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02/06/2014

Le regard devient circulaire et solaire

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« La haute montagne peut permettre à certains d'assouvir leur goût stupide du risque pour le risque ; elle peut permettre à des gens plus ou moins "entraînés" et inconscients de pratiquer une activité sportive banale ; elle peut être le luxe que se paient des hommes à l'esprit étroit pétrifiés par la "civilisation" des plaines de regarder à la jumelle des "panoramas" touristiques. Mais, pour d'autres, elle n'est rien de tout cela : elle est une voie de libération, de dépassement, d'accomplissement intérieur.
Les deux grands pôles de la vie à l'état pur, l'action et la contemplation, s'y confondent.
L'action, c'est la responsabilité absolue, le fait de se sentir absolument seul, de ne pouvoir compter que sur sa force et son courage, joints à une maîtrise de soi lucide et chirurgicale.
La contemplation, c'est l'essence même de cette expérience héroïque: le regard devient circulaire et solaire, il n'y a plus que le ciel et des forces pures et libres qui reflètent et figent l'immensité dans le chœur titanique des sommets. »

Julius Evola, Méditations du haut des cimes

 

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Louis XIV avec un "assuré social"

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« Je voudrais voir un peu Louis XIV avec un "assuré social" !... il verrait si l’Etat c’est lui !... pensez les milliards que représente le moindre cotisant ! ah, Louis peigne-chose !... »

Louis-Ferdinand Céline, D’un château l’autre

 

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Ceux qui, intérieurement, n’appartiennent pas et ne veulent pas appartenir à ce monde

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« A ceux qui, intérieurement, n’appartiennent pas et ne veulent pas appartenir à ce monde il reste donc seulement à constater des rapports généraux de cause à effet qui échappent à la bêtise de nos contemporains et à contempler avec tranquillité toutes les excroissances qui, selon une logique bien reconnaissable, fleurissent sur le sol d’un monde en pleine décomposition. »

Julius Evola, L'Arc et la Massue

 

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01/06/2014

Aucune autre époque ne s'est voulue aussi tolérante et ouverte, enchantée d'elle-même

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« "Les optimistes, disait Bernanos, sont des imbéciles heureux, et les pessimistes, des imbéciles malheureux." À peine me suis-je fait à moi-même le serment de ne plus jamais céder à la seconde imbécillité que me parviennent du front de la culture - c'est-à-dire des collèges et des lycées - des informations dont on diminuerait considérablement l'horreur en les qualifiant d'alarmantes. Je savais qu'un nouvel exercice faisait fureur dans les classes de français : l'écriture d'invention. Mais j'aurais été bien en peine de dire de quoi il retournait exactement. Cette ignorance vient d'être comblée par la lettre d'une enseignante qui, comme tant d'autres, doit lutter pied à pied contre l'institution et ses directives pour faire dignement son métier.

Soit la première scène de l'acte V d'Andromaque. Hermione vient d'ordonner à Oreste (qui l'aime) d'assassiner Pyrrhus (qui la dédaigne). Sa passion la divise, son âme est le théâtre d'un combat déchirant entre la jalousie qui confirme la décision qu'elle vient de prendre et la douleur qui voudrait l'annuler. Deux images également insupportables l'assaillent : celle de Pyrrhus gisant et celle de Pyrrhus indifférent. Sous le titre "Écriture-expression orale", le manuel de seconde édité par Hachette Éducation propose l'exercice suivant : "Transposez la situation dans le monde contemporain et réécrivez en prose, à la première personne, la monologue d'Hermione. Tout en conservant les matériaux du personnage, vous pouvez, si vous le souhaitez, recourir à la tonalité comique et à un registre de langue peu soutenue (Des textes à L'oeuvre. Français, seconde, Livre du professeur, Hachette Éducation, 2000, p. 67.)." Et le livre du maître fournit, en guise d'exemple, à tous les professeurs, un devoir d'élève (après corrections) qu'il vaut la peine de lire en parallèle avec le poème racinien.

Hermione : "Où suis-je ? Qu'ai-je fait ? Que dois-je faire encore ?
Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ?
Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais.
Ah ! ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais ?"

