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24/09/2015

Adonis, poète syrien : "Sans séparation de la religion et de l'État, il n'y aura pas de démocratie"

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Un entretien avec Mahomet

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23/09/2015

Le calvaire des Calaisiens victimes des clandestins

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"I am a donor-conceived child of lesbian parents"...

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22/09/2015

Quand le PCF négociait avec les nazis

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Petit Rappel historique...

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Comment le Parti communiste français, qui se voulait le fer de lance du combat contre le fascisme et le nazisme, a-t-il pu solliciter des autorités allemandes, aussitôt après la défaite de juin 1940, l'autorisation de publier L'Humanité et plusieurs autres de ses journaux ? A près de soixante-dix ans de distance, cet épisode des premiers temps de l'Occupation, qui fit couler beaucoup d'encre chez les adversaires du PCF et un peu moins chez les communistes dans l'après-guerre, revient nourrir la chronique des années noires et des compromissions qui se sont parfois nouées entre ennemis déclarés.

Au lendemain de la Libération, auréolé du prestige qui s'attachait à son engagement dans la Résistance et au sacrifice d'un grand nombre de ses membres, le PCF a nié avoir jamais engagé les moindres pourparlers avec l'occupant. Puis il a reconnu qu'une telle démarche avait bien eu lieu, mais il a prétendu qu'elle avait été le fait de simples militants, privés de directives dans la débâcle. C'est seulement dans les années 1980 que l'historiographie communiste officielle a admis que des négociations avaient été menées, sur consigne de la direction du parti, par des responsables de haut niveau.

Les hasards de la recherche documentaire ont fait découvrir à des historiens, aux archives départementales de Paris, des notes établissant l'argumentaire employé par les représentants du PCF auprès des autorités d'occupation. Claude Pennetier et Jean-Pierre Besse publient leurs trouvailles sous le titre Juin 40, la négociation secrète (Les éditions de l'Atelier).

Le document central est une liasse de notes saisie par la police française sur une militante communiste, Denise Ginollin, arrêtée, le 20 juin 1940, près de la station de métro Saint-Martin à Paris. Depuis l'interdiction de la presse communiste, en août 1939, puis la dissolution du parti lui-même, en septembre, la police traque les dirigeants et les militants soupçonnés de reconstituer leur organisation dans la clandestinité. La défaite et l'Occupation n'ont pas interrompu le travail des policiers.

Ce texte mérite d'être cité assez longuement, avec sa syntaxe approximative.

"1°) Vous avez laissé paraître journaux communistes dans autres pays Danemark, Norvège, Belgique

Sommes venus normalement demander autorisation

2°) Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Daladier, Reynaud, juif Mandel

Juif Mandel après Daladier nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale.

Sommes PC français pas eu peur

3°) Pas cédé face dictature juif Mandel et du défenseur des intérêts capitalistes anglais Reynaud

courage ouvriers français ouvriers parisiens et quand ce sont des ouvriers français ou parisiens c'est le PCF

4°) Sommes une force, (...) nous représentons une force qui dépasse les frontières françaises, vous comprenez, derrière nous l'URSS/c'est une force l'URSS/vous en avez tenu compte/pacte germano-soviétique le prouve. On ne fait pas un pacte avec des faibles mais avec des hommes forts (...)

Notre défense du pacte

Cela vous a avantagé

Pour l'URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous

5°) (...) En interdisant L'Huma vous montrez que vous voulez combattre les masses ouvrières et petites-bourgeoises de France, que vous voulez combattre l'URSS à Paris (...)

6°) (...) Nous voulons tout pour que les masses ne subissent pas événements douloureux, voulons les aider avec votre collaboration si vous voulez : réfugiés, enfants

nous ne ferons rien pour vous mais rien contre vous (...)"

La date de rédaction n'est pas connue, ni les circonstances de la prise de notes. Par trois fois, il est fait mention du "juif Mandel" : Georges Mandel, ministre de l'intérieur du gouvernement Paul Reynaud de mars à juin 1940, sera assassiné par la milice, force de collaboration pétainiste, en juillet 1944. Le texte attribue à Mandel la responsabilité d'avoir "fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale", rare exemple de reconnaissance des consignes de sabotage données par le parti, en 1939-1940, aux militants communistes travaillant dans les usines d'armement.

Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier estiment que le rédacteur de ces notes est Maurice Tréand, arrêté le même jour que Denise Ginollin. Trois jours plus tard, le 23 juin, les Allemands les font libérer. Les pourparlers vont durer plus de deux mois. Ils n'aboutiront jamais.

En juin 1940, l'appareil du Parti communiste, contraint à la clandestinité, est sérieusement affaibli par les défections de ceux qui refusaient le pacte germano-soviétique, par les arrestations et par la mobilisation de nombreux militants sous les drapeaux. La direction est dispersée. André Marty, un des secrétaires de l'Internationale communiste (IC), et Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF, sont à Moscou. Jacques Duclos, qui va prendre la direction du parti en France, et Maurice Tréand, le responsable des cadres, sont à Bruxelles avec Eugen Fried, dit Clément, représentant de l'IC. Le 15 juin, le lendemain de l'arrivée des Allemands, tous trois rejoignent Paris en voiture et s'installent dans les locaux de la représentation commerciale soviétique, avant de rejoindre des planques en région parisienne. Puis Fried rentre à Bruxelles. En Belgique, les communistes ont entamé des pourparlers pour faire reparaître leur presse ; ils vont faire de même à Paris.

Toujours le 15 juin, Otto Abetz arrive dans la capitale comme représentant de Joachim von Ribbentrop, le ministre des affaires étrangères allemand. Connaisseur de la France, où il a vécu pendant une dizaine d'années, et grand manipulateur, Abetz a un objectif : "mener la désunion intérieure". Il va être à l'origine des négociations. Les représentants du PCF et ceux d'Abetz vont entrer en contact, à partir du 17 juin, par l'intermédiaire d'un avocat communiste qui travaille pour l'ambassade soviétique, Robert Foissin. Le processus commence, clairement validé par Duclos. Il va être conforté par un télégramme clandestin du 22 juin, en provenance de Moscou, signé de Georgi Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et de Maurice Thorez, ce que ce dernier niera. Le texte en est le suivant : "Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement L'Humanité, en veillant (à ce) que ces journaux... ne donnent aucune impression de solidarité avec envahisseurs ou leur approbation."

A Moscou, manifestement, on se méfie. Mais il faudra un mois, et un nouveau télégramme de Dimitrov et Thorez, le 20 juillet, pour que le processus soit enrayé. "Considérons juste ligne générale. Indispensable redoubler vigilance contre manoeuvre des occupants. Etait juste entreprendre démarches pour obtenir presse légale, mais entrevue Abetz est une faute, car danger compromettre parti et militant", décrètent les deux dirigeants. Les liaisons suivantes confirment que Moscou se méfie des "manoeuvres des autorités d'occupation" et de l'avocat Foissin, désigné comme "agent des occupants".

Pourtant les contacts avec Abetz continuent. Un dernier rendez-vous, prévu le 27 août, sera annulé. Le 31, Robert Foissin est exclu du parti. Il rencontre une dernière fois Abetz le 2 septembre. Un rapport signé par un proche de Duclos, Arthur Dallidet, en octobre, met en cause Tréand. Celui-ci va payer cher d'avoir été en première ligne dans cette négociation. Marginalisé, il mourra en 1949. Pour l'historiographie officielle du PCF, il sera longtemps le seul responsable de ce qu'elle présentera comme une initiative locale.

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SOURCE : Le Monde

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Voir aussi : CONTREPOINTS

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21/09/2015

Réchauffement climatique, la thèse officielle ? Une foutaise !

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CLIMATOSCEPTIQUE — Spécialiste reconnu des avalanches, le Suisse Werner Munter planche nuit et jour depuis trois ans sur le réchauffement climatique. Et, pour lui, l’homme n’y est pour rien !

Il y a une semaine, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pointait une nouvelle fois d’un doigt accusateur l’homme et le CO2 qu’il produit comme principaux coupables du réchauffement climatique. Pour Werner Munter, spécialiste mondialement reconnu des avalanches, qui se penche compulsivement sur le phénomène depuis trois ans, «ces gens sont des imbéciles qui répètent en boucle des bêtises, le savent et sont payés pour!» Le Bernois nous a longuement reçus dans son appartement d’Arolla (VS) pour étayer ces accusations entre une tranche de viande séchée et deux verres de Cornalin. Son diagnostic climatosceptique, loin d’être celui d’un hurluberlu, est partagé par d’éminents scientifiques dont deux Prix Nobel. Il nous l’explique.

Vous affirmez que l’homme n’a rien à voir avec le réchauffement. Pourquoi ?

Précisons tout d’abord que je ne conteste pas le réchauffement lui-même. Je l’ai d’ailleurs constaté en tant que guide de montagne en voyant les glaciers reculer. Celui qui nous fait face par exemple a perdu 100 m depuis que j’ai acheté cet appart en 1989. En 2005, le pilier Bonatti des Drus s’est effondré à cause du réchauffement du permafrost. Ce que je remets en cause, ce sont les causes de ce réchauffement. Elles n’ont rien à voir avec l’homme ou avec le CO2 comme on nous le serine. Je suis arrivé à cette conclusion pour trois raisons.

Quelles sont ces raisons ?

La première, c’est tout simplement l’analyse des données climatiques reconstituées sur des millions d’années. Rien que dans les 10 000 dernières années, il y a eu cinq pics de températures comparables à celui que nous vivons. Ces optima correspondent à des cycles naturels. Au Moyen Age, il était par exemple possible d’aller en vallée d’Aoste depuis Arolla avec les troupeaux car le glacier n’existait plus. Lors des deux premiers optima, le Sahara était une savane avec des lacs, des arbres et des éléphants. Avant cela, pendant des centaines de milliers d’années, il a fait plus chaud qu’aujourd’hui. Et parfois jusqu’à 7 degrés plus chaud! Or le GIEC se concentre sur les 150 dernières années. Autant dire qu’il regarde autour de son nombril. Les reconstructions paléoclimatiques montrent aussi que, pendant des centaines de millions d’années, il n’y a pas eu de corrélations entre le CO2 dans l’atmosphère et la température sur terre.

Votre second argument ?

La concentration de CO2 – qui est soit dit en passant un gaz vital et non pas un poison – dans l’atmosphère est négligeable. Il y en a un peu moins de 0,5‰ dans l’atmosphère, et au maximum 5% de cette quantité est imputable à l’homme. Pour un million de molécules d’air, il y a seulement 20 molécules de CO2 produites par l’homme. Et chaque année, notre industrialisation rajoute 4 molécules de CO2 pour chaque million de molécules d’air, mais la moitié est absorbée par les océans et les plantes. Et on veut nous faire croire que cette infime proportion due à l’homme est une catastrophe? J’ai beaucoup de peine à le croire (rires).

Pourquoi dès lors la thèse officielle fait quasi consensus? Vos collègues scientifiques ne sont pas tous des imbéciles !

Ces théories visent à nous culpabiliser. Quand des scientifiques comme ceux du GIEC disent qu’ils veulent sauver la planète, je dis qu’ils ne sont pas crédibles. Ils mentent pour préserver des intérêts économiques dont les leurs. Car il y a tout un business derrière la lutte contre le réchauffement. Il y a une volonté de faire peur aux gens par exemple en dramatisant la montée des océans, alors que ceux-ci ne s’élèvent que de 2 à 3 mm par an! C’est aussi une manipulation intellectuelle de parler de CO2 en tonnes plutôt qu’en proportion. Des tonnes, ça impressionne, mais rappelons que l’atmosphère pèse 5 000 000 000 000 000 tonnes !

Votre dernier argument est que la thèse officielle contredit les lois de la physique. C’est-à-dire ?

Celle de la thermodynamique en particulier. Pour faire simple: la terre fait 15° en moyenne. L’atmosphère censément polluée de CO2 est grosso modo à -30° à 10 km d’altitude. Qu’elle réchauffe la Terre qui est bien plus chaude qu’elle est une aberration. La thermodynamique nous dit que la chaleur va toujours vers le froid et jamais dans le sens inverse, ce que correspond à notre expérience quotidienne.

Alors au final, comment expliquez-vous ce fichu réchauffement ?

