Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/12/2014

Vos vies n'ont pas été exemplaires...

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

 

« J'avais cru vivre mon sacrifice et ma mort, mais de mon propre consentement. Je m'apercevais que là où je n'avais vu que du feu, les autres jouissaient de ma sueur servile et se vantaient de mon acquiescement sans réplique. »

« Comment est-ce qu'on peut faire sortir la vie de rien ? Mais on ne fait jamais entièrement rien ; on peut faire peu de choses. C'est de ce peu que j'ai fini par noircir un livre. »

« Vos vies n'ont pas été exemplaires : je ne vous pardonne pas que l'on puisse séparer vos vies de vos œuvres. »

« Mais il y a dans l'ascétisme, une façon de laisser aller le monde, de le laisser devenir laid, qui me dégoûte, qui me révolte. »

« Pour écrire je n'ai pas vécu, je n'ai vécu que pour écrire, et aujourd'hui je puis écrire seulement que je n'ai pas vécu. »

Pierre Drieu la Rochelle, Le Jeune Européen

 

13:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Des équipes d'horlogers égarés poursuivent un grand système mécanique sans queue ni tête

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Charme immonde des ruines, amour de vieillards. L'Europe est couverte d'églises et de châteaux décrépits, emmêlés d'usines, sales chantiers, informes labyrinthes où des équipes d'horlogers égarés poursuivent un grand système mécanique sans queue ni tête. L'Europe est comme l'Asie couverte de temples et de palais bâtis sous le ciel d'autres temps. Sur tout ce grand continent, depuis l'Atlantique jusqu'au Pacifique, autant dire sur toute la Terre, on a cessé de construire, du moins rien qui vaille.
Et personne au fond de son cœur ne s'y trompe. Les Européens se sont mis à adorer les ruines.

Les Européens sont fiers de leurs ruines. Ils montrent, ils vantent la force qu'elles évoquent comme si elle était la leur. Mais elle ne leur appartient pas plus qu'aux Américains dont la plupart ont quitté nos pays vers le temps où l'on n’ajoutait plus rien à la beauté acquise, du moins dans l'ordre de l'architecture.

Il ne s'agit plus que de vivre sur ce qui a déjà été vécu. On raccommode. Ses églises sans Dieu, ses palais sans rois, l'Europe les indique comme des joyaux aguicheurs sur son vieux sein. Et les Américains, nos frères prodigues, qui ont tout laissé tomber, qui sont partis pour saccager l'autre partie du monde, emportant ce qu'il y avait de plus brutal dans notre brutalité, ils reviennent, l'argent du défrichement dans leurs poches, ils s'ébaubissent devant nos bibelots et ils les convoitent comme des talismans. Talismans dont les uns et les autres, Européens et Américains, espèrent qu'ils assurent la conservation de l'Esprit.

Et comme les Européens sont pauvres - car ces vieilles gens, pris de fureur sénile, cassèrent tout chez eux l'autre année, et maintenant ils crient famine - ils ont trouvé un moyen de tirer profit de leur superstition et de celle des autres. Un reste d'orgueil les empêche de vendre leurs cathédrales, de les déraciner, de les mettre au clou comme d'autres bijoux de famille. Mais ils en tirent un revenu régulier ; à l'entrée des ruines, ils ont mis un tourniquet, et moyennant quelques cents, ils vous font entrer, tristes Américains sans âme, qui venez voir mourir notre âme, la vôtre. »

Pierre Drieu la Rochelle, Le Jeune Européen

 

11:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Par la lutte

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Ces bêtes sauvages me sont éminemment sympathiques car elles ne doivent leur nourriture et leur confort qu’à elles-mêmes ; elles n’ont de joies de l’amour que celles qu’elles ont méritées, par la lutte. et leur joie de vivre éclate cependant dans tout leurs gestes. Elles ont un petit air guilleret qui vous redonne du courage. Auprès d’eux, les animaux domestiques, repus, sans aucune initiative, me répugnent. Leur mort sans lutte ne réjouît que la cuisinière. »

