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02/11/2014

Hors de l’histoire pour plusieurs générations

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« Et le lecteur méditatif songera que la tentation est forte, pour l’Européen lucide de se réfugier dans la posture de l’anarque. Ayant été privé de son rôle d’acteur historique, il s’est replié sur la position du spectateur froid et distancié. L’allégorie est limpide. L’immense catastrophe des deux guerres mondiales a rejeté les Européens hors de l’histoire pour plusieurs générations. Les excès de la brutalité les ont brisés pour longtemps. Comme les Achéens après la guerre de Troie, un certain nihilisme de la volonté, grandeur et malédiction des Européens, les a fait entrer en dormition. A la façon d’Ulysse, il leur faudra longtemps naviguer, souffrir et beaucoup apprendre avant de reconquérir leur patrie perdue, celle de leur âme et de leur tradition. »

Dominique Venner, Ernst Jünger, Un autre destin européen

 

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31/10/2014

Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse

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« Pendant que je me déshabillais, je vis Antoine qui fixait mon dos. Il me convoitait, encore, toujours, et il se méfiait de moi. Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse. Je ne me regardai pas au visage, je regardai mon corps. J'avais un beau corps, je l'ai encore. Peu de femmes ont de beaux seins : je suis de ces femmes. Encore moins de femmes ont des seins beaux et émouvants : je suis de ce peu de femmes. Mon corps avait des liens avec cet appartement, et avec Antoine ; il s'était façonné à tout cela. J'avais le corps soigné, aisé, épanoui, d'une belle femme riche, de plus flattée par les caresses d'un homme qui avait de belles dents, de la fougue, de l'adresse. »

Pierre Drieu la Rochelle, Rêveuse Bourgeoisie

 

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Toujours la lâcheté de l’aumône

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« Terrible insuffisance de nos cœurs et de nos esprits devant le cri, la prière qu’était la tienne. Je te voyais jeté à la rue avec la valise vide et qu’est-ce que je t’offrais pour la remplir. Je te reprochais de ne rien trouver dans le monde si riche, si plein pour te faire un viatique. Mais je ne te donnai rien. Car enfin peut-être ceux qui ne trouvent rien et qui restent là, ne sachant quoi faire, il faut avouer qu’ils demandent, et il n’y a qu’une chose à faire c’est de leur donner. J’ai pleuré quand une femme au téléphone a dit : "Je vous téléphone pour vous dire que Gonzague est mort." Hypo­crisie infecte de ces larmes. Toujours la lâcheté de l’aumône. On donne deux sous et on se sauve. Et demain matin avec quelle facilité je me lèverai à 5 heures pour aller à ton enterre­ment. Je suis toujours si gentil aux enterrements.
A travers une banlieue - les banlieues c’est la fin du monde - puis une campagne d’automne vert de légume cuit et or pâle de chambre à coucher, sous une pluie battante, avec un chauffeur qui me parlait de son moteur, je suis arrivé dans une de ces terribles pensions de famille où l’on voit que la mélan­colie et la folie peuvent faire bon ménage avec toute la médiocrité.
Elle était là, sous ton lit, la valise béante où tu ne pouvais finalement mettre qu’une chose, la plus précieuse qu’ait un homme: sa mort. (...) Tu es mort pour rien mais enfin ta mort prouve que les hommes ne peuvent rien faire au monde que mourir, que s’il y a quelque chose qui justifie leur orgueil, le sentiment qu’ils ont de leur dignité - comme tu l’avais ce sentiment-là toi qui as été sans cesse humilié, offensé - c’est qu’ils sont toujours prêts à jeter leur vie, à la jouer d’un coup sur une pensée, sur une émotion. »

Pierre Drieu la Rochelle, L’adieu à Gonzague

 

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Rien ne se fait que dans le sang...

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« Il tourna dans l'escalier. Un blessé, sur les marches, gémissait :

- Santa Maria.

Oui, la mère de Dieu, la mère de Dieu fait homme. Dieu qui crée, qui souffre dans sa création, qui meurt et qui renaît. Je serai donc toujours hérésiarque. Les dieux qui meurent et qui renaissent : Dionysos, Christ. Rien ne se fait que dans le sang. Il faut sans cesse mourir pour sans cesse renaître. Le Christ des cathédrales, le grand dieu blanc et viril. Un roi, fils de roi.