Je n’ai pas de réponse car trop de facteurs entrent en jeu. Par contre, j’ai des hypothèses. Je soupçonne par exemple les variations de l’intensité du rayonnement solaire – qui répondent à des cycles – de jouer un rôle central, tout comme les processus nucléaires complexes et méconnus qui sont à l’œuvre au centre de notre Terre. Quoi qu’il en soit, c’est de l’arrogance de croire qu’en 150 ans d’industrialisation nous avons changé le climat. La nature est bien plus forte que l’homme, nous ne sommes pas les maîtres de la Terre !

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SOURCE : lematin.ch

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Alain Finkielkraut : « Au nom de la lutte contre l'islamophobie, on sous-estime la haine des Juifs et de la France »

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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Le philosophe Alain Finkielkraut a accordé un long entretien à FigaroVox dans lequel il donne en exclusivité son point de vue sur le conflit israélo-palestinien ainsi que sur ses répercussions en France.

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Alain Finkielkraut est philosophe, écrivain et essayiste. Il construit une oeuvre autour de la transmission, la défense des humanités et la critique de la modernité. Son dernier livre, L'identité malheureuse, a suscité de très vifs débats et a connu un important succès de librairie.

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FigaroVox : S'agissant du conflit israélo-palestinien, certains intellectuels vous reprochent de ne pas dénoncer les bombardements israéliens à l'encontre des civils palestiniens comme vous vous insurgiez naguère contre les sièges de Vukovar et de Sarajevo par les Serbes. Que leur répondez-vous ?

ALAIN FINKIELKRAUT : Une précision pour commencer. J'aime Israël et je suis saisi d'effroi devant la haine intercontinentale qui se déchaîne sur ce tout petit pays dont l'existence est encore en question. Mais je n'ai jamais soutenu inconditionnellement la politique israélienne. Le 9 juillet, j'étais à Tel-Aviv à l'invitation du journal Haaretz qui organisait une grande conférence sur la paix. Je représentais Jcall * et j'ai dit qu'en tant qu'intellectuel juif, je devais constamment me battre sur deux fronts : contre un antisémitisme d'autant plus sûr de lui-même et dominateur qu'il dénonce le « monstre sioniste » dans la langue immaculée de l'antiracisme, et pour le compromis, c'est-à-dire la séparation en deux Etats des Israéliens et des Palestiniens. J'ai ajouté qu'en s'installant dans le statu quo, le gouvernement israélien mettait en péril le projet sioniste lui-même. Dès 1991, le grand orientaliste Bernard Lewis s'inquiétait de voir Israël devenir, sur le modèle du Liban, « une association difficile, une de plus, entre ethnies et groupes religieux en conflit ». Et il ajoutait: « les juifs se trouveraient dans la position dominante qu'avaient autrefois les Maronites avec la perspective probable d'un destin à la libanaise en fin de parcours. » Pour empêcher cette prédiction de se réaliser, il serait urgent de faire ce qu'Ariel Sharon, à la fin de sa vie, appelait de « douloureuses concessions territoriales ». Si ses successeurs y répugnent, c'est parce qu'ils se défient de leur partenaire, mais c'est surtout parce qu'ils ont peur de leurs propres extrémistes. Ils craignent la guerre civile entre Israéliens qui accompagnerait le démantèlement des implantations de Cisjordanie. Gardons-nous cependant de tout confondre. Les Israéliens n'occupent plus Gaza. Il n'y a plus de présence juive sur ce territoire. Si les leaders du Hamas avaient choisi d'y construire un commencement d'Etat et, pour y assurer une vie décente à leurs administrés, de coopérer avec Israël, il n'y aurait pas de blocus et le camp de la paix israélien serait assez fort aujourd'hui pour imposer le retrait de Cisjordanie. Au lieu de cela, le Hamas a employé tout l'argent de ses généreux donateurs à l'achat de missiles et de roquettes et à l'édification d'une ville souterraine pour enfouir cet arsenal, pour cacher ses dirigeants et pour permettre à ses combattants de mener des incursions meurtrières dans les kibboutz du sud d'Israël.

FigaroVox : N'est-il pas légitime de s'interroger sur le nombre important de victimes parmi les civils palestiniens ?

ALAIN FINKIELKRAUT : Quand j'étais à Tel-Aviv, j'ai vu un petit film de propagande où le Hamas demandait aux «colons» de Beer-Sheva (NDLR: dans le Néguev) de quitter leur ville car ils allaient la pilonner. Pas questions de deux Etats pour cette organisation, pas question non plus d'un Etat palestinien. Ce qu'elle veut, c'est que la Palestine tout entière redevienne propriété de l'islam. On apprend dans sa charte que les juifs, qui grâce à leur argent contrôlent les médias du monde entier, sont à l'origine de toutes les révolutions et de tous les conflits à travers le monde! Si la civilisation de l'image n'était pas en train de détruire l'intelligence de la guerre, personne ne soutiendrait que les bombardements israéliens visent les civils. Avez-vous oublié Dresde? Quand une aviation surpuissante vise des civils, les morts se comptent par centaines de milliers. Non: les Israéliens préviennent les habitants de Gaza de toutes les manières possibles des bombardements à venir. Et lorsqu' on me dit que ces habitants n'ont nulle part où aller, je réponds que les souterrains de Gaza auraient dû être faits pour eux. Il y a aujourd'hui des pièces bétonnées dans chaque maison d'Israël. Mais le Hamas et le djihad islamique font un autre calcul et ont d'autres priorités architecturales. Pour gagner médiatiquement la guerre, ils veulent faire apparaître Israël comme un Etat criminel. Chaque victime civile est une bénédiction pour eux. Ces mouvements ne protègent pas la population, ils l'exposent. Ils ne pleurent pas leurs morts, ils comptabilisent avec ravissement leurs «martyrs». Et ils bombardent méthodiquement l'hôpital de campagne pour les blessés palestiniens que l'armée israélienne a installée en bordure de Gaza. Je manifesterais moi-même à Paris en faveur du cessez-le-feu à Gaza si dans ces défilés on exigeait également l'arrêt des tirs de roquettes sur toutes les villes israéliennes. Je demanderais la levée du blocus si elle était assortie de la démilitarisation de Gaza. Au lieu de cela, on confond Gaza et Sarajevo. Là où il y a la guerre, on parle de massacre, voire, tant qu'on y est, de génocide. Toutes les distinctions sont abolies par l'émotion et ce sont les plus cyniques, les plus inhumains, qui profitent de cette grande indifférenciation humanitaire.

FigaroVox : D'aucuns comparent même Gaza - long d'un peu plus de quarante kilomètres et large de moins de dix- au ghetto de Varsovie, de sinistre mémoire. Cette comparaison vous paraît-elle déplacée ? Scandaleuse ?

ALAIN FINKIELKRAUT : On se souvient en effet que la Wehrmacht prenait soin, comme Tsahal aujourd'hui, de sécuriser les routes menant au ghetto pour y faire parvenir sans encombre les transports quotidiens de vivres, de médicaments, d'aides humanitaires... Le jour viendra - et il est déjà venu en Turquie -, où on ne se réfèrera plus à l'apocalypse nazie que pour incriminer Israël, le sionisme et les juifs. Je n'arrive pas à croire en Dieu, mais ce retournement du devoir de mémoire me parait être une preuve très convaincante de l'existence du diable.

FigaroVox : Il existe des communautés juives et musulmanes dans de nombreux pays européens. Or, le conflit israélo-palestinien prend une acuité particulière en France, où les manifestations pro-palestiniennes se sont soldées par des violences. Ce conflit extérieur ferait-il éclater au grand jour « l'identité malheureuse » de notre pays que vous avez décrit dans votre livre ?

ALAIN FINKIELKRAUT : Formés par le « victimisme » contemporain à ne rien comprendre et à ne rien savoir de tout ce qu'entreprend le Hamas contre la solution de deux Etats, certains manifestent très sincèrement aujourd'hui leur solidarité avec la population de Gaza sous les bombes. Mais, pour beaucoup, ces manifestations ne sont rien d'autre que l'occasion d'exprimer leur haine des juifs, de la République et des «sionistes qui gouvernent la France.» Quand ils ne s'en prennent pas à des synagogues, ces personnes font, afin d'être bien comprises, des quenelles avec des roquettes qassam en carton. De manière générale, il y a dans le monde arabo-musulman, une tendance très forte aujourd'hui à fuir toute remise en question dans la recherche éperdue d'un coupable. Si les choses vont mal, c'est la faute des juifs. Il faut donc leur faire la guerre. Ce choix de l'esprit du djihad contre l'esprit critique est une calamité pour l'occident et pour l'islam. Il faudrait soutenir ceux qui, de l'intérieur, ont le courage de dénoncer une telle attitude, comme l'écrivain algérien Boualem Sansal, et non ceux qui l'incarnent, comme le leader du Hamas Khaled Mechaal.

FigaroVox : On a entendu dans les rues de Paris le cri « mort aux Juis ». Le phénomène est-il comparable à l'antisémitisme des années 30 ou est-il davantage le prétexte d'un communautarisme « anti-français » qu'on a vu à l'oeuvre chez certains supporters franco-algériens après les matchs de leur équipe ?

ALAIN FINKIELKRAUT : L'antisémitisme des années trente agonise et la grande solidarité antiraciste des années quatre-vingt a volé en éclats. On a affaire aujourd'hui à l'antisémitisme de ceux qui se disent les damnés de la terre, d'où l'embarras des progressistes. Ils n'en reconnaissent l'existence qu'à contrecœur et quand ils ne peuvent plus faire autrement. Ainsi parlent-ils aujourd'hui de «nouvel» antisémitisme pour un phénomène qui existe depuis près de trente ans. Cette haine ne vise d'ailleurs pas que les juifs. On l'a vu lors des manifestations qui ont suivi les victoires de l'Algérie dans la Coupe du monde, des rodéos de voiture au remplacement des drapeaux français par les drapeaux algériens sur les édifices publics, comme à Provins par exemple. Il s'agissait d'exprimer tout ensemble sa fierté nationale et son mépris pour la nation où l'on vit.

FigaroVox : En taxant d'antisémitisme toute critique d'Israël, certains membres de la communauté juive n'ont-ils pas, depuis des années, pris le risque d'alimenter la concurrence victimaire ?

ALAIN FINKIELKRAUT : Je critique la politique israélienne. Je plaide sans relâche depuis le début des années quatre-vingt pour la solution de deux Etats. Je condamne la poursuite des constructions dans les implantations en Cisjordanie. Je dis que l'intransigeance vis-à-vis du Hamas devrait s'accompagner d'un soutien effectif à l'autorité palestinienne. Cela ne m'empêche pas d'être une des cibles favorites du « nouvel » antisémitisme.

FigaroVox : Selon Pascal Boniface, de nombreux français non-juifs, en particulier les musulmans, ont le sentiment qu'il y a un «deux poids, deux mesures» dans la lutte contre le racisme et que les actes antisémites font l'objet d'un traitement médiatique plus conséquent que les autres actes racistes. Partagez-vous son point de vue ?

ALAIN FINKIELKRAUT : Je crois, au contraire, qu'au nom de la lutte contre l'islamophobie, on sous-estime systématiquement la haine dont les juifs et la France font l'objet dans toujours plus de territoires de la République. Il faut des manifestations comme celles de Barbès et de Sarcelles pour qu'on en mesure, temporairement, la réalité et l'ampleur.

FigaroVox : Plus largement, une partie de la gauche « antiraciste » a abandonné le combat pour l'égalité des droits au profit de la défense des particularismes, voire des communautarismes. Ne porte-t-elle pas une lourde responsabilité morale dans la grave crise identitaire que traverse la France ?

ALAIN FINKIELKRAUT : C'est une responsabilité très largement partagée. A droite aussi la tentation est grande de préférer les accommodements prétendument raisonnables à la défense de la République et ce sont aujourd'hui des ministres de gauche, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, qui se montrent intransigeants en cette matière au mépris de leurs intérêts électoraux comme le leur rappelle avec inquiétude la fraction Terra nova du parti socialiste.

FigaroVox : Derrière le rejet d'Israël par une partie de la gauche française, faut-il voir un refus de l'identité, de l'Etat-nation et des frontières ?