Henri Vincenot, Prélude à l’aventure

 

09:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Tu es là pour agir

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Toute action est objet de doute. Et cependant, tu es là pour agir. Tu as été mis au monde pour ce combat. Combats donc, puisqu’il le faut ! Mais garde les mains blanches. Gagne, mais sois indifférent à la victoire. Agis, mais sans t’arracher aux fruits de l’action. Plongé dans ce bruit et cette fureur, mais avec une part de toi hors de ce monde, dans la sérénité. Agis, détaché de l’action, en chef de guerre et roi de paix. »

Louis Pauwels, Comment devient-on ce que l’on est ?

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

un système social sorti d’une tête de mathématicien

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Ils n’admettent pas une autre cause, l’interrompit Razoumikhine avec feu. Je ne me trompe pas ; je te montrerai leurs livres ; je te montrerai ce qu’ils disent : "tel individu a été perdu par son milieu" et c’est tout ; c’est leur phrase favorite. D’où la conclusion que si la société était organisée de façon normale, il n’y aurait plus de crimes car on n’aurait plus à protester et tous les hommes deviendraient des "justes".


(...)


Ils ne voient pas une humanité qui se développe par une progression historique et vivante et produit enfin une société normale, mais un système social sorti d’une tête de mathématicien et qui doit organiser, en un clin d’œil, la société, la rendre juste et parfaite avant tout processus historique ; d’où leur haine instinctive pour l’histoire. Ils disent : "C’est un ramassis d’horreurs et d’absurdités" et tout s’explique immanquablement par l’absurdité ; d’où également leur haine de ce processus vivant qu’est l’existence; pas besoin d’âme vivante, car l’âme vivante a ses exigences, elle n’obéit pas aveuglément à la mécanique, une âme vivante est méfiante, elle est rétrograde et celle qu’ils veulent (...) est un esclave qui n’ira jamais se révolter... et il en résulte que tout leur système est établi sur une superposition de briques : par la manière de disposer les corridors et les pièces d’un phalanstère !

Ce phalanstère, il est prêt, mais c’est la nature humaine qui ne l’est pas ; elle veut encore vivre, traverser tout le processus de la vie avant de s’en aller au cimetière. La logique ne suffit pas à permettre ce saut par-dessus la nature. La logique ne prévoit que trois cas quand il y en a un million. Ce million, le supprimer et ramener tout à l’unique question du confort ! Voilà la solution la plus facile du problème. Une solution d’une clarté séduisante et qui rend toute réflexion inutile, voilà l’essentiel. Tout le mystère de la vie tient dans deux feuilles d’impression... »

Fiodor Dostoïevski, Crime et Châtiment

 

00:48 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

30/12/2014

Croire conquérir une femme en lui offrant le spectacle de son talent

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Il n’y a pas d’idée plus sotte que de croire conquérir une femme en lui offrant le spectacle de son talent. Le talent ne correspond pas en cela à la beauté, pour la simple raison qu’il ne provoque pas d’excitation sensuelle ; la beauté si.
On peut tout au plus la conquérir de cette manière quand le talent apparaît comme un moyen d’acquérir puissance, richesse, considération — valeurs dont la femme, s’étant laissée conquérir, jouirait par conséquent, elle aussi. Mais le talent, en tant qu’étonnante machine qui se meut avec désintéressement, laisse n’importe quelle femme indifférente.
Vérité que tu ne devrais pas oublier. »

Cesare Pavese, Le Métier de Vivre

 

00:54 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Celui-là qui vit seulement pour être aimé

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Hélas ! Nul n’est moins digne d’amour que celui-là qui vit seulement pour être aimé. De telles âmes, si habiles à se transformer au goût de chacun, ne sont que des miroirs où le faible apprend vite à haïr sa faiblesse, et le fort à douter de sa force. »

Georges Bernanos, L’Imposture

 