La copie exemplaire : "Où j'en suis, moi ? Qu'est-ce qui m'arrive ? Pourquoi je déprime comme ça ? Qu'est ce que je vais bien pouvoir faire ? je traîne en jogging devant la télé, même pas maquillée en plus. Je l'aime ou je lui en veux vraiment ?"

Hermione :"Le cruel ! de quel oeil il m'a congédiée !
Sans pitié, sans douleur, au moins étudiée !
L'ai-je vu se troubler et me plaindre un moment ?
En ai-je pu tirer un seul gémissement ?
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,
Semblait-il seulement qu'il eût part à mes larmes ?
Et je le plains encore ? Et pour comble d'ennui,
Mon cœur, mon lâche cœur s'intéresse pour lui ?
Je tremble au seul penser du coup qui le menace ?
Et prête à me venger, je lui fais déjà grâce ?"

Le devoir exemplaire : "Le salaud, comme il m'a jetée ! Il n'a même pas fait style de me regretter un peu... Il n'a même pas rougi quand il m'a avoué qu'il me lâchait pour un mec ! Pas la moindre honte. Rien à faire, tranquille... et moi, je suis encore accro !"

Hermione : "Non, ne révoquons point l'arrêt de mon courroux :
Qu'il périsse ! Aussi bien il ne vit plus pour nous.
Le perfide triomphe, et se rit de ma rage :
Il pense voir en pleurs dissiper cet orage ;
Il croit que toujours faible et d'un cœur incertain,
Je parerai d'un bras les coups de l'autre main.
Il juge encor de moi par mes bontés passées.
Mais plutôt le perfide a bien d'autres pensées.
Triomphant dans le temple, il ne s'informe pas
Si l'on souhaite ailleurs sa vie ou son trépas.
Il me laisse, l'ingrat ! cet embarras funeste.
Non, non, encore un coup : laissons agir Oreste.
Qu'il meure, puisque enfin il a dû le prévoir,
Et puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir..."

La copie exemplaire : "Non, plus moyen de changer d'avis sans passer pour une conne... Puisqu'il se la joue tapette, il va le regretter... je préviens la patronne... Il croit que quand j'aurai fini ma déprime, je serai comme avant, je dirai pas qu'il pique dans la caisse et qu'il va coiffer la mère Pluduc chez elle, ça fait de la clientèle en moins pour le salon, sale con... Il se fout de tout, c'est le bonheur, ça roucoule, si c'est pas une honte et que les autres crèvent, il va voir... Il m'a pas laissé le choix, Polo va le dérouiller, il saura que c'est moi, "petite coiffeuse frustrée" qu'il m'a dit, tout ça parce que l'autre chiffe est comptable, un intello autant dire... Bon, j'appelle la patronne... Crève, connard !"

Au XIXème siècle, les grands textes de la littérature étaient pour les élèves des modèles à imiter. Comme le rappelle Gérard Genette, l'étude des oeuvres se prolongeait tout naturellement en un apprentissage de l'art d'écrire. Au siècle suivant, la littérature cesse d'être un modèle pour devenir un objet. Les élèves ne doivent plus rédiger des fables ou des portraits, mais des dissertations portant sur La Fontaine ou sur La Bruyère. Le XXIe siècle rompt avec ce ronron : voué à la tâche exaltante de déscolariser l'école, il fait entrer l'enseignement littéraire dans l'âge de la désublimation et de la compression temporelle. La nouvelle inventio en effet, ne consiste nullement à rapprocher l'élève des oeuvres, mais, bien au contraire, à dépouiller celles-ci de leur étrangeté, à les actualiser, à les rapprocher de la vie jusqu'à les rendre télécompatibles. Ainsi se défait le lien patiemment tissé par la littérature entre le sentiment éprouvé et les mots qu'il exprime : tout doit pouvoir être dit dans n'importe quel idiome.

Cet exercice n'a rien à voir non plus avec le renversement carnavalesque du style élevé en style populaire. Pour le brut, le salace et le fat aujourd'hui, tel qu'en lui même enfin l'école l'accueille et le titularise, il n'y a ni style haut ni style bas : il, y a un style moi, moderne, nature, droit au but, qui transcende les différences de classe comme de sexe et qui est parlé par les jeunes, c'est-à-dire par tout un chacun. Au centre du système éducatif trône l'élève et, au centre du monde comme au sommet du temps, une humanité adolescente, libérée de la forme et si fière d'en avoir fini avec les tabous sexuels comme avec la négation petite-bourgeoise de l'altérité qu'elle fait de Pyrrhus un garçon coiffeur gay, pour pimenter la fureur d'Hermione. Aucune autre époque de l'Histoire ne s'est voulue aussi tolérante et ouverte. Aucune n'a été aussi enchantée d'elle-même. Pour faire place à la littérature, c'est-à-dire à l'art de sortir de soi, il lui manque ce temps du verbe : l'imparfait du présent. Imbécillité des pessimistes. Ils prévoient la catastrophe alors que, ni vu ni connu, elle a déjà eu lieu. Ils noircissent l'avenir quand c'est le présent qui est sinistré. »

Alain Finkielkraut, L'Imparfait du présent

 

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Un visage n’est qu’ombres, lumières et couleurs

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« Après tout, un visage n’est qu’ombres, lumières et couleurs, et voilà que parce que un visage a grimacé d’une certaine façon, le bourreau éprouve mystérieusement une détente, une autre angoisse a relayé la sienne. »

Maurice Merleau-Ponty, Signes

 

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30/05/2014

Joli cul

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« On y perd tellement
et on y gagne tant
dans ces deux mots. »

Richard Brautigan, Il pleut en amour

 

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Mon boulot dans l’existence, c’est de me sauver. C’est là une rude affaire. Je ne compte pas me salir les mains en essayant de sauver les masses.

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« Aujourd’hui, n’importe quel marginal, pédé ou lesbienne est communiste. Ils me rendent malade! Et ils devront d’abord me passer sur le corps avant de m’empêcher de publier. Ils sont dix fois pires que Babbitt. Ils "sympathisent" avec les masses. C’est un mensonge. Ils utilisent les masses pour vendre leurs canards, mais leur sympathie relève de l’hypocrisie pure et simple. Regardez Dreiser et Anderson. Ces types ne sont pas sincèrement communistes. Ils sont communistes parce que le communisme paie dans ce pays.

Personnellement, je n’ai aucune sympathie pour les masses. Les masses existeront toujours. Elles sont composées d’imbéciles. Elles sont indispensables à la société. Si vous voulez mon opinion, je hais les masses. J’ai vécu avec elles, j’ai respiré leur haleine fétide, côtoyé leur esprit abruti. La culture ne les concerne pas. En fait, rien ne les concerne. Elles sont condamnées. Qu’elles crèvent donc. Mon boulot dans l’existence, c’est de me sauver. C’est là une rude affaire. Je ne compte pas me salir les mains en essayant de sauver les masses. »

John Fante écrivant à H. L. Mencken, Correspondance Fante/Mencken

 

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Elle n'enlève jamais sa montre

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« Parce que tu as toujours une montre
accrochée à ton corps, il est normal
que tu incarnes pour moi
l'heure juste :
avec tes longs cheveux blonds à 8h03,
et tes seins clignotants à
11h17, et ton sourire rose-miaou à 5h30,
je sais que j'ai raison. »

Richard Brautigan, Il pleut en amour

 

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Les journalistes

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« A force d'avilissement, les journalistes sont devenus si étrangers à tout sentiment d'honneur qu'il est absolument impossible, désormais, de leur faire comprendre qu'on les vomit et qu'après les avoir vomis, on les réavale avec fureur pour les déféquer. »

Léon Bloy, Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne

 

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3 novembre

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« Me voilà assis dans un café
en train de boire un Coca.
Une mouche s’est endormie
sur la serviette en papier.
Il faut que je la réveille
pour essuyer mes lunettes.
Il y a une jolie fille
que j’ai envie de regarder. »

Richard Brautigan, Il pleut en amour

 

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Le très beau poème

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« Je vais me coucher à Los Angeles
en pensant à toi.