ALAIN FINKIELKRAUT : Dans un article publié en 2004 dans la revue Le Débat, l'historien anglais Tony Judt écrivait que « dans un monde où les nations et les hommes se mêlent de plus en plus et où les mariages mixtes se multiplient, où les obstacles culturels et nationaux à la communication se sont presque effondrés, où nous sommes toujours plus nombreux à avoir des identités électives multiples, et où nous nous sentirions affreusement gênés s'il nous fallait répondre à une seule d'entre elles ; dans ce monde, Israël est véritablement un anachronisme. » De même que Saint-Paul s'indignait du refus juif de la religion universelle, nos multiculturalistes voient Israël comme un obstacle ethno-national à la reconnaissance définitive de l'Homme par l'Homme. Mais le monde humain n'est ni un supermarché, ni un dépliant touristique. Qu'est-ce que le multiculturalisme derrière le United Colors of Bennetton et la joyeuse disponibilité de toutes les cuisines, de toutes les musiques, de toutes les destinations? C'est le choc des cultures, et dans ce choc, les juifs où qu'ils soient, quoi qu'ils disent et quoi qu'ils fassent, sont en première ligne.

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* Jcall rassemble les citoyens juifs européens qui aspirent à une paix au Proche-Orient fondé sur un accord entre Israéliens et Palestiniens, selon le principe « deux peuples, deux Etats ».

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SOURCE DE L'ENTREVUE : Le FIGARO

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20/09/2015

Georges Bensoussan : « Nous assistons à l'émergence de deux peuples »

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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Georges Bensoussan évoque la montée en puissance de l'antisémitisme et du racisme anti-blanc dans les banlieues. L'auteur des Territoires perdus de la République analyse les nouvelles fractures françaises.

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Georges Bensoussan est historien, spécialiste d'histoire culturelle de l'Europe des XIXe et XXe siècles, et en particulier des mondes juifs. Il a dirigé l'ouvrage Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002) rassemblant les témoignages d'enseignants et chefs d'établissements scolaires.

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PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO

 

FIGARO. - Dans Les territoires perdus de la République, vous évoquiez pour la première fois l'antisémitisme des banlieues. En quoi se distingue-t-il de l'antisémitisme traditionnel ?

Georges BENSOUSSAN. - L'antisémitisme traditionnel en France est originellement marqué par l'Eglise, l'extrême droite et le nationalisme: c'est l'antisémitisme de l'affaire Dreyfus qui connaît son acmé sous Vichy. L'antisémitisme nouveau est un antisémitisme d'importation. Il est lié à la fois à la culture traditionnelle des pays magrébins, à l'islam et au contexte colonial. En Algérie, le décret Crémieux qui permit aux juifs de devenir Français dès 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n'étaient pas français mais leur émancipation par le biais de l'école leur a donné une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorité musulmane. Cela s'est terminé par le départ de la minorité juive. Cet antisémitisme-là s'est transposé sur notre territoire par le truchement de l'immigration familiale ( c'est cela qui a été importé et pas le conflit israélo-palestinien comme le répètent les médias). Un antisémitisme qui préexistait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus à Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au début des années 1970.

Paradoxalement, cet antisémitisme ne s'est pas dilué, mais enkysté. C'est dans les familles qu'il se transmet et s'apprend. Arrivé à l'école, l'affaire est déjà jouée. Nouveau par les formes et l'origine, il épouse parfois le vocabulaire de l'antisémitisme traditionnel. Par exemple, le mot «youpin», qui avait tendance à disparaître en France, est réutilisé dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les différentes branches de l'antisémitisme sont en train de se conjuguer. L'extrême droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l'antisionisme a parfois du mal à maquiller son antisémitisme (l'enquête Fondapol d'octobre 2014 menée par Dominique Reynié était édifiante à cet égard). On a oublié que l'antisémitisme plongeait de longues racines à gauche, depuis Proudhon jusqu'aux propos de Benoît Frachon en juin 1967, secrétaire général de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-là seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n'est d'ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle déborde aujourd'hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l'immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l'antisémitisme, lequel est devenu un code d'intégration dans les cités. Ainsi, ici, l'intégration à la France se fait-elle à rebours, en chassant la part juive de la société française. Adopter ces clichés et ce langage c'est se donner plus de chances d'être intégré dans l'économie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler « anti-feuj ».

FIGARO. - Certains vont jusqu'à comparer les sort des musulmans aujourd'hui à celui des juifs hier. La sacralisation de la Shoah nous empêche-t-elle de comprendre le présent ?

Georges BENSOUSSAN. - En tant qu'historien, je suis frappé par la stupidité d'une telle comparaison. Je n'ai pas souvenir dans l'histoire des années 30 d'avoir entendu parler de l'équivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des frères Kouachi se mettant à attaquer des écoles françaises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les années 1930 à un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s'agissait-il d'une course éperdue vers l'intégration et l'assimilation. Les juifs cherchaient à se faire le plus petit possible. Ils étaient 330 000, dont 150 000 juifs étrangers qui vivaient dans la crainte d'être expulsés. Beaucoup étaient des réfugiés de la misère, d'autres fuyaient le nazisme et les violences antisémites d'Europe orientale. Aujourd'hui, place Beauvau, on estime la minorité musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n'ont pas été chassés par un régime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l'immense majorité des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu'au regard des effectifs concernés: en Europe, aujourd'hui, un musulman sur quatre vit en France.

Cette question est toutefois intéressante à un autre titre : pourquoi une partie de la population française d'origine maghrébine est-elle habitée par un mimétisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l'histoire du Maghreb colonial se perpétuait ici? L'histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n'a pas été surestimée, il s'agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du siècle passé, et elle dépasse de loin la seule question antisémite. En réalité, c'est la trivialisation de cette tragédie historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-delà de toutes les instrumentalisations, reste une question d'histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les sociétés. Qu'est-ce qu'un génocide? Comment en est-on arrivé-là? Pourquoi l'Allemagne? Pourquoi l'Europe? Pourquoi les juifs? Comment une idéologie meurtrière se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons pères de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette césure historique, matrice d'un questionnement sans fin, a été rabaissée à un catéchisme moralisateur («Plus jamais ça!») et à une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, pédagogiquement, ne sont d'aucune utilité. Et qui fait que nous passons parfois à côté des mécanismes politiques qui régulent des sociétés de masse d'autant plus dangereuses qu'anomiées. Le discours de la repentance a pu stériliser la pensée et frapper de silence des questions jugées iconoclastes. Comme les questions d'histoire culturelle évoquées tout à l'heure. Comme si invoquer le facteur culturel à propos de minorités dont l'intégration est en panne serait emprunter le « chemin d'Auschwitz ». Cet affadissement a paralysé la réflexion politique, enté sur la conviction erronée que les situations se reproduisent à l'identique. Or, si les mécanismes sont les mêmes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l'historien illustre sans fin le mot d'Héraclite: « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve...»

FIGARO. - De même, les lois mémorielles ont-elles entraîné la concurrence victimaire ?

Georges BENSOUSSAN. - Sur le plan juridique, la loi Gayssot n'est pas une mauvaise réponse car il n'y pas débat en effet sur le fait que Auschwitz ait existé, de même qu'il n'y a pas débat sur le fait que la bataille de Verdun ait eu lieu. La loi mémorielle désencombre les prétoires. Elle permet d'éviter des procès de plusieurs années mobilisant inutilement les historiens. Et de voir aussi plus clairement que le négationnisme est une variante de l'antisémitisme.

Mais ces lois ont des effets pervers. Dans des sociétés de masse animées par la passion de l'égalité, toute différence, est perçue comme une injustice. La Shoah étant perçue comme le summum de la souffrance, le peuple juif aux yeux de certains est devenu le «peuple élu de la souffrance». De là une concurrence des mémoires alimentée plus encore par un cadre de références où la victime prend le pas sur le citoyen. Comme s'il fallait avoir été victime d'une tragédie historique pour être reconnu. Second élément de la dérive, la transgression qui permet d'échapper à l'anonymat. Et dans une société qui a fait de la Shoah (contre les historiens) une «religion civile», la meilleure façon de transgresser est de s'en prendre à cette mémoire soit dans le franc négationnisme hier, soit dans la bêtise de masse (qui se veut dérision) type Dieudonné aujourd'hui. Sur ce plan , tous les éléments sont réunis pour favoriser la transgression qui canalise les frustrations innombrables d'un temps marqué au sceau du «désenchantement du monde». C'est d'ailleurs pourquoi on a tort de réagir à chacune des provocations relatives à la Shoah. C'est précisément ce qu'attend le provocateur, notre indignation est sa jouissance.

FIGARO. - Que vous inspire la polémique autour de la plage de Tel-Aviv sur Seine ?

Georges BENSOUSSAN. - Cela met en lumière les fractures que nous évoquions. Pour une journée de jumelage avec Tel-Aviv, il a fallu déployer 500 CRS. L'ampleur de la polémique me parait disproportionnée. Israël n'est pas un Etat fasciste et le conflit avec les Palestiniens est de basse intensité. Il y a pratiquement tous les jours entre cinquante et cent morts par attentats dans le monde arabo-musulman dans l'indifférence générale. La guerre civile en Syrie a fait à ce jour, et en quatre ans, 240 000 morts. Le conflit israélo-palestinien en aurait fait 90 000 depuis 1948. La disproportion est frappante. Peu importe que des Arabes tuent d'autres Arabes. Tout le monde s'en moque. Les juifs seuls donnent du prix à ces morts. Dès qu'ils sont de la partie, on descend dans la rue. Cette passion débordante, disproportionnée, n'interroge pas le conflit. Elle interroge ce que devient la société française. Les menaces sur Tel Aviv sur scène sont venues des mêmes milieux qui ont laissé faire les violences de Barbès en juillet 2014, la tentative d'assaut contre la la synagogue de la rue de la Roquette à Paris et une semaine plus tard contre celle de Sarcelles. Bref, je le redis, ce n'est pas le conflit qui a été importé, c'est l'antisémitisme du Maghreb. Les cris de haine d'aujourd'hui sont l'habillage nouveau d'une animosité ancienne.

FIGARO. - A la sortie du livre, vous aviez beaucoup insisté sur cet antisémitisme des banlieues. Avec le recul, regrettez-vous de ne pas avoir davantage évoqué le sort des classes populaires, victimes du racisme anti-blanc ?

Georges BENSOUSSAN. - Absolument. Nous n'avions pas vu alors cette réalité émerger. Un certain nombre d'études sociologiques comme celle de Christophe Guilluy sur les fractures françaises, celle de Laurent Bouvet sur l'insécurité culturelle ou celle d'Hugues Lagrange sur le déni des cultures n'étaient pas parus. Les territoires perdus de la République ne sont pas un livre de sociologie, juste le fruit d'un travail de terrain empirique. Nous n'avons jamais prétendu faire un panorama. De surcroit, en 2002, le phénomène ne faisait que débuter. Et nombre de professeurs qui avaient participé à la rédaction étaient eux-mêmes tétanisés à l'idée d'évoquer un racisme anti-blanc ou anti-Français. Cette réalité est aujourd'hui bien connue. A la lecture de Christophe Guilluy, on comprend d'ailleurs qu'il n'y a pas deux France, mais trois. La France périphérique méprisée par les élites, qui souffre et est tenue de se taire. Elle constitue le gros du vivier FN. La France des biens nés, intégrée socialement, plus aisée et qui regarde avec condescendance la France populaire qui «pense mal». Enfin, une troisième France, tout aussi en souffrance que la première, en voie de désintégration sous l'effet de la relégation géographique, sociale, scolaire, et dont une frange se radicalise. Mais l'erreur, ici, serait de lier la poussée islamiste à la seule déshérence sociale: dès lors que des jeunes intégrés, et diplômés basculent vers la radicalité islamiste, on comprend que le facteur culturel a été longtemps sous-estimé.

FIGARO. - Dans ces conditions, doit-on continuer à mettre sur le même plan la menace FN et celle de l'islamisme et de l'antisémitisme des banlieues ?

Georges BENSOUSSAN. - A force de nier le réel, on a fait le lit du FN. Les millions de Français qui sont aujourd'hui sympathisants du Front national n'ont pas le profil de fascistes. Beaucoup d'entre eux votaient jadis à gauche, et le FN authentiquement parti d'extrême droite, est aussi aujourd'hui le premier parti ouvrier de France. Comment en est-on arrivé-là? Quelle responsabilité ont les classes dominantes dans ce naufrage et, notamment la classe intellectuelle? Voilà les questions qui importent vraiment. En revanche, la question rhétorique du « plus grand danger », FN ou islamisme, vise à nous faire taire. Avec à la clé ce chantage: « A dénoncer la poussée de l'islamisme, du communautarisme, la désintégration d'une partie de l'immigration de masse, vous faites le jeu du Front national! ». Tenter de répondre à la question ainsi formulée, c'est tomber dans ce piège rhétorique. Il faudrait, au contraire, retourner cette question à ceux qui la posent: n'avez-vous pas fait le jeu du FN en invalidant la parole d'une partie du peuple français, en le qualifiant de « franchouillard », de raciste, de fasciste ? Et en sous estimant le sentiment d'abandon et de mépris vécu par ces dominés de toujours ?

Lire la première partie : ici

 

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SOURCE : Le FIGARO

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Des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation

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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - En 2002, Georges Bensoussan a dirigé Les territoires perdus de la République. A l'occasion de la republication de ce livre controversé, il analyse le phénomène de déliquescence de la nation que des politiques, conscients mais impuissants, ne réussisent pas à endiguer.

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Georges Bensoussan est historien, spécialiste d'histoire culturelle de l'Europe des XIXe et XXe siècles, et en particulier des mondes juifs. Il a dirigé l'ouvrage Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002) rassemblant les témoignages d'enseignants et chefs d'établissements scolaires.

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PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO

 

FIGARO. - La première édition des Territoires perdus de la République date de septembre 2002. Vous y dénonciez les maux qui rongent l'école, mais aussi la société française: la violence, l'islamisme, l'antisémitisme. A l'époque, le livre avait été accueilli par un long silence médiatique. Rétrospectivement, comment expliquez-vous cette omerta ?

Georges BENSOUSSAN. - L'omerta fait partie des problèmes dénoncés dans le livre. Il y a peur de dire ce que l'on voit comme si dire le réel, c'était le faire exister. A l'époque, nous constations que l'intégration d'une partie des populations de banlieues, progressivement reléguée dans des cités et frappée par le chômage de masse, était en panne. Après avoir fonctionné jusque dans les années 80, l'intégration s'est bloquée à la fin des années 90, ce que l'on constate aujourd'hui avec la hausse des unions endogames. Or, il semblait difficile en France de faire ce simple constat car on risquait d'être accusé de racisme, de stigmatiser et d'amalgamer des populations. C'est d'ailleurs l'accusation qui nous fut d'emblée imputée. Une culture d'une partie de la gauche dominante (à distinguer de la gauche antitotalitaire dans la lignée d'Orwell) nous a enfermés dans la frilosité. Il est devenu presque impossible de dénoncer certains périls sans être accusé d'appartenir au camp du mal. Pourtant, les sept auteurs de la première édition, tout comme les treize de la seconde, venaient tous, quasiment sans exception, des rangs de la gauche. Le silence médiatique autour de ce livre, puis sa stigmatisation, était révélateur d'un climat de terrorisme intellectuel qui n'a d'ailleurs rien de nouveau. Les réactions qui ont entouré Les territoires perdus de la République sont de même nature que celles qui ont entourées les débats politiques français des années 50-60, quand une pensée antitotalitaire était accusée de faire le jeu de la bourgeoisie. Pour s'en convaincre, il faut relire les joutes qui opposèrent Albert Camus, Raymond Aron ou Arthur Koestler à toute une partie de la gauche. Une gauche qui était à l'époque dominée culturellement par le Parti communiste. Nombre d'intellectuels se posaient moins la question de la vérité que celle de savoir de qui «on faisait le jeu». Aujourd'hui, certains intellectuels de gauche n'entendent pas, disent-ils, pas faire le jeu du FN, comme leurs aïeux autrefois, communistes ou proches du PC (les «compagnons de route»), ne voulaient pas faire le jeu du grand capital. Pour un intellectuel, une seule question devrait se poser: les faits sont-ils avérés ou non? Dans les années 1940 en Angleterre, Orwell avait été confronté au même problème. Bien que venant des rangs de la gauche travailliste, il se voyait reprocher de faire le jeu des conservateurs anglais. Les blocages auxquels nous nous sommes heurtés avec ce livre sont les mêmes que ceux qui ont marqué le XXe siècle, c'est le débat entre totalitarisme et antitotalitarisme.

FIGARO. - Vous écrivez que nous sommes passés des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation … De septembre 2002 aux attentats de janvier 2015, avons-nous perdu une décennie ?

Georges BENSOUSSAN. - En 2002, nous étions encore habités par le mot «République», agité comme un talisman, comme un sésame salvateur. Or, la République est d'abord une forme de régime. Elle ne désigne pas un ancrage culturel ou historique. La nation, elle, est l'adhésion à un ensemble de valeurs et rien d'autre. Ce n'est pas le sang, pas le sol, pas la race. Peut être Français, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, celui qui adhère au roman national selon la définition bien connue d'Ernest Renan : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. » Nous avions un peu délaissé cette définition pour mettre en avant les valeurs de la République. Nous avons fait une erreur de diagnostic. Nous n'avions pas vu que la nation, et non seulement la République, était en train de se déliter. Une partie de la population française, née en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, a le sentiment de ne pas appartenir à celle-ci. Alors qu'ils sont français depuis deux générations pour beaucoup, certains adolescents dans les collèges et lycées, comme aussi certains adultes, n'hésitent plus à affirmer que la France n'est pas leur pays. Ajoutant : « Mon pays c'est l'Algérie... » (ou la Tunisie, etc...). Les incidents lors de la minute de silence pour les assassinés de Merah comme pour ceux de janvier 2015 furent extrêmement nombreux. On a cherché comme toujours à masquer, à minimiser, à ne pas nommer. Dans la longue histoire de l'immigration en France, cet échec à la 3° génération est un fait historique inédit. Certains historiens de l'immigration font remarquer, à juste titre, qu'il y eut toujours des problèmes d'intégration, même avec l'immigration européenne. Mais pour la première fois dans l'Histoire nous assistons à un phénomène de désintégration, voire de désassimilation. C'est pourquoi, ce n'est pas la République seule qui est en cause, mais bien la nation française: notre ancrage historique, nos valeurs, notre langue, notre littérature et notre Histoire. Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. Nous sommes en train d'assister en France à l'émergence de deux peuples au point que certains évoquent des germes de guerre civile. Dans le cadre de la préparation d'un nouvel ouvrage, j'ai été frappé en écoutant plusieurs de mes interlocuteurs de voir que l'expression «guerre civile», qui aurait fait ricaner il y a dix ans ou surpris il y a cinq ans, est aujourd'hui dans les bouches d'un grand nombre, tant d'élus de terrain, de policiers, de médecins hospitaliers (service des urgences par exemple) ou de banlieue. Le sentiment que deux peuples sont en train de se former, côte à côte, et qui se regardent souvent avec hostilité, ce sentiment-là est aujourd'hui partagé par beaucoup.

FIGARO. - Pourquoi, selon vous, personne n'est descendu dans la rue au moment de l'affaire Merah ?

Georges BENSOUSSAN. - En mai 1990, après la profanation du cimetière juif de Carpentras, des centaines de milliers de Français étaient descendus dans la rue, y compris le président de la République. En 2012, une génération plus tard, pour Ilan Halimi en 2006, en mémoire aux victimes de Merah en 2012, de Nemmouche en 2014, il n'y avait plus personne, sauf des juifs. La montée du communautarisme, du repli sur soi et de l'indifférence sont patents, signe d'un morcellement de la société française, d'un repli sur soi moins hédoniste que désespéré est en train de l'emporter qui multiplie les gestes et les mots du découragement: « on ne peut rien y faire », « ça ne changera jamais », « c'est trop tard », etc... . Mais aussi, hélas, et le fait n'est pas nouveau, le massif «ce n'est pas notre affaire». Cela posé, la raison essentielle de cette désaffection est peut être ailleurs: l'affaire Merah témoignait d'un antisémitisme qui ne venait pas d'où on l'attendait, l'extrême droite. De là un malaise général. Souvenons-nous de la période qui sépare les meurtres de la mort de Merah sous les balles du GIGN. Il s'est écoulé une semaine durant laquelle un grand nombre des bien-pensants de ce pays, et en particulier les spécialistes du déni de réalité, étaient convaincus que l'assassin était un néo-nazi, un Breivik à la française. Le fait que Mohammed Merah fût musulman en a gêné plus d'un. Ainsi, l'ennemi n'était pas le bon. Pour descendre dans la rue, il fallait qu'il soit conforme, breveté d'extrême droite et blanc. Une certaine instrumentalisation de l'histoire, mais pas cette histoire elle-même évidemment, a paralysé la réflexion politique. On n'a cessé de rejouer les années noires en télescopant les situations jusqu'à voir dans tout immigré clandestin un Juif du Vel d'Hiv en 1942, comme s'il fallait racheter la mollesse et l'indifférence des aïeux. De surcroît, troublant était le fait que Merah était français, né en France… et qu'il était au collège au moment de la première édition des Territoires perdus de la République. Je veux dire par là que cela interroge l'Education nationale, et notamment cette idée un peu simple selon laquelle un bon enseignement de la Shoah ( ce qui est le cas en France) suffirait à endiguer racisme et antisémitisme.

FIGARO. - Aujourd'hui, les politiques et les médias ont-ils suffisamment ouvert les yeux ?

Georges BENSOUSSAN. - Les élus de terrain, tant de droite que de gauche, sont conscients des réalités. Mais beaucoup ont peur de parler. A fortiori du coté des hommes politiques dont le courage n'est pas la qualité première à l'exception de quelques-uns. Comme s'ils craignaient, en parlant, de faire sauter un baril de poudre tant la situation leur parait (et ici ils ont raison) dangereuse. La France est en effet l'un des pays d'Europe parmi les plus exposés au risque de conflits internes.

La peur d'être taxé de racisme joue son rôle dans la paralysie française. Et la désespérance du plus grand nombre dont la parole est d'emblée invalidée au nom d'un antiracisme dévoyé. Cette crainte va jusqu'à reprendre un discours concocté par l'adversaire sans s'interroger sur la pertinence des «mots». Ainsi du mot « islamophobie », un terme particulièrement inepte en effet qui réintroduit en France la notion de blasphème. On peut s'opposer à la religion, qu'elle soit juive, catholique ou musulmane, sans être raciste. Le combat laïque c'est le refus qu'une religion quelle qu'elle soit prévale sur la loi civile. Ce combat difficile a finalement été gagné en France entre 1880 et 1905. Céder sur ce plan c'est détricoter deux siècles de Révolution française pour parler comme François Furet et plus d'un siècle d'une histoire de France qui a fait de la République non seulement un régime mais une culture. Il nous faut comprendre que le mot islamophobie, forgé par des associations musulmanes, crée à dessein de la confusion pour culpabiliser les tenants du combat républicain. Pour faire entendre, en bref, que ce seraient des racistes à peine dissimulés. En invoquant à contre-emploi le racisme et en usant d'un antiracisme défiguré ( celui-là même qu'on a vu à Durban en 2001 où l'on entendait le cri de « One Jew, one bullett »), il s'agit de faire taire toute voix dissidente. En instrumentalisant l'histoire au passage, c'est ce que Leo Strauss appelait la Reductio ad Hitlerum.

L'un des premiers soucis de la classe médiatique et politique après les crimes de Merah et les attentats de janvier 2015 fut d'éviter les «amalgames». Comme si les premières victimes des violences étaient les Français d'origine maghrébine ou les musulmans. Près de soixante-dix ans plus tôt, en novembre 1945, après les terribles pogroms qui venaient d'ensanglanter la communauté juive de Tripoli en Libye (plus de quarante assassinats dans des conditions atroces), les dignitaires musulmans de la ville estimaient que les premières victimes étaient moins les juifs qu'eux-mêmes, car disaient-ils, ils risquaient d'être désormais «montrés du doigt». En revanche, il n'y eut pas condamnation publique de ces actes. Comme aujourd'hui. Quand en avril 2012 l'imam Chalghoumi organisa une manifestation de protestation contre les agissements de Merah, il ne réunit qu'une cinquantaine de personnes.

FIGARO. - Vous faites référence au monde imaginé par Orwell dans son roman d'anticipation 1984. Notre système peut-il vraiment être qualifié de totalitaire?

Georges BENSOUSSAN. - Nous ne sommes pas dans un système totalitaire, mais dans un système d'avachissement de la démocratie que Tocqueville avait annoncé. Cet avachissement est marqué par le triomphe de l'intérêt individuel et le désintérêt pour la chose publique. Dans le contexte historique particulier qui est celui de la France, cela se traduit par une pensée a-critique et frileuse, même si cette frilosité, voire cette lâcheté ne sont pas chose nouvelle. On n'en finirait pas de faire la généalogie du déclin de ce qui fut jadis la «Grande Nation». Nul doute qu'à cet égard le XX° siècle français, jusqu'à nos jours même, paie l'énorme saignée de la Grande Guerre. De ce désastre-là, la France ne s'est jamais remise. Elle avait gagné la guerre mais perdu ses hommes et à long terme son vouloir vivre national. Toutes les campagnes françaises se font l'écho d'une tragédie qui naturellement appelait dans son sillage une immigration de peuplement qui, chaque jour plus nombreuse, a atteint un seuil tel que la machine à intégrer s'est finalement enrayée. Un pays est capable d'intégrer des minorités par capillarité. C'est moins vrai quand il s'agit depuis 40 ans de flux démographiques de masse.

FIGARO. - Vous reprochez à l'Etat et notamment à l'école d'avoir fait trop de concession aux revendications communautaires. Que pensez-vous du débat actuel sur les menus de substitution ?

Georges BENSOUSSAN. - Il est posé de manière caricaturale car on voit bien la volonté de certains politiques de surfer sur la polémique. Il pose cependant une question de fond comme il est symptomatique aussi d'un danger qui guette la société française. Il faut rappeler d'abord que la cantine n'est pas obligatoire. Introduire les menus de substitution dans les écoles, c'est donner prise à des pratiques communautaires qui n'auront dès lors aucune raison de s'arrêter. Là est le risque, c'est ce premier pas qui permettra tous les autres et qui conduira à détricoter le tissu laïque et à nous engager sur un chemin contraire à celui qui depuis deux siècles a fait la nation française.

FIGARO. - Le terreau des réalités que vous décrivez est-il social ou culturel ?

Georges BENSOUSSAN. - Les deux. Les causes sociales sont une évidence. Mais celui qui y réduirait son analyse se condamnerait à ne rien entendre à la complexité de la situation comme l'a bien montré Hugues Lagrange. En banlieue, le taux de chômage des moins de 25 ans avoisine parfois les 40- 50%. L'arrivée d'une immigration de masse à partir de 1975, au moment où les Trente Glorieuses s'achevaient, est un premier jalon dans cette histoire. On peut d'ailleurs se demander pourquoi, sept ans seulement après Mai 1968, la bourgeoisie française a favorisé cette immigration de masse à laquelle le PCF s'opposait dès 1980, ce qu'on a souvent oublié. Pourquoi est-ce sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, l'homme du retour au pouvoir de la droite libérale non gaulliste, qu'a été mis en place le regroupement familial alors que les emplois se faisaient de plus en plus rares? Dès lors qu'il ne s'agissait plus d'une immigration de travail, mais d'immigration familiale progressivement reléguée dans des cités, l'intégration était compromise. Conjugué au chômage, à la pauvreté, au confinement géographique des mêmes cultures et des mêmes nationalités, le facteur culturel, dégradé en repli identitaire, ne pouvait que jouer sur fond de frustration et de ressentiment.

Un repli identitaire qui a d'abord concerné des populations jeunes et nombreuses, venues d'un monde musulman en expansion et qui, au même moment, trouvait son expression politique dans l'islamisme et non plus dans le nationalisme arabe qui avait échoué. Ajoutez à cela l'environnement médiatique, la télévision par câble, satellite et internet qui a favorisé la diffusion des thèses islamistes et d'un antisémitisme virulent qui viennent du Moyen-Orient. La conjonction de ces facteurs, démographiques, sociaux, culturels et médiatiques a divisé le pays. La réaction aux attentats de janvier 2015, loin de montrer une nation unie, a mis en lumière deux pays cote a cote mais qui ne font plus nation. Ce phénomène, je le redis, est nouveau dans la longue histoire de l'immigration en France. Pour certains, ce fossé pourra se combler demain. J'en suis moins convaincu, il semble que la situation ait atteint un seuil d'irréversibilité.

FIGARO. - Le risque n'est-il pas de sombrer dans une forme d'essentialisation ?

Georges BENSOUSSAN. - C'est effectivement le principal reproche qui nous est fait. Cependant, la culture est tout sauf une essence. Ce qui est essence s'appelle «la race». Lorsqu'on est né dans un groupe ethnique, on n'en sort pas. On restera toujours ethniquement parlant Juif du Maroc ou Sénégalais peul. En revanche, la culture s'acquiert. Elle est dynamique. On peut être Juif du Maroc ou Sénégalais peul, lorsqu'on vit en France et qu'on finit par aimer ce pays, on devient français. La culture est le contraire absolu de l'essence. L'histoire culturelle, c'est l'histoire des mentalités, des croyances, de la mythologie, des valeurs d'une société qui permet de comprendre l'imaginaire des hommes d'un temps donné. Cette histoire n'est pas fixe. Il suffit pour s'en convaincre de réfléchir à la conception de l'enfant dans la culture occidentale, à l'image qu'on s'en faisait au Moyen-Age, au XVIIIe siècle, au XXe siècle. Il s'agit là d'un processus dynamique, rien d'un fixisme.

Mais si la culture est le contraire de la race, pourquoi une telle frilosité à faire de l'histoire culturelle, une telle peur de nommer les problèmes culturels par leurs noms? Dans un domaine moins polémique, pourquoi certains ont-ils encore peur de dire que le nazisme est un enfant de l'Allemagne et pas seulement de l'Europe? Qu'il y a dans le nazisme des éléments qui n'appartiennent qu'à la culture allemande traditionnelle depuis Luther et même bien avant. Les grands germanistes français du XX° siècle le savaient, depuis Edmond Vermeil jusqu'à Rita Thalmann et plus près de nous Edouard Husson. Est-ce faire du racisme anti-allemand que le dire? Est-ce faire du racisme que constater dans la culture musulmane, le Coran et les hadiths sont présents des éléments qui rendent impossible la coexistence sur un pied d'égalité avec les non musulmans. Je ne parle pas de la tolérance du dhimmi. Je parle d'égalité et de culture du compromis et de la négociation. Travaillant plusieurs années sur l'histoire des juifs dans le monde arabe aux XIXe et au XXe siècle (pour juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975, Tallandier, 2012), j'avais constaté l'existence d'une culture arabo-musulmane, du Maroc à l'Irak, entachée d'un puissant antijudaïsme, et ce bien avant le sionisme et la question d'Israël et de la Palestine. Il existe en effet, et de longue date, une culture arabo-musulmane anti-juive, souvent exacerbée par la colonisation ( mais qui n'en fut toutefois jamais à l'origine). Il fallait faire de l'histoire culturelle pour comprendre comment, pourquoi et quand la minorité juive qui s'était progressivement émancipée grâce à l'école, s'était heurtée à une majorité arabo-musulmane aux yeux de laquelle l'émancipation des juifs était inconcevable et irrecevable. Il n'était question alors ni de sionisme, ni d'Israël ni de Gaza. Et encore moins de «territoires occupés» qui, pour les ignorants et les naïfs, constituent le cœur du problème actuel. Ce conflit entre une majorité qui ne supporte pas que le dominé de toujours s'émancipe, et le dominé de toujours qui ne supporte plus la domination d'autrefois, se traduit par un divorce, et donc un départ. Il s'agit là d'histoire culturelle. Où est le racisme ?

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SOURCE : Le FIGARO

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Onfray-Bellamy : vivons-nous la fin de notre civilisation ?

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Oui... ça date un peu... mais c'est à lire...

Cet entretien croisé est paru dans le Figaro du 25 mars 2015 à l'occasion de la sortie du livre de Michel Onfray, Cosmos. Les deux philosophes débattent sur l'impression obsédante qui hante notre imaginaire: celle de l'effacement de la France et, plus largement, de notre civilisation.

François-Xavier Bellamy est maire adjoint de Versailles (sans étiquette). Ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de philosophie, il enseigne en classe préparatoire. Il est également l'auteur de Les Déshérités, ou l'urgence de transmettre paru aux éditions Plon en septembre 2014.

Michel Onfray est philosophe. Après le 21 avril 2002, il fonde l'Université Populaire de Caen. Son dernier livre, Cosmos, est paru chez Flammarion. Vous pouvez retrouver ses chroniques sur son site.

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LE FIGAROVOX. - Michel Onfray, dans Cosmos, le premier volume de votre triptyque philosophique, vous rappelez la beauté du monde. Nous ne la voyons plus ?

Michel ONFRAY. - Nous avons perdu l'émerveillement. De Virgile jusqu'à la naissance du moteur, il nous habitait. Mais depuis, nous avons changé de civilisation: de leur naissance à leur mort, certains individus n'auront vécu que dans le béton, le bitume, le gaz carbonique. Des saisons, ils ne connaîtront que les feuilles qui tombent des quelques arbres qui restent dans leur rue.

Il s'agit d'une véritable rupture anthropologique et ontologique: la fin des campagnes, la mort de la province et de la paysannerie au profit d'une hyper cérébralisation. Le vrai problème n'est pas l'oubli de l'être, comme disait Heidegger, mais l'oubli des étants qui constituent le Cosmos.

François-Xavier BELLAMY. - Il faut aller plus loin encore: l'homme n'est plus en contact avec la nature qui l'environne, ni surtout avec la nature dont il se reçoit… Nous avons perdu le sens des saisons, mais aussi celui du rythme naturel de notre propre vie. Le citoyen est devenu citadin, et il a oublié que l'homme ne se construit pas ex nihilo, qu'il n'est pas un produit parmi d'autres, artificiel et transformable, dans la société de consommation. Cette négation du vivant va jusqu'au déni de sa propre mort. Prenez la loi sur la fin de vie: le fait de transformer la mort en sédation, en un simple sommeil, par le prodige de la technique, est une façon pour l'homme d'écarter tout ce qui fait sa condition naturelle.

LE FIGAROVOX. - Faut-il être conservateur ?

Michel ONFRAY. - Ni conservateur ni réactionnaire. Contrairement à Alain Finkielkraut ou Éric Zemmour, je ne crois pas que nous puissions restaurer l'école d'hier ni même que ce soit souhaitable. Si je partage leur pessimisme concernant la destruction de la civilisation occidentale par le néolibéralisme qui dicte sa loi, je me distingue d'eux sur les solutions. On ne peut revenir en arrière, sauf à entrer dans une logique de dictature où l'on demanderait à un nouveau César de se couper totalement de l'Europe et du monde en restaurant les frontières. Cela ne me paraît ni possible ni souhaitable. La vérité cruelle est que notre civilisation s'effondre. Elle a duré 1 500 ans. C'est déjà beaucoup. Face à cela, je me trouve dans une perspective spinoziste: ni rire ni pleurer, mais comprendre. On ne peut pas arrêter la chute d'une falaise.

François-Xavier BELLAMY. - Je partage avec vous l'impression de voir une civilisation s'effondrer, et le sentiment que personne n'en a encore vraiment pris la mesure ; mais la sagesse ne peut pas être qu'un consentement résigné à ce qui advient! Nous pouvons encore décider, dans nos vies personnelles comme dans nos choix collectifs, de recevoir et de transmettre ce qui dans notre culture demeure fécond, et plus actuel que les faux progrès qu'on nous vend. Malheureusement, de ce point de vue, le débat politique et intellectuel oppose plutôt des liquidateurs de faillite que des décideurs capables de tracer des perspectives.

LE FIGAROVOX. - Plus que la liberté de pensée, la première menace n'est-elle pas l'impossibilité de penser dans la frénésie du monde contemporain ?

Michel ONFRAY. - Un tweet, s'il est bien fait, peut être l'héritier des aphorismes des moralistes du XVIIe siècle. Mais la durée du papillon n'est pas celle de la civilisation. La culture de l'instantané nous empêche de nous projeter dans l'avenir et de nous situer par rapport au trajet qui nous conduit de Constantin à nos jours.

François-Xavier BELLAMY. - Toute l'histoire de la philosophie porte la trace des résistances que chaque époque a opposées à l'effort de la pensée. Chercher une pensée juste, c'est toujours rencontrer bien des obstacles, y compris en soi-même. Mais au-delà des sectarismes et de la médiocrité, qui ont toujours guetté les consciences, notre époque, fascinée par la vitesse, risque singulièrement de priver la réflexion du temps même qui est nécessaire à sa maturation. L'immédiateté du numérique est sans doute la forme la plus concrète de ce risque. L'aphorisme, écrivait Nietzsche, est fait pour être ruminé, longuement médité. Qui médite sur Twitter ?

LE FIGAROVOX. - Le débat intellectuel est de plus en plus étouffant...

Michel ONFRAY. - Cette surveillance, je l'ai expérimentée avec mon livre sur Freud, Le Crépuscule d'une idole. Une avalanche d'insultes m'est tombée dessus. J'ai vu des gens qui, au nom de la liberté d'expression, voulaient interdire la diffusion de mon cours sur France Culture! On a dit ou écrit que je réactivais le discours de l'extrême droite, que j'étais un pédophile refoulé ou bien encore un antisémite. J'ai alors découvert les dégâts de l'idéologie dominante issue de ce que Jean-Pierre Le Goff nomme justement le «gauchisme culturel» qui est parole d'évangile médiatique.

Aujourd'hui, la gauche me méprise tandis que la droite me courtise, ce qui ne m'est pas forcément agréable (rire). Mais, au fond, ça m'est devenu égal car je ne me préoccupe plus de ces catégorisations-là. Je refuse la logique des chiens de Pavlov! Quand Pierre Bergé dit qu'on doit pouvoir louer les corps des femmes pauvres à des bourgeois riches qui veulent s'offrir des enfants, je dis que ce ne sont pas des propos de gauche, qu'il n'est pas un homme de gauche. Que la gauche au pouvoir souscrive au pire du libéralisme qui marchandise et loue les corps des pauvres est une obscénité: on ne me fera pas croire que je cesse d'être de gauche en ne souscrivant pas au renoncement de la gauche libérale à être de gauche.

François-Xavier BELLAMY. - On mesure le degré de la pression qui s'exerce sur les esprits, la puissance de cette oppression silencieuse, à l'évolution assez rapide des normes qu'elle impose et à l'adaptation conséquente de l'opinion commune. Il y a quelques années, on pouvait encore être contre la gestation pour autrui; osera-t-on encore l'avouer demain? Il y a quinze ans, s'opposer au PACS était réactionnaire ; mais on pouvait être contre le mariage homosexuel, comme d'ailleurs l'immense majorité des élus de gauche à l'époque, sans se voir reprocher d'être homophobe… Aujourd'hui, c'est impossible. Tous ceux qui demeurent cohérents seront accusés un jour où l'autre de «déraper» ; mais les seuls qui dérapent progressivement, au sens littéral du terme, sont ceux qui se laissent aller, par manque de courage et de constance, à ces renoncements successifs.

LE FIGAROVOX. - Vous enseignez tous deux dans des structures parallèles à l'école. Pourquoi ?

Michel ONFRAY. - En 2002, Jean-Marie Le Pen arrive au second tour de l'élection présidentielle. Il est évident qu'il ne sera pas élu. La question est simplement de savoir si Jacques Chirac l'emportera avec 60 % ou 80 % des voix. Personnellement, je ne me sens pas concerné par ce genre de débat qui relevait de la déraison pure. Il n'était pas question pour moi d'aller crier «le fascisme ne passera pas» en compagnie du patronat et de l'Évêché. Je souhaitais donc, dans la mesure de mes moyens, créer une structure qui travaille à «rendre la raison populaire» pour utiliser les mots de Diderot. Ce fut l'Université populaire de Caen. Certes, c'est une goutte d'eau dans l'océan, mais à ceux qui me rappellent que ça n'a pas changé grand-chose, je demande: qu'avez-vous fait, vous, pour changer les choses là où vous étiez ?

François-Xavier BELLAMY. - Il faut multiplier les lieux pour transmettre cet héritage philosophique qui, même lorsqu'il vient de loin, est d'une profonde actualité. Parce que, nous le constatons tous deux, la soif de réflexion est immense... « Les Soirées de la Philo » sont nées de cela. La philosophie est marquée par une forme de gratuité, mais elle répond à un besoin plus profond que jamais, celui de mettre des mots justes sur les questions que nous rencontrons, de susciter un peu de clarté au milieu de la confusion des débats contemporains.

LE FIGAROVOX. - Regrettez-vous l'abandon du latin ?

Michel ONFRAY. - Mon père était ouvrier agricole. Il a quitté l'école à 13 ans, pourtant il savait lire, écrire, compter et penser. Il était capable de faire une lettre sans faute et, quand bien même il n'aurait pas su orthographier quelque chose, il avait le culte du dictionnaire. Depuis, l'idéologie issue du structuralisme a dévasté l'enseignement. Elle considère que la langue est déjà là, avant même notre naissance, hors de l'histoire! Dans ces conditions, plus besoin de l'apprendre… La théorie du genre procède également du structuralisme négateur d'histoire et de réalité: pas de corps, pas de sexe, pas de biologie, pas d'hormones, pas de testostérone, mais de la langue et de l'archive. Nous ne serions que des constructions culturelles. C'est de cette idéologie datée mais active comme un déchet nucléaire dont il faudrait se débarrasser ; ensuite, on pourrait poser la question du grec et du latin. Mais l'affaire est déjà pliée...

François-Xavier BELLAMY. - Sur la question du latin, la gauche au pouvoir consacre une nouvelle fois le triomphe du marché: le latin n'est pas utile pour l'emploi et la croissance, supprimons-le. C'est la poursuite d'une logique qui consiste à penser que l'école a d'abord pour fonction de préparer le futur adulte à la vie économique.

Cette logique achève en même temps de condamner un enseignement qui aurait pour but de transmettre les fondements de notre culture. Notre système scolaire est voué à la déconstruction plutôt qu'à l'apprentissage. Mais ceux qui organisent cette école de la négation -qui dénonce la langue comme sexiste, accuse la lecture d'élitisme, morcelle l'histoire, bannit la mémoire, condamne les notes et adule le numérique- ont oublié ce qu'ils en avaient eux-mêmes appris. Le propre de cette génération, c'est une immense ingratitude, qui se complaît à déconstruire la culture dont elle a pourtant reçu toute sa liberté...

LE FIGAROVOX. - Le retour du religieux est-il une bonne nouvelle pour l'intelligence ? Michel ONFRAY. - On pensait que la sortie de l'ère religieuse verrait la naissance de l'«ère philosophique et positive» pour reprendre le vocabulaire d'Auguste Comte. Il n'en est rien. Les gens préfèrent toujours des mensonges qui les rassurent à des certitudes qui les inquiètent. Néanmoins, je crois qu'on assiste moins au retour du religieux qu'à l'avènement de l'islam. Je ne suis pas sûr que le judaïsme ou le christianisme se portent très bien. Certes, des chrétiens descendent dans la rue pour protester contre le mariage homosexuel, mais cela signifie-t-il pour autant la grande santé chrétienne, du moins en Europe? Je ne crois pas...

Une civilisation se construit toujours avec une religion qui utilise la force. Si l'Église est tolérante aujourd'hui, c'est parce qu'elle n'a plus les moyens d'être intolérante. L'islam a aujourd'hui les moyens d'être intolérant et ne s'en prive pas. Reste que c'est la spiritualité chrétienne qui a rendu possible l'Occident. Aujourd'hui, une religion laisse la place à une autre religion. Quand le pape François, dont le métier consiste à apprendre à la planète entière qu'il faut tendre l'autre joue, affirme qu'il frapperait celui qui parlerait mal de sa mère, on se dit que le christianisme est mort! L'islam qui lui succède fait l'économie de dix siècles de philosophie: quid du cogito, de la raison, de la laïcité, de la démocratie, du progrès? La raison disparaît quand la foi fait la loi. Et la disparition de la raison n'est jamais une bonne nouvelle...

François-Xavier BELLAMY. - Un positivisme mal digéré nous a fait exclure la question de Dieu de la sphère de la raison. C'est une catastrophe. S'en est suivie une conception très sectaire et dogmatique de la laïcité, qui voudrait que parler de Dieu soit contraire à l'ordre républicain. On vivrait bien mieux la réalité du fait religieux, qui fait partie depuis toujours de l'expérience humaine, si on pouvait en parler ensemble dans l'espace public, du point de vue de la raison commune. Après tout, dans le monde occidental, aux États-Unis par exemple, il y a dans certaines branches de la philosophie une théologie rationnelle qui se porte plutôt bien, et qui discute sérieusement de la question de l'éternité du monde ou de la représentation de Dieu… De notre côté, nous avons voulu refouler de force la religion dans l'ordre de la psychologie, de l'intime. Du coup, nous prenons en pleine figure l'émergence d'un islam qui se déploie par le pathos, par l'affect, et avec lequel nous nous sommes rendus incapables de discuter. C'est peut-être l'une des raisons de la violence qui resurgit, et qui naît de l'impossibilité du dialogue.

LE FIGAROVOX. - Que dire à un jeune de 20 ans ?

Michel ONFRAY. - Le bateau coule, restez élégant. Mourez debout...

François-Xavier BELLAMY. - Nous sommes vivants. Quelles que soient les circonstances, l'histoire n'est jamais écrite d'avance: le propre de la liberté humaine, c'est de rendre possible ce qui, en apparence, ne l'était pas...

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SOURCE : LE FIGARO

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17/09/2015

Salvador Allende, 40 ans plus tard

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À chaque date anniversaire, la gauche ne manque jamais de célébrer le régime de Salvador Allende et la « voie chilienne vers le socialisme », et de conspuer dans la foulée son renversement par l’armée. Ce 11 septembre ne faillira pas à la tradition. L’occasion, pour nous également, de revenir sur cette catastrophe.

Certes, la chute des pays soviétiques et autres affidés a définitivement prouvé que le socialisme, ça ne marche pas, même pas un peu, même pas une fois, même pas par hasard. Jamais. Mais la nostalgie étant ce qu’elle est, la gauche reste attachée à ses mythes. Comme on peut le voir à l’occasion du 40e anniversaire du coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili. S’accrochant à ses dernières icônes encore relativement présentables, la gauche abuse de la mauvaise foi, déforme les événements, tentant de réécrire l’Histoire afin de s’accommoder d’un passé illusoire au lieu de prendre connaissance des faits et d’essayer de comprendre la réalité.

Parce que, dans les faits, la réalité du gouvernement d’Allende a été beaucoup plus sinistre que ne le laisse supposer l’hagiographie entretenue depuis les années 70. Le 16 septembre 1973, le New York Times résumait parfaitement ce que furent ces mille jours où Allende gouverna le Chili :

« L’expérience du docteur Allende a échoué parce que sa coalition d’Unité Populaire, dominée par les socialistes et les communistes, a tout fait pour installer au Chili un système socialiste radical auquel était farouchement opposée plus de la moitié de la population. Il avait été élu en 1970 avec seulement 36,3% des voix, à peine 39.000 votes de plus que son concurrent conservateur arrivé en deuxième place. Lors des élections législatives du début de cette année, l’Unité Populaire n’a seulement obtenu que 44%. Pourtant, en dépit d’un parlement dominé par l’opposition, souvent en méprisant les tribunaux et face au chaos économique et à une inflation qui faisait rage, le régime a continué de « réquisitionner » des entreprises, grandes et petites. Ces actions ont polarisé le Chili comme jamais auparavant, provoquant une opposition tous azimuts, non seulement de la part du riche ou d’une frange fasciste, mais bien de la classe moyenne qui représente la moitié de la population et qui se voyait affronter sa propre destruction. Si le docteur Allende avait progressé de manière plus réfléchie, s’il avait fait une pause pour consolider après la nationalisation des industries de base du Chili et posé des limites raisonnables à son programme socialiste, il aurait probablement terminé son mandat avec de grandes chances de succès. »

Il est utile, voire nécessaire de bien se rappeler ces faits, alors même qu’aujourd’hui dans plusieurs endroits du monde, on peut voir comment un gouvernement légal peut détruire les institutions d’un pays et, partant, perdre toute légitimité à son pouvoir. C’est pourquoi aujourd’hui et demain, Contrepoints publie un dossier autour de la figure d’Allende, de sa politique et du Chili sous son gouvernement.

10 septembre

Salvador Allende et la voie chilienne vers le socialisme : Très loin d’un projet progressiste mais modéré utilisant la voie démocratique, le programme politique de l’Unité Populaire mené par Allende relevait de la classique ligne marxiste-léniniste. Avec toutes ses désastreuses conséquences politiques, économiques et sociales. Une expérience catastrophique pour le Chili à laquelle l’armée mettra dramatiquement fin, à la demande du parlement.

Cybersyn, le rêve mouillé du socialisme : Cybersyn (projet du gouvernement Allende visant à créer une économie planifiée contrôlée en temps réel par ordinateur) était inutile pour atteindre son objectif, et redondant pour la simple communication. Malgré la propagande qui faisait étalage du haut niveau de sophistication du système, il fallait en réalité une armée d’exécutants pour traiter les données. Au final, le plus grand succès du cybersocialisme a été de faire échouer une grève.