00:45 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Une masse

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« La ville mondiale n’a pas un peuple, mais une masse. Son incompréhension du traditionnel, dans lequel elle combat la culture (la noblesse, l’église, les privilèges, la dynastie, les conventions artistiques, la possibilité d’une limite à la connaissance scientifique) ; son intelligence froide et perspicace, supérieure à celle du paysan ; son naturalisme d’un sens tout nouveau, qui prend sa source dans les instincts les plus vieux et les conditions primitives de l’homme, par delà Socrate et Rousseau et loin derrière eux, en ce qui concerne toutes les questions sexuelles et sociales ; le "panem et circences" qui reparaît sous le manteau de la lutte des salaires et de la place du sport — tout cela marque, à côté de la culture définitivement achevée, à côté de la province, une forme tout à fait nouvelle et tardive, sans avenir, mais inévitable, de l’existence humaine. »

Oswald Spengler, Le Déclin de L’Occident

 

00:21 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

24/12/2014

Comme un paquet dans un coin perdu de gare

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Or, il n’y a d’absence que de l’autre : c’est l’autre qui part, c’est moi qui reste. L’autre est en état de perpétuel départ, de voyage ; il est, par vocation migrateur, fuyant ; je suis, moi qui aime, par vocation inverse, sédentaire, immobile, à disposition, en attente, tassé sur place, en souffrance, comme un paquet dans un coin perdu de gare. L’absence amoureuse va seulement dans un sens, et ne peut se dire qu’à partir de qui reste - et non de qui part : je, toujours présent, ne se constitue qu’en face de toi, sans cesse absent. Dire l’absence, c’est d’emblée poser que la place du sujet et la place de l’autre ne peuvent permuter ; c’est dire : "Je suis moins aimé que je n’aime". »

Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

L’asphyxie est une mort cruelle

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« - Toi tu fus un artiste et un penseur, un homme plein de joie et de confiance, toujours sur les traces du grand et de l’éternel, jamais satisfait du médiocre et du gentil. Mais plus la vie t’a éveillé et donné la conscience de toi-même, plus grande est devenue ta peine ; t’enlisant de plus en plus, tu t’es enfoncé jusqu’au cou dans la souffrance, l’angoisse et le désespoir, et tout ce que jadis tu as connu, adoré, admiré de beau et de sacré, toute ta foi ancienne dans les hommes et notre destin élevé n’a pu t’aider, a perdu sa valeur, est tombé en rien. Ta foi n’avait plus d’air pour respirer. Et l’asphyxie est une mort cruelle. »

Hermann Hesse, Le Loup des steppes

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

23/12/2014

Les désirs refroidis, l’acte avorté, le signe du moins…

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« — Mon ami, je m’étonne du parti pris de ces prêtres un peu sots et bornés qui, par leur zèle indiscret, entretiennent tant de bonnes gens dans l’illusion qu’ils donnent à faire à tous les démons de la luxure. Les termes de l’art militaire ajoutent à ces fadeurs un ridicule de plus. Il n’est parlé que de combats, d’assauts livrés ou repoussés, de défaites et de victoire… Hélas! mon enfant, moi qui vis — je puis dire — dans la familiarité des saints, et parmi eux des plus subtils, que voulez-vous que je pense de cette guerre illusoire où les malheureux se mesurent avec leurs ombres? Bien plus…
Il lui pressait plus affectueusement les mains. 
— Il n’y a pas là, continua-t-il, qu’une erreur de jugement : une duplicité fort perverse. À vous prendre simplement (si vous voulez bien), j’estime, je tiens pour avéré que, loin d’opposer une résistance aux tentations extérieures, vous entretenez, avec beaucoup de peine et d’application, une concupiscence dont chaque jour affadit le venin. De la source désormais tarie, vous remuez la boue, pour en respirer au moins l’odeur. Par économie de vos forces, il vous plaît de vivre dans ce mensonge d’un nom prodigué à des séductions imaginaires, lorsque votre sensualité suffit à peine à exercer utilement voire malice. Que me parlez-vous de lutte intérieure ? Je vois trop clairement les pensées suspectes, les désirs refroidis, l’acte avorté. Qui réaliserait ces fantômes vous ferait un tort bien cruel. C’est justement cette ombre que votre appétit veut consommer, non pas une chose vivante. Je vous parle ici plutôt en savant qu’en prêtre : le débauché se va jeter comme un dément sur les voluptés qu’il presse et, dans l’excès de sa folie, il offre du moins au regard le spectacle d’un homme qui ne se ménage pas… Mais vous !… Mais vous… votre vie intérieure, mon enfant, porte le signe du moins.  »