Lorsque je pissais il y a quelques instants
j'ai contemplé mon pénis
avec affection.
Je sais qu'il a été en toi deux fois
aujourd'hui et du coup je me sens
très beau. »

Richard Brautigan, Il pleut en amour

 

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Une lobotomie

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« On participait à un colloque international organisé par l’Institut des pêches. L’Alsacien a fait une conférence sur … très étrange ! … sur les poissons qui vivent en bancs - la morue, le hareng - ce qu’il appelle les sociétés sans amour… les morues se reconnaissent comme étant de même espèce, mais ne se reconnaissent pas entre elles ; chaque morue est anonyme pour l’autre. Sa théorie est que chaque morue fonctionne comme la cellule d’un cerveau. Un banc de morue est un énorme cerveau et un coup de chalut revient en fait à une lobotomie - comme on peut en faire sur un cerveau humain sans apparemment altérer l’intelligence. Il poussait très loin son idée, il disait que si on ampute plus de deux tiers du banc, le cerveau ne peut plus fonctionner et les morues survivantes deviennent folles ou idiotes, errent sans défense. Mais un banc intact raisonne et se défend contre l’agression. Il en donnait pour preuve qu’aujourd’hui, pendant le temps autorisé à la campagne de pêche, la morue va se réfugier très loin sous les glaces, ou sous les fonds rocheux impraticables aux chaluts. Ou même dans les eaux territoriales ! Et c’est vrai, c’est très vrai, on s’en rend compte chaque année... »

Pierre Schoendoerffer, Le Crabe Tambour

 

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29/05/2014

On eût juré qu'une gigantesque conjuration travaillait à neutraliser par d'obliques moyens les résistances sur lesquelles les Français pouvaient le plus naturellement compter

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 Voici ce qui s'appelle une charge pleine de rage, de haine et de ressentiment... heureusement qu'il y a le style ! On a du mal à imaginer un Lucien Rebatet jouisseur, joyeux, buveur, solaire... Certes... il ne l'est pas. 

 

« On eût juré qu'une gigantesque conjuration travaillait à neutraliser par d'obliques moyens les résistances sur lesquelles les Français pouvaient le plus naturellement compter. Aucun cas ne semblait être d'une plus dramatique clarté, pour un esprit chrétien, que celui de l'Espagne. Pourtant, nous avions vu des catholiques illustres et même intolérants comme Mauriac et Bernanos devenir les détracteurs les plus acharnés et les plus fielleux de Franco. Ces défenseurs bénits des fusilleurs de Christs et des dynamiteurs de moines étaient habiles à travestir leurs humeurs et leurs perversités intellectuelles en algèbres casuistiques. Leur clientèle était rompue elle aussi à ces exercices. Ajoutez que ces effroyables docteurs, comme pour la condamnation de l'Action Française, parlaient au nom de Dieu, de la foi, des sacrements, de l'Eglise, et brandissaient tous les tonnerres du dogme sur la tête de leurs contradicteurs. Leur religion ne leur fournissait ainsi que des armes déloyales. L'orgueil morbide de ces étranges disciples de Jésus n'admettait pas la moindre retouche à leurs plaidoyers et leurs réquisitoires. On peut invoquer la demi-folie de Bernanos qui dans les pires circonstances demeure du reste digne du nom d'écrivain, avec ses livres embrouillés par les fumées de l’alcool, mais que trouent soudain des pages puissantes, furieuses ou noires. L'autre, l'homme à l'habit vert, le Bourgeois riche, avec sa torve gueule de faux Gréco, ses décoctions de Paul Bourget macérées dans le foutre rance et l'eau bénite, ces oscillations entre l'eucharistie et le bordel à pédérastes qui forment l'unique trame de sa prose aussi bien que de sa conscience, est l'un des plus obscènes coquins qui aient poussé dans les fumiers chrétiens de notre époque. Il est étonnant que l'on n'ait même pas encore su lui intimer le silence.
C'était bien le moindre des châtiments pour un pareil salaud. Lui et ses semblables ont pourri une foule d'esprits, si médiocres et mous que je me demande à vrai dire ce qu’on aurait jamais pu en attendre. Ils insinuèrent chez d’autres le doute. Ils contraignirent leurs adversaires à dépenser une vigueur, un temps et un talent précieux dans des querelles sans issue. Avec leurs paraboles, leurs signes de croix, leurs encres saintes et leur morgue littéraire, ils n’étaient tout vulgairement et bassement que les agents d'une diversion politicienne. »

Lucien Rebatet, Les Décombres

 

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Les intrigues, l’atmosphère empestée, les bravacheries de Vichy, et les moeurs, les illusions, les odeurs réactionnaires de la zone dite libre

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« J’avais quitté Vichy au bout de deux mois, à l’automne précédent, écoeuré par les intrigues de cette cour ridiculement balnéaire, par le gaullisme qu’y affichaient en toute impunité maints hauts personnages, par les inspecteurs des finances et les gens du Comité des Forges aussitôt installés aux postes de commande pour bloquer toute véléité de révolution. Le contraste était encore plus exaspérant maintenant entre les gigantesques évênements de l’Est et les petitesses de cette pseudo-capitale, mes méandres mesquins de son double jeu, son cléricalisme, les bricolages futiles sous les plus graves aspects de ces officiers du S.R, dont j’avais mesuré, en mai 1940, quand je travaillais à leurs côtés, l’indigence intellectuelle et militaire. Bref, le tableau complet de la pire réaction.

(...)

J’estimais qu’un gouvernement français audacieux aurait dû tout mettre en oeuvre pour pouvoir proclamer sa co-belligérance, qu’il eût effacé ainsi, comme les gaullistes le cherchaient vainement de leur côté, l’effroyable humiliation de la déroute, à peine vieille d’un an. Mais il était chimérique d’attendre de ces hypocrites bourgeois une décision aussi virile. Pétain se contentait de rompre les relations diplomatiques avec Moscou, et de déclarer aux volontaires français pour le front russe "qu’ils détenaient une partie de notre honneur". Je consacrai le début de mes vacances dauphinoises à un reportage au vitriol, pour "Je Suis Partout", sur les intrigues, l’atmosphère empestée, les bravacheries de Vichy, et les moeurs, les illusions, les odeurs réactionnaires de la zone dite libre. En gare de Mâcon, où l’on franchissait la ligne de démarcation, une ribambelle de fausses paysannes, en blouses bleues, tabliers plissés, bonnets et sabots, provenant de je ne sais quelle niaiserie foloklorique sur "le retour à la terre", m’avait levé la peau comme le symbole de tous les archaïsmes, poncifs et faux-semblants de l’Etat Français.

(...)

J’exhalais ma rage contre les mirliflores, les agents de banque, les anglomanes, les prélats qui nous avaient frustrés de la révolution nécessaire, volé le pouvoir qui aurait du revenir à nous autres, les plus lucides, les plus ardents, nous qui avions risqué notre liberté et même notre vie pour tenter d’épargner au pays la guerre folle, la guerre perdue dés le premier coup de canon. »

Lucien Rebatet, Mémoires d’un fasciste (Tome II)

 

 

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Le poète servile s’annihile, vidant des problèmes de sens et réduisant tout à la forme

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« La culture occupe de nouveaux terrains : un nouveau souffle d’énergie créatrice dans les lettres, le cinéma, la peinture. Un énorme service rendu aux grands détenteurs du Capital.
Le poète servile s’annihile, vidant des problèmes de sens et réduisant tout à la forme.
Le monde puissant du Capital a pour impudent drapeau un tableau abstrait.
Et ainsi, tandis que d’un côté la culture à haut niveau se fait toujours plus raffinée et destinée à “peu de gens" ce “peu" devient, fictivement, beaucoup : il devient “masse". C’est le triomphe du “digest", du magazine illustré, et, surtout, de la télévision. Le monde, déformé par ces moyens de diffusion, de culture, de propagande, se fait toujours plus irréel : la production en série, y compris des idées, le rend monstrueux. 
Le monde des magazines, du lancement à échelle mondiale des produits même humains, est un monde qui tue.
Pauvre, douce Marylin, petite soeur obéissante, chargée de ta beauté comme d’une fatalité qui réjouit et tue. Peut être as tu pris le juste chemin, tu nous l’as enseigné. Ton blanc, ton or, ton sourire impudique par gentillesse, passif par timidité, par respect des grands qui te voulaient ainsi, toi, restée enfant, sont quelque chose qui nous invite à apaiser la rage dans les pleurs, à tourner le dos à cette réalité damnée, à la fatalité du mal. »

Pier Paolo Pasolini, La Rage

 

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