11 septembre

Les mille jours d’Allende : Chronique du gouvernement d’Unité Populaire, du 4 novembre 1970 au 11 septembre 1973.

Les textes cachés de Pablo Neruda : En 1971, Pablo Neruda reçoit le prix Nobel de littérature. Il serait injuste de nier la valeur littéraire de sa poésie. Des livres comme Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée, les séries de Résidence sur la terre et d’autres attachants recueils de poèmes forment une trajectoire lyrique clé du 20e siècle. Mais il serait également injuste de cacher certains textes de Neruda ; textes que la critique a occultés pour maquiller l’image de celui-ci ; textes qui reflètent sa servilité envers quelques-uns des dictateurs les plus néfastes du 20e siècle, comme, par exemple, une élégie au dictateur cubain Fulgencio Batista.

« El ladrillo », le programme économique des Chicago Boys : Le programme de développement économique élaboré par les Chicago Boys avant et pendant la présidence d’Allende a fait du Chili le premier pays d’Amérique du Sud à intégrer l’OCDE, le 7e le plus libre économiquement au monde en 2013, en offrant aux Chiliens les meilleurs indices de développement humain et le plus haut PIB par habitant de toute l’Amérique latine, ainsi que les taux de pauvreté les plus bas de toute leur histoire. Un bien beau résultat pour une aventure qui commença, il y a près de 60 ans, par un accord de coopération entre l’Université de Chicago et l’Université catholique du Chili.

 

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SOURCE : CONTREPOINTS

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Vincent Moscato dénonce l'hypocrisie face aux migrants

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16/09/2015

Quelle position face aux islamistes ? Céline Pina dénonce le "silence" de la France

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06/09/2015

Henry Kissinger : briser la Russie est devenu l’objectif, alors que l’intégrer devrait être le but…

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Jacob Heilbrunn : Pourquoi le réalisme serait-il aujourd’hui une approche plus difficile des affaires étrangères, ou en tout cas plus aussi importante que lorsqu’il y avait des personnages d’envergure tels que Hans Morgenthau, George F. Kennan, Dean Acheson, puis vous-même dans les années 70 – qu’est-ce qui a changé ?

Henry Kissinger : Je ne pense pas avoir beaucoup changé d’avis sur ce sujet depuis les années 70. J’ai toujours eu une large vision de l’intérêt national, et une grande part du débat opposant réalisme et idéalisme est artificielle. La manière dont le débat est habituellement présenté se divise en un groupe qui voit le pouvoir comme un facteur déterminant des politiques internationales et un autre, les idéalistes, qui pense que les valeurs de la société sont primordiales. Kennan, Acheson ou aucune des personnes que vous avez citées n’avaient un point de vue aussi simplifié. Le point de vue des différents réalistes est que, en analyse de politique extérieure, vous devez commencer par évaluer les éléments qui sont pertinents à la situation étudiée. Et, bien entendu, les valeurs font partie de ces éléments. Le vrai débat se situe entre la priorité relative et l’équilibre.

Heilbrunn : Une des choses qui m’a frappé dans votre nouvelle biographie écrite par Niall Ferguson est sa citation tirée de votre journal personnel en 1964. Vous y suggériez plutôt prophétiquement que “la victoire de Goldwater est un phénomène nouveau dans la politique américaine – le triomphe du parti idéologique dans le sens européen du terme. Personne ne peut prédire comment cela va se finir, puisque c’est sans précédent.”

Kissinger : Lors de la convention, il semblait réaliste, pour quelqu’un comme moi, qui était plus familier avec les politiques de Washington. Plus tard, j’ai eu à connaître Goldwater et l’ai respecté comme un homme intègre et de grandes convictions morales.

Heilbrunn : Certes, mais je m’interroge sur votre interprétation de cette force idéologique qui a émergé en 1964.

Kissinger : Il s’agissait d’une nouvelle force idéologique dans le parti Républicain. Jusqu’alors, le point de vue de Washington fondé sur les modèles européens édictés par l’Histoire dominait la politique des affaires étrangères, insistant sur la mission de l’Amérique d’imposer la démocratie – en employant la force si nécessaire. Ce point de vue n’admettait pas vraiment d’opposition. C’est devenu ensuite la caractéristique des extrémistes, de la gauche comme de la droite, changeant même de camp de temps à autre.

Heilbrunn : Ces extrêmes attaquèrent tous les deux avec véhémence l’administration Nixon.

Kissinger : Oui.

Heilbrunn : Je me souviens que vous avez indiqué dans vos mémoires que vous étiez encore plus étonné d’être ainsi attaqué par la droite…

Kissinger : J’étais complètement désemparé.

Heilbrunn : Pour prétendument ménager l’URSS.

Kissinger : Et certains comme Norman Podhorezt – qui est devenu un bon ami aujourd’hui – m’ont attaqué de la gauche et de la droite successivement.

Heilbrunn : J’avais oublié qu’il avait commis cet exploit. Au bout du compte, la détente a joué un rôle majeur dans le renversement de l’URSS, n’est-ce pas ?

Kissinger : C’est mon opinion. Nous considérions la détente comme une stratégie dans la conduite du conflit avec l’URSS.

Heilbrunn : Je suis surpris que cela n’ait pas suscité plus d’attention – en Europe la détente était vécue comme devant apaiser l’Europe de l’est et l’URSS, et surmonter le souvenir de la seconde guerre mondiale, alors qu’aux États-Unis nous avons une vision plus triomphaliste.

Kissinger : Vous gardez en tête Reagan qui commence ce processus avec son discours sur l’Empire du mal qui, à mon avis, a eu lieu alors que l’URSS était déjà bien sur la voie de la défaite. Nous étions engagés dans une lutte à long terme, faisant émerger des analyses qui s’opposaient. J’étais dans le courant dur de ces analyses. Mais je me rendais aussi compte de leur dimension diplomatique et psychologique. Nous devions mener cette guerre froide depuis une position dans laquelle nous n’étions pas isolés et depuis laquelle nous profitions des meilleures bases pour conduire des conflits inévitables. Nous avions l’obligation suprême d’éviter la guerre nucléaire qui menaçait la civilisation. Nous cherchions une position nous permettant d’utiliser la force si nécessaire mais toujours en dernier recours et ce de façon évidente (pour tous). Les néoconservateurs, eux, optèrent pour une politique plus absolutiste. Reagan a su exploiter tout le temps qui lui fut alloué à faire preuve de tactique avec talent, et je ne suis pas sûr que tout était planifié ou préconçu. Mais les résultats furent impressionnants. Je crois que la détente (en français dans le texte) fut un prélude indispensable.

Heilbrunn : La Chine est-elle aujourd’hui la nouvelle Allemagne de Guillaume II [1870-1918, NdT] ? Richard Nixon, peu de temps avant sa mort, dit à William Safire qu’il était nécessaire de s’ouvrir à la Chine, mais que nous avions peut-être enfanté un Frankenstein.

Kissinger : On peut dire d’un pays qui a dominé sa région depuis 3 000 ans qu’il est une réalité inhérente. L’alternative aurait été de laisser la Chine être de façon permanente soumise et de connivence avec l’URSS, faisant ainsi de l’Union soviétique – déjà un pays nucléaire de haut niveau – le pays dominant de l’Eurasie avec l’accord tacite de l’Amérique. Cependant, la Chine représente un défi fondamental à la stratégie américaine.

Heilbrunn : Et pensez-vous qu’ils agissent pour un monde centré sur la Chine, ou bien peuvent-ils être intégrés dans une sorte de cadre westphalien, comme vous l’avez souligné dans votre dernier livre, “L’ordre mondial”

Kissinger : Voilà le défi. C’est une question ouverte. C’est notre travail. Nous n’y brillons pas, parce que nous ne comprenons pas leur Histoire et leur culture. Je pense que le fondement de leur pensée est sino-centré. Mais cela peut avoir des conséquences aux répercussions mondiales. Par conséquent, le défi chinois est un problème bien plus subtil que celui de l’URSS. Le problème soviétique était principalement stratégique. Ceci est un enjeu culturel : est-ce que deux civilisations qui, pour l’instant du moins, n’ont pas la même façon de penser, peuvent arriver à un modus vivendi qui générerait un ordre mondial ?

heilbrunn : Comment estimez-vous les chances d’un véritable rapprochement sino-russe ?

Kissinger : Ce n’est pas dans leur nature, ni l’un ni l’autre -

Heilbrunn : Parce que les Russes souhaiteraient clairement développer des relations plus étroites.

Kissinger : Mais c’est en partie parce que nous ne leur avons pas laissé le choix.

Heilbrunn : Comment pensez-vous que les États-Unis puissent s’extirper de l’impasse ukrainienne – les États-Unis et l’Europe évidemment ?

Kissinger : L’enjeu n’est pas tant pour les USA de s’extirper de cette impasse ukrainienne que de résoudre cette crise en satisfaisant l’ordre international. Un certain nombre de choses doivent être reconnues. Premièrement, la relation entre l’Ukraine et la Russie revêtira toujours un aspect important dans l’esprit russe. Elle ne pourra jamais se réduire à des rapports ordinaires entre deux états souverains ; certainement pas du point de vue russe et probablement pas non plus du côté ukrainien. Donc ce qui se passe en Ukraine ne peut être résumé selon des principes qui fonctionnent en Europe occidentale, pas si près de Stalingrad ou de Moscou. Dans ce contexte, il convient d’analyser de quelle manière cette crise ukrainienne a émergé. Il est inconcevable que Poutine ait consacré 60 milliards d’euros à la transformation d’une station balnéaire en village olympique d’hiver pour ensuite déclencher une crise militaire une semaine après avoir, lors de la cérémonie de clôture, dépeint la Russie comme partie de la civilisation occidentale.

Nous devons donc nous demander comment cela a-t-il pu arriver ? J’ai vu Poutine fin novembre 2013. Il a évoqué beaucoup de problèmes. Il a évoqué l’Ukraine en dernier, en tant que problème économique, que la Russie résoudrait par le biais des taxes et des prix pétroliers. La première erreur fut l’attitude inconséquente de l’Union Européenne. Ils n’ont pas compris les conséquences de certaines de leurs propres exigences. La politique intérieure ukrainienne était telle qu’il était impossible pour Ianoukovich d’accepter les conditions de l’Europe et de pouvoir être réélu, et la Russie ne pouvait pas considérer ces conditions comme purement économiques. Donc le président ukrainien a rejeté les conditions de l’UE. Les Européens ont paniqué et Poutine s’est senti trop sûr de lui. Il a vu cette impasse comme l’occasion idéale pour mettre en œuvre immédiatement ce qui jusqu’alors n’était qu’un objectif à long terme. Il a offert 15 milliards de dollars à l’Ukraine pour qu’elle rejoigne son Union Eurasiatique. Pendant ce temps l’Amérique est restée passive. Il n’y a eu aucune discussion politique d’envergure avec la Russie ou avec l’Europe quant à ce qui se préparait. Chaque camp a agi de façon plus ou moins rationnelle, en fonction de sa petite conception personnelle et erronée de l’autre, pendant que l’Ukraine sombrait dans l’insurrection de la place Maïdan, exactement là où Poutine avait passé dix ans à faire reconnaître le statut de la Russie. Depuis Moscou cela donnait sans aucun doute l’impression que l’Occident avait exploité ce qui avait été conçu comme un festival russe pour extraire l’Ukraine de la sphère d’influence russe. Puis Poutine a commencé à jouer les tsars – comme Nicolas Ier il y a plus d’un siècle [sic]. Je ne veux pas justifier ces tactiques, mais juste les replacer dans le contexte.

Heilbrunn : Un autre pays semble avoir pris le leadership à l’évidence en Europe, et c’est l’Allemagne – par rapport à l’Ukraine comme pour la Grèce -

Kissinger : Ils ne souhaitent pas vraiment assumer ce rôle. Il est paradoxal de constater que 70 ans après avoir défait l’Allemagne et ses velléités de domination de l’Europe, ses vainqueurs semblent maintenant souhaiter que l’Allemagne, en grande partie à cause de ses résultats économiques, dirige l’Europe. L’Allemagne peut et doit jouer un rôle important dans la construction de l’Europe et au sein de l’ordre mondial. Mais ce n’est pas le partenaire idéal, à propos de la sécurité de l’Europe, pour négocier des frontières se trouvant à moins de 300 km de Stalingrad. Les États-Unis n’ont avancé aucun concept de leur propre chef, hormis celui qui voudrait que la Russie intégrât en fin de compte le concert des nations par une sorte de conversion automatique. Le rôle de l’Allemagne est déterminant mais la contribution américaine à la diplomatie ukrainienne est essentielle pour recadrer ce problème dans un contexte mondial.