Georges Bernanos, L’Imposture

 

16:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Acquérir une idée de ce qu’est la vie

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Le but de la vie , c’est : acquérir une idée de ce qu’est la vie. Ce qui, assurément, ne change rien à l’absolu comme l’imaginent les prêtres, mais aide à passer de l’autre côté.

Les mises représentées par les jetons dont nous nous servons dans ce jeu sont incalculables, effroyablement élevées. Nous sommes comme des enfants qui jouent avec des fèves, et qui ne savent pas que chacune de ces fèves enferme en elle de merveilleuses possibilités de printemps et de floraison. »

Ernst Jünger, Premier Journal Parisien

 

07:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Les anciens temps magiques ont disparu

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Départ de Saint-Michel; mais peut être y reviendrons-nous. Les douces prairies me resteront en mémoire, avec leurs haies d’aubépine; dans les taillis encore nus, on voyait les boules vertes des guis et de sombres nids de pie. Parmi leurs feuilles sèches fleurissaient déjà le lupin et la violette, et l’ortie poussait ses feuilles vertes. Le pays est vallonné; çà et là de grandes fermes s’y cachent, avec leurs écuries et leurs granges. Les toits d’ardoise luisants émergent de sa profondeur, comme des miroirs. Pensé à la vue de ces métairies : les anciens temps magiques ont disparu, pourtant il nous reste encore des clefs pour leur redonner vie. Mais viennent ensuite des degrés où l’homme perd jusqu’au souvenir du Bien et du Vrai. Il ignore alors les sources de son malheur. »

Ernst Jünger, Premier Journal Parisien

 

00:34 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Un peu de cette grandiose sauvagerie dont notre civilisation dégénérée avait le plus besoin

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Ainsi, le retour des loups intervenait précisément à l’heure où le système économique qui avait commandé leur extermination se mettait sérieusement à vaciller, et le lieutenant y voyait un symbole et un espoir. L’homme, affranchi du sauvage, avait cru pouvoir se libérer de toute contrainte naturelle, allant jusqu’à accepter le mariage des homosexuels et leur “paternité”, avant de se persuader que la différence entre un homme et une femme n’était qu’une donnée culturelle. Le retour du loup offrait un peu de cette grandiose sauvagerie dont notre civilisation dégénérée avait le plus besoin. Cela valait bien quelques moutons stupides, payés par la collectivité, sacrifiés en offrande formidable hôte des forêts de notre vieille Europe. »

Olivier Maulin, Gueule de bois

 

00:33 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Il n’y a pas moyen d’échapper à cette illu­sion d’une cap­tiv­ité inévitable

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

« Si, du moins, on pou­vait se per­suader que le temps n’existe pas, qu’il n’y a aucune dif­férence entre une minute et plusieurs heures, entre un jour et trois cents jours, et qu’on est ainsi de plain-pied partout ! Ce qui fait tant souf­frir, c’est la lim­ite et la lim­ite suc­cé­dant toujours à la lim­ite. Notre âme cap­tive dans un étroit espace n’en sort que pour être enfer­mée dans un autre espace non moins exigu, de manière que toute la vie n’est qu’une série de cachots étouf­fants désignés par les noms des diverses frac­tions de la durée, jusqu’à la mort qui sera, dit-on, l’élargissement défini­tif. Nous avons beau faire, il n’y a pas moyen d’échapper à cette illu­sion d’une cap­tiv­ité inévitable con­sti­tuée suc­ces­sive­ment par toutes les phases de notre vie qui est elle-même une illu­sion. »

Léon Bloy, Médi­ta­tions d’un soli­taire

 

00:32 Publié dans Lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook