, il s’agit de supprimer le travail inhumain, le travail sans forme et sans âme : la "grande usine", le travail "à la chaîne", la spécialisation outrée, etc., toutes choses que l’étatisme socialiste ne peut que porter à leur suprême et mortelle expression.  »

« L’artisan de village qui fabrique des objets complets et traite avec une clientèle vivante est infiniment plus heureux et satisfait que l’ouvrier d’usine, avec un standard de vie bien inférieur à celui de ce dernier. »

« Travail et loisir sont les deux phases d’un même rythme : la perturbation d’une de ces phases entraîne fatalement chez l’autre une perturbation correspondante. »

« L’homme voué à un travail malsain, est voué aussi au loisir malsain. [...] On ne remédie pas aux mots issus d’un travail inhumain en augmentant le bien être économique du travailleur, on risque au contraire d’aggraver son ennui et sa déchéance. [...] Un travail sans âme : ce mélange abrutissant de tension et de monotonie qui le caractérise rejaillit sur le loisir, -il prédispose à la débauche, c’est-à-dire à des plaisirs inhumains et artificiels comme lui. Les joies qui peuplent le repos des travailleurs deviennent ainsi quelque chose de tendu et de factice- une sorte de travail de seconde zone qui, loin de détendre l’âme et le corps, augmente leur fatigue et leur intoxication. »

« Celui qui, en effet, ne trouve pas de joie dans son travail, trouvera du travail dans sa joie. Le travail forcé a pour corollaire le plaisir forcé. »

« Quand je dis humaniser le travail, je ne veux pas dire le rendre nécessairement plus facile et mieux rémunéré, je veux dire avant tout le rendre plus sain. Il y a une vie dure et difficile qui est humaine : celle du paysan, du pasteur, du soldat, de l’ancien artisan villageois... ; il y a aussi une vie molle et facile, qui est inhumaine et qui engendre la corruption, la tristesse et l’éternelle révolte de l’être qui ne joue aucun rôle vivant dans la cité : celle par exemple de l’ouvrier standard au temps des hauts salaires, du bureaucrate amorphe et bien payé, etc. »

Gustave Thibon, Diagnostics

 

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