Heilbrunn : Cette position est-elle une erreur ?

Kissinger : Si nous considérons la Russie comme une grande nation, nous avons d’abord besoin de vérifier si leurs préoccupations peuvent être conciliables avec nos impératifs. Nous devrions explorer les possibilités de créer un statut établissant une zone démilitarisée entre la Russie et les frontières actuelles de l’OTAN.

L’Occident hésite déjà à assumer le rétablissement de l’économie grecque. Ce n’est sûrement pas pour intégrer l’Ukraine unilatéralement. On devrait donc étudier l’éventualité d’une coopération entre l’Ouest et la Russie pour une Ukraine non alignée militairement. La crise ukrainienne tourne à la tragédie parce qu’on confond le besoin de l’Ukraine de restaurer à court terme son identité avec des intérêts internationaux à long terme. Je serais partisan d’une Ukraine indépendante dans les frontières actuelles. Je plaide pour ça depuis la chute du mur. Quand on entend que des escadrons musulmans se battent sous le drapeau ukrainien, on constate qu’on a perdu le sens des proportions.

Heilbrunn : C’est un désastre, à l’évidence

Kissinger : Pour moi ça l’est. Ça veut dire que briser la Russie est devenu l’objectif, alors que l’intégrer devrait être le but à long terme.

Heilbrunn : Mais nous observons plutôt un retour des néoconservateurs et des faucons libéraux, au moins à Washington DC, qui sont déterminés à briser le gouvernement russe.

Kissinger : Jusqu’à ce qu’ils en assument les conséquences. L’erreur de toutes les guerres américaines depuis la seconde guerre mondiale consiste en cette incapacité à penser une stratégie acceptable chez nous. Depuis la seconde guerre mondiale nous avons démarré cinq guerres avec un grand enthousiasme. Mais les faucons ne gagnent pas à la fin. A la fin ils sont minoritaires. Nous ne devrions pas nous engager dans des conflits internationaux sans être en mesure, dès le début, d’en décrire une conclusion et sans la volonté de soutenir l’effort nécessaire à l’accomplissement de cette conclusion.

Heilbrunn : Mais nous semblons plutôt ne jamais cesser de commettre cette erreur.

Kissinger : Parce que nous refusons d’apprendre de nos expériences. Parce que ces guerres sont déclarées par des personnes qui ne respectent pas les faits historiques. A l’école on n’apprend plus l’Histoire mais seulement une succession d’évènements. Ils traitent ces faits selon des thèmes, hors de leur contexte.

Heilbrunn : Ils les extirpent de tout contexte.

Kissinger : Plutôt de ce qui était le contexte alors – ils les replacent dans un contexte entièrement nouveau.

Heilbrunn : Le genre de livre que vous écrivez – par exemple votre premier ouvrage – ne passerait jamais dans un cours de sciences politiques aujourd’hui parce qu’il n’est pas rempli de théories abstraites. Il enseigne en fait une leçon sur le mode narratif.

Kissinger: C’est pourquoi on m’attaque à droite comme à gauche – parce que je ne corresponds à aucune de leurs catégorisations.

Heilbrunn : Restons dans l’Histoire, quelle est votre opinion sur le rôle de l’Allemagne en Europe aujourd’hui ? Vivons-nous le retour d’un nouveau “problème allemand”, l’Europe du sud la voit comme une puissance occupante, et des relents de nationalisme émergent en Allemagne même – cela ne voudrait-il pas dire qu’il y a une certaine résurgence ?

Kissinger : Eh bien, il y a des indices. Certaines classes d’âge en Allemagne, les classes d’âge en dessous de cinquante ans, se comportent parfois comme si le pays qui avait voulu refaçonner l’Europe par la force revendiquait à présent le droit de la redessiner par le jugement moral le plus absolu. Ce n’est pas juste d’induire en tentation l’Allemagne de cette façon. Rejeter la faute sur l’Allemagne plutôt que sur soi-même, c’est faire de la politique intérieure facile pour les pays d’Europe du sud. Quel est donc le péché des Allemands en Grèce ? Les Allemands affirment que sous couvert de plan de sauvetage, on perpétue l’irresponsabilité. Ils tentent d’établir un procédé responsable de redressement. Quand je considère le cauchemar qu’a constitué l’inflation dans leur Histoire, j’éprouve de la sympathie pour leur point de vue. Depuis le début de leur Histoire nationale en 1871, l’Allemagne n’a jamais eu à diriger un système international. De 1871 à 1890, Bismarck a réussi un tour de force [en français dans le texte] spectaculaire, mais qui n’était pas viable sur le long terme. Vous ne pouvez pas établir de grande politique si cela requiert un génie à chaque génération. Mais de 1890 à la fin de la seconde guerre mondiale – soit près d’un siècle – l’Allemagne s’est perçue comme assiégée par le monde qui l’entourait. L’Angleterre et la France ont bien plus d’expérience en matière de diplomatie internationale. J’ai donc de la sympathie pour les Allemands et leur dilemme. Ils peuvent aider, leur aide peut être décisive, mais ils ont besoin d’une infrastructure bien plus grande, bien plus mondialisée, à laquelle nous devons contribuer.

Heilbrunn : La génération atlantiste en Allemagne, et la vision qu’elle incarnait a pratiquement disparu.

Kissinger : Et c’est bien dommage.

Heilbrunn : Les plus jeunes hommes politiques de la CDU [Union Chrétienne-Démocrate] que j’ai pu rencontrer ne s’intéressent pas aux États-Unis, ce qui est un tournant spectaculaire, étant donné que toute la politique d’Adenauer était fondée sur l’ancrage à l’Ouest.

Kissinger : C’est en partie leur faute, et en partie la nôtre.

Heilbrunn : J’ai vu Robert McFarlane il y a peu, qui a travaillé pour vous, et sous Reagan également. Il m’a dit : « Le dernier président à avoir fait preuve de pensée stratégique était Richard Nixon. » Est-ce vrai ?

Kissinger : Je pense que c’est vrai. Il avait une vision stratégique d’envergure. A la fin du premier volume des mes mémoires, White House Years, j’ai posé la question ainsi : Que se serait-il passé si l’establishment que Nixon admirait et craignait tout à la fois lui avait montré un peu d’amour ? Se serait-il encore davantage replié sur le désert de sa rancœur, ou cela l’aurait-il libéré ? Je laisse la question ouverte.

Heilbrunn : Faites-vous remonter la plupart des problèmes de la politique étrangère américaine au Viêtnam, à cette fêlure dans le consensus en matière de politique étrangère ?

Kissinger : Je pense que le Viêtnam a été un prétexte. Cela a donné une légitimité à la contestation. Parce qu’après tout, il y a bien eu des manifestations aux Pays-Bas, qui n’avait aucun Viêtnam, et en France.

Heilbrunn : Nixon possédait clairement une énorme expérience en matière de politique étrangère avant de devenir président en 1969.

Kissinger : Et il faisait preuve de réflexion, et son profil psychologique le rendait réticent à avoir affaire à trop de personnes à la fois, il lui a donc fallu réfléchir, lire – il ne pouvait pas appuyer sur un bouton et obtenir une réponse de Google – et voyager. Il n’y avait aucune menace sur sa personne lorsqu’il voyageait à l’étranger, il était donc à l’aise dans nombre d’entretiens avec des chefs d’état étrangers.

Heilbrunn : Il a dû apprendre beaucoup d’Eisenhower également, je présume.

Kissinger : Vous savez, comme toujours chez Nixon, c’était un savant mélange de rancœur et d’admiration, donc rien n’était exempt d’ambiguïté.

Heilbrunn : Jugez-vous Barack Obama comme un réaliste – il renâcle à l’idée de s’impliquer en Ukraine, par exemple – ou pensez-vous qu’une telle réputation est surfaite ?

Kissinger : Eh bien, en ce qui concerne le niveau de vigilance, c’est un réaliste. Mais sa vision est bien plus idéologique que stratégique.

 

Source : The National Interest, le 19/08/2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

 

 

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Dhimmitude...

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Le leader de l’État islamique demande aux chrétiens de signer un contrat stipulant leur statut d’infériorité (dhimmi) en échange d’une "sécurité" conditionnelle

 

L’Observatoire syrien des droits de la personne a reçu une copie du contrat de dhimmitude (c’est la reconnaissance de l’incroyance des infidèles en échange du paiement de la jizya et de leur engagement à se conformer aux prescriptions du Coran) émis par l’État islamique pour les chrétiens de la ville d’Al-Qaryatayn qu’il contrôle au sud-est de Homs.

Le texte de l’entente stipule que : « Voici ce que Abdullah Abo Baker al-Baghdadi Amir al-Mueminin donne aux chrétiens de secteur d’Al-Qaryatayn, dans l’État de Damas. Il garantit leur argent, leur âme, il ne les obligera pas à changer de religion et il ne fera pas de mal à aucun d’entre eux ».

Le document stipule un certain nombre de conditions que les chrétiens de la ville d’Al-Qaryatayn doivent respecter :

– Ne pas établir d’église, de monastère ou d’ermitage ;
– Ne pas afficher de croix, ni quoi que ce soit provenant de leurs livres sur les rues des musulmans ou dans leurs marchés et ne pas utiliser d’amplificateurs durant les prières ;
– Ne pas faire entendre aux musulmans la récitation de leurs livres, ni le son de leurs cloches et utiliser les cloches seulement à l’intérieur des églises ;
– Ne faire aucun acte hostile à l’État islamique, tel cacher des espions ou des personnes recherchées et rapporter tous les complots contre les musulmans dont ils pourraient être informés ;
– S’engager à ne pratiquer aucun rituel de culte en public ;
– Respecter l’islam et les musulmans et ne rien dénigrer de leur religion ;
– Les chrétiens doivent payer la jizya (un tribut imposé aux non-musulmans par la loi islamique). Elle en coûte quatre dinars d’or (le dinar d’or contient 4,25 grammes d’or pur) aux riches, la moitié de cette somme à la classe moyenne et la moitié de ce montant aux pauvres. Ils peuvent payer en deux versements annuels ;
– Ils ne peuvent pas posséder d’armes ;
– Ne pas transiger de porc ou de vin avec les musulmans, ni dans leurs marchés et ne pas boire de vin en public ;
– Ils peuvent avoir leurs propres cimetières comme auparavant ;
– Ils doivent se conformer aux règles de l’État islamique sur le port de vêtements modestes et celles concernant l’achat et la vente, etc...

Le document conclut que «S’ils respectent ces conditions, leur argent, leur âme et eux-mêmes seront en sécurité sur leur territoire et ils n’auront pas à payer un dixième [de leurs avoirs], sauf s’ils amènent de l’argent de l’extérieur des territoires de l’État islamique. Aucun d’entre eux ne sera puni pour un crime commis par un autre [chrétien]. S’ils violent les conditions de ce document, alors l’État islamique les traitera comme des personnes qui lui ont déclaré la guerre.

Hier, des sources fiables ont informé l’Observatoire syrien des droits de la personne que, dans les dernières 48 heures, l’État islamique a reçu de l’argent de fonctionnaires chrétiens de la ville d’Al-Qaryatayn au sud-est de Homs […] après leur avoir proposé trois options : payer la jizya, se convertir à l’islam ou quitter la ville. Pendant ce temps, l’État islamique garde toujours en sa possession les pièces d’identité des citoyens chrétiens. Des contacts affirment que la plupart des gens vont quitter la ville lorsqu’ils auront recouvré leurs pièces d’identité.

Le 20 août, l’État islamique a démoli un monastère appartenant aux chrétiens au sud-est de Homs. Selon ce qu’a appris l’Observatoire syrien des droits de la personne, il s’agirait du monastère de Saint-Elian situé dans la ville d’Al-Qaryatayn sous contrôle de l’État islamique depuis le 6 août. Ils l’ont détruit avec des bulldozers après avoir affirmé que [les chrétiens] «vénèrent le monastère plutôt que de vénérer Allah». Cette démolition a coïncidé avec une vingtaine de raids aériens du régime [Al-Assad] sur la ville.

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SOURCE : POINT DE BASCULE

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