Il trouva un fusil, alla à une meurtrière et se mit à tirer, en s'appliquant. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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30/10/2014

Un signe d'aristocratie du savoir et une diplomatie raffinée dans les rapports sociaux

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« La conception libérale de l'histoire se révèle être l'horizon de la civilisation moderne. […]
Le fondement psychologique du libéralisme n'est pas seulement un mouvement de libération et une défense des initiatives individuelles, c'est également un indice de maturité historique, un signe d'aristocratie du savoir et une diplomatie raffinée dans les rapports sociaux. »

« Notre libéralisme, que nous appelons révolutionnaire [...], s'inspire d'une inexorable passion libertaire. Il voit dans la réalité un rapport de forces capable de produire continuellement de nouvelles aristocraties dirigeantes pour autant que de nouvelles classe populaires puissent raviver la lutte avec leur volonté désespérée d'élévation sociale ; i comprend l'équilibre des organisations politiques en termes d'autonomie économique et il accepte la Constitution en tant que garantie de renouvellement. »

« L'égalité sociale est l'idéal [...] de tous les rêves rebelles, elle est depuis toujours l'aspiration la plus tragiquement affective de l'homme, mais elle épuise sa force dans l'engendrement de l'élan révolutionnaire.
Dans la lutte messianique de deux principes idéaux, vécus l'un comme rêve [ le mythe marxiste ] et l'autre comme réalité économique et politique [le libéralisme], l'histoire ne présente pas de solution de continuité et se sert des mythes, des convictions et des illusions pour renouveler son éternité. »

Piero Gobetti, La Révolution libérale 

 

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C’est dans le village d’Ars que je serai enterré

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« J’ai pu vivre très longtemps sans grands moyens, en m’appuyant sur l’arrière-pays, débris d’héritages, et surtout l’Île de Ré, propriété maternelle ancienne ayant échappé au désastre. C’est dans le village d’Ars que je serai enterré, près du carré des aviateurs anglais, australiens et néo-zélandais, tombés ici pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont 22, 23 ans, ils sont pilotes ou mitrailleurs. Personne n’a réclamé leurs corps. Ce voisinage me plaît. »

Philippe Sollers, Un vrai roman

 

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Transmettre ou pas ? Et transmettre "quoi" ? Doit-on interrompre une mémoire ? De quel droit ?

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« Père et fils : question ouverte. Mon père, agnostique, m’a transmis un doute radical sur les activités humaines (violence, guerre, travail, affaires, procréation). Ma mère, plus avisée, a fait semblant, avec humour et de façon très anticléricale, d’avoir de la religion (catholique). Au moment de la naissance de mon fils, j’ai choisi son prénom, David, en pensant aux psaumes bibliques (j’ai entendu pas mal de conneries malveillantes à ce sujet), et la question s’est posée : transmettre ou pas ? Et transmettre "quoi" ? Doit-on interrompre une mémoire ? De quel droit ? Julia, avec de très bonne raisons psychanalytiques, se déclare volontiers athée. Pas moi. Croyant, alors ? Non, à l’écoute.

J’ai donc décidé de faire baptiser mon fils, et de lui faire visiter ensuite la plupart des églises de Paris, en lui expliquant les prières et les rites. Les lieux les plus parlants auront été Notre-Dame et sa forêt de cierges, la très étrange église de Saint-Germain-l’Auxerrois, le cloître secret de Port Royal, la perle du Val-de-Grâce. Tout enfant il chuchotait "Au nom du Père, du Fils, et du sain d’esprit". Souvent, le soir, nous avons récité raîdement ensemble, à voix basse, un Notre-Père. Comme tout le monde (ou plutôt comme moi), il a fait sa "première communion" et sa "communion solennelle". Un dieu clandestin et discret nous protège, du haut du ciel, de façon respirable et palpable. Pas de communauté : une voie. »

Philippe Sollers, Un vrai roman

 

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29/10/2014

Un individu ne devient une personne que lorsqu’il a acquis un nom

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« Ce n’est pas un sujet anodin. Avant l’apparition des noms de famille, qui ne commence en Europe qu’autour de l’an mil, le prénom est tout simplement le nom. Or, donner un nom est un acte extrêmement important. Un individu ne devient une personne que lorsqu’il a acquis un nom. Sans nom ou privé de son nom, il est rejeté dans le néant. C’est pourquoi, à l’origine, le choix d’un nom ou d’un prénom ne doit rien au hasard. En choisissant un prénom, les parents expriment un vœu, formulent un espoir (parfois celui de forcer le destin) mais délivrent aussi un message familial et social qui place l’enfant sous la tutelle de ses ancêtres. »

Alain de Benoist, Eléments 132. Juillet 2009

 

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28/10/2014

Mes choix profonds n'étaient pas d'ordre intellectuel mais esthétique

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« Mes choix profonds n'étaient pas d'ordre intellectuel mais esthétique. L'important pour moi n'était pas la forme de l'Etat -une apparence- mais le type d'homme dominant dans la société. Je préférais une république où l'on cultivait le souvenir de Sparte à une monarchie vautrée dans le culte de l'argent. Il y avait dans ces simplifications un grand fond de vérité. Je crois toujours aujourd'hui que ce n'est pas la loi qui est garante de l'homme, mais la qualité de l'homme qui garantit la loi. »

Dominique Venner, Le coeur rebelle

 

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Le bouc émissaire

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« Aujourd'hui, tout le monde ou presque salue la défense des droits des minorités comme un principe moral supérieur. Mais ce principe qui interdit la discrimination, est appliqué par la majorité des intellectuels "progressistes" d'une façon discriminatoire : il vaut pour les minorités raciales ou religieuses, mais pas pour cette petite minorité exploitée, accusée, sans défense, que sont les hommes d'affaires. Pourtant, toutes les formes hideuses, brutales d'injustice, perpétrées contre les minorités raciales ou religieuses, les hommes d'affaires les subissent.
Tout mouvement qui cherche à asservir un pays, toute dictature ou dictature potentielle a besoin d'un groupe minoritaire comme bouc émissaire, à qui faire endosser la responsabilité des problèmes du pays, et pour justifier qu'on lui octroie des pouvoirs dictatoriaux. En Russie soviétique, le bouc émissaire a été la bourgeoisie ; en Allemagne nazie, le peuple juif ; en Amérique, ce sont les hommes d'affaires. »

Ayn Rand, Conférences du 17 décembre 1961 et du 15 février 1962

 

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27/10/2014

Un jeu d'enfant...

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« Dites à une femme deux ou trois mots qu'elle ne comprenne pas, d'aspect profond. Ils la déroutent, l'inquiètent, la rendent anxieuse, la forcent à réfléchir et vous la ramènent consciente de son infériorité, sans défense. Car le reste est un jeu d'enfant.
Il n’est, bien entendu, pas nécessaire que vous les compreniez vous-même. »

Jules Renard, Journal, à la date du 18 juillet 1887

 

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Pensifs, sur de ténébreux trônes

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« Au loin sous une brume aux épaisseurs profondes,
L’œil, dans l’obscurité, plus bas que tous les mondes,
Voit vaguement des fronts énormes s’agiter.
Tâchant encore d’aider l’homme et de l’assister,
Ils sont tous là, pensifs, sur de ténébreux trônes. »

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« Un vivant n’est plus là qu’un rêve dans un gouffre.
Entrer là, c’est entrer dans de l’oubli. L’on souffre,
On rampe, on saigne, on râle, on crie ; on ne sait pas.
Le captif va, vient, tremble ; il fait de vagues pas,
Sent à son pied sa chaîne et s’arrête farouche,
Boit à sa cruche, mord à son pain noir, se couche,
Se lève, se rendort, tressaille, et, réveillé,
Dit: Où suis-je? que suis-je? et tâte un mur mouillé. »

Victor Hugo, La fin de Satan

 

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26/10/2014

Un dieu qui commande la haine...

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Une monstruosité...

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24/10/2014

Bon service armé, apte à l'infanterie

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« Les majors à barbiches blanches et les édiles sourient. 1 m. 75, 63 kilos. Coeur et poumons excellents. Un peu mince, mais l'exercice l'étoffera vite. Bon service armé, apte à l'infanterie. Comme prévu. Cocasse que ce soient ces braves vieux toubibs débonnaires, costumés en officiers, qui choisissent la viande à mitraille, décident : "Celui-là se porte assez bien pour faire un mort." »

Lucien Rebatet, Les épis mûrs

